Chapitre 24
Chapitre 24
Cela va maintenant faire une semaine depuis la séparation du groupe en deux.
J’ai l’impression d’être le seul à avoir encore des regrets. Il pleut aujourd’hui, la marche est un peu plus difficile que les jours précédents. Heureusement qu’Aisha est là pour remonter le moral aujourd’hui.
Ten maîtrise maintenant un peu de mana. Il a fait de grands progrès, il faut remarquer qu’il y travaille rigoureusement. Personne n’a fait autant de progrès que lui. Morice est devenu le bras armé de notre groupe, sa force se rapproche plus de celle d’un orc que de l’humain.
Mon extension ne veut plus s’ouvrir. Mon mana prend du temps à revenir. Dans quel état ai-je laissé mon palais ? Tous les livres ont pris feu pour la cause, le travail depuis mon arrivée ici. J’ai au moins récupéré mon arme fétiche, le bâton d’Irmin. Eiji l'a donc utilisé, j'espère qu'il va mieux. Mon message aura peut-être réussi à se faire une place dans son cerveau.
Nous sommes tous déterminés à sortir de ce monde. Personne n’a perdu l’objectif. Même si les autres ne nous ont pas suivis, nous nous sommes promis de les sortir d’ici. Personne ne sera laissé derrière, même Eiji.
J’ouvre la voie avec Emilie pour les autres aujourd’hui.
Elle me parle de ses théories sur notre moyen de rentrer dans notre monde.
C’est alors que nous apercevons un petit hameau de l’autre côté de la rivière. Elle s’exclame et pointe la civilisation du doigt. Le groupe saute de joie, nous pouvons enfin rencontrer les peuples de ce monde.
Laura propose à Takeo de faire notre première rencontre avec des humains.
Nous nous concertons sur la manière d’aborder ce petit village.
Pour finir, nous avons décidé que j’irai avec Takeo, Ten et Laura au village et les autres resteraient plus loin dans la forêt pour ne pas attirer les soupçons. Je lancerai un éclat de lumière dans le ciel si les négociations se passent mal. Ainsi les autres pourront venir nous porter secours.
Nous nous équipons du mieux que l’on peut pour paraître de vrais aventuriers, comme me l’a expliqué Eiji. Je conviens aux autres de ne pas nous présenter comme des héros au premier venu car cela amènerait peut-être à finir capturés et vendus. Je rappelle la disparition mystérieuse d’Eiji.
Morice propose que Takeo joue le rôle de leader et il ne faut faire aucune allusion aux héros en premier lieu.
C’est avec ses consignes en tête que nous sortons des bois.
L’entrée du village est à une cinquantaine de mètres. C’est que notre arrivée semble remuer tout le village. Une dizaine de personnes armées se tiennent à l’entrée.
Une guerrière d’une quarantaine d’années s’approche de nous. Elle semble me dévisager. Takeo lui adresse la parole et nous présente. Elle nous observe avec un œil questionnant.
« Vous êtes une drôle de troupe. À quelle guilde appartenez-vous ? »
« Aucunes, nous sommes un groupe indépendant. »
« D’accord, souhaitez-vous donc passer une nuit dans notre auberge ? »
« Combien cela nous coûtera ? Nous ne roulons pas sur l’or. »
Un sourire naît sur le visage de la cheffe.
« C'est offert. Nous n'avons pas souvent de visiteurs par ici. » Elle laissa le silence s'installer un moment. « D'où venez-vous exactement ? »
Takeo esquive comme une loutre la question.
Ils étaient nombreux autour de nous, bien armés. Takeo s’est senti un peu obligé d’accepter la faveur.
Ils nous invitent alors dans leur grande auberge. Elle nous apparaissait abandonnée, pourtant ils semblaient s’y plaire. Certaines fenêtres étaient brisées. Les tables étaient pour certaines poussiéreuses. La bâtisse fatiguait avec le temps.
Nous n’allions point nous plaindre, nous pourrions enfin profiter d’un vrai lit. Nous suivons la guide. Montons un étage. On nous présente nos chambres. Je rentre dans la première sur la droite. De fines planches de bois servent de plancher, un petit lit se trouve à la gauche de la porte, collé contre le mur. La lumière entre par une petite fenêtre. Je peux entendre des murmures sous le plancher. Les murs sont fins. L’isolation n’existe point. Je redescends avec les autres, la cheffe nous indique qu’il faudra être présent dans une heure vers le coucher de soleil.
Je sors de l’auberge, Takeo vient me parler.
« Tu vas retourner voir les autres et leur indiquer que notre première rencontre avec des humains se passe à merveille. »
« Okay, juste restez normaux et discutez avec les gens dans ce village pour en apprendre un maximum sur notre destination. »
« Interdit aux autres de venir, ça serait trop risqué, je sens moyennement la cheffe. »
Je repars en direction de la forêt, prétextant vouloir me rafraîchir à la rivière.
Un jeune homme borgne assis sur une pierre me dévisage puis me sourit. Un sourire gênant, c’est comme s’il m’en voulait. Il aiguise sa lame d’un air motivé. Son seul œil noir me met un peu mal à l’aise.
J’incline ma tête en passant à côté de lui, il ne répond pas.
À peine rentré dans le bois que je me fais harceler de questions. Avant de leur répondre, je m’assois au sol et leur explique la situation.
« C’est un petit village, il nous offre l’hospice pour cette nuit. Nous n’avons rien laissé transparaître à propos de notre réelle identité. Ce soir, nous dînerons avec eux. Cependant, il vaut mieux que vous restiez ici pour cette nuit. Laura, Ten et Takeo sont actuellement en train de discuter avec les habitants. »
Morice se lève de son tronc et prend la parole : « Pourquoi on ne pourrait pas venir ? »
« C’est un risque qu’on ne veut point prendre. On essaye déjà de s’intégrer doucement. »
Il semble comprendre. Émilie m’interroge sur les coutumes.
« Je suis désolé, on n’a pas encore abordé ce sujet avec eux. »
Kaze aimerait savoir s'ils maitrisent la magie. Ils veulent encore me poser plein de questions, mais cela devra malheureusement attendre demain. Je comprendrais leur impatience si j’étais dans leur situation. Il va falloir attendre qu’on quitte ce village pour pouvoir parler un long moment. Je dois retourner au hameau, le soleil commence à toucher l’horizon. Leur souhaitant le meilleur pour cette nuit, je sors du bois.
Arrivant vers le village, le jeune a disparu de son poste d’observation. Il n’y a pas un chat sur la place principale. De la lumière émerge seulement de l’auberge. Je me rapproche tranquillement.
Ouvrant la porte, c’est à ce moment que j’ai compris que j’avais commis une grave erreur.avec les