Chapitre 53
À l’apparition d’une éclatante tignasse rose, tous les Zergs mâles se pressèrent autour de lui.
« Seigneur Philor ! »
« Monsieur Philor, vous voilà enfin ! »
« Il faut absolument que vous nous racontiez toute l’histoire de <L’idole de l’école> ! »
« Et An-shen ! Vous avez rencontré An-shen ? Il est sur l’Étoile Capitale ? Quel mystérieux Seigneur mâle est-il ? »
Dès qu’il entra dans le Club des Zergs mâles, Philor se retrouva encerclé de toutes parts.
Après bien des difficultés, il finit par s’asseoir dans un fauteuil, puis leva les yeux vers les paires d’yeux brillants qui le dévisageaient.
D’ordinaire, Philor était le centre d’attention de toutes les réunions.
Mais être admiré avec tant d’enthousiasme par autant de ses congénères…
C’était une première.
La nouveauté était délicieusement grisante.
« Bon, un à la fois. Vous êtes tous beaucoup trop enthousiastes. Ce livre est vraiment si populaire que ça ? »
Philor ne put s’empêcher de sourire.
Après tout, son précieux Hill y tenait le premier rôle.
Il savait que le livre avait beaucoup de succès auprès des femelles Zergs, mais il ne s’était pas attendu à ce qu’il fasse autant fureur chez les mâles Zergs.
« Quel livre d’An-shen n’a pas conquis toute la race Zerg ? » répondit l’un d’eux.
Suivre les œuvres d’An-shen était déjà devenu une tendance dans les cercles de Zergs mâles.
Certains, qui avaient raté le premier livre, avaient eu l’impression d’être complètement dépassés. Ils ne pouvaient même pas participer aux conversations lors des réunions.
Ils avaient manqué le premier livre ; pas question de rater le deuxième.
Aussi, dès la sortie du nouveau livre d’An-shen, ils s’étaient précipités dessus, en première ligne pour suivre les mises à jour, et connaissaient chaque détail de l’histoire.
Un autre Zerg mâle plaisanta :
« Même les Garudas d’à côté le lisent. »
« Pff, ne m’en parle pas. Ils gâchent l’ambiance. Est-ce qu’ils peuvent seulement comprendre ? »
« Hahaha, qui sait ? »
Philor était ravi de voir autant de Zergs apprécier ce livre centré sur Hill.
Cela le rendait plus heureux que d’entendre vanter ses bijoux ou sa garde-robe.
Avec patience, il répondit à toutes leurs questions, une par une.
— Hill et Iso étaient-ils vraiment aussi amoureux que dans le roman ?
« Bien sûr ! Vous ne les avez pas vus. Mon précieux Hill ne peut absolument pas se passer d’Iso. Même sa femelle Zerg et moi n’y pouvons rien. »
— La maison-mecha du District souterrain.
« Eh bien… je suppose qu’il y en a peut-être une ? »
Il n’en était pas sûr.
Vingt ans plus tôt, dans quel genre d’endroit ce pauvre Iso avait-il laissé vivre son précieux enfant ?
Rien que d’y penser, il enrageait.
Pourtant, ces Zergs mâles semblaient étonnamment intéressés par l’idée d’habiter dans un mecha, et même séduits par elle.
Philor se prit lui aussi à trouver l’idée curieuse.
Quand sa femelle Zerg rentrerait, il lui demanderait de lui en faire un, à lui aussi.
— Les peintures psychiques.
« Ça, c’est tout à fait vrai ! »
Philor montra aussitôt à tout le monde un tableau que son enfant lui avait offert.
Infuser de la Force psychique dans une œuvre pour créer une peinture unique…
Ce n’était pas à la portée des Zergs mâles ordinaires.
Les Zergs mâles étaient particulièrement sensibles à la Force psychique.
Dès que le tableau apparut, tous sentirent la puissante Force psychique de classe A qu’il renfermait.
Un concert d’exclamations admiratives éclata.
« J’ai entendu dire que les peintures psychiques pouvaient réguler l’état mental des femelles Zergs. Plusieurs musées en possèdent même dans leurs collections. »
« Vous parlez des tableaux de Seigneur XR ? Ils sont absolument magnifiques. »
« Hein ? Pourquoi ce style me semble-t-il si familier… ? »
Philor pinça les lèvres avec modestie et hocha légèrement la tête.
Au milieu des exclamations, il rangea le tableau et leur rappela :
« Mon Hill n’aime pas attirer l’attention, alors gardez ça pour vous, s’il vous plaît. »
Les Zergs mâles se couvrirent la bouche et acquiescèrent.
Attendez un peu.
Dès le lendemain, tout le gratin de l’Étoile Capitale serait au courant.
Garder le secret vis-à-vis des étrangers, bien sûr.
Mais les femelles Zergs n’étaient pas des étrangères. Les confidences sur l’oreiller entre époux étaient tout à fait normales.
Et si les femelles Zergs n’étaient pas des étrangères, les Serviteurs mâles l’étaient encore moins.
Quant aux petits, encore moins.
Philor n’avait jamais vraiment compté sur eux pour garder ce « secret ».
« Et les petits ? Les petits tout doux sont-ils vraiment aussi adorables ? »
Un jeune Zerg mâle sans enfant posa la question avec curiosité.
Un rire bon enfant parcourut aussitôt l’assemblée.
« Bien sûr ! Tous les petits sont adorables quand ils sont jeunes, qu’ils soient mâles, femelles ou femelles subalternes. »
« C’est vrai. Ils sont minuscules et tout doux, comme des poupées. Ils sont bien moins intimidants que les femelles Zergs adultes. »
Les autres partagèrent aussi leurs expériences.
Ceux qui avaient déjà élevé des enfants expliquèrent :
« Les petits ont une période où ils sont particulièrement adorables. Surtout les femelles. Profitez-en tant qu’ils sont jeunes. Quand ils grandissent, vous découvrez tout à coup qu’ils sont devenus énormes du jour au lendemain. Ils sont si grands que vous ne pouvez même plus les porter. »
Certains Zergs mâles, peu intéressés par les petits, se retrouvèrent incapables de participer à la conversation.
« Qu’est-ce qu’ils ont de spécial, les petits ? Ceux comme Isidore sont mignons, d’accord, mais la plupart sont soit timides, soit taciturnes. Ils sont ennuyeux. »
Philor détesta entendre ça.
« Les petits comme Isidore sont élevés avec amour. Élever un petit, c’est comme faire pousser des fleurs. La quantité d’amour que vous leur donnez détermine le genre de fleurs qu’ils deviendront. Si vous ne faites rien — pas d’eau, pas de soleil, pas de désherbage, pas de terre ameublie —, alors si la plante ne meurt pas, c’est déjà la preuve qu’elle est robuste. Comment espérer qu’elle fleurisse magnifiquement ensuite ? »
Ce jour-là, Philor fut incontestablement le centre de la réunion.
Dès qu’il eut parlé, les autres Zergs mâles acquiescèrent avec enthousiasme.
« C’est vrai. Le petit que j’ai le plus porté est aussi celui qui est le plus proche de moi. »
« Alors, pour élever un petit comme Isidore, faut-il faire six, sept, huit ou neuf Apaisements psychiques par semaine, comme Seigneur Hill ? »
« C’est beaucoup trop. »
Tous les Zergs présents étaient des mâles de rang intermédiaire ou supérieur, dotés d’une puissante Force psychique, mais aucun n’avait jamais vu une femelle petite nécessiter autant de séances.
À vrai dire, Philor non plus.
Il pensait simplement que Hill gâtait trop son enfant unique et lui consacrait toute sa Force psychique.
« L’Apaisement psychique passe au second plan. Ce qui compte davantage, c’est votre attitude et vos interactions au quotidien. »
Philor précisa :
« Parfois, un câlin, une caresse sur la tête ou quelques mots d’encouragement sont tout aussi efficaces qu’un Apaisement psychique. »
« Et les cadeaux, bien sûr. »
Il leur fit généreusement profiter de son expérience.
« Souvenez-vous de l’anniversaire de chaque membre de la famille et des occasions importantes, et préparez-leur des cadeaux et des surprises. Pour un Zerg mâle, ce n’est pas difficile de s’en souvenir. Mais, au cas où, mieux vaut aussi le noter sur votre terminal intelligent. »
Philor avait découvert que certains Zergs mâles ne se servaient vraiment pas assez de leur cerveau.
Ils étaient devenus un peu gâteux.
À force d’être trop bien entourés, de laisser les autres tout organiser pour eux jour après jour, ils n’avaient plus besoin de réfléchir. Leur cerveau et leur Force psychique s’étaient légèrement détériorés.
« Il faut se souvenir de chaque membre de la famille ? »
Les Zergs mâles issus de familles nombreuses imaginaient déjà l’énorme travail que cela représentait.
Philor hocha gravement la tête.
« Bien sûr. De chacun d’entre eux. N’oubliez pas non plus les Serviteurs mâles. Offrez-leur des cadeaux. Rien d’extraordinaire, il suffit de penser à l’occasion pour qu’ils soient contents, reconnaissants et très attentionnés… »
Les Zergs mâles échangèrent des regards.
Ils affichèrent aussitôt un air parfaitement entendu.
« Comme on pouvait s’y attendre de Seigneur Philor, qui gère si bien une famille aussi nombreuse. Vos quelques mots nous ont énormément appris. »
… ?
Je suis vraiment si impressionnant ?
Philor resta bouche bée.
C’était sa femelle Zerg et ses Serviteurs mâles qui géraient la maison !
Mais bien sûr, je mérite aussi une part du mérite !
Philor acquiesça fermement pour lui-même.
Sa femelle Zerg avait fait venir les Serviteurs mâles et avait fondé cette famille.
Mais ensuite, celui qui avait vraiment rapproché tout le monde…
C’était lui.
Moi aussi, je suis formidable.
Je suis indispensable à cette famille.
Philor reconnut une nouvelle fois ses propres mérites.
Soudain, sa famille lui manqua.
Le menton posé sur la main, il se perdit dans ses pensées.
Sa femelle Zerg ne répondait plus à ses messages depuis longtemps.
Avant de partir, elle l’avait prévenu qu’elle risquait d’être absente un bon moment.
Philor avait cru qu’elle rentrerait simplement un peu plus tard.
Qui aurait imaginé qu’elle cesserait complètement de lui répondre ?
Cette maudite bourreau de travail.
Dans son esprit, Philor imagina une petite figurine à grosse tête de sa femelle Zerg et la roua de coups sans pitié pour évacuer sa colère.
Ils s’étaient mis d’accord pour avoir un deuxième enfant, une petite femelle aux cheveux roses et aux yeux violets comme les siens, mais voilà que cette bourreau de travail avait encore disparu.
En fait, ils essayaient d’avoir un deuxième enfant depuis des années.
Depuis que Hill était devenu adulte, ils essayaient.
Près de vingt ans avaient passé, et ils n’avaient toujours pas conçu.
Cyril était de classe S, avec un potentiel de classe SS.
Avec un tel écart entre leurs rangs, atteindre leur objectif n’était pas facile.
Et si Cyril passait en classe SS, ce serait encore plus compliqué.
Philor se demanda s’il ne devrait pas faire davantage d’efforts pour améliorer son propre rang, réduire l’écart et augmenter leurs chances de concevoir.
Mais faire des efforts, c’était épuisant.
Il était devenu inutile depuis cinquante ans.
Depuis qu’il avait épousé Cyril, il ne s’était plus jamais relevé.
Bon, il y avait eu une exception.
Quand Cyril était devenu son guide.
Son seuil psychique avait bondi directement de la classe B à la classe A, gagnant un niveau entier.
Et sa femelle Zerg avait été très satisfaite du numéro deux de Philor, dur comme le diamant.
Cette bourreau de travail avait même pris trois mois de congé de mariage, qu’elle avait passés à batifoler avec lui dans le manoir qu’elle avait conçu et fait bâtir de ses propres mains, lui faisant découvrir chaque recoin.
Après la fin de leur lune de miel, elle avait même épousé un Serviteur mâle pour qu’il continue à s’occuper de lui.
Depuis, Philor était devenu un petit idiot complètement choyé.
En même temps, il n’avait jamais été très malin. Au moins, avant, il n’avait pas eu l’intention de vivre aux crochets des autres.
Mais vivre aux crochets des autres, c’était tellement merveilleux.
Philor se frotta le visage.
Sa femelle Zerg s’occupait de tout.
Et si elle n’était pas là, ses Serviteurs mâles prenaient le relais.
Même s’ils étaient occupés, l’un ou l’autre restait toujours à la maison avec lui.
L’un consacrait toutes ses vacances à lui tenir compagnie.
L’autre avait des horaires réguliers et l’accompagnait le matin et le soir.
Chez lui, entouré de ses proches, il ne se sentait jamais seul.
Mais les femelles Zergs n’avaient pas le droit d’entrer dans le Club des Zergs mâles.
Assis au milieu d’un groupe de Zergs mâles, sans sa famille, Philor se sentait tout de même seul.
Ses pensées s’égarèrent malgré lui.
C’était un Zerg mâle qui aimait beaucoup rester chez lui.
Voilà pourquoi il n’aimait pas les réunions composées uniquement de Zergs mâles.
Si sa femelle Zerg ou l’un de ses Serviteurs mâles était à ses côtés, il se sentirait beaucoup plus tranquille.
Philor avait déjà envie de rentrer.
Un autre Zerg mâle lui demanda alors comment il avait réussi à convaincre An-shen d’écrire un roman sur mesure pour sa famille.
Hein ?
C’est un roman sur mesure ?
Je ne le savais pas.
Hill aurait pu le commander ?
Ça ne lui ressemblait pas.
Alors… sa femelle Zerg ?
Non, sa femelle Zerg aurait forcément commandé une romance mielleuse sur eux deux.
Elle n’aurait certainement pas choisi Hill et Iso…
Surtout parce qu’elle n’aurait pas choisi Iso.
Hum.
Philor ne savait absolument rien.
Mais après tant d’années passées en tant que Seigneur mâle du général, à recevoir et à assister à d’innombrables banquets, il était passé maître dans l’art de sauver les apparences.
Il posa un doigt sur ses lèvres et leur fit signe de garder le silence.
« Chut. C’est un secret. »
Les Zergs mâles poussèrent des cris de déception.
Leur curiosité n’en fut que plus vive.
« Comment peut-on faire écrire un roman à An-shen ? Donnez-nous juste un petit indice ! »
Philor secoua la tête d’un air mystérieux.
« Tout est écrit par le destin. Quand le lien prédestiné se nouera, les choses se feront naturellement. »
« Atchoum ! »
Dans la prison, An Ruo éternua tout à coup.
Il se frotta le nez et marmonna :
« J’ai l’impression qu’un tas de Zergs pensent à moi. »
Les lecteurs devaient sûrement encore le presser de publier la suite.