Chapitre 232
Traduction: Moonkissed
Même si la récompense rookie avait été annoncée dès le début, la scène “principale” de Masterpiece, elle, était programmée en partie 2. Après leur trophée, ils restèrent donc assis pendant toute la première partie, bien sages, à admirer les performances éclatantes des autres artistes.
Mais dès que la partie 1 se termina et qu’ils regagnèrent leur loge entre eux, l’orage de félicitations du staff les repropulsa en mode hyper-tension.
« On a eu un prix ! Un PRIX !!! »
« Attends, c’est pas du vrai or, ça ? Ça brille tellement que ça m’éblouit ! »
« Et c’est super lourd, en plus ! »
« Aaaah… je suis trop heureux… je suis tellement fier… »
Devant les autres artistes, surtout ceux qui étaient aussi nommés, ils s’étaient retenus. Là, dans leur bulle, ils lâchèrent enfin la bride, sautillant et laissant sortir toute leur joie.
« On prend des photos ! Des photos ! On doit poster ça sur nos réseaux ! »
Dohun lança l’idée, et ils prirent des dizaines de clichés, changeant de pose pour que le trophée soit bien visible.
Quand la séance photo fut finie, Yuseong, un peu gêné, laissa tomber une phrase sur le ton de la blague, sans la moindre solennité :
« Merci pour vos efforts, messieurs. Profitons de ce moment… et ensuite, on bosse encore plus dur, ok ? »
« Le leader a parlé ! »
« Oui ! À vos ordres ! »
Taeha, lui, passa en mode sérieux, comme s’il appuyait sur un interrupteur invisible :
« Franchement, c’est toi qui as le plus trimé. Si on est arrivés jusque-là… c’est au moins à moitié grâce à toi. »
Yuseong agita les mains, embarrassé, et tenta de le taquiner pour casser l’émotion :
« Ah… Taeha-hyung, ça y est, tu relances tes phrases “qui font cringe” ! »
Sauf que cette fois, les autres, comme s’ils s’étaient donné le mot, sourirent et se rangèrent tous du côté de Taeha.
« Hein ? Mais de quoi tu parles ? C’est pas cringe du tout. »
« Exact. C’est juste la vérité. Tu t’es le plus battu, c’est tout. »
« Voilà ! Viens là, notre leader-maknae. Je te fais un gros câlin pour service rendu ! »
Dael fonça sur Yuseong et l’enlaça. En une seconde, les autres suivirent, et ils finirent tous les cinq en un seul amas compact, une boule de gratitude et de rires. Personne ne comptait les mots : ils se remercièrent franchement, sans filtre.
Le temps de pause entre la partie 1 et la partie 2 passa comme un claquement de doigts.
Et déjà, un membre du staff les appela : l’ouverture de la partie 2, c’était eux.
« Masterpiece, en backstage ! Préparez-vous ! »
« Oui ! »
Ils se dépêchèrent. Juste avant de monter sur scène, comme toujours, ils empilèrent leurs mains pour le cri de ralliement. D’habitude c’était un simple “un, deux, trois, fighting”, mais Yuseong, encore tremblant d’émotion après le trophée, ajouta :
« Puisqu’on a gagné… on assure pour de vrai. On déchire la scène et on redescend, ok ? »
« OK ! »
Un tonnerre d’acclamations s’abattit sur la salle : la partie 2 du KAMA démarra.
Au même instant, une lumière bleue intense ne baignait que l’avant de l’immense scène.
L’intro mélancolique de <Savior> se mit à jouer, et Yuseong, Taeha et Dohun s’élevèrent sur trois plateformes, apparaissant chacun sur leur lift.
Ils n’étaient plus en costume blanc : cette fois, ils portaient des hanboks modernes, mélange de noir et de rouge sourd, luxueux, avec une coupe évoquant des gardes du corps d’époque : nœud à la taille, haut long jusqu’aux genoux, silhouette nette et martiale.
Dès le couplet, ils plongèrent dans la chorégraphie avec un regard tranchant. Yuseong attaqua le premier couplet. L’arrangement des gestes avait été légèrement modifié pour accentuer les lignes courbes du mouvement.
Puis, à la transition vers la partie de Hanbin, la lumière à l’avant s’éteignit.
Derrière, une lumière rouge s’alluma.
Les trois s’abaissèrent et glissèrent vers les côtés. Et là, Hanbin et Daeil apparurent en arrière-scène, dans des tons bleu assourdi et noir.
Les fans sursautèrent.
Leurs poignets étaient attachés.
Pas ligotés au point d’être immobiles : deux danseurs, de chaque côté, tenaient l’extrémité de longues lanières, et les poignets de Hanbin et Dael y étaient fixés de façon lâche. Les cordons étaient assez longs pour leur permettre de danser, mais la symbolique était claire : entrave, contrôle, tension.
Ils avancèrent en exécutant une chorégraphie chargée d’émotion : une lutte, un désir de se libérer, une respiration qui cogne contre une cage invisible. Les danseurs, en “ombres”, bougeaient juste assez pour suivre leur trajectoire et maintenir l’illusion.
Dael lança son rap, lourd et plein de rage contenue :
– Je ne sais pas pourquoi je suis ici
À quoi suis-je enchaîné ?
Qui peut me sauver ?
Save me… J’aimerais crier, mais ma bouche refuse de s’ouvrir
Les trois autres revinrent, et tout le groupe reprit la formation pour une chorégraphie d’ensemble.
Dans la salle, la ferveur montait. En ligne aussi, les commentaires partaient comme des feux d’artifice :
– La mise en scène est folle.
– Hanbin et Dael attachés, c’était game over direct.
– Frissons partout.
– Les costumes racontent déjà une histoire : Yuseong/Dohun/Taeha en “gardiens”, Hanbin/Dael en “captifs”.
– Apparemment j’aime les hommes attachés… bon.
– Vous mettez encore une narration sur scène ? Vous voulez qu’on devienne fous ? Oui. Ça marche.
Sur scène, la chorégraphie insistait sur la séparation : les membres en rouge semblaient vouloir atteindre ceux en bleu, mais les danseurs “empêchaient” toujours le contact. Ça frôlait, ça échappait, ça blessait sans toucher. Et les expressions… si réalistes que les fans se retrouvèrent aspirés dans le récit.
Juste avant le dernier refrain, la musique se coupa brièvement.
Un instrumental monumental annonça le dance break.
Hanbin et Dael furent “tirés” vers l’arrière, reculant comme happés. Deux panneaux-écrans glissèrent des côtés, se refermant comme des portes.
Alors, Yuseong, Taeha et Dohun revinrent au centre… chacun avec une longue lame en main.
Deux épées par personne, et une chorégraphie de sabres.
Ils tournèrent les lames, les croisèrent, les firent claquer, les abattirent avec puissance. À chaque mouvement, derrière eux, un effet vidéo donnait l’impression que l’écran noir se fendait sous des coups, comme des entailles lumineuses.
En ligne, c’était l’hystérie pure :
– AAAAAH
– Ils sont fous.
– Une danse au sabre… sur une scène de fin d’année… légendaire.
– J’arrive plus à respirer, je regarde en apnée.
– Yuseong… avec ce visage de statue… et ce sabre… c’est illégal.
Les “portes” s’ouvrirent à nouveau.
Les trois foncèrent vers l’arrière, vers Hanbin et Dael.
Et au moment exact où le dernier refrain retomba, ils tranchèrent les cordons d’un geste net, libérant les deux “captifs”.
Le climax était parfait.
– Tends-moi la main, sauve-moi
Pour que je puisse me sauver moi-même
Juste un peu… juste un peu… Help me
La chanson s’acheva sur une pose finale où les membres en rouge et en bleu se touchèrent du bout des doigts : contact enfin autorisé, presque sacré.
Les réactions explosèrent :
– Fin parfaite. Quand ils coupent les liens, ça soulage d’un coup.
– Visuels, technique, performance… c’est réel ?
– J’étais déjà amoureux, là j’ai rechuté 100 fois.
– Je regardais avec un pote non-fan… j’ai créé un nouveau Muse.
– Ils ont déchiré la scène et l’ont réduite en confettis.
Et sans laisser la salle respirer, quelques secondes plus tard, l’MR de <Clair de lune> démarra.
Ambiance à l’opposé : joyeuse, bondissante. Les membres sourirent, se mirent à suivre le rythme. Yuseong profita de la magie du direct et improvisa :
« Tout le monde, maintenant, amusez-vous à fond avec nous ! »
La scène continua dans une euphorie collective. Après le récit intense de <Savior>, <Clair de lune> choisissait l’essentiel : l’énergie, la communion. Pas de gros twist dramatique, mais des danseurs avec des masques de lion traditionnel et des sangmos pour rendre le tableau plus festif, plus flamboyant.
Si <Savior> donnait l’impression de regarder une œuvre d’art narrative, <Clair de lune> effaçait la frontière scène-salle : tout le monde “jouait” la même fête.
Quand tout se termina, ils se regardèrent, satisfaits. Pas besoin de parler : ils sentaient la même chose.
Et voir, dans les gradins, des milliers de lightsticks de Muse briller comme un ciel qui aurait appris leur nom… ça leur traversa le corps, chaud et irréel.
Peut-être à cause de la taille de la salle. Peut-être à cause du premier trophée. Peut-être parce que cette nuit-là avait un goût de “première fois” partout.
Ils s’inclinèrent profondément vers le public. Les micros s’étaient déjà coupés, puisque c’était du live, mais ils crièrent quand même un immense merci, en agitant encore plus fort la main vers la zone où les Muses étaient rassemblés.