Chapitre 21
Chapitre 21
## Scène 1 — Étudier pour les gains
La bibliothèque de la classe Bronze occupait tout le dernier étage du bâtiment. Contrairement à l'agitation permanente des dortoirs et des couloirs, cet endroit semblait être un sanctuaire, totalement coupé du reste du monde.
De hautes étagères en bois sombre s'alignaient en rangées régulières, chargées d'ouvrages aux reliures variées. Histoire, théorie des cyphes, géographie, politique mondiale, bestiaires et anciens recueils de recherches se partageaient les rayonnages. Ici, le silence régnait en maître, seulement troublé par le bruissement occasionnel d'une page que l'on tourne ou le claquement sec d'un livre que l'on referme.
L'air était imprégné de cette odeur caractéristique de papier ancien et d'encre. À travers les grandes fenêtres du mur est, la lumière du matin inondait le parquet ciré. C'était l'heure où la majorité des étudiants erraient encore à moitié endormis ou se précipitaient vers leurs salles de cours, ce qui rendait ce coin de la bibliothèque particulièrement paisible.
C'était précisément l'environnement dont j'avais besoin.
Au fond de la salle, j'avais établi mon quartier général : une table presque invisible sous des piles de manuels désordonnés. Depuis une semaine, je m'y enfermais avec une discipline méthodique.
Si j'avais pris le risque de manipuler Brenda pour obtenir deux jours de repos supplémentaires, ce n'était pas pour flâner. Le Système était formel : l'acquisition de connaissances théoriques fondamentales permettait de générer des Points d'Insights. Et pour moi, l'information était une ressource bien plus précieuse que le simple prestige académique. Chaque chapitre assimilé, chaque loi complexe comprise, me permettait d'optimiser mes capacités.
Je n'étudiais pas pour obtenir des félicitations ou des notes. J'étudiais pour le gain.
...
« On raconte que les évals théoriques du premier semestre arrivent à grands pas. »
La voix de Caspian brisa ma concentration. Je relevai les yeux pour le trouver affalé sur sa chaise, une main derrière la tête, l'air beaucoup trop détendu pour quelqu'un qui évoquait des examens.
« Je suis au courant, » répondis-je simplement.
Il cligna des yeux, surpris. « Ah ouais ? »
« Les affiches sont placardées partout dans l'académie. »
Il resta silencieux un instant, m'observant avec une curiosité non dissimulée tout en s'adossant un peu plus.
« Tu es étonnamment serein pour quelqu'un qui s'apprête à passer ses premiers examens. »
Je refermai mon livre d'un geste calme. « Je devrais être inquiet ? »
« Un peu, ouais. »
« Pourquoi ? »
Il leva une main, comme si la réponse était d'une évidence absolue. « Parce que ce sont des évaluations cruciales. Si tu te plantes, tu passes pour un idiot. Et vu l'image de "mystérieux" que tu t'es bâtie, le contraste serait assez savoureux. »
« D'accord. »
Caspian me fixa, perplexe devant mon manque de réaction. « C'est tout ? Pas de stress ? Pas de panique ? »
« Non. »
Quelques secondes de silence s'écoulèrent. Son regard dériva alors vers les montagnes de livres qui m'entouraient.
« Tu as commencé à réviser, au moins ? »
« Oui, depuis une semaine. »
Cette fois, il se redressa brusquement, presque choqué. « Une semaine ? Toi ? »
« Oui. »
« Et tu as bouffé quoi, exactement ? »
Je posai le livre sur la table, le ton neutre. « L'essentiel de la théorie. Histoire mondiale, théorie des cyphes, géographie, politique mondiale, noyaux énergétiques, lois fondamentales, classification des fléaux. »
Au fur et à mesure que j'énumérais les matières, son expression évoluait. La curiosité fit place à l'incompréhension, puis à un scepticisme profond.
« Attends... tu es en train de me dire que tu as épluché tout ça ? »
« Oui. »
« En entier ? »
« Autant que possible. »
Il me fixa longuement avant de lâcher un petit rire incrédule. « Je ne te crois pas. C'est impossible. Tu as passé la moitié de ton temps à l'infirmerie ou à disparaître dans la nature. »
Je penchai légèrement la tête. « On peut appeler ça de la gestion du temps. »
Soudain stimulé par l'idée de me coincer, Caspian se redressa complètement. « Très bien. On vérifie. »
Il attrapa un manuel posé sur la table — un ouvrage dense sur la classification des fléaux — et l'ouvrit brusquement à une page aléatoire.
« Comme tu veux, » répondis-je.
Intérieurement, j'étais satisfait. Le Système avait déjà validé mes acquis. Caspian n'avait aucune chance.
##Scène 2 —Silhouette encapuchonnée
Le soleil déclinait lentement à l’horizon, abandonnant le ciel aux teintes profondes du crépuscule. Les dernières lueurs dorées glissaient sur les façades des immeubles avant de s’éteindre, comme si la ville elle-même retenait son souffle à l’approche de la nuit.
Peu à peu, les rues s’illuminaient sous les lampadaires, dessinant des lignes pâles dans l’obscurité grandissante. Les silhouettes des passants se faisaient rares, pressées de rentrer chez elles, laissant derrière elles des trottoirs humides et silencieux. À plusieurs kilomètres de l’Académie de l’Étoile Polaire, le monde semblait déjà avoir oublié ce quartier ancien, un enchevêtrement de ruelles étroites et de bâtiments fatigués, rongés par le temps.
Dans l’une de ces ruelles, justement, la lumière n’atteignait presque plus le sol.
L’obscurité s’y accumulait comme une matière dense, presque vivante. Le silence n’y était troublé que par le souffle irrégulier du vent, qui s’engouffrait entre les murs fissurés avant de disparaître plus loin, avalé par la nuit.
Au fond de l’allée, une silhouette se tenait immobile.
Elle portait un long manteau noir dont le tissu semblait absorber la lumière plutôt que la refléter. La capuche relevée dissimulait entièrement son visage. Rien dans sa posture ne trahissait une quelconque impatience. Elle attendait, comme si le temps n’avait aucune prise sur elle.
Les minutes passèrent.
Puis, dans un glissement presque imperceptible, une seconde présence apparut à l’entrée de la ruelle.
A première vue, c’était un enfant d’une douzaine d’années. Petit, frêle en apparence, vêtu de vêtements simples qui contrastaient avec la gravité de son attitude. Mais ses yeux, eux, n’avaient rien d’enfantin. Ils étaient calmes, froids, méthodiques.
Il s’arrêta à quelques mètres de la silhouette encapuchonnée.
Aucune salutation. Aucun geste inutile.
Seulement le silence.
Un silence lourd, presque calculé, comme s’ils mesuraient chacun la présence de l’autre.
Enfin, la silhouette parla.
« Alors… où en est la mission ? »
La voix était posée, basse, parfaitement maîtrisée. Elle ne trahissait ni stress ni curiosité, seulement une attente déjà supposée.
L’enfant répondit immédiatement, sans hésitation.
« Tout se déroule comme prévu. »
Il marqua une très légère pause avant d’ajouter, comme s’il énonçait un rapport déjà répété mentalement.
« J’ai intégré l’Académie de l’Étoile Polaire sans éveiller le moindre soupçon. Mon identité est intacte. Personne ne doute de moi. »
La silhouette resta immobile. Aucun signe d’approbation. Aucun signe de satisfaction.
« Et l’enfant ? » demanda-t-elle finalement.
Cette fois, le garçon ne répondit pas tout de suite. Son regard glissa légèrement sur le côté, comme s’il consultait une mémoire invisible.
« Je n’ai trouvé aucune trace de lui. »
Un léger changement dans l’air suivit ces mots. Comme si la ruelle elle-même devenait plus froide.
La silhouette encapuchonnée demeura silencieuse plusieurs secondes.
« Hum… » souffla-t-elle enfin. « C’est étrange… »
Sa voix restait calme, mais une tension subtile s’y glissait, fine comme une lame.
« Je ne me trompe pourtant jamais. »
L’enfant releva légèrement le menton.
« Aussi sûr que soient vos informations, je peux vous assurer qu’aucun élève ne correspond au profil que vous avez décrit. Aucun dossier, aucun nom. Rien. »
Le silence revint.
Mais cette fois, il n’était plus neutre mais pesant.
La silhouette fit un pas en avant. Un seul. Suffisant pour que la distance entre eux devienne plus étroite, plus intime, plus dangereuse.
« Continue de surveiller l’Académie, » ordonna-t-elle finalement.
La phrase n’était pas une suggestion. Elle n’appelait pas de réponse.
Pourtant l’enfant inclina légèrement la tête.
« Très bien. »
Il aurait pu partir mais il resta encore une seconde.
Puis il demanda, d’une voix plus basse : « Et si le problème n’était pas l’Académie… mais notre manière de le chercher ? »
Un silence plus profond encore tomba sur la ruelle.
La silhouette ne bougea pas.
Le vent passa entre eux, comme s’il hésitait à s’immiscer dans cette conversation.
« Explique-toi, » dit-elle enfin.
L’enfant fixa l’obscurité au-delà de l’allée.
« S’il était vraiment là, il se serait dissimulé. Dans les registres il apparaîtrait comme un élève normal. »
Un très léger craquement résonna quelque part dans le silence.
« Vous supposez donc une dissimulation volontaire ? »
« Ou son existence avait déjà été effacée avant même son entrée. »
Cette fois, la silhouette resta immobile plus longtemps encore.
Puis, d’une voix plus froide : « Continue. Mais cette fois, ne te limite pas aux élèves. Observe ce qui échappe aux listes. Ce qui n’a pas de place officielle. »
Un souffle de vent plus fort traversa la ruelle.
Et lorsque l’air se calma, la silhouette avait disparu sans aucune trace et sans aucun bruit.
Seulement l’enfant, seul dans l’obscurité, avec une impression étrange—comme si la nuit venait d’écouter leur conversation.
[...]
C'est noté. C'est une distinction importante : cela signifie que la puissance de l'attaque ne dépend pas d'un "niveau de compétence" qu'il augmente, mais de sa compréhension du principe de l'Arcane et de sa capacité à manipuler son Éther.
Voici la version finale avec le profil mis à jour (Décapitation retirée des compétences) et le texte ajusté.
***
~~~ Profil du personnage ~~~~
Nom : [Edward Esposito]
Âge : [17]
Grade : [????]
Rang : [E-]
Noyau : [Éther]
Élément : [Ténèbres]
Classe exclusive : [Arcaniste]
Attribut de classe : [Le Deck]
Nom du Cyphe : [Autorité des Arcanes]
Capacité du cyphe : [Synchrome]
Compétences : [Divination de base — Niv. 1]
Aptitudes : [...]
Points d'Insight : [5000]
~~~~~~ ============ ~~~~~~
Edward demeura immobile au centre du terrain d'entraînement, la faux noire reposant contre son épaule. Depuis qu'il avait obtenu son Cyphe, une question revenait sans cesse dans son esprit. Il savait déclencher Décapitation, mais il ne savait pas réellement comment cette fonction opérait. Jusqu'à présent, il s'était contenté de reproduire un mouvement instinctif, comme si son Cyphe guidait naturellement son corps. Pourtant, cette sensation ne lui suffisait pas. Un pouvoir ne pouvait pas reposer uniquement sur l'instinct. S'il possédait un mécanisme, alors il devait le comprendre.
Il leva lentement sa main libre devant lui.
« Divination de base. »
Une faible lueur obscure se forma au creux de sa paume avant de se condenser en une unique carte noire. Les inscriptions gravées à sa surface demeurèrent silencieuses quelques secondes, comme si elles cherchaient elles-mêmes une réponse adaptée à sa demande. Edward fixa la carte sans la moindre impatience.
« Je veux comprendre le fonctionnement de Décapitation. »
Les caractères commencèrent finalement à apparaître les uns après les autres.
[Qualité de divination sélectionnée : Standard.]
[Coût de la divination : 400 Points d'Insight.]
[Confirmation...]
[...]
[Divination standard activée.]
[-400 Points d'Insight.]
[Points d'Insight restants : 4600.]
[Analyse de la fonction : Décapitation.]
[Origine : Arcane XIII — La Mort (L'Arcane sans nom).]
[Principe de l'Arcane : Matérialisation d'une faux noire capable de trancher la réalité et l'énergie.]
Edward fronça légèrement les sourcils.
« L'Arcane sans nom... ? »
Les premières lignes disparurent aussitôt pour laisser place à une nouvelle réponse.
[La faux est le véritable cœur de l'exécution. Décapitation consiste à concentrer l'énergie du noyau dans la lame jusqu'à atteindre son point de libération pour projeter des arcs noirs.]
Le regard d'Edward se posa instinctivement sur son arme.
[Propriété particulière : Annulation. La lame peut neutraliser les effets d'une compétence ou annihiler la compétence elle-même, à condition que celle-ci soit imprégnée de Mana.]
[Note : Cette propriété d'annulation est inefficace contre les attaques de nature Aura.]
Edward relut plusieurs fois cette dernière phrase.
« Ce n'est donc pas seulement une attaque... »
Ses doigts se refermèrent lentement autour du manche de la faux.
« C'est un outil d'annulation. Je peux effacer la magie, mais pas la force brute de l'Aura. »
À cet instant, il comprit que, depuis le début, il avait essayé de maîtriser un effet sans chercher à comprendre l'arme qui le rendait possible. Edward inspira profondément avant de refermer sa main sur le manche de sa faux. Son regard se fixa sur l'un des énormes blocs de pierre disposés à plusieurs dizaines de mètres devant lui. Il ne chercha pas à utiliser immédiatement Décapitation. Cette fois, il voulait d'abord comprendre.
Il ferma lentement les yeux.
Son attention se porta sur son noyau d'Éther. Comme lors de son précédent entraînement, il perçut cette énergie sombre circuler à travers son corps avant de répondre naturellement à sa volonté. Il la guida jusqu'à son bras droit, puis jusque dans sa main. L'instant suivant, il chercha à l'insuffler dans sa faux. Une sensation étrange parcourut aussitôt son corps.
L'énergie ne traversait pas simplement l'arme. Elle semblait s'y accumuler. Edward rouvrit lentement les yeux. Une fine brume noire s'échappait de la lame tandis qu'une pression inhabituelle gagnait progressivement ses bras. Plus il alimentait sa faux en Éther, plus cette pression augmentait. Pourtant, l'énergie ne débordait pas. Elle demeurait enfermée à l'intérieur de la lame comme si celle-ci possédait un espace capable de la contenir.
« Ce n'est pas une simple concentration... »
Il continua d'alimenter la faux pendant encore quelques secondes avant d'interrompre brusquement le flux. La pression disparut instantanément. Edward resta silencieux. Il recommença une deuxième fois. Même résultat. Une troisième. Toujours cette même sensation.
Un léger sourire finit par apparaître au coin de ses lèvres.
« Je comprends... »
La divination ne lui avait pas appris à lancer une technique. Elle lui avait appris à comprendre sa faux. Cette arme n'était pas un simple support destiné à canaliser son Éther. Elle l'emmagasinait, le comprimait et attendait qu'il soit libéré au moment opportun.
Il abaissa légèrement la pointe de la lame vers le sol.
« Il ne me reste plus qu'à trouver... comment la libérer. »
Edward prit une profonde inspiration avant de reprendre sa position. Cette fois, il ne chercha pas à accumuler le plus d'Éther possible. Il se contenta d'alimenter progressivement sa faux, prêtant attention à la moindre variation de l'énergie qui circulait dans la lame. Quelques secondes passèrent.
La même pression réapparut aussitôt. Il attendit sans vraiment savoir pourquoi. Puis, il la sentit. L'espace d'un instant, la pression cessa d'augmenter. Elle devint parfaitement stable, comme si la faux venait de lui indiquer qu'elle ne pouvait plus contenir davantage d'énergie.
« Décapitation... »
Edward pivota brusquement sur lui-même. Sa faux décrivit un large mouvement horizontal. Au moment précis où la lame fendit l'air, toute l'énergie accumulée fut libérée d'un seul coup.
Un arc noir dévastateur jaillit devant lui dans un grondement sourd. Le projectile en forme de croissant fendit l'espace à une vitesse fulgurante, traversant le terrain d'entraînement. Le gigantesque bloc de pierre placé à plusieurs dizaines de mètres explosa net. La coupure était si propre que sa partie supérieure glissa lentement avant de s'écraser au sol dans un fracas assourdissant.
Edward demeura immobile, le souffle légèrement court. Une grande partie de son Éther venait d'être consommée. Il baissa les yeux vers sa faux. Il resta silencieux quelques instants avant de secouer doucement la tête.
« Non... »
Son regard revint sur la lame noire.
« Ce n'est pas cette attaque que je devais comprendre... »
Ses doigts se resserrèrent légèrement sur le manche.
« ...c'était toi. »
Il comprenait enfin ce que la divination avait essayé de lui apprendre. Décapitation n'était que le résultat. Le véritable secret résidait dans sa faux, dans sa capacité à recevoir, comprimer puis libérer l'Éther, et surtout dans son principe d'annulation. Edward eut l'impression de ne plus simplement utiliser son Cyphe.
Il commençait enfin à le comprendre.