Chapitre 26
Léo toqua trois fois à une porte.
Une voix froide et sans émotion lui répondit, l'autorisant à entrer.
Devant lui se tenait la gardienne de Virelune.
« J'avais pourtant précisé que tu viendrais une fois tes blessures guéries. »
Léo se gratta l'arrière de la tête.
« Ça va aller, je peux tenir une conversation quand même. Et tu me parles comme si j'étais un estropié. »
Marion esquissa un léger sourire.
« Toujours aucune manière, hein ? »
S'installant plus profondément dans son fauteuil, son amusement disparut rapidement.
« Je vais être très directe. Laisse-moi t'entraîner. »
Léo se raidit immédiatement, adoptant une expression plus sombre.
« Puis-je vous demander la raison de cette décision soudaine ? »
Il me vouvoie maintenant ?
« Simplement parce que nos pouvoirs peuvent être utilisés de façon similaire. »
L'air sombre de Léo s'accentua.
« J'ai du mal à le croire. »
« Mon pouvoir est la glace. Le tien, les diamants. Dans leur utilisation première, ils peuvent se ressembler sur bien des aspects. »
« Je ne vois absolument pas l'intérêt d'entraîner un outsider qui est tout sauf noble. »
« Moi, j'en vois un. »
Marion croisa les bras.
« J'ai remarqué pendant ton combat que l'utilisation de ta bénédiction est sacrément limitée. Hormis tes arts martiaux, techniquement parlant, c'est extrêmement brouillon. »
Léo serra les poings, prêt à répliquer.
Mais Marion le coupa avant même qu'il ne puisse parler.
« Et malgré tout cela, tu as atteint l'ascension et rivalisé avec la combattante la plus forte de ta promotion, voire de certaines classes supérieures. »
Son regard se fit plus intense.
« Je serais fière de participer à l'éclosion d'un tel talent. »
Léo tenta de se détendre un peu, mais en vain.
« Je ne pense pas qu'il soit approprié que la gardienne de Virelune prenne pour disciple un campagnard tel que moi. »
« Sauf si j'en décide autrement. »
Ne sachant plus quoi répondre et essayant de contenir sa frustration, il finit par soutenir son regard.
« Je suis ravi et conscient que l'offre qui s'offre à moi est exceptionnelle. Cependant, j'aimerais avoir davantage de temps pour y réfléchir, si ce n'est pas trop demander. »
Marion sourit légèrement.
« Bien sûr. Prends ton temps. »
Léo agrippa la poignée afin de quitter le bureau.
Puis la voix de Marion, cette fois plus douce, l'arrêta.
« Au passage, je ne t'ai pas choisi uniquement parce que tu es puissant et que nos éléments se ressemblent. »
Elle marqua une pause.
« Bien sûr, ce sont des critères. »
Léo tourna légèrement la tête.
« Pourquoi alors ? »
Il ne pouvait pas voir Marion derrière lui.
Pourtant, cette dernière affichait un sourire chaleureux et bienveillant.
« Parce que tu es sincère. »
Léo grinça légèrement des dents.
« Merci pour le compliment, j'imagine. »
Léo déambulait dans les couloirs lorsqu'un élève le remarqua.
« Tiens, c'est toi le nouveau, hein ? Un campagnard à ce qu'il paraît. »
Il afficha un sourire arrogant.
« Très bien. Je te fais l'honneur de me défier. »
Léo l'ignora et continua simplement sa route vers une salle d'entraînement isolée.
L'élève le rattrapa.
« Tu n'écoutes pas quand on te parle ? Je te déf... »
Il s'interrompit brusquement.
En observant le regard de celui qu'il provoquait, il y distingua plusieurs émotions.
De la colère.
De la peur.
De la détermination.
Et d'autres encore qu'il ne parvînt pas à identifier.
En revanche, lui n'en ressentait plus qu'une seule.
La peur.
Léo dégageait une hostilité presque palpable.
« Bouge. »
L'élève sursauta, mais conserva son ton arrogant.
« Hein ? »
Léo posa sa main sur son épaule et la serra.
Puis il répéta d'une voix glaciale :
« Bouge si tu ne veux pas devenir mon nouveau sac de frappe. »
L'élève resta figé sur place.
Arrivé dans la salle d'entraînement, Léo se contenta de frapper inlassablement un sac de frappe.
Il frappait le sac comme on frappe à une porte qui ne s'ouvre jamais.
Dans la pénombre du gymnase désert, chaque impact résonnait contre les murs.
Ses poings dessinaient dans l'air des trajectoires précises, presque élégantes, tandis que la sueur glissait le long de son visage marqué.
Dehors, le jour s'effaçait lentement, avalé par les ombres du soir.
Pourtant, il continuait.
Comme si le rythme de ses frappes pouvait faire taire le tumulte qui grondait en lui.
Les heures passèrent.
Le soleil avait disparu depuis longtemps lorsque la lune finit par apparaître derrière les immenses vitres du gymnase.
Sa lumière pâle vint se poser sur ses épaules comme une main silencieuse.
Il s'arrêta enfin.
Son souffle brûlait sa poitrine.
Ses poings étaient rouges.
Son regard, lui, demeurait perdu quelque part entre la fatigue et l'espérance.
Il frappait le sac pour faire taire ses questions.
Mais elles frappaient plus fort que lui.
« Regarde-toi... »
Sa voix résonna faiblement dans le gymnase vide.
« Toujours debout... »
Il baissa les yeux.
« Mais toujours perdu, Léo. »