Chapitre 79
Traduction: Moonkissed
Quelques jours plus tard, dans la salle d’entraînement de l’équipe de Lee Harang et Jeong Dael, les voix montèrent encore une fois.
« Stop, stop ! »
Posté face au groupe, Harang, qui observait l’entraînement des quatre autres, éteignit la musique d’un geste sec, les lèvres pincées et le regard glacé.
« Pff… vous plaisantez ou quoi ? Réveillez-vous un peu. Pourquoi vous êtes tous aussi lourds ? Pourquoi c’est aussi maladroit ? »
« …Oui. »
Harang était le plus âgé de l’équipe et le seul A. Naturellement, c’est lui qui s’était imposé comme leader et menait les répétitions.
Dans sa position, les autres lui paraissaient simplement insuffisants, frustrants, à la limite du ridicule.
Évidemment, dans les autres équipes aussi, la situation devait être semblable. Chaque team avait le même ratio A/B/C. Le but même de la mission était de voir comment ils combleraient leurs écarts par le travail d’équipe.
Mais Harang, bourré de hargne, ne voulait rien entendre. Au lieu de chercher comment aider, il arrosait les autres de reproches et de piques, encore et encore.
« …Putain, j’en peux plus. Jeong Dael, viens. Fais-le tout seul, qu’on voie. »
« Oui, hyung. »
Dael, tendu jusqu’aux épaules, s’avança au centre et recommença sur la musique relancée.
Ces derniers jours, à chaque cours de danse, il s’était fait corriger de manière intensive par le coach. Et il restait s’entraîner plus tard que tout le monde. Il connaissait la chorégraphie. Vraiment.
Mais malgré ça, aux yeux de Harang, c’était encore “nul”.
Parce que son corps n’avait pas l’habitude de danser. Même en faisant les mouvements correctement, il n’arrivait pas à donner la ligne, la sensation, le flux. Ça restait raide. Ça faisait “robot”.
Harang avait envie de lâcher des insultes. Pourtant, dans la salle, une caméra installée par l’équipe de production tournait.
Il avala sa colère, de force, et parla avec une retenue faussement calme.
« Dael… sérieux, bosse vraiment. S’il te plaît. Tu t’entraînes à côté, tout seul, avec la vidéo de choré, hein ? »
« Oui… je fais. Désolé, hyung. Je vais travailler plus. »
« Pff… ok. Moi, j’arrête pour aujourd’hui. Ceux qui sentent qu’ils sont en retard, restez et pratiquez plus. Je vous regarde, et ça me donne mal à la tête. Je peux plus. »
« Oui… bonne nuit, hyung. »
Les quatre autres répondirent avec des voix minuscules, écrasés. Harang sortit.
Une lourdeur épaisse tomba sur la salle. Mais il était déjà tard, alors les autres commencèrent aussi à ranger.
« Harang hyung… c’est pas la première fois qu’il est comme ça. On rentre. Si je dors encore trois heures, demain je tombe vraiment. »
« Oui. Minuit est passé. On arrête, et demain comme c’est samedi, on vient tôt. Franchement, aujourd’hui j’ai tout donné, c’est ma limite… et ma mère attend au parking depuis une heure. »
« OK. On dort. Mais demain, 8h ici. Ceux qui arrivent en retard paient une amende: 1 000 wons par 10 minutes ! »
« Deal. Dael, toi aussi, arrête pour aujourd’hui. Tu dors presque pas depuis des jours. Je comprends que tu sois pressé, mais il faut quand même gérer ton état. »
« Oui. Et puis Harang hyung a juste un niveau trop haut. Toi, t’as vraiment progressé. Si tu continues comme ça, sur scène, ça ira. »
Dael sourit, lumineux.
« Vraiment ? Merci, hyung. Mais… je vais pratiquer un peu plus. C’est vrai… je suis le plus faible. Mais mon corps est healthy, pas besoin de s’inquiéter. »
« Tss… d’accord. Fais juste pas trop long. À demain. »
« Oui ! »
Dael se leva.
J’ai tellement sommeil… je devrais au moins me laver le visage.
Il se dirigea vers les toilettes d’un pas lourd.
Et juste devant la porte, il tomba nez à nez avec Harang.
« Oh ! Hyung, t’es pas encore parti ? »
« Je pars maintenant. Mais toi… »
Pour une raison étrange, Harang le fixa droit dans les yeux, un regard dur, pointu. Dael se crispa sans même s’en rendre compte.
« Oui ? »
« T’as pas envie d’arrêter, là ? De… te retirer ? »
Harang lâcha ça d’un ton glacé, comme si c’était une suggestion banale.
« Hein…? P-Pourquoi tu dis ça d’un coup…? »
Les pupilles de Dael tremblèrent. Il ne s’y attendait pas. Pas comme ça. Pas là.
Harang continua, sans hésiter.
« Sérieux, tu le sais toi aussi. Dans notre team, c’est toi le plus faible. Et tu nous plombe. Franchement, si t’étais pas là, on serait corrects, on passerait. Donc si t’as un minimum de conscience… tu devrais juste arrêter. »
« Hyung, mais… »
« T’aimes pas te faire défoncer par moi, hein ? Moi non plus j’aime pas. Mais j’ai pas le choix. À cause de toi, je vais tomber aussi. Donc ouais, je suis à bout. J’ai les insultes qui montent. Tu peux rapper comme un dieu, ça sert à quoi si tu danses comme une catastrophe. »
Ses mots étaient posés, presque tranquilles. Et pourtant, ils étaient d’une cruauté pure.
Dael resta figé une seconde.
Mais il ne recula pas. Son rêve, lui aussi, brûlait.
« Désolé, hyung. Je sais… je suis pas bon. Mais… je peux pas abandonner. Moi aussi je veux passer cette audition et devenir chanteur. Je vais m’entraîner. Beaucoup. Vraiment. »
Sa voix tremblait, mais ses yeux tenaient.
Il s’inclina, puis passa devant Harang et entra dans les toilettes.
Harang sortit de l’agence TM en fronçant les sourcils. À peine dehors, il sortit une cigarette et l’alluma, geste automatique.
Son téléphone vibra. Un ami du lycée.
« Ouais. »
– Harangs, t’as fini ?
« Ouais. Je viens à peine. »
– Wouah, à cette heure-là ? C’est hardcore. Mais ta voix… on dirait que t’es à deux doigts d’exploser.
« Je suis en stress, c’est tout. Je te l’ai dit, y a un trou dans mon équipe, un cas désespéré. »
– Ah lui. Il s’est pas amélioré ?
« Il s’est amélioré, et alors ? Ça reste nul. J’ai craqué, je lui ai dit cash d’arrêter. Mais il veut pas. »
– Sérieux… tu lui as dit ça ? Et y a pas des caméras partout ?
« J’ai pas dit ça devant la caméra, abruti. Bref. Change de sujet. Ta maison est encore libre, ce soir ? J’arrive. Trouve un truc à grignoter. Je suis trop stressé, il faut que je boive, sinon je vais pas dormir. »
– T’es fou, demain t’as entraînement. Tu peux boire ?
« Je vais juste boire un peu. Là, si je bois pas, je dors pas. En vrai j’ai envie d’aller en club… mais avec l’émission, c’est trop. Merde, je dois courir, c’est le dernier bus. À tout’ ! »
Il raccrocha et se mit à sprinter vers l’arrêt, attrapant le dernier bus à la seconde près.
Il n’imagina même pas que quelqu’un avait pu entendre. La rue était vide, silencieuse, passée minuit.
Pourtant, quelques minutes plus tard, Yuseong, Dohun et Hanbin, qui quittaient l’agence, avaient tout entendu… par hasard, depuis l’arrière.
Pendant l’appel, aucun des trois n’avait osé bouger. Ils s’étaient contentés d’échanger des regards, muets, comme sous un sort.
Et une fois Harang parti, les mots jaillirent.
« Wah… c’est quoi ce gars ? Il est fou ? Alcool, clopes… et il parle même de clubs ? Il a pas mon âge ? Je me trompe, hein ? »
« Non, hyung. Il t’a dit qu’il avait le même âge. Il a même dit “98 rapide”. »
Même en comptant les “années rapides”, Harang avait dix-huit ou dix-neuf ans. Dans tous les cas, il était mineur.
« …C’est choquant. »
Yuseong secoua la tête.
Wow… je savais qu’il finirait par faire un énorme accident en étant bourré, mais je savais pas que ça commençait déjà si tôt. En tout cas… c’est presque une chance qu’on ait entendu ça à trois. Comme ça, les hyungs n’auront plus envie de le recruter.
Hanbin grimaça.
« Et fumer dans la rue… Je déteste ce genre de gars. Franchement, je l’aurais jamais deviné. On dit que l’apparence ne dit rien… ben voilà. »
Dohun enchaîna, indigné.
« Et “tu peux pas arrêter ?” à Dael… c’est quoi ça ? Il se prend pour qui pour dire à quelqu’un d’abandonner ? On a encore du temps avant le Round 2, en plus ! »
« Exactement. Il a aucun droit. Son caractère, c’est un choc. »
Yuseong acquiesça vivement.
« On devrait le dire au patron, non ? Si on dit rien et qu’il passe le Round 2… le patron pourrait le caster sans savoir. »
« Oui. Il faut le dire. Si on se retrouve dans le même groupe qu’un type comme ça, c’est la catastrophe. Même maintenant il est comme ça, alors une fois adulte, qui sait ce qu’il fera. »
Comme prévu, Hanbin et Dohun réagirent exactement comme Yuseong l’espérait. Il approuva avec conviction.
En parlant, ils arrivèrent à l’arrêt de bus. Yuseong mit la main dans sa poche… et sentit le vide.
« …Merde. J’ai encore oublié mon portefeuille, je crois. »
« Encore ?! Sérieux… j’allais dire que t’avais enfin pris l’habitude. »
Hanbin et Dohun ricanèrent, habitués.
« Pff… je dois retourner. Vous, rentrez d’abord. Je reviens. »
L’arrêt était à cinq minutes de l’agence. Il dit ça comme si c’était rien. Et les deux autres, déjà trop familiers de ce scénario, hochèrent la tête.
« OK. Fais gaffe. À demain. »
Yuseong leur fit signe et repartit vers l’agence d’un pas rapide.
Mais dès qu’il entra dans le bâtiment, il vit une lumière allumée au fond, dans un studio du rez-de-chaussée.
C’était la salle attribuée à l’équipe de Harang et Dael.
À cet instant, les mots de Harang lui revinrent, comme un goût amer.
Le “trou” dont il parlait… c’était Dael, non ?
Et s’il lui a dit d’arrêter… Dael est peut-être resté seul à s’entraîner après ça.
Yuseong avait prévu de l’aider “vraiment” un peu plus tard, quand les entraînements seraient plus avancés.
Mais si Dael avait reçu ça en pleine face, psychologiquement, ça pouvait le briser maintenant.
Même un petit geste, tout de suite, valait mieux que des grands discours demain.
Alors Yuseong changea de direction.
Il se dirigea vers cette salle éclairée.