Chapitre 2
Au cœur d'une vaste plaine baignée de verdure, là où les herbes hautes ondulaient sous les caresses d'un vent paisible, le monde semblait suspendu dans une éternelle fin d'après-midi. Une lumière orangée, douce et enveloppante, descendait lentement du ciel, réchauffant l'air et donnant à chaque feuille l'éclat d'un trésor.
Allongé au milieu de cette mer végétale, un jeune homme ouvrit lentement les yeux.
Ses paupières étaient lourdes, comme si le sommeil refusait encore de le quitter. Pendant quelques secondes, il demeura immobile, observant les nuages qui glissaient paresseusement au-dessus de lui, cherchant à rassembler les fragments d'un rêve dont les images s'effaçaient déjà.
Dans un silence absolu, il se redressa.
Son regard parcourut lentement l'horizon jusqu'à apercevoir, au loin, les toits familiers de son village qui émergeaient derrière les collines.
Une inquiétude soudaine lui serra l'estomac.
« E merde j’ai dormi combien de temps ? »
La notion même des heures semblait lui avoir échappé. Son étrange songe avait été si intense qu'il avait eu l'impression d'y vivre pendant des jours entiers.
Il resta figé, perdu dans ses pensées, essayant désespérément de se rappeler ce qu'il avait vu.
Puis une voix grave déchira le calme de la plaine.
« Léo où est tu encore passé ! »
Le jeune homme releva brusquement la tête.
Même portée par la rudesse habituelle de son père, cette voix trahissait une inquiétude sincère. Derrière chaque syllabe résonnait la peur de ne pas retrouver son fils.
À peine eut-il reconnu cette voix qu'un second cri retentit, bien plus aigu.
« Léo ne croit pas que tu pourras te cacher éternellement ! »
Cette fois, il n'y avait aucun doute.
Sa mère.
Un léger frisson parcourut instantanément son échine.
Je crois que je suis bon pour me faire engueuler…
Comme pour confirmer ses craintes, une nouvelle réplique arriva presque aussitôt.
« Si à chaque fois que l’on parle de ta scolarité tu t’enfuis on va finir par te forcer à devenir chercheur d’ordure. »
Léo esquissa un sourire nerveux.
Les questions sur son rêve devraient attendre.
Il prit une profonde inspiration.
Ses jambes se fléchirent légèrement.
Puis, dans une explosion de puissance parfaitement naturelle pour lui, il bondit en avant.
L'air sembla se comprimer autour de son corps avant d'être violemment repoussé. En quelques secondes seulement, il franchit une distance qui aurait demandé plusieurs minutes à un homme ordinaire.
Son atterrissage, en revanche, fut loin d'être discret.
Le sol trembla sous l'impact.
Une large fissure se propagea en éventail dans la terre sèche, soulevant poussière et petits cailloux.
Sa mère soupira avant de lui asséner un léger coup sur le sommet du crâne.
« Apprend à mieux contrôlée tes pouvoirs enfant indigne. »
Le geste n'avait rien de véritablement violent, mais il suffisait à lui rappeler qu'il avait encore beaucoup à apprendre.
Elle observa alors son visage.
Quelque chose n'allait pas.
Les yeux de Léo semblaient absents, comme retenus ailleurs.
Avant même qu'elle ne puisse poser la moindre question, il répondit de lui-même.
« J’ai fait un rêve un peu bizarre c’est tout. »
Son père croisa les bras avant de laisser échapper un rire moqueur.
« E bah alors fiston on a tous déjà fait des rêves bizarres hein. »
Pourtant, derrière cette plaisanterie se cachait une réelle perplexité.
Il connaissait son fils.
Léo n'était pas du genre à perdre ses moyens pour un simple cauchemar ou une vision sans importance.
Si ce rêve l'avait autant troublé...
Alors il devait cacher quelque chose de plus profond.
Sa mère finit par tourner les talons.
Sans même se retourner, elle lança calmement :
« On rentre. On aura une petite discutions. »
Léo s'apprêtait à les suivre.
Il fit un pas.
Puis le monde vacilla.
Le paysage devant lui sembla se dissoudre comme une peinture emportée par la pluie.
La plaine.
Le village.
Le ciel orangé.
Tout disparut.
À leur place apparut une immense cavité souterraine.
Les parois étaient recouvertes d'innombrables cristaux si purs que leurs surfaces réfléchissaient parfaitement la lumière, transformant la caverne en un dédale de miroirs étincelants.
Sans savoir pourquoi, Léo en était absolument certain.
Ce n'étaient pas de simples minéraux.
C'étaient des diamants.
Des milliers.
Peut-être des millions.
Mais ce qui le troubla davantage encore ne venait pas de leur éclat.
Quelque chose l'appelait.
Une présence invisible.
Une sensation de familiarité si profonde qu'elle semblait inscrite au plus ancien de ses souvenirs.
Comme si cet endroit l'attendait depuis toujours.
Inconsciemment, il tendit la main et tenta d'avancer vers cette mystérieuse lumière.
Au même instant, la vision se brisa.
Tout s'évanouit.
La plaine réapparut.
Le vent souffla de nouveau entre les hautes herbes.
Et Léo resta immobile, le cœur battant, incapable de dire si ce qu'il venait de voir relevait encore du rêve... ou de tout autre chose.