Chapitre 20
Chapitre 20
Selene se trouvait dans une situation pour le moins délicate.
Elle avait repris conscience quelques minutes auparavant, mais en sentant l'énorme pression qui régnait autour du lit où elle était allongée, Selene n'avait même pas osé bouger le petit doigt.
Ces idiots...
Elle soupira intérieurement, maudissant la stupidité pure et simple qui l'avait poussée à tenter l'absurde en premier lieu.
« Cela ne ressemble pas non plus à un empoisonnement au mana... Je suis désolé, votre Grâce. »
La voix ressemblait à celle de son maître, et une main douce caressa tendrement ses joues.
Selene manqua de tressaillir.
Se donnant un instant pour respirer, elle entrouvrit lentement ses yeux aux longs cils, faisant de son mieux pour que son réveil paraisse aussi naturel que possible.
Une lumière aveuglante inonda ses yeux, et Selene fronça les sourcils tandis que des formes vagues et floues nageaient dans son champ de vision.
« Elle se réveille ! » s'exclama une femme.
« Dieu soit loué », soupira un homme assis près d'elle.
Selene cligna des yeux à plusieurs reprises pour s'habituer à la luminosité soudaine, puis essaya lentement de se redresser.
Cependant, son corps restait inerte.
Bizarre...
Elle tenta de donner une nouvelle impulsion à son corps, mais celui-ci refusait toujours de bouger.
Elle regarda les femmes qui la fixaient depuis la droite de son lit.
« Mère. »
La dame, avec une expression qui criait à la fois l'inquiétude et la colère, retira ses mains des joues de Selene et caressa lentement ses cheveux. Les pupilles bleu sombre de la femme tremblaient, mais d'une manière ou d'une autre, elle parvenait à garder une certaine contenance, même en étant terrifiée.
Bien sûr qu'elle y parvenait. C'était une exigence fondamentale pour survivre en tant que dame noble.
Selene déplaça son regard vers la gauche. Son père se tenait aussi rigide que d'habitude, la moindre trace d'inquiétude gravée sur son visage durci. Il la fixait en retour, ses yeux exigeant furieusement des explications.
Ça va poser problème...
Lorsqu'elle secoua son corps pour la troisième fois, il finit par obéir. Retrouvant le contrôle de ses membres, Selene s'assit lentement, grimaçant sous la douleur cuisante qui irradiait depuis sa colonne vertébrale.
« Est-ce que ça va, ma chérie ? » Son père, le duc, l'aida à se redresser, prenant soin de caler des oreillers derrière son dos tremblant.
Un silence gêné s'installa un instant.
Puis son père s'éclaircit la gorge.
« Tout le monde, sauf Eira, doit quitter la chambre. »
Le bruit de pas traînés remplit la pièce, accompagné du léger claquement de la porte qui se refermait.
Son père, qui regardait la porte close, se tourna vers elle.
« Explique-toi. »
C'est tout ce qu'il dit. Mais Selene savait pertinemment combien de ses inquiétudes avaient été condensées dans ce seul mot.
Elle hésita un instant, puis ouvrit la bouche, pour finir par tousser tant sa gorge était sèche.
Sa mère l'aida à boire de l'eau dans une coupe en marbre, soutenant ses mains tremblantes alors qu'elle avalait le liquide.
L'atmosphère dans la pièce était étrange.
C'était tendu, mais on sentait aussi une forme de soulagement. Le silence mettait Selene sur ses gardes, mais il l'aidait aussi à se calmer plus rapidement.
« Je suis pourtant certaine d'avoir laissé un mot avant de partir. »
Ce qu'elle voulait dire, c'était :
Vous m'auriez attachée à une chaise si je vous avais dit où j'allais et pourquoi.
Sa mère lui lança un regard sévère.
« Tu es sérieuse, là ? » Elle laissa échapper un ricanement. « On a cru que tu avais été kidnappée ! »
Son père renchérit.
« Nous pensions que l'héritier de Myrvale t'avait enlevée. »
Selene jeta un regard étrange à son père.
« L'héritier de Myrvale ? Ce garçon reclus ? » Elle laissa échapper un rire moqueur.
« Avec tout le respect que je vous dois, père, si quelqu'un devait enlever quelqu'un, c'est moi qui aurais enlevé ce pauvre garçon. »
Elle se souvint de la fois où elle avait aperçu le jeune maître de Myrvale, des années auparavant. Il était si mignon à l'époque ; peut-être avait-il grandi, mais se débarrasser d'une telle beauté serait difficile, même avec la puberté.
C'était vraiment incroyable, qu'est-ce qui avait bien pu pousser sa famille obsessionnelle à tirer une telle conclusion ?
Soudain, une douleur particulièrement vive irradia de sa colonne vertébrale, et Selene grimaça. Elle parvint à peine à étouffer un gémissement.
« Assez avec ça, je suis rentrée saine et sauve, non ? Je suppose que ça suffit pour le moment... »
« Ce n'est pas suffisant. » Son père l'interrompit, sa voix ne laissant place à aucune discussion. « Tu vas nous dire ce qui s'est passé, et tout de suite. Les Myrvale ont envoyé un émissaire, nous devons connaître les détails avant qu'ils n'arrivent. »
Sa mère acquiesça.
Et Selene... elle fit de son mieux pour ne pas hurler de frustration.