Chapitre 24
Théor se tourna vers le tableau et inscrivit un nouveau nom.
— Avant d’aborder les applications de l’ingénierie magique, nous allons étudier le Changeton. C’est une particule active qui possède le niveau d’énergie le plus faible parmi les dix-neuf particules de base. Sa particularité est que sa forme peut varier lorsqu'elle s'active.
— Le niveau d’énergie le plus faible ? demanda Kaël. Ça veut dire qu’elle est moins puissante que les autres ?
— Son faible niveau d’énergie limite certaines de ses interactions, mais cela ne signifie pas qu’elle est inutile. Le Changeton possède une propriété très particulière : il permet de modifier la forme et l’organisation des matières solides.
Théor écrivit quelques exemples au tableau.
— Un utilisateur de Changeton peut transformer un lingot de Métalton en épée, puis modifier la longueur de cette dernière ou lui donner la forme d’un fouet, d’un fil métallique, d’un bouclier ou même d’un parapluie.
— Tout ça avec le même lingot ? demanda Névan.
— Oui. Le Changeton ne crée pas de matière supplémentaire et n’améliore pas la qualité du matériau. La quantité reste identique : si le lingot est transformé en un bouclier plus large, celui-ci devra généralement être plus fin.
— Et comment peut-il transformer une épée rigide en fouet ? demanda Lyria.
— Normalement, le Métalton conserve sa rigidité. Le Changeton peut s’intercaler entre les particules qui constituent la matière solide et modifier l’organisation de sa structure. Il devient alors possible de créer des formes malléables et flexibles, sans modifier la quantité ni la qualité du matériau.
— Il pourrait donc changer la forme de son arme en plein combat ? demanda Névan.
— Exactement. Mais le Changeton ne permet pas de créer du Métalton ou du Terraton à partir de rien. Son utilisateur doit apporter les matériaux nécessaires ou exploiter ceux qui sont disponibles dans son environnement. Il produit ses propres Changetons, qui s’intègrent à la matière qu’il souhaite transformer.
Théor dessina ensuite plusieurs particules autour d’un morceau de métal.
— Il faut également distinguer cette production de la résonance. Un mage peut entrer en résonance avec les particules naturelles dormantes présentes dans son environnement. Les Changetons naturels sont répartis de manière inégale dans Méia : certaines régions en sont riches, tandis que d’autres en contiennent beaucoup moins.
— Donc, un utilisateur de Changeton aura davantage de possibilités dans une région riche en cette particule ? demanda Kaël.
— Il pourra notamment profiter plus facilement des Changetons naturels présents autour de lui. Toutefois, même dans une région pauvre en Changeton, il pourra produire ses propres particules.
Théor traça une ligne sous le schéma.
— Attention, cependant : le Changeton ne permet pas de modifier une matière déjà contrôlée par un autre mage. Et cette règle devient particulièrement intéressante lorsque plusieurs particules entrent en interaction.
— Vous voulez dire qu’un utilisateur de Changeton pourrait rencontrer des difficultés face à un utilisateur de Métalton ? demanda Lyria.
— Tout à fait. Prenons l’exemple d’un mage qui transforme un lingot de Métalton en épée grâce au Changeton. Les Changetons qu’il produit servent à modifier la structure du métal, mais le Métalton naturel de la matière conserve ses propriétés.
— Donc, un utilisateur de Métalton pourrait entrer en résonance avec ce métal ? demanda Névan.
— Exactement. La résonance porte sur les particules naturelles dormantes, et non sur celles qu’un autre mage a produites. L’utilisateur de Métalton peut donc entrer en résonance avec le Métalton naturel de l’arme, même si des Changetons y ont été intégrés.
— Et qui prendrait le dessus ? demanda Kaël.
— Le Métalton possède un niveau d’énergie supérieur à celui du Changeton. Son utilisateur aurait donc l’avantage et pourrait perturber le travail de son adversaire, même si ce dernier peut opposer une certaine résistance.
— Dans ce cas, l’utilisateur de Changeton n’aurait qu’à changer de matériau ! Il pourrait utiliser du Terraton à la place du Métalton, par exemple.
— C’est une possibilité, répondit Théor. À condition, bien sûr, de disposer de Terraton et de pouvoir l’exploiter. Un mage doit connaître les limites de sa magie et savoir s’adapter à son adversaire.
Il ajouta enfin un dernier terme au tableau : Solidificaton.
— Il reste une restriction importante. Le Changeton seul ne peut pas modifier la forme d’une matière contenant du Solidificaton.
Théor posa sa craie.
— Retenez donc l’essentiel : le Changeton permet de remodeler la matière solide, d’en modifier la structure et de lui donner une certaine souplesse, sans en changer la quantité ni la qualité. Mais son efficacité dépend des matériaux disponibles, de la maîtrise du mage et des interactions avec les autres particules.
— Finalement, cette magie demande surtout de savoir s’adapter ! conclut Kaël.
Théor soupira.
— Pour une fois, Kaël, tu as retenu quelque chose d’important. Regardons le grimoire de fusion du Changeton:

Après l'analyse, Théor se replaça devant les élèves.
— Nous allons maintenant étudier l’ingénierie magique.
Kaël leva immédiatement la main.
— Ça veut dire qu’on va fabriquer des trucs ?
Théor le regarda quelques secondes.
— Oui.
Kaël sourit.
— Génial !
— À condition de comprendre comment ils fonctionnent avant de les fabriquer.
Le sourire de Kaël disparut.
— L’ingénierie magique est la discipline qui consiste à concevoir des objets et des systèmes capables d’accomplir une ou plusieurs fonctions en utilisant les propriétés des particules magiques.
Il écrivit au tableau :
Particules → matériaux → assemblage → fonction
— Pour créer un appareil, il faut donc comprendre les propriétés des différentes particules et savoir comment les combiner.
Théor regarda ses notes.
— Certaines combinaisons permettent de créer de nouveaux matériaux ou de nouvelles particules possédant des propriétés particulières.
Il écrivit :
Changeton + Fusioton → Alchimiton
— Comme on a pu le voir au cours précédent, l’Alchimiton permet la fusion profonde de plusieurs matériaux. Plusieurs matériaux peuvent ainsi être réunis au sein d’une même structure tout en conservant leurs propriétés et leurs effets.
Il ajouta :
— Mais il existe une condition importante : l’Alchimiton ne peut pas fonctionner si du Solidificaton est présent dans la structure concernée.
Théor se tourna vers les élèves.
— Il faut donc choisir soigneusement les matériaux utilisés dans une construction.
Il poursuivit :
— L’ingénierie magique possède également ses propres systèmes de commande.
Il écrivit :
Spiriton + Changeton → Naturton
— Le Naturton permet de contrôler différentes particules naturelles par résonance.
Puis il écrivit :
Métalton + Spiriton + Changeton → Métanaturton
— Le Métanaturton est un métal rare, naturellement présent en très faible quantité dans le sol. Ses propriétés permettent de commander les particules naturelles par résonance.
Kaël leva la main.
— Donc c’est lui qui dit aux particules quoi faire ?
— Pas exactement.
Théor écrivit une seconde combinaison :
Métalton + Spiriton → Métaspiriton
— Le Métaspiriton possède une autre fonction. Il permet de gérer les informations et la programmation d’un système.
Il traça alors une flèche entre les deux matériaux.
Métanaturton + Métaspiriton ──Alchimiton──▶ Techniton
— Grâce à l’Alchimiton, un Métanaturton et un Métaspiriton peuvent être fusionnés pour créer un Techniton.
Les élèves regardèrent le tableau.
— Le Techniton constitue ainsi le cœur de commande d’un appareil. Le Métaspiriton qui le compose permet de gérer les informations et la programmation, tandis que le Métanaturton permet d’exécuter les commandes en activant les particules naturelles nécessaires par résonance.
Kaël fronça les sourcils.
— Donc le Métaspiriton réfléchit et le Métanaturton agit ?
Théor sourit.
— C'est une simplification, mais elle est suffisamment correcte pour retenir le principe. Voyons maintenant comment ces principes peuvent être utilisés dans un objet réel.
Il dessina une ampoule.
— Prenons un système d’éclairage utilisé dans l’Alliance Céleste.
Il écrivit :
Airton + Lumiton → Néonton
— Le Néonton est un gaz capable de s’éclairer. Il peut donc être utilisé pour produire de la lumière.
Il dessina une enveloppe autour du gaz.
— Le Néonton étant gazeux, il doit être contenu dans une enveloppe adaptée. Le Verreton peut être utilisé pour fabriquer cette enveloppe.
Il écrivit :
Airton + Solidificaton → Verreton
— Le Verreton permet donc ici de maintenir le Néonton à l’intérieur de l'ampoule.
Théor dessina un bouton.
— Dans l'Alliance Céleste, la source d'énergie retenue est l'Electron. Lorsque l’utilisateur appuie sur le bouton d’allumage, un courant électrique est envoyé vers le Techniton.
Il écrivit :
Electron + Métalton → Électrométalton
— L’Électrométalton est un métal conducteur qui permet de faire circuler les Electrons.
Il dessina ensuite le circuit reliant le bouton au Techniton.
— Le courant électrique atteint alors le Techniton et le stimule.
Théor entoura le Techniton.
— Le Métaspiriton présent dans le Techniton contient les informations nécessaires au fonctionnement du système. Le Métanaturton permet ensuite d'exécuter la commande en activant les particules naturelles concernées par résonance.
Il ajouta :
Techniton → Néonton → lumière
— Le Néonton est alors activé et produit de la lumière.
Kaël leva la main.
— Et quand on éteint ?
— Le courant est interrompu. Le Techniton cesse d’être stimulé et le Néonton n’est plus activé et ne produit plus de lumière.
Théor dessina ensuite une pile.
— Mais pour faire fonctionner le système électrique, il faut évidemment une source d’Electrons.
Il écrivit :
Electron + Attracton → Paratonerton
Electron + Répulsiton → Isolaton
— Le Paratonerton possède une attraction renforcée des Electrons.
Puis :
Métalton + Paratonerton → Métaparatonerton
— Le Métaparatonerton est un métal qui attire fortement les Electrons.
Il ajouta :
Métalton + Isolaton → Métalisolaton
— Le Métalisolaton est au contraire un métal qui repousse fortement les Electrons.
Théor dessina les deux matériaux aux extrémités d’une pile.
— Ces deux matériaux permettent de maintenir une différence qui entraîne la circulation des Electrons lorsqu’un circuit est fermé.
Il relia la pile au système d’éclairage.
— Les Electrons circulent alors dans l’Électrométalton et permettent d’alimenter le Techniton.
Kaël observa le dessin.
— Donc la pile fabrique des Electrons ?
— Non.
Théor pointa la pile du doigt.
— Elle contient une quantité limitée d’Electrons. Au fur et à mesure de son utilisation, cette quantité devient insuffisante pour maintenir le courant nécessaire au fonctionnement de l’appareil.
Il écrivit :
Pile chargée → utilisation → pile déchargée
— Lorsque cela se produit, la pile doit être rechargée en Electrons.
Léo regarda le schéma.
— Donc toute la chaîne fonctionne ensemble ?
— Exactement.
Théor écrivit finalement :
Pile → Électrométalton → Techniton → Néonton → lumière
— Voilà ce qu’est l’ingénierie magique.
Il se retourna vers les élèves.
— On ne se contente pas d’utiliser une particule magique pour obtenir directement un résultat. On associe différentes propriétés pour construire un système capable d’accomplir une fonction précise.
Il ajouta :
— Et cette technologie électrique n’est qu’une des nombreuses technologies existant dans le monde.
Kaël leva la main.
— Les autres pays utilisent les mêmes systèmes ?
— Pas nécessairement. L’Alliance Céleste a développé ses propres méthodes d’ingénierie. D’autres nations ont développé des technologies différentes, adaptées à leurs connaissances, à leurs ressources et aux particules qu’elles savent exploiter.
Il regarda la classe.
— En ingénierie magique, il n’existe donc pas une seule manière de construire une machine.
Kaël sourit.
— Donc on peut fabriquer plein de trucs différents ?
Théor soupira.
— Voilà la seule partie du cours que tu sembles avoir parfaitement comprise. Pour finir, on peut ajouter que toutes les données sur les technologies de notre beau pays sont jalousement gardées au sein de la Tour Céleste qui travaille en étroite collaboration avec les différentes entreprises spécialisées en technomagie.
Il observa la classe.
— Voilà pour aujourd’hui. La prochaine fois, nous aborderons un nouveau sujet.