Chapitre 26
La salle de classe était relativement calme lorsque Théor y entra. Il déposa ses affaires sur son bureau avant de prendre la parole.
— Bien, avant de commencer notre cours du jour, j'ai une annonce à vous faire.
Les élèves tournèrent leur attention vers lui.
— Cet après-midi, nous organiserons une sortie scolaire afin de visiter les lieux de travail de vos parents et de découvrir leurs métiers. Bien entendu, cette sortie a été organisée avec l'accord de vos parents.
— On va pouvoir voir ce que font nos parents au travail ? demanda Léo.
— Exactement. L'idée vient de ma secrétaire, Allessandra, qui nous accompagnera également afin de participer à l'encadrement de la sortie. Maintenant que cette information est donnée, passons au cours du jour.
Théor ouvrit son grimoire, à la page consacrée au Fusioton.
— Aujourd'hui, nous allons étudier une particule un peu particulière : le Fusioton. C'est une particule active qui possède un niveau d'énergie élevé.
Il inscrivit son nom au tableau.
— Sa première propriété est sa capacité à fusionner avec les cellules musculaires. En leur transmettant son énergie, elle permet un renforcement temporaire des muscles.
Kaël leva aussitôt la main.
— Mais c'est ma magie, ça !
Théor tourna la tête vers lui.
— En effet, Kaël. Nous allons pouvoir nous intéresser à ses autres propriétés.
Théor se retourna vers le tableau.
— Le Fusioton peut également fusionner avec une particule magique et lui transférer son énergie afin de prolonger son fonctionnement. Il existe cependant une condition : les deux particules doivent posséder la même signature spirituelle, celle de leur mage.
Il écrivit deux noms au tableau : Fireton et Fusioton.
— Prenons l'exemple d'un mage qui possède ces deux particules. Son Fusioton peut fusionner avec son Fireton et lui transmettre de l'énergie. Le Fireton pourra ainsi continuer à fonctionner plus longtemps.
Il marqua une courte pause avant de poursuivre.
— Le Fusioton peut également fusionner avec n’importe quelle particule naturelle et lui transférer son énergie.
Théor ajouta un dernier point au tableau.
— Il existe toutefois une exception : les Spiritons, qu’ils soient naturels ou magiques. Leur taille trop réduite ne permet pas leur fusion avec le Fusioton. Les utilisateurs de cette particule ne peuvent donc pas renforcer leur intelligence de cette manière.
Tous les regards se tournèrent momentanément vers Kaël.
— Quoi ? Pourquoi tout le monde me regarde ? demanda-t-il.
— Non, pour rien, répondit Théor.
Théor reposa la craie.
— Cette propriété peut notamment être utile en ingénierie. Certains systèmes fonctionnent grâce à des électrons naturels. En leur transférant de l’énergie, un mage maîtrisant le Fusioton peut prolonger leur fonctionnement.
Théor se tourna de nouveau vers les élèves.
— Comme vous pouvez le constater, une particule ne sert pas nécessairement à produire directement un effet. Certaines peuvent aussi soutenir le fonctionnement d'autres éléments. C'est ce qui rend le Fusioton particulièrement intéressant. Regardons maintenant le grimoire des combinaisons pour le fusioton:

***
L'après-midi venu, tout le monde s'était rassemblé autour de Théor pour cette sortie. Il constata que tout le monde était là : Léo, Kaël, Névan, Lyria, Naëlys, Gareth et Allessandra.
— Bien ! Nous pouvons commencer. Tout d'abord, allons à la clinique toute proche d'ici.
Le groupe marcha jusqu'à la clinique. À peine arrivé, il assista à une scène impliquant Gilou, qui commençait à s'énerver :
— NON, ON NE SOIGNE PAS LES CLÉBARDS DANS MA CLINIQUE ! ALLEZ, DÉGAGEZ !
Le propriétaire, surpris, regarda Fiona.
— Euh… je suis venu pour faire examiner mon chien…
— ET MOI, JE SUIS VENU POUR VOUS DIRE DE DÉGAGER !
Fiona intervint immédiatement :
— Papa ! Ce sont des clients à qui j'ai dit que j'allais soigner leur chien !
— Ce n'est pas parce que je suis souvent absent que tu peux faire ce que tu veux, ma chérie.
— Je suis désolé papa mais j'ai donné ma parole et de toute façon ça ne va pas durer longtemps.
Gilou remarqua le groupe et mis fin à la conversation.
— Fait comme tu veux.
Il alla à la rencontre du groupe.
— Alors ! C'est vous qui voulez visiter ma clinique ? ça fera 100 Célès par personne ! HéHéHé.
Théor cligna des yeux et regarda ensuite Léo.
— Laissez tomber monsieur Théor. Il dis ça pour plaisanter. Coucou papy.
— Tch! Tu m'empêche de gagner de l'argent. Coucou Léo et bonjour à vous.
— Bonjour.
Gilou croisa les bras et observa le groupe.
— Bon, puisque vous êtes là, autant vous montrer comment fonctionne cette clinique. Mais je vous préviens, je ne vais pas y passer la journée !
Il désigna le couloir d'un geste de la main.
— Ici, vous avez la salle d'attente. Les patients attendent leur tour avant d'être reçus en consultation. Rien de compliqué, même un enfant pourrait comprendre !
Il se dirigea ensuite vers une porte.
— Là, ce sont les salles de consultation. Fiona et Armand y examinent les patients, établissent leurs diagnostics et réalisent les soins nécessaires.
Il poursuivit sans même vérifier si les personnes du groupe le suivaient.
— Ici, nous avons une chambre de désintoxication. Plus loin, nous avons le bloc opératoire, où nous prenons en charge les patients qui ont besoin d'une intervention chirurgicale. Pour les cas qui dépassent nos compétences ou nécessitent du matériel particulier, nous les orientons vers un établissement spécialisé sur le continent. L'étage au-dessus comporte cinquante chambres pour accueillir les patients qui doivent rester en observation.
Gilou se retourna vers le groupe et claqua des mains.
— Voilà ! Vous savez tout ! La visite est terminée !
Théor le regarda, interloqué.
— Mais… nous venons à peine de commencer.
— Et alors ? Vous vouliez visiter une clinique ou y passer la nuit ?
Le groupe sortit alors de la clinique.
En chemin, Théor s'adressa à Léo.
— Il a un sacré caractère, ton grand-père, dis-moi.
— Oui ! C'est aussi pour ça que je l'aime, mon papy.
Le groupe poursuivit sa route jusqu'aux locaux de la guilde marchande Arvannis, où travaillaient les parents de Névan.
À leur arrivée, ils découvrirent un vaste complexe composé de plusieurs bâtiments et de grands entrepôts. Des employés circulaient entre les différentes installations, tandis que d'autres s'affairaient autour des quais de chargement. Plusieurs camions étaient stationnés à proximité, certains en cours de préparation avant leur prochaine livraison.
— Eh bien, vous disposez d'installations impressionnantes, constata Théor en observant les lieux.
— Nous en avons besoin pour assurer nos activités, répondit Névan. La guilde doit pouvoir réceptionner et stocker des marchandises en grande quantité avant de les distribuer aux commerçants de l'île.
Le groupe se dirigea vers l'entrée principale, où une femme les attendait pour les accueillir.
— Bonjour à tous ! Soyez les bienvenus chez Arvannis.
— Bonjour, madame. Merci de nous accueillir, répondit Théor.
— C'est tout naturel ! Je m'appelle Amélia Arvannis. Mon mari est actuellement sur le continent pour ses affaires, mais je serai heureuse de vous faire visiter nos installations.
Kaël l'observa un instant avant de se pencher vers Léo.
— Eh ben, ça change du grand-père de Léo !
— Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? répliqua Léo.
— Rien, rien ! répondit Kaël avec un sourire innocent.
Théor leur adressa un regard qui suffit à mettre fin à leurs plaisanteries.
— Nous vous remercions pour votre accueil, madame Arvannis. Je suis curieux de découvrir comment fonctionne votre guilde.
— Alors, commençons par les quais. Vous pourrez voir une partie de notre activité.
Amélia les conduisit vers la zone de réception, où des employés déchargeaient des caisses fraîchement arrivées.
— Nous possédons trois navires de transport qui assurent l'acheminement des marchandises depuis le continent, expliqua-t-elle. Notre siège principal se trouve à Néméria, la capitale du royaume d'Halménia. C'est notamment là que nous négocions nos achats auprès des fournisseurs.
Théor observa les employés qui déplaçaient les caisses.
— Les marchandises sont-elles contrôlées avant leur départ ?
— Oui. Elles sont vérifiées sur le continent avant d'être expédiées. Ici, nos employés s'assurent que les quantités reçues correspondent aux documents de transport et enregistrent les produits dans nos stocks. Cela permet de repérer rapidement les éventuels problèmes liés à la livraison, comme des colis manquants ou endommagés pendant le trajet. Les marchandises sont ensuite dirigées vers les entrepôts ou vers la zone de distribution lorsqu'elles sont déjà destinées à une commande.
Le groupe pénétra dans l'un des entrepôts. Des rangées de caisses étaient soigneusement disposées, tandis que des employés préparaient les prochaines commandes.
— Vous devez gérer des stocks considérables, remarqua Théor.
— Nous devons surtout veiller à conserver des quantités adaptées aux besoins de nos clients, expliqua Amélia. Nous tenons un inventaire précis afin de savoir ce que nous avons en réserve et ce qu'il faut commander. Pour les denrées alimentaires, nous devons également surveiller leur conservation afin de limiter les pertes.
— J'imagine qu'il faut trouver un équilibre entre les risques de rupture de stock et ceux liés aux marchandises invendues.
— Tout à fait. Une bonne gestion est indispensable pour que notre activité reste rentable.
Ils quittèrent l'entrepôt pour rejoindre une autre zone du complexe. Plusieurs employés y préparaient des commandes destinées aux magasins et aux restaurateurs de l'île. Les marchandises étaient regroupées selon leur destination avant d'être chargées dans les véhicules.
— Nous livrons principalement les magasins et les restaurateurs de l'île, poursuivit Amélia. Nous disposons également d'une dizaine de camions pour livrer nos clients sur l'île, ce qui leur évite de venir chercher eux-mêmes leurs commandes.
— Vous vendez donc essentiellement en gros ? demanda Théor.
— Oui. Nous achetons des marchandises en grande quantité sur le continent, puis nous les revendons aux professionnels. Cela leur permet de se fournir auprès d'un même intermédiaire plutôt que de devoir traiter directement avec plusieurs fournisseurs.
Léo remarqua plusieurs caisses dont le contenu était indiqué sur les étiquettes.
— Vous importez aussi du chocolat ?
— Bien sûr. Le chocolat fait partie des marchandises que nous acheminons depuis le continent. Les commerçants peuvent ensuite le vendre dans leurs boutiques, tandis que les restaurateurs l'utilisent pour leurs préparations.
Théor reprit la parole.
— Comment choisissez-vous les produits que vous achetez ?
— Nous tenons compte des demandes de nos clients, des commandes précédentes et de l'évolution des ventes. Nous devons aussi prendre en considération le prix d'achat, le transport et le stockage. Un produit peu coûteux n'est pas forcément intéressant si nous avons du mal à le vendre ou si son acheminement nous revient trop cher.
— Il faut donc anticiper la demande tout en évitant de prendre trop de risques.
— Exactement. C'est une partie importante de notre métier.
Alors qu'ils poursuivaient leur visite, un employé s'approcha d'Amélia.
— Madame, la réception de la dernière livraison est terminée. Les quantités correspondent aux documents de transport et les marchandises ont été enregistrées.
— Très bien, merci. Vous pouvez les diriger vers les zones de stockage prévues.
L'employé s'éloigna pour reprendre son travail.
— Vous devez superviser beaucoup de choses à la fois, remarqua Théor.
— Heureusement, je peux compter sur des équipes compétentes. Mon rôle consiste surtout à coordonner les différents services et à intervenir lorsque des difficultés se présentent.
Le groupe revint progressivement vers l'entrée principale.
— Je ne pensais pas qu'il fallait autant d'organisation pour approvisionner une île, reconnut Léo.
— Les clients ne voient généralement que le produit en magasin, répondit Amélia. Pourtant, avant d'arriver entre leurs mains, il a parfois parcouru une longue distance et mobilisé de nombreuses personnes.
Théor acquiesça.
— Votre guilde joue donc un rôle essentiel dans l'approvisionnement de l'île.
— C'est notre objectif. Nous voulons permettre aux commerçants et aux restaurateurs de se concentrer sur leur activité en leur fournissant les marchandises dont ils ont besoin.
Kaël jeta un dernier regard aux entrepôts.
— En tout cas, je comprends mieux pourquoi vous avez besoin d'autant de bâtiments et d'employés !
Amélia laissa échapper un petit rire.
— Et encore, vous n'avez pas tout vu !
— Je crois que nous pourrions y passer la journée, répondit Théor avec amusement.
Le groupe la remercia pour la visite avant de poursuivre son chemin.