Chapitre 20
Chapitre 20
##Scène 1 —La fille aux oranges
La matinée avait déjà commencé depuis quelques minutes lorsque Edward traversa les couloirs des dortoirs de la classe bronze en direction de l’aile des salles de cours. Comme chaque jour, les bâtiments étaient animés par le passage des étudiants, certains discutant encore de leurs entraînements de la veille, d’autres révisant rapidement leurs notes avant le début des cours.
Edward, lui, avançait tranquillement, son sac posé sur une épaule, encore plongé dans ses pensées. Les derniers événements avaient laissé beaucoup de questions sans réponse dans son esprit, mais il essayait malgré tout de reprendre un rythme normal. Les cours, les entraînements et la vie quotidienne de l’académie continuaient, peu importe les problèmes que chacun pouvait porter.
Arrivé devant l’un des ascenseurs, il appuya sur le bouton d’appel et attendit quelques instants. Le voyant indiquant l’arrivée de la cabine s’alluma, puis les portes métalliques s’ouvrirent lentement dans un léger bruit mécanique.
Edward s’apprêtait à entrer lorsqu’il remarqua une silhouette installée contre la paroi intérieure.
Une jeune fille était assise au sol, la tête légèrement inclinée sur le côté, profondément endormie. Ses cheveux blonds, attachés en une queue-de-cheval lâche, retombaient en partie sur son visage, cachant légèrement ses traits fatigués. À côté d’elle, un sac de cours ouvert était renversé, laissant apparaître plusieurs affaires qui avaient glissé sur le sol de l’ascenseur.
Pendant quelques secondes, Edward resta immobile, surpris par cette situation inattendue.
Il connaissait son visage. Comme tous les étudiants de l’académie, il l’avait déjà aperçue dans les couloirs. Rebecca faisait partie de la classe Bronze, tout comme lui, mais ils n’avaient jamais réellement eu l’occasion de discuter.
Il hésita un instant, se demandant s’il devait simplement attendre qu’elle se réveille ou l’avertir de sa présence. Finalement, lorsqu’il fit un pas dans l’ascenseur, le bruit de ses chaussures résonna légèrement contre le sol.
La jeune fille remua doucement.
Ses sourcils se froncèrent légèrement avant que ses yeux bruns ne s’ouvrent avec difficulté. Elle cligna plusieurs fois des paupières, encore incapable de comprendre immédiatement où elle se trouvait. Puis, en apercevant Edward devant elle et les affaires éparpillées autour d’elle, son expression changea rapidement.
La surprise laissa place à la gêne.
« Oh… oh non… »
Elle passa une main sur son visage avant de se redresser rapidement, réalisant la situation.
« Je dois avoir… je me suis endormie. »
Sa voix était encore marquée par le sommeil. Elle regarda autour d’elle, puis vers l’entrée de l’ascenseur, comme si elle venait seulement de comprendre qu’elle avait occupé la cabine pendant un moment.
Son visage prit une légère teinte rouge tandis qu’elle commençait à rassembler ses affaires.
« Je suis vraiment désolée. Je n’avais pas l’intention de bloquer l’ascenseur. »
Elle évita instinctivement le regard d’Edward, visiblement embarrassée par cette première rencontre particulière.
Edward observa quelques secondes Rebecca essayer de récupérer ses affaires avec précipitation. Malgré ses excuses, il remarqua rapidement que ses gestes manquaient de coordination, probablement à cause de la fatigue qui pesait encore sur elle.
Quelques paquets étaient tombés un peu plus loin dans l’ascenseur. Sans vraiment réfléchir, Edward s’accroupit et commença à les ramasser.
« Attends, je vais t’aider. »
Rebecca releva légèrement la tête, surprise par son geste. Elle ouvrit la bouche pour protester avant de se pencher à son tour pour récupérer certaines affaires.
« Non… ce n’était pas nécessaire. Je pouvais m’en occuper. »
Sa voix était douce, mais son hésitation trahissait le fait qu’elle n’avait pas vraiment l’énergie de refuser. Elle tenta malgré tout de prendre quelques objets avant qu’Edward ne les atteigne, mais ses mouvements étaient maladroits et elle finit par abandonner, le laissant terminer.
Elle resta silencieuse un moment, observant Edward ranger calmement ses affaires dans son sac. Il n’y avait aucune moquerie dans son regard, aucune remarque sur le fait qu’elle se soit endormie dans un ascenseur. Il agissait simplement comme si la situation était normale.
Cette simplicité la déstabilisa légèrement.
« Merci… »
Le mot sortit presque dans un murmure.
Elle ajusta la lanière de son sac une fois celui-ci refermé, puis baissa légèrement les yeux, gênée.
« Je suis vraiment désolée. Habituellement, je ne suis pas comme ça. Enfin… je ne suis pas toujours aussi désorganisée. »
Un petit sourire embarrassé apparut sur son visage avant de disparaître rapidement.
« C’est juste que ces derniers temps, j’ai l’impression de courir partout. »
Elle se redressa complètement lorsque les portes de l’ascenseur commencèrent à se refermer derrière eux. Le silence qui s’installa pendant quelques secondes n’était pas vraiment gênant, mais Rebecca semblait chercher quelque chose à dire, comme pour éviter de laisser cette première rencontre se terminer sur une simple scène embarrassante.
« Je m’appelle Rebecca, au fait. »
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
« Même si on est dans la même classe depuis un moment, je crois qu’on ne s’est jamais vraiment parlé. »
Edward hocha légèrement la tête.
« Edward. »
La réponse était simple, mais son ton calme suffit à rendre l’échange moins distant.
Rebecca esquissa un petit sourire avant de regarder les étages défiler sur l’écran de l’ascenseur.
« Tu vas aussi en cours ? »
« Oui. »
Elle acquiesça doucement, puis laissa échapper un léger soupir.
« J’imagine que je ne suis pas la seule à avoir du mal à suivre le rythme ici. »
Elle passa une main dans ses cheveux pour remettre en place quelques mèches qui lui tombaient devant les yeux.
« L’académie est différente de ce que j’imaginais. Entre les cours, les entraînements et tout ce qu’on doit apprendre sur les Cyphes… les journées deviennent vite longues. »
Son regard se posa un instant sur son sac.
« Et avec le reste à gérer à côté, parfois ça fait beaucoup. »
L’ascenseur continuait sa descente tandis qu’un silence tranquille s’installait entre eux.
Edward ne chercha pas à le briser inutilement, laissant simplement Rebecca reprendre ses esprits après cette rencontre plutôt inhabituelle.
C’est seulement lorsque son regard se posa sur son sac qu’elle sembla se rappeler quelque chose.
Ses yeux s’écarquillèrent légèrement.
« Ah… mince. »
Elle attrapa rapidement le paquet d’oranges qu’elle avait rangé avec le reste de ses affaires et le regarda quelques secondes, comme si elle venait seulement de réaliser qu’elle était sur le point d’aller en cours avec ses courses.
Edward remarqua son expression et esquissa légèrement un sourire.
« Tu avais oublié ? »
Rebecca resta silencieuse un instant avant de laisser échapper un petit rire gêné.
« Oui… complètement. »
Elle secoua doucement la tête, amusée par sa propre distraction.
« Je crois que cette matinée est vraiment en train de battre des records. »
Elle serra le paquet contre elle avant de regarder l’écran de l’ascenseur. Son étage approchait, mais elle hésita quelques secondes.
« Je dois retourner à mon dortoir avant d’aller en cours. Sinon je vais vraiment me retrouver avec ça dans la salle de classe. »
Elle regarda les oranges avec un air presque désolé.
« Et je ne pense pas que le professeur Elsa appréciera beaucoup que j’installe un marché de fruits pendant son cours. »
Cette remarque arracha un léger sourire à Edward.
Lorsque les portes s’ouvrirent, Rebecca sortit de l’ascenseur avec lui, mais prit finalement une direction différente.
« Merci encore pour ton aide, Edward. »
Elle s’arrêta un instant avant de repartir.
« Et désolée pour cette première rencontre un peu étrange. »
Edward secoua légèrement la tête.
« Ce n’est rien. »
Rebecca lui adressa un dernier sourire avant de s’éloigner dans le couloir, ses pas devenant rapidement plus pressés alors qu’elle retournait déposer ses affaires.
Quelques minutes plus tard, elle reviendrait probablement en cours comme si rien ne s’était passé.
Mais pour Edward, cette courte rencontre avait suffi à lui donner une première impression de Rebecca : une personne fatiguée, parfois dépassée par les événements, mais qui continuait malgré tout à avancer en trouvant encore de la place pour apprécier les petites choses simples du quotidien.
##Scène 2 —La conversation téléphonique
La cafétéria de l’académie était encore animée malgré l’heure tardive. Des groupes d’étudiants occupaient les longues tables, discutant de cours, d’entraînements ou de duels récents. L’ambiance était bruyante mais structurée, comme si le désordre avait ici ses propres règles.
Edward avançait avec son plateau sans se presser. Il commençait seulement à s’habituer à cet endroit, même si tout lui semblait encore légèrement irréel. Trop organisé, trop vaste, et surtout trop surveillé pour un simple lieu de repas.
Il choisit une table isolée et s’installa. Il n’avait pas encore terminé sa première bouchée que quelqu’un prit place en face de lui sans attendre.
Caspian.
« Tu vas finir par devenir une légende urbaine si tu continues à sécher autant, » lança-t-il d'un ton léger.
Edward leva les yeux sans se presser.
« Je mange. »
« Je parle des cours, Edward. Tu es revenu aujourd'hui, certes, mais tu as disparu pendant deux jours complets. »
Edward continua tranquillement son repas. « J'avais besoin de repos. »
Caspian haussa un sourcil, sceptique. « Repos ? Brenda m'a dit que tu étais rétabli après tes deux premiers jours de convalescence. Tu étais censé reprendre le rythme. »
Un léger silence s'installa. Edward ne cilla pas.
« J'ai eu une... rechute passagère. Brenda a jugé qu'il était plus prudent que je reste encore quarante-huit heures au calme. »
Caspian le fixa un instant, puis un sourire en coin apparut sur ses lèvres. Il avait compris.
« Une rechute, hein ? Tu as simulé pour manipuler l'infirmière et gagner deux jours de grasse matinée. Je ne savais pas que tu avais un talent pour le théâtre en plus du combat. »
« Ça a fonctionné, » répondit simplement Edward.
Caspian eut un petit rire et s’adossa à sa chaise, observant la salle.
« Tu sais que les rumeurs ont déjà commencé ? Les premières années pensent que tu caches ton niveau depuis le début. Ton combat contre Luka a fait du bruit, même les étudiants de rang supérieur en parlent. »
« Ça ne change rien pour moi, » répondit Edward.
« Ici, ça change toujours quelque chose. »
Soudain, un signal sonore retentit au poignet de Caspian. Il baissa les yeux vers sa montre et son expression changea instantanément. Le sourire provocateur disparut pour laisser place à un soupir d'agacement, presque de lassitude. Il fixa l'écran un instant, hésita, puis éteignit la notification d'un geste sec.
Un silence revint entre eux, plus pesant cette fois. Caspian se redressa, son ton redevenant plus neutre.
« Je vais te laisser. Les conversations familiales sont souvent plus compliquées que les combats de l’académie. »
Edward fronça légèrement les sourcils. « Je n’ai pas de— »
Mais Caspian avait déjà commencé à partir.
« Tu verras. »
Il disparut dans la foule.
Edward resta seul un moment, reprenant le cours de son repas. Puis, une vibration discrète se fit sentir à son poignet. Il baissa les yeux.
Maman — Appel entrant
Edward s'arrêta de manger. Il observa le nom s'afficher quelques secondes, comme pour se préparer mentalement, avant d'accepter l'appel. Le visage de sa mère apparut en hologramme au-dessus de la montre. Elle ne parla pas tout de suite. Elle se contenta de l'observer, son regard parcourant le visage d'Edward pour y déceler la moindre fatigue ou blessure cachée.
« Edward, » dit-elle enfin, d'une voix douce mais dont on sentait l'autorité naturelle.
« Oui, maman. »
« Tu as l'air... calme, » nota-t-elle avec un léger sourire. « J'espère que ce calme signifie que tu te comportes correctement. »
Edward esquissa un mouvement imperceptible, presque un haussement d'épaules. « Je fais de mon mieux. »
« Hmm. » Elle plissa légèrement les yeux, comme si elle pouvait lire en lui malgré la distance. « Tu sais que je n'aime pas les surprises, surtout quand elles arrivent sous forme de rapports disciplinaires. Ne cherche pas les ennuis inutilement, Edward. »
« Je ne les cherche pas, » répondit-il sincèrement. « Ils viennent à moi. »
Un petit rire s'échappa de la voix de sa mère. Elle soupira, son expression devenant plus tendre.
« C'est bien ça le problème. Écoute-moi... mange correctement. Ne saute pas de repas pour t'entraîner davantage, et dors suffisamment. Ton corps a besoin de récupérer. »
Elle marqua une pause, son regard redevenant sérieux, presque inquiet.
« Et si quelqu'un te provoque... réfléchis. Prends une seconde avant de répondre. Je ne veux pas recevoir un appel un jour pour apprendre que tu as fini à l'infirmerie parce que tu as voulu jouer les héros. »
« Je ferai attention, » murmura Edward.
« C'est bien. » Elle sembla vouloir ajouter quelque chose, puis se souvint : « Oh, au fait, ne t'étonne pas si Laura est silencieuse. Elle est partie en voyage pour rendre visite à une amie d'enfance. Elle était surexcitée à l'idée d'y aller. »
« Compris. »
Le regard de sa mère s'adoucit une dernière fois, empreint d'une affection profonde.
« Reviens-nous en bonne santé, mon fils. »
« Oui. Moi aussi, je t'aime. »
L’appel se coupa doucement. Edward resta quelques secondes à regarder l'écran devenu noir, le silence de la cafétéria semblant soudain plus léger, avant de reprendre tranquillement son repas.
« Alors comme ça, tu réfléchis avant de répondre quand quelqu'un te provoque ? »
Edward leva les yeux. Caspian venait de réapparaître avec un verre à la main.
« Tu n'étais pas parti ? »
« Je suis revenu. Curiosité. » Il s'assit sans y être invité.
Edward le regarda froidement. « Tu as tout écouté, n'est-ce pas ? »
« J'ai entendu suffisamment. » Caspian prit une gorgée avant d'ajouter : « Je crois que c'est la première fois que je t'entends répondre "oui maman" avec autant de discipline. Impressionnant. »
« Tais-toi. »
« Non, vraiment. Waouh, quel fils modèle ! »
Edward posa lentement sa fourchette. « Je peux encore te frapper. »
« Voilà ! » Caspian pointa un doigt vers lui. « C'est exactement ce genre de réaction dont elle parlait. »
Un silence. Puis Edward détourna légèrement le regard.
« Je comprends pourquoi elle s'inquiète. »
« Parce que je suis responsable ? »
« Non. Parce que tu as visiblement un talent naturel pour attirer les ennuis. »
Edward secoua la tête. « C'est faux. »
« Depuis ton arrivée, tu t'es battu avec un étudiant plus fort que toi, tu as terminé à l'infirmerie — où tu as réussi à arnaquer Brenda pour sécher les cours — et tu as déclenché des rumeurs dans toute l'académie. Et ça, c'était juste la première semaine. »
Cette fois, même Edward ne trouva rien à répondre. Caspian afficha un sourire satisfait.
« Je vois que les faits parlent d'eux-mêmes. »