Chapitre 27
Chapitre 27
Des branches sont coupées ou brûlées.
Nous continuons à avancer dans cette immense forêt.
Mon âme est toujours perturbée par ce que nous avons vécu. Je ne veux plus avoir à utiliser mes armes. Peut-être que nous étions ennemis, comment agir quand c’est trop tard ? Est-ce que je dois laisser la chaîne alimentaire faire ou ai-je un droit de veto sur le destin ? Aurais-je pu supporter de baisser les armes pour ainsi faire naitre des larmes chez mes amis ?
Non…
Enfin, si cela avait été des humains, aurais-je agi comme ça ? Les orcs n’avaient qu’un caractère animal, j’ai pu me justifier que c’était nous ou eux. Mais là, ils parlaient tous la même langue, rien ne pouvant empêcher la diplomatie.
Si Ten ne nous avait pas sortis de cette situation. Les aurais-je tués, massacrés ? S’ils avaient tué mes amis devant mes yeux encore innocents. Aurais-je laissé ma raison ou mes émotions s'exprimer ?
Un cœur plein de rancœur aurait plongé des lames, larmes, dans leur chair sous le souhait d'une âme coupable.
Il est important de se poser ces questions, mais je suis encore sous le choc. Il faudra les étudier quand ma tête sera reposée. Mon état mental pourrait faire, sans le vouloir, une pente fatale. Mon cerveau est ma meilleure arme de survie dans un milieu hostile. Je dois en prendre soin, de moi et des autres. J’accorde une grande estime à Ten, il m’a évité d’avoir à choisir.
Nous avons aussi proposé certaines nouvelles règles essentielles à notre survie. Nous nous baladons maintenant toujours à deux pour éviter les futurs problèmes.
Mes mains sentent des vibrations venir de la planche sur laquelle est allongé Ten.
Ten semble trembler sur la planche.
On s’arrête et appelle Aisha.
La planche est posée à terre. Notre groupe s’arrête, cela faisait environ deux heures que l’on marchait.
Tous se rapprochent de nous. Nous sommes tous inquiets pour Ten. Aisha s’exprime :
« La température de son corps est très chaude, on a l’impression qu’il a de la fièvre. »
« Que faire ? » demande alors Morice. Le vent est pourtant si froid.
« Je n’ai rien pour l’aider. Si quelqu’un pouvait aller à la rivière pour apporter un bout de tissu mouillé. »
Thomas s’y presse avec Nicolas.
On s’est tous assis pendant que Kaze et Aisha s’occupaient de notre sauveur malade.
Nous sommes maintenant assez loin du hameau maudit pour allumer un feu. Tout le monde part à ses occupations. Je fais deux-trois pas pour me rapprocher légèrement de Kaze et Aisha.
J’aimerais apprendre, comprendre comment on peut sauver des vies.
Les deux vont se concentrer, ils ne prêtent pas la moindre attention à mon rapprochement. Je toussote et demande :
« Est-ce que vous pouvez m’expliquer ce que vous faites ou si vous pouvez m’apprendre ? »
Les deux commencent alors à m’expliquer la situation.
« C’est très gentil de ta part, Eden, mais on ne pourra rien t’apprendre actuellement. »
« Eden, si tu arrivais à manier la magie de guérison, cela pourrait peut-être nous aider. »
Kaze rétorque :
« Eden, même si tu la maitrisais, cela ne serait qu’une question de jours pour Ten. »
Sa voix portait une tournure fataliste que je ne supportais pas, il y avait toujours de l'espoir. Ten est fort, il vaincra cette vilaine fatigue.
« Jamais dans toute ma carrière, je n’ai vu de fièvre si violente. »
« Vois-tu l’énergie vitale de Ten ? »
J’hoche négativement la tête.
« Vous avez tous une énergie vitale semblable, mais la sienne reste presque vide depuis déjà deux jours, impossible avec mes soins d’influer dessus. »
« On va faire de notre mieux, mais on ne peut rien promettre aux autres. »
Je me suis relevé ou du moins, à moitié. Je me suis appuyé sur un arbre pour remettre mon corps debout. J’étais comme perdu. Je les ai laissés s’occuper de mon ami. Je suis allé m’asseoir au bord de la rivière. Mes pieds ne touchaient point l’eau. Elle les répugnait. Je ne sais pas, il n’était pas mort. Mais je le voyais déjà mort. Je ne voulais pas, je refuse !
Dans un élan de rage, mon bras a déchiré d’un coup sec le voile de la réalité et je suis rentré dans mon palais. Sans même me rendre compte qu'il était revenu. Je fuyais temporairement une réalité qui me déplaisait.
Quand je suis rentré dedans, j'ai perçu les restes de mon combat. Le sol est recouvert de sable, freine mes pieds. Mon temple est détruit, ce n’est qu’un vulgaire château de sable qu’une tempête avait balayé. J’escalade les gravats. Les colonnes dorées qui trônaient autrefois étaient maintenant écrasées et brisées contre le parquet de marbre fissuré. Je fouille parmi les rochers et la poussière. Je ne trouve que des tas de cendres et quelques taches de sang qui avaient séché.
Je respire un grand coup.
Ma main se lève lentement et pointe du doigt l’une des colonnes. Elle se soulève, ses fissures disparaissent, au rythme de mon mana, lentement. Chaque pilier est remis à sa place. Le sable est chassé de ma demeure avec les cendres. Je prends sur moi et commence à enlever les taches laissées pour les orcs. Tout semble être rentré dans l’ordre.
Mon seul souci…
Aucun de mes ouvrages n’a survécu. Toute cette connaissance n'est plus. Il me restait quelques cailloux qui avaient survécu aux flammes.
Je n’ai rien qui pourrait sauver Ten.
Peut-être que je devrais essayer.
Je crée une petite aiguille d’énergie et la plante sur le sommet de mon doigt. Une petite goutte de sang sort. Je me concentre, encore et encore.
Je veux que ce petit trou se cicatrise. Je focalise toute mon attention sur mon mana au niveau de la plaie.
Le sang accélère sa coagulation. Sous mes yeux, j’ai accompli le miracle que je souhaite. Le mana est la solution. Les colonnes tremblent, mon palais danse avec moi.
Le destin n'est pas figé.
Aucune seconde à perdre, je saute de ma dimension.
J’atterris les pieds dans l’eau de la rivière, je souris.