Chapitre 71
La balle venait de le transpercer, Eden devait faire le reste.
Je le voyais ouvrir son portail pour y vaincre un dieu.
Une hache vint écraser mon fusil.
Je me retournai en panique, créant des dagues d'eau.
Une hanche vint essayer de broyer mon torse comme mon fusil. Mes dagues vinrent la bloquer de justesse. J'étais au sol et en face de moi, quatre généraux en armure lourde, symbole d'Irmselia sur l'épaule. Ils avaient de grandes capes rouges qui affirmaient leur stature. Leur mana était presque comparable à Eden.
Les quatre bâtiments étaient prêts à s'écrouler de toute leur violence sur moi. Je me dégageais de cette position désastreuse, roulant difficilement trois mètres plus loin. Leurs corps massifs avançaient lentement vers moi. Je leur projetais des épines de glace, mais rien n'a y faire. Ils semblaient insensibles, solides comme des rocs.
La riposte était sans intérêt. Mon option, le corps à corps, défavorable mais le seul moyen de traverser leur défense.
J'utilisai ma vitesse pour qu'il ne puisse réagir à mon attaque, du moins c'était ce que je pensais.
Il m'attrapa par la gorge et m'arracha mon armure.
On me rua de coups, jusqu'à ce que les coups ne soient plus douloureux. J'entendais mes côtes se briser. Ils prenaient plaisir avant de me tuer. J'avais tué leur leader, je l'avais mérité. C'est un échange normal. Ce n'est pas mon corps qui me tenait éveillé malgré cette violence, c'était ce deuxième cœur. Il hurlait pour ma vie, ce pacte qui m'obligeait de vivre.
C'est alors qu'elles ressortirent, les griffes plus noires que la nuit. Je les sentis feindre ma peau. Un mana sombre émanait de mon corps, précisément de ce deuxième cœur.
Un des colosses cria : "Coupez-lui vite sa tête, procédure normale, c'est un pactisé."
Il n'eut le temps de regarder son collègue que la sienne tomba. Mon bras, d'un mouvement inconnu, l'avait abattu tout seul. Je n'étais point maître de mes actions. L'animal se réveillait pour la deuxième fois. Les trois autres étaient terrifiés et reculèrent. Ils se mirent sur la défensive.
Je n'étais pas le premier qui les affrontait à manier ce genre de pouvoir.
Ce n'est pas l'origine du pouvoir qui les effrayait, mais sa quantité. Le mana de ce cœur semblait un abîme sans fond.
J'étais le pantin de mon propre corps animal. Les gestes appliqués par mes muscles étaient violents et vifs, maitrisés en toutes circonstances.
Ils perdent rapidement le rythme et un deuxième succombe d'un coup qui lui transperce le ventre.
Les lames de mes adversaires viennent défier les griffes du démon.
Celui-ci ne fit pas dans la dentelle. Les corps furent déchiquetés comme du vulgaire papier.
Je n'avais été que l'observateur passif de mon corps.
Les ennemis étaient morts.
C'était fini.
…
Mon corps n'était toujours pas le mien.
Je me sentis m'écrouler sur ce sable chaud. Un portail violet sembla s'ouvrir devant moi. Ma vision réduisait et je vis de majestueuses bottes noires en cuir sortir du portail. Mes paupières se fermèrent lentement.
Un rêve vint m'amener dans un souvenir passé.
Je me réveillais dans une piscine.
L'eau était calme, les lignes noires sur le bleu du fond défilaient rapidement sous mes yeux. Je connaissais cet endroit. Mon corps venait briser le froid avec force. Les gradins en granite blanc, les plots de départ, l'odeur du chlore et les cris de la foule. La piscine municipale était en feu, ces cinquante mètres de crawl en finale étaient si importants, je devais aller plus vite.
Mes bras fendaient l'eau avec une régularité parfaite. À chaque mouvement, je sentais mes muscles répondre, mes jambes, fortes, me propulser vers l'avant. Mon cœur battait de toutes ses forces. Je n'avais jamais été aussi rapide. Je me sentais égalisé par le nageur de la ligne à ma gauche. L'arrivée approchait. Je tendis le bras et frappai le mur.
Je relevai la tête pour voir mon résultat.
Sur le tableau des scores…
J'étais à 25,11 et le deuxième à 25,31 secondes.
Deux dixièmes de seconde.
OUI !!!!
VICTOIRE !!!
Je frappai fort mon bras dans l'eau comme pour affirmer cet exploit.
Je l'ai vaincu, Takeo à ma gauche avait perdu. Je m'étais entraîné et, comme à chaque compétition interscolaire, j'étais le meilleur. La première place me revenait sur le podium, quel beau souvenir.
C'est le lendemain, dans les couloirs de l'école, que je me vantais de mes exploits. Mais j'entendais au fond de certains couloirs des voix discordantes, celle de Takeo. Il disait à qui voulait le croire qu'il restait le plus fort et qu'il ne s'était pas préparé pour cette petite compétition. Je le savais, il était juste prétentieux et refusait juste ma victoire. Sa phrase fétiche : "Je lui laisse volontiers cette victoire si ça peut flatter son ego."
Je n'avais que faire de ces mensonges et partais en cours.
Le journal de l'école était paru une semaine après mon succès, il y avait toujours une page réservée aux sportifs de notre établissement. Il y avait deux articles qui parlaient de natation.
Le premier racontait mon exploit ; ma victoire sur le fil contre Takeo. On y racontait comment je m'entraînais tous les jours pour cet événement. Comment, pour la deuxième année d'affilée, j'avais encore triomphé face à lui.
Le deuxième parlait de Takeo et de son voyage à Berlin pour une étape de Coupe du monde de natation. On parlait de sa troisième place face à un Autrichien et un Suédois. Il parlait de la fatigue de cette compétition et dont il se remettait lentement. Mais il se préparait assidûment pour les mondiaux, assurait-il dans son interview avec l'un des membres du comité de journalisme.
Je refermai le journal et le jetai à la poubelle qui s'enflamma de flammes violettes et noires.