Chapitre 11
Après avoir été témoin de l'autorité que la jeune femme pouvait exercer sur Howard, Léo fut logiquement curieux.
Tout en montant les escaliers, il se pencha vers Howard et lui chuchota à l'oreille de manière à ce qu'eux seuls puissent l'entendre.
« Eh, si elle peut te donner des ordres comme ça, c'est quoi exactement son poste ? Commandant ? Table ronde ? »
Howard resta silencieux, ne souhaitant visiblement révéler aucune information.
Toujours en chuchotant, Léo insista :
« Eh, c'est le devoir de l'armée d'ignorer son peuple ? »
Sans se retourner, la jeune femme répondit d'un ton légèrement froid :
« Un poste suffisamment élevé pour te renvoyer dans ta cambrousse si besoin. »
Léo déglutit, se demandant quel genre de réprimande il subirait s'il osait revenir chez lui après avoir été renvoyé sans même avoir mis un pied à Virelune.
« Pardon, madame. J'étais simplement curieux. »
Esquissant un léger sourire amusé, elle tourna légèrement la tête. Une faible lueur de vie traversa alors ses yeux habituellement vides.
« Je suis Marion Selfort, protectrice en chef de Virelune. »
Léo fut surpris, non pas par son statut, mais par tout autre chose.
La vache... Elle a un nom de famille !
En effet, peu de gens possédaient un nom de famille à cette époque.
Soit ils descendaient d'une famille noble et en héritaient naturellement.
Soit le gouvernement leur en accordait un en récompense de grands accomplissements.
Cependant, au vu de la réaction de Marion face à sa curiosité, Léo préféra ne pas tester davantage les limites de la patience de la belle gardienne.
C'est que je tiens à la vie, moi !
Continuant à gravir les somptueux escaliers, Léo se retrouva finalement face à l'entrée de l'académie.
Devant lui se dressait une immense porte ornée de motifs semblant avoir été gravés dans l'or. Au centre figurait la représentation de ce qui semblait être le fondateur de l'établissement.
Je suppose que ce type était sacrément égocentrique pour se faire représenter sur les portes de son école.
Comme si elle lisait dans ses pensées, Marion prit la parole.
« Sur cette porte est gravé le fondateur de cette académie, Reinhardt Virelune. Les motifs qui l'accompagnent seraient une représentation de ses pouvoirs. »
Léo ne comprenait pas.
« ‘’Seraient’’ ? On ne sait pas à quoi ressemblaient ses pouvoirs ? »
Howard répondit aussitôt, comme s'il reprenait son exposé interrompu plus tôt.
« Cela fait une vingtaine d'années que le fondateur est mort, et peu de personnes auraient été capables de le pousser à se battre sérieusement. »
Marion poursuivit :
« Et sachant que la nature d'un pouvoir peut être exploitée comme une faiblesse, tant qu'il n'y était pas contraint, il évitait de dévoiler l'étendue complète de ses capacités. »
Howard ajouta ensuite :
« Peut-être que le seul à réellement connaître l'ensemble de ses pouvoirs est le Forgeron Céleste. »
Léo n'était pas particulièrement doué en histoire, mais il relia rapidement les quelques éléments qu'il connaissait déjà.
Il comprit que Reinhardt Virelune et le Forgeron Céleste faisaient probablement partie des cinq Sauveurs Célestes.
L'empêchant de poursuivre sa réflexion, la voix douce mais froide de Marion retentit.
Elle invita Léo et Howard à pénétrer dans l'académie.
Après avoir franchi les portes, Marion les conduisit dans une pièce adjacente avant de tendre un document à Léo.
Il s'agissait simplement d'une fiche d'inscription.
Pendant ce temps, Howard et Marion semblaient discuter entre eux.
Ne prêtant pas vraiment attention à leur conversation, Léo finit par remplir cette satanée paperasse qui lui avait donné tant de mal.
Après avoir remis la feuille à Marion, cette dernière lui demanda de la suivre.
Avant cela, Howard devait repartir. Après tout, le vice-capitaine avait d'autres responsabilités à assumer.
« Eh bien, toute chose a une fin. On se reverra plus tard... si tu ne te fais pas virer. »
Lui tendant la main pour un check, Howard poussa un soupir et lui sera finalement la main.
« Pas drôle, mec. »
« Peut-être un autre jour, Léo. Au revoir, vous deux. Prenez soin de vous. »
Léo, légèrement abasourdi, se tourna vers Marion.
« Il était légèrement décontracté, là, non ? »
Marion se retourna puis reprit sa marche.
« Allez. Je dois te faire visiter. Ne gaspille pas davantage mon précieux temps. »
Légèrement dépité, Léo lui emboîta tout de même le pas.
« Bon... d'accord. »
Ce garçon est plutôt amusant.
Pensa Marion, un léger sourire aux lèvres.