Chapitre 54
Alors que la puissance d'Orion se déchaînait sans retenue, la réalité elle-même semblait vaciller autour de lui.
Les cris provenant des miroirs continuaient de résonner comme une plainte éternelle, tandis que des chaînes verdâtres serpentaient autour de ses bras avec une lenteur presque hypnotique.
Pourtant, face à cette démonstration de puissance, Soren demeurait parfaitement immobile.
Il se tenait droit.
Les bras relâchés.
Le regard fixé sur son adversaire.
Aucune hésitation.
Aucune inquiétude.
Seulement cette assurance presque insolente qui le caractérisait.
Dans un hurlement déformé par les milliers de voix qui l'accompagnaient, Orion s'élança.
Son corps disparut dans une explosion de puissance, fondant sur Soren avec une vitesse capable d'écraser la plupart des combattants avant même qu'ils n'aient conscience du danger.
Mais...
À peine eut-il parcouru quelques mètres que son corps fut brutalement lacéré.
Une force invisible le traversa.
Sa chair s'ouvrit en plusieurs endroits dans une gerbe sanglante.
Des entailles profondes apparurent sur son torse, ses bras et ses jambes, comme si d'innombrables lames invisibles venaient de le découper en plein élan.
La douleur aurait dû terrasser n'importe quel homme.
Orion, lui, ne manifesta qu'un léger rictus.
Son sourire demeurait intact.
Ses blessures se refermaient déjà.
Le combat atteignait un niveau que Léo n'aurait jamais imaginé possible.
Il ne s'agissait plus simplement d'un affrontement entre deux hommes.
C'était une confrontation entre deux monstres ayant consacré leur existence au combat.
Chaque mouvement semblait posséder plusieurs intentions.
Chaque esquive préparait déjà l'attaque suivante.
Chaque coup cachait un piège.
Tous deux démontraient une maîtrise impressionnante d'innombrables styles martiaux.
Leurs gestes changeaient constamment.
Une posture en remplaçait une autre.
Un style succédait au précédent avec une fluidité irréelle.
Pourtant...
En observant attentivement Orion, quelque chose dérangeait.
Ses techniques semblaient...
Incomplètes.
Comme si chacune d'elles avait été apprise séparément.
Volée.
Arrachée à son propriétaire avant d'être maladroitement assemblée avec les autres.
Ses mouvements sonnaient faux.
Ils manquaient d'harmonie.
À l'inverse...
Soren paraissait être l'incarnation même du combat.
Ses gestes s'enchaînaient naturellement.
Chaque attaque découlait de la précédente.
Chaque déplacement imposait une nouvelle contrainte à son adversaire.
Il ne se contentait pas de répondre aux offensives d'Orion.
Il dirigeait entièrement l'affrontement.
Le rythme.
La distance.
Le tempo.
Tout semblait lui appartenir.
À cet instant, le combat ressemblait davantage à une danse macabre.
Et Soren en était le chef d'orchestre.
Le plus effrayant demeurait cependant ailleurs.
Il accomplissait cet exploit sans laisser paraître le moindre signe de fatigue.
Sans révéler sa forme ascendante.
Sans même approcher de sa transcendance.
Avec sa seule initiation...
Il dominait un commandant de l'armée gouvernementale ayant déjà atteint sa forme transcendante.
Léo en resta bouche bée.
Ses yeux passaient sans cesse de Soren à Orion.
Il finit par se tourner vers Zoé.
« T'en connais pas mal des transcendants ? »
Sans quitter le combat des yeux, elle répondit tranquillement :
« Peut-être une vingtaine. Pourquoi ? »
Léo déglutit.
« Il se situe où, Soren, dans tout ça ? »
Zoé posa machinalement un doigt contre son menton, comme si elle réfléchissait réellement à la question.
« Je dirais... qu'il est dans le top dix. »
Les yeux de Léo s'écarquillèrent.
« Ouais... donc Soren est déj... »
Elle le coupa avant même qu'il ne termine sa phrase.
« Et pas dixième. »
Le silence qui suivit pesa bien plus lourd que n'importe quelle explication.
Léo sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Avant qu'il ne puisse poursuivre sa réflexion, quelque chose changea.
Les miroirs incrustés dans les bras d'Orion s'illuminèrent.
Leurs surfaces se mirent à onduler.
Puis...
Des silhouettes commencèrent à en émerger.
Une.
Puis deux.
Puis dix.
Puis des dizaines.
Puis des centaines.
Toutes possédaient une apparence différente.
Certaines étaient grandes.
D'autres plus petites.
Quelques-unes semblaient porter une armure.
D'autres maniaient des armes inconnues.
Mais toutes partageaient le même regard.
Une haine absolue.
Sans le moindre mot, l'intégralité de cette légion se rua sur Soren.
Chaque reflet utilisait un style de combat différent.
Une technique différente.
Comme si Orion avait convoqué les innombrables guerriers dont il s'était approprié la force.
Pendant une infime fraction de seconde...
Le temps sembla ralentir.
Léo aperçut alors quelque chose qu'il n'aurait jamais cru possible.
La pupille de Soren se contracta.
Son œil prit l'apparence de celui d'un prédateur observant sa proie.
Puis...
Le monde reprit son cours.
Une succession d'impacts retentit presque simultanément.
Les silhouettes explosèrent les unes après les autres.
Certaines furent décapitées.
D'autres tranchées en deux.
Quelques-unes simplement pulvérisées.
En moins d'une seconde...
Il n'en restait plus aucune.
Le silence retomba.
Soren esquissa un sourire narquois.
« J'te fais la passe, Marion. »
Avant même que ces mots ne cessent de résonner, il apparut devant Orion.
Son pied s'abattit avec une violence terrifiante.
Le commandant fut projeté à travers la barrière comme un simple projectile.
Pourtant...
Même en traversant les airs, son sourire dément ne disparut pas.
Il éclata même d'un rire mauvais.
« Tu m'en veux tant que ça ? Tu sais comme on dit... une de perdue, dix de retrouvées... »
Soren lui tourna lentement le dos.
Comme s'il ne méritait même plus son attention.
Sa voix était glaciale.
« J'en ai assez entendu. Va te frotter à un monstre tout aussi énervé que moi. »
Face à Orion...
Marion attendait déjà.
Droite.
Immobile.
Son simple silence suffisait à faire naître une tension oppressante.
L'air autour d'elle semblait perdre plusieurs degrés à chaque seconde.
Une fine brume glaciale s'élevait lentement à ses pieds.
Ses yeux avaient abandonné leur indifférence habituelle.
Ils arboraient désormais la couleur d'un ciel d'hiver, froid, limpide et impitoyable.
Peu à peu, un bleu givré envahit sa chevelure.
Chaque mèche semblait se couvrir d'une pellicule de givre.
De délicats filaments de neige dansaient autour de ses pointes, emportés par un vent invisible.
À cet instant, Marion ne ressemblait plus à une simple gardienne.
Elle évoquait une catastrophe naturelle prête à s'abattre sur le monde.