Chapitre 1 066
Bonjour.
Je suis le Roi conquérant.
Le roi du royaume de Jidoen.
Et je suis aussi le Roi unificateur du Royaume-Uni de la région de Careland.
Appelez-moi donc le Roi unificateur.
Ah, pas sur le ton de la moquerie. Avec respect.
Si le respect, c’est trop demander, un peu de politesse suffira.
Bien, répétons tous ensemble.
Je ne vous entends pas !
Encore une fois !
-0-
Je suis rentré de voyage.
Ça m’a pris environ un an.
La capitale royale… C’est un endroit tout neuf, et je l’ai quittée peu après que nous avons commencé à y vivre. Je n’y suis donc pas particulièrement attaché, mais j’ai tout de même l’impression de rentrer chez moi.
Elle semble avoir doublé de taille depuis mon départ, mais je ne vais pas m’attarder sur les détails.
Et puis, il y a l’accueil… Hé, c’est quand même un problème si les gardes de la porte de la capitale royale ne me reconnaissent pas.
Mettez des vétérans à ce poste.
Comment ?
Ce sont des vétérans ?
Ils ont juste oublié un instant ?
N’oubliez pas le visage du roi au bout d’un an seulement !
Et vous ne voyez pas le groupe de compagnons derrière moi ?
On dirait clairement un cortège royal.
Dans ce cas, le roi ne devrait-il pas être à la tête du cortège ?
Ne devrais-je pas prendre fièrement ma place au milieu du groupe ?
J’étais juste un peu enthousiaste à l’idée d’être enfin rentré chez moi.
Ne soyez pas si durs.
Alors, où est mon accueil ?
Il vous faut un peu de temps ?
Vous rassemblez tout le monde maintenant ?
Non, non, je vous avais prévenus de mon retour, non ?
Vous n’avez reçu ni ma lettre ni mon messager ?
Vous les avez bien reçus, mais vous étiez occupés et vous avez remis ça à plus tard ?
Parce que de toute façon, je n’allais pas rentrer de sitôt ?
Bon, il est vrai que je suis rentré plus tard que la date annoncée dans ma lettre et par mon messager.
D’accord, d’accord.
Je vais attendre un peu.
Hum ?
Si je dois attendre, est-ce que je peux m’éloigner un peu ?
Je gêne le passage, ici ?
Ils traitent de gêneur un roi qui a accompli une tâche aussi importante…
Je comprends qu’il y ait beaucoup de monde qui entre et sorte par cette porte, mais c’est bien l’entrée réservée au roi et aux nobles, non ?
Il n’y a pas beaucoup de passage, d’habitude ?
Il y a tellement de nobles pénibles qu’il faut prendre toutes sortes de précautions ?
Donc, ce n’est pas calme du tout ?
Je vois…
Très bien.
Alors, nous allons attendre là-bas, à l’ombre.
Ça devrait aller.
-0-
Trois personnes sont là pour m’accueillir.
Une à ma droite, deux à ma gauche.
Sans doute des gens qui se trouvent dans les parages et qui n’ont rien de mieux à faire.
……
Les gardes ne pourraient pas se joindre à eux, au moins ?
Ils doivent surveiller la porte ?
Eh bien, évidemment.
Merde.
Si c’était la porte d’une ville ordinaire, je suppose que ça suffirait.
Mais c’est la capitale royale.
Ma capitale royale.
Ce serait vraiment trop demander qu’on réserve au roi un accueil un peu plus grandiose ?
Est-ce que je devrais me mettre en colère ?
Non. Je ne le ferai pas.
J’ai énormément grandi au cours de mon voyage. Je ne vais pas me fâcher pour une broutille pareille.
Tout va bien.
J’ai appris une méthode pour me calmer.
Compter les bols de ramen.
Un bol de ramen shoyu, deux bols de ramen shoyu, trois bols de ramen shoyu, quatre bols avec une portion de nouilles supplémentaire, cinq bols de ramen shio pour changer un peu…
Je me calme.
Le ramen, c’est vraiment la justice.
Je l’ai découvert dans l’un des pays que j’ai visités en chemin.
J’ai quand même été un peu embêté quand on m’a dit qu’on ne me laisserait pas quitter le pays avant que j’aie appris à préparer du ramen.
Hahaha.
Maintenant, je peux préparer du ramen tant que j’ai les ingrédients.
Je peux même faire les nouilles moi-même.
-0-
J’arrive au château royal, au centre de la capitale.
Les gardes de cette porte se souviennent de moi.
Ouf.
Mais le comité d’accueil est toujours aussi maigre.
On dirait que des commerçants du quartier du château royal se sont joints à l’accueil, avec leurs clients. Mais à leurs expressions, je devine qu’ils pensent : « Bon, j’imagine qu’on n’a pas le choix. »
J’ai compté jusqu’à quinze bols de ramen ; je suis donc parfaitement calme.
-0-
Comme prévu, une fois entré dans le château, je suis accueilli.
Mes subordonnés m’entourent.
Oh, pardon.
Je vous ai inquiétés, pas vrai ?
Ne dites pas des choses comme : « Enfin de retour. »
Ce n’est pas comme si j’avais passé mon temps à m’amuser.
J’ai plein d’histoires sur les épreuves que j’ai traversées.
Il y a même eu des moments où je me suis préparé à mourir.
Bon, je vais d’abord me débarrasser de la poussière du voyage.
Les subordonnés qui ont voyagé avec moi se dispersent eux aussi…
Ah, ils sont déjà partis avant que je puisse les remercier !
Je croyais qu’on était des compagnons qui avaient traversé des épreuves ensemble !
Et vous, qui m’entourez, où m’emmenez-vous ?
Pour être honnête, l’intérieur du bâtiment a tellement changé que je ne sais plus où je suis, mais je vois bien que ce n’est pas ma chambre.
Pourquoi y a-t-il des piles de documents partout dans cette pièce ?
Vous traitez ce papier précieux avec bien peu d’égards…
Hein ?
Ce sont des documents qui attendent mon approbation ?
Attendez, attendez.
On devrait d’abord annoncer officiellement mon retour à la population, puis organiser un banquet pour fêter ça, et à partir du lendemain…
Comment ?
Chaque jour de retard sur une approbation pénalise cent personnes.
Donc, deux jours de retard, ça fait deux cents personnes pénalisées.
Mais quand même…
…Ces documents attendent ici depuis plusieurs dizaines de jours ?
Certains attendent depuis le jour de mon départ en voyage.
……….
D-D’accord.
Apportez-moi d’abord les plus urgents.
Et puis, j’ai été absent presque un an.
Il me faut quelqu’un pour m’aider à prendre ces décisions.
Je ne peux pas signer des choses que je ne comprends même pas.
Ne soyez pas surpris.
Ne me félicitez pas.
C’est tout à fait normal.
Dans ce cas, pendant que vous triez les documents les plus urgents, je vais aller voir Dame Tiselle et les autres…
Pourquoi vous m’attrapez ?
Et pourquoi vous y mettez autant de force ?
Vous pourriez me lâcher ?
…….
Donc, les documents de cette pièce sont les plus urgents, ceux de la pièce d’à côté viennent ensuite, et ceux de la pièce au fond peuvent encore attendre un peu.
Hahahahahahahahahaha.
Vous plaisantez, n’est-ce pas ?
Ils ne plaisantaient pas.
Et Dame Tiselle est partie à la tête de l’armée pour maintenir l’ordre dans différentes régions.
On dirait qu’Ekaterize-sensei fait le tour des fermes du pays.
Et Dame E3 ?
Elle maîtrise la pègre de la capitale royale ?
Mais qu’est-ce que cette fille fabrique ?
Non, dites-lui que je suis rentré.
Ce n’est pas vraiment un rapport. J’ai une lettre pour elle.
Je lui ai promis de la lui remettre en personne.
C’est la priorité absolue.
-0-
Il me faut dix jours avant d’être enfin libéré de la pièce remplie de documents.
Ils me prennent pour un prisonnier, à m’envoyer même un garde quand je vais aux toilettes ?
Bon, je me suis évadé deux fois.
Si je n’ai pas tenté une troisième fois, c’est parce qu’ils m’ont attaché une chaîne lestée à la jambe.
Franchement.
Ils ne comprennent vraiment pas comment on traite un roi.
Si je n’avais pas appris à compter les bols de ramen, en comptant aussi le riz sauté et les gyozas comme accompagnements, ça aurait pu mal tourner.
Je n’oublierai quand même pas le visage de ce fonctionnaire qui m’a assené une pile de documents alors que je comptais mes bols de ramen.
Bon, tous les documents qu’on m’a présentés contenaient des affaires importantes.
-0-
Une fois libéré, je me rends directement dans ma chambre… Ça fait si longtemps que je ne m’y suis pas senti tout à fait à l’aise, mais je dors comme un loir.
Le lendemain, je peux enfin rencontrer Dame Tiselle et les autres dans la salle du trône.
Ça fait longtemps.
Tous les trois, vous avez l’air un peu… enfin, vous êtes devenus plus forts, non ?
Ou vous avez simplement grandi ?
J’ai failli ne pas vous reconnaître.
Hahaha.
Hum, j’ai pu rencontrer le père de Dame Tiselle sans encombre.
Nous avons aussi discuté.
Je crois que nous sommes devenus de bons amis.
Du moins, c’est l’impression que j’en ai.
Je ne sais pas ce qu’il pense de moi.
Peut-être que c’est écrit dans les lettres dont il m’a confié la remise à Dame Tiselle et aux autres.
Les souvenirs et les cadeaux de sa part doivent arriver séparément.
Hein ?
Ils sont déjà arrivés ?
Environ trente jours avant mon retour ?
Hum, vous voulez savoir pourquoi je suis arrivé trente jours plus tard ?
Eh bien, tu vois…
Monter un dragon, c’est effrayant, après tout.
Oui.
Ils ont proposé de me renvoyer depuis le Royaume des Cinq Dieux-Dragons, mais j’ai poliment refusé et je suis rentré par bateau.
Par contre, le bateau du retour allait vite.
Les hommes-poissons nous ont escortés et guidés.
Nous sommes arrivés en un rien de temps à un port que je connaissais.
Le voyage aller a été beaucoup plus long, cela dit.
Nous nous sommes arrêtés dans différents ports en chemin.
Je pense que les pays humains devraient eux aussi engager des hommes-poissons pour escorter et guider leurs navires.
Hahahahaha.
« Roi unificateur. »
Qu’y a-t-il, Dame Tiselle ?
« Des gens sont partis après le Roi unificateur, mais, pour une raison ou une autre, ils ont accompli leur mission et sont rentrés avant lui. À votre avis, comment est-ce possible ? »
…….
« Leur mission était la même que celle du Roi unificateur : rencontrer mon père au Village Cinq. Étrange, non ? »
………
« Le Roi unificateur aurait-il traîné en route ? »
Je suis désolé d’être en retard.
Mais je ne traînais pas du tout…
« Vous ne traîniez pas ? »
Pas du tout !
« Alors, pourquoi cela vous a-t-il pris si longtemps ? »
Je me suis fait happer par le ramen et j’ai dû m’entraîner !
Et le Roi démon m’a attrapé pour me faire répéter les formules de politesse !
Voilà pourquoi je suis en retard !
En prenant le trône comme bouclier, je fais de mon mieux pour présenter mes excuses.
Ah, arrêtez d’essayer de fracasser le trône, s’il vous plaît.
-0-
Tiselle : « Vous vous êtes fait happer par le ramen ? Par la Reine du Ramen ? »
Roi conquérant : « Son disciple. Il est devenu roi et s’est donné beaucoup de mal pour répandre le ramen. »
Tiselle : « Vous n’auriez pas pu vous échapper ? »
Roi conquérant : « C’était le souverain d’un grand pays, alors je ne voulais pas m’en faire un ennemi. La Reine du Ramen et le Grand Maître m’ont aussi demandé de transmettre des messages. »
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Ekaterize : « Ça explique pourquoi la plupart des cadeaux arrivés avant vous étaient des ingrédients pour le ramen. »
E3 : « Ça me ferait plaisir d’en manger après tout ce temps. Alors, faites-moi un tonkotsu. »
Ekaterize : « Pareil pour moi. Ah, et faites cuire les nouilles al dente. »
E3 : « Je prendrai les miennes avec une cuisson normale. »
Roi conquérant : « Ah, le tonkotsu demande longtemps à mijoter. Et si on faisait plutôt du shoyu… non, du miso ? »