Chapitre 43
Les ténèbres.
À perte de vue.
Aucune lumière.
Aucun horizon.
Seulement une obscurité absolue qui semblait dévorer jusqu'à la notion même d'espace.
Howard était prisonnier de cet océan noir.
D'innombrables mains, façonnées d'une obscurité presque liquide, s'étaient refermées sur son corps.
Elles emprisonnaient chacun de ses membres.
Chaque tentative de mouvement se soldait par un échec.
Même sa bénédiction demeurait silencieuse.
Comme si cette étrange dimension avait totalement étouffé son pouvoir.
Il ne pouvait rien faire.
Rien d'autre que se laisser...
Tomber ?
Couler ?
Aucune de ces sensations ne semblait réellement correspondre à ce qu'il vivait.
Il avait l'impression de chuter.
Mais également d'être entraîné vers le fond.
Et pourtant...
Chaque direction semblait être le bas.
Son corps traversait les ténèbres sans qu'il puisse comprendre selon quelle logique.
Plus les secondes passaient...
Plus toute notion de réalité disparaissait.
Howard serra les dents.
Il avait complètement perdu la trace de son commandant.
Impossible de savoir s'il avait subi le même sort.
Impossible même de comprendre ce qui venait de se produire.
Toutes ses certitudes venaient de voler en éclats.
Puis...
Au loin...
Une lumière.
Minuscule.
Presque imperceptible.
Un point d'un blanc éclatant apparut au cœur de cette obscurité infinie.
À mesure qu'il s'en approchait, cette lumière grandissait.
Toujours plus.
Jusqu'à devenir aveuglante.
Quelques instants plus tard...
Howard la traversa.
Ses yeux, habitués aux ténèbres absolues, furent immédiatement agressés par cette soudaine clarté.
Il grimaça.
Ses paupières se refermèrent instinctivement.
Lorsqu'il parvint enfin à rouvrir les yeux...
Le monde avait changé.
Le silence des ténèbres avait disparu.
À sa place résonnaient des voix.
Des conversations.
Des éclats de rire.
Des cris d'enfants.
Howard balaya lentement les alentours du regard.
Il ne reconnaissait absolument rien.
Le bâtiment ressemblait à une grande maison de vie.
Plusieurs adultes discutaient tranquillement entre eux pendant que des enfants couraient dans tous les sens.
Certains jouaient.
D'autres riaient à pleins poumons.
L'atmosphère paraissait étrangement chaleureuse.
Pourtant...
À mesure que les plus jeunes remarquaient la présence des deux militaires, leur curiosité prenait progressivement le dessus.
Quelques-uns les observaient avec fascination.
D'autres, plus timides, se cachaient derrière les adultes en les regardant avec une certaine inquiétude.
Howard tourna alors légèrement la tête.
À quelques mètres de lui se trouvait son commandant.
Lui aussi semblait complètement perdu.
Le commandant croisa le regard de son subordonné avant de lancer d'un ton agacé :
« Eh le larbin on est où ? »
Howard répondit avec un calme presque déconcertant.
« Je n’en ai aucune idée. »
À peine leur échange terminé...
Une silhouette s'approcha d'eux.
L'homme était grand.
Massif.
Sa présence seule imposait naturellement le respect.
Lorsqu'il prit la parole, sa voix était calme.
Mais ferme.
« Monsieur puis-je savoir qui vous êtes ? Et que faites-vous ici ? Il ne me semble pas que vous êtes les parents d’un enfant d’ici. »
Howard leva les yeux vers lui.
L'homme possédait une peau mate.
Ses cheveux bruns étaient légèrement ébouriffés.
Ses yeux noirs inspiraient une étrange sérénité.
Sa musculature impressionnante contrastait pourtant avec son attitude bienveillante.
Il dégageait cette assurance propre aux personnes habituées à protéger les autres.
Le commandant retrouva rapidement son sang-froid.
Il s'avança d'un pas.
« Je suis Barns, commandant de la troisième division de l’armée gouvernementale. Pouvez-vous nous renseignez sur l’endroits où nous nous trouvons ? »
L'homme inclina légèrement la tête.
Son attitude se fit immédiatement plus respectueuse.
« Enchanté je suis le gérant de cet établissement, je me nomme Aaron. »
Malgré son calme apparent, Howard remarqua immédiatement le changement dans son comportement.
Le simple fait d'entendre le mot ‘‘gouvernement’’ suffisait visiblement à imposer un certain respect.
Aaron poursuivit naturellement.
« L’endroits où vous vous trouver est un mélange entre une garderie et un orphelina. »
Barns pinça légèrement l'arête de son nez.
Sa patience commençait déjà à atteindre ses limites.
« J’ai cru comprendre, ma question est dans quelle région de Keredia somme nous ? »
Cette fois...
Ce fut Aaron qui sembla ne plus comprendre.
Son regard passa de Barns à Howard.
Une expression sincèrement étonnée apparut sur son visage.
Comme si la question elle-même n'avait aucun sens.
Puis il répondit, légèrement décontenancé :
« Eh bien vous êtes dans Nérakos ou d’autre ? »
Le silence tomba aussitôt.
Barns et Howard échangèrent un regard.
Aucun des deux ne prononça un mot.
Et ce qui inquiétait Howard davantage encore...
C'était qu'Aaron avait répondu avec une telle évidence qu'il semblait incapable d'imaginer une autre possibilité.