Chapitre 2
Le monde parfait… n'existait qu'en surface.
Dans les profondeurs de l'Empire, la lumière n'était plus douce. Elle était blanche, fixe, implacable. Les murs métalliques renvoyaient chaque son, chaque pas, chaque respiration. Ici, rien ne flottait, rien ne brillait. Tout était rigide.
« Groupe H, en position. »
Des centaines d'enfants se tenaient alignés, immobiles, silencieux. Leurs regards étaient vides, fixes. Ils se ressemblaient tous, même taille, même posture, même expression, comme s'ils avaient été… copiés.
« H-B21. Avance. »
L'enfant bougea immédiatement. Sans hésitation. Sans émotion.
Depuis une plateforme surélevée, plusieurs scientifiques observaient. Parmi eux, Eryon. Il n'avait pas quitté le projet depuis ce jour. Pas depuis Idea. Mais ici… quelque chose le dérangeait plus encore.
« Paramètres comportementaux stables », déclara une voix. « Réactivité conforme. »
Une autre scientifique, aux cheveux courts argentés, croisa les bras.
« Toujours aucune anomalie ? »
« Aucune. »
Elle soupira légèrement. « Dommage. »
Eryon fronça les sourcils. « Dommage ? »
Elle tourna la tête vers lui. « Si rien ne dévie… alors rien n'évolue. »
Silence.
« Nous ne cherchons pas des enfants », continua-t-elle calmement. « Nous cherchons une perfection. »
Eryon détourna légèrement le regard. En bas, les enfants ne bougeaient pas. Pas un clignement. Pas un frémissement. Comme des objets.
« Ils sont… trop stables », murmura-t-il.
Selthis apparut derrière lui. « C'est temporaire. »
Il ne répondit pas. Parce qu'au fond, il espérait qu'elle ait tort.
Les jours passaient. Ou du moins… quelque chose qui y ressemblait, car le temps n'était pas vraiment mesuré ici. Les enfants répétaient les mêmes séquences, encore et encore. Apprendre. Obéir. Répéter. Sans erreur. Sans question. Jusqu'à ce qu'un jour, quelque chose change.
La cour extérieure. Un espace ouvert, plus vivant. Pour la première fois, du bruit.
Des enfants couraient. Certains riaient. D'autres formaient des groupes. Ce n'était pas naturel. Mais c'était… différent.
À l'écart, un garçon observait. Immobile.
G-R49.
Ses yeux suivaient les mouvements des autres, mais son corps restait figé. Il ne comprenait pas pourquoi ils couraient, pourquoi ils riaient, pourquoi ils semblaient… libres.
Le vent passa. Un vrai vent.
« Pourquoi tu joues pas ? »
La voix le fit légèrement sursauter. Une fille se tenait devant lui.
F-M10.
Elle pencha légèrement la tête. « Tu regardes depuis tout à l'heure. »
Silence. G-R49 ouvrit la bouche. Rien ne sortit.
Elle ne sembla pas gênée. « Tu peux venir », dit-elle simplement. Elle attrapa sa manche, un geste simple, naturel, et sans comprendre pourquoi, il la suivit.
Le groupe les regarda arriver.
« Il joue pas, lui », murmura un garçon. « Il va ralentir le jeu. »
F-M10 fronça légèrement les sourcils. « Alors on ira à son rythme. »
Silence. Puis, ils acceptèrent. Le jeu reprit.
G-R49 observa. Puis tenta. Un mouvement maladroit, puis un autre. Il trébucha.
Un rire. Pas moqueur. Juste… léger.
F-M10 lui montra. « Comme ça. »
Il reproduisit. Encore. Encore. Et sans qu'il ne comprenne, il jouait.
Le temps passa. Et pour la première fois, le silence en lui changea.
Plus tard, ils restèrent seuls. Le vent soufflait doucement. F-M10 regarda son uniforme.
« G-R49… » Elle fronça les sourcils. « C'est bizarre. »
Il la regarda.
« Dehors… les gens ont des noms. »
Silence. Un mot. Nom. Quelque chose… vibra en lui.
« Utuleop. »
Elle sourit. « Ton nom sera Utu. » Elle pencha la tête, comme si le mot était encore trop grand pour la bouche. « Utu ! »
Le monde sembla changer. Léger. Instable. Mais réel.
Il hésita. Puis :
« Kia... »
Sa voix trembla.
Elle sourit, plus fort. « J'aime bien. Kia, alors. »
Ce moment était insignifiant. Et pourtant, c'était la première chose réelle dans tout cet Empire.
Depuis les hauteurs, les scientifiques observaient.
« Interaction non prévue », murmura quelqu'un.
Eryon ne dit rien. Mais il regardait. Attentivement. Parce qu'il venait de voir quelque chose que les données ne pouvaient pas mesurer.
Un lien.