Chapitre 12
Chapitre 12
Théor tourna une nouvelle page de son grimoire.
Le symbole du Fireton apparaissait au centre de la page, entouré de plusieurs annotations.
— Aujourd'hui, nous allons étudier une particule magique particulièrement intéressante : le Fireton.
Kaël regarda le symbole.
— C'est celle qui fait du feu ?
— Exactement.
— Donc aujourd'hui, ça va être dangereux ?
— Non.
Kaël parut déçu.
— Ah.
Théor leva un sourcil.
— Je rappelle que nous sommes ici pour apprendre, pas pour transformer la salle de classe en barbecue.
Quelques élèves étouffèrent un rire.
— Les Firetons sont donc les particules qui constituent directement une flamme.
Lyria nota immédiatement la phrase.
— Mais alors, comment une flamme peut-elle continuer à exister ?
— C'est justement là que le Fireton devient particulièrement intéressant.
Théor dessina un petit schéma.
Firetons → brûlent d'autres particules → énergie libérée → récupération d'énergie → Firetons maintenus
— Les Firetons sont des particules actives. Pour se maintenir, ils brûlent d'autres particules présentes autour d'eux. Cette combustion libère de l'énergie.
Névan leva la main.
— Et les Firetons récupèrent cette énergie ?
— Une partie seulement, oui.
Théor ajouta une flèche sur son schéma.
— Cette énergie récupérée permet aux Firetons de poursuivre leur activité et donc de maintenir la flamme.
Kaël leva la main.
— Donc les Firetons mangent les autres particules ?
Théor resta silencieux.
— Techniquement...
Il regarda son schéma.
— ...je préférerais que vous écriviez « brûlent ».
Kaël nota quelque chose dans son cahier.
— D'accord : les Firetons mangent les particules.
— Kaël.
— Oui ?
— J'ai dit « brûlent ».
— Oui, monsieur.
La classe éclata de rire.
Théor traça alors une dernière flèche.
Plus rien à brûler → moins d'énergie récupérée → extinction de la flamme
— C'est l'une des raisons pour lesquelles les Firetons ne peuvent maintenir leur activité que pendant quelques secondes. Passé ce délai, la flamme s’éteint lorsque son environnement ne lui fournit plus suffisamment de particules à brûler.
Léo observa le schéma avec attention.
— Donc une flamme ne disparaît pas parce que les Firetons disparaissent ?
— Exactement. Les particules ne disparaissent pas. C’est leur activité qui cesse lorsqu’elles ne disposent plus de l’énergie nécessaire pour se maintenir actives.
— Pour l'instant, retenez simplement son principe fondamental.
Il désigna une dernière fois le symbole du Fireton.
— Une flamme est un ensemble de Firetons qui se maintiennent en brûlant d'autres particules et en récupérant une partie de l'énergie libérée.
Kaël écrivit consciencieusement la phrase dans son cahier.
Puis il ajouta discrètement entre parenthèses :
(Les Firetons mangent les particules.)
Théor passa derrière lui, lut la phrase et ferma les yeux.
— Je vais avoir besoin d'un café.
Après une courte pause.
— Bien ! Nous allons maintenant étudier les particules rares que le Fireton peut former lorsqu’il est fusionné avec les autres particules de bases. Consultons le grimoire :

***
Plus tard dans l’après-midi, Léo retrouva Théor dans le laboratoire improvisé qui avait autrefois servi de bureau. La pièce était désormais remplie d’instruments de recherche, de fioles et de documents. Au centre de la salle se trouvait notamment le microscope que Théor avait enfin reçu, une semaine plus tôt.
Grâce à lui, ils pouvaient désormais observer directement les cellules en formation par l'intermédiaire d'un écran.
Théor rangea ses notes avant de regarder Léo.
— Maintenant que nous savons comment tes Créatons forment les cellules, nous allons essayer d’aller un peu plus loin.
Léo se redressa aussitôt.
— Créer un être vivant ?
— Pas encore. Commençons par quelque chose de plus simple.
Théor plaça devant lui un récipient rempli d’eau.
— Essayons de créer des infracytes.
Léo regarda le récipient.
— Mais il faut d’abord former une cellule, non ?
— Exactement. Tes Créatons peuvent former les membranes et le grand noyau spirituel. Mais une cellule a également besoin de cytoplasme. Pour cela, il faut lui apporter de l’eau.
Léo hocha la tête.
— Donc je dois ajouter de l’Aquaton ?
— Oui.
Léo se concentra.
Les Créatons apparurent progressivement entre ses mains, puis commencèrent à se regrouper.
Théor observa attentivement la formation des cellules à travers l'écran du microscope.
— Très bien. Maintenant, fais entrer l’eau.
Léo concentra son pouvoir sur le récipient.
L’eau se déplaça lentement avant de rejoindre les Créatons.
Peu à peu, la structure cellulaire se forma.
Cette fois, elle ne s’effondra pas immédiatement.
Léo ouvrit de grands yeux.
— Ça tient !
Théor se pencha davantage vers l'écran.
— Oui...
Il observa quelques instants supplémentaires avant de prendre rapidement plusieurs notes.
— La membrane est stable. Le grand noyau spirituel est également présent... et le cytoplasme semble correctement constitué.
Léo sourit.
— Alors ça veut dire que ça marche ?
— Pour cette étape, oui.
Léo regarda la cellule avec enthousiasme.
— Et maintenant ?
Théor releva les yeux vers lui.
— Maintenant, essaie de créer un infracyte.
Léo cligna des yeux.
— Directement ?
— Oui. Concentre-toi sur les cellules et essaie de produire l’un des organites dont elles ont besoin.
Léo posa ses mains devant lui et ferma les yeux.
Il se concentra.
Longtemps.
Très longtemps.
Rien ne se produisit.
Léo fronça les sourcils et redoubla d’efforts.
— Encore...
Il recommença.
Puis une nouvelle fois.
Toujours rien.
Finalement, Léo baissa les bras, essoufflé.
— Je n’y arrive pas...
Théor observa les cellules au microscope.
— Non. Aucun infracyte n’est apparu.
Léo regarda les cellules.
— On peut en ajouter ?
Théor resta silencieux quelques secondes.
— À l’heure actuelle, cela me semble extrêmement difficile.
Léo baissa les yeux.
— Alors... on est bloqués ?
Théor s’installa sur son siège.
— Pour le moment, oui.
Léo resta silencieux.
— Je ne pourrai jamais créer d’être vivant ?
Théor secoua doucement la tête.
— Ne tire pas cette conclusion trop vite.
Il referma son carnet avant de poursuivre.
— Ton pouvoir demande encore énormément de temps d’étude. Nous commençons seulement à comprendre ses mécanismes.
Léo releva légèrement la tête.
— Mais pourquoi je n’arrive pas à créer les infracytes ?
Théor réfléchit un instant.
— Normalement, les séquences codantes spirituelles contenues dans le grand noyau devraient contenir les informations nécessaires à la formation des infracytes et, par conséquent, à la spécialisation de la cellule.
Il désigna une cellule observée au microscope.
— Or, si tu es incapable de les produire malgré tes tentatives, cela peut simplement signifier que tes grands noyaux spirituels ne possèdent pas les séquences codantes nécessaires à leur formation.
Léo regarda attentivement une cellule.
— Donc mes cellules peuvent se former... mais elles ne savent pas comment fabriquer leurs propres infracytes ?
— C’est l’hypothèse la plus probable pour le moment.
Théor marqua une pause.
— Et il y a encore un autre problème.
Léo releva les yeux.
— Les magiocytes ?
— Exactement.
Théor soupira légèrement.
— Même si nous trouvions un moyen de produire les infracytes, il faudrait encore comprendre comment obtenir les magiocytes. Sans eux, nous ne pourrions toujours pas obtenir une cellule capable de manifester la magie d’un être vivant.
Léo regarda de nouveau la petite cellule à l'écran.
Quelques minutes auparavant, il était fier de voir sa structure tenir.
Maintenant, il avait l’impression de regarder quelque chose d’inachevé.
— Donc... mon pouvoir peut créer des cellules, mais pas encore les éléments dont elles ont besoin pour devenir vraiment vivantes.
Théor lui posa doucement une main sur l’épaule.
— Pour l’instant, oui.
Léo ne répondit pas.
Théor s’accroupit devant lui.
— Mais Léo, ce que tu viens de faire reste extraordinaire. À huit ans, tu es capable de produire une matière qui peut former des cellules. Nous ne savons même pas encore jusqu’où ton pouvoir peut aller.
Léo releva lentement la tête.
— Mais je voulais réussir...
— Je sais.
Théor lui sourit.
— Et c’est justement pour cela que nous continuerons à chercher.
Léo regarda une dernière fois l'écran du microscope.
Puis il essuya rapidement ses yeux et hocha la tête.
— D’accord.
Il inspira profondément.
— Alors... on cherchera une autre solution.
Théor sourit.
— Voilà.
Il retourna vers son bureau.
— Mais pas aujourd’hui.
Léo fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il est l'heure de partir et de rentrer chez toi. Ton père t'attend en bas.
Léo soupira.
— D’accord...
Il quitta lentement la table.
Derrière lui, Théor commença à ranger le plan de travail.
L’expérience avait échoué.