Chapitre 269
Après avoir mis à jour le dernier chapitre de son nouveau roman, An Ruo parcourait les discussions sur StarNet lorsqu’il apprit que sa demande de réduction de peine avait été acceptée.
Grâce à son comportement exemplaire en prison et au nombre considérable de points de contribution qu’il avait accumulés, sa peine avait été réduite de neuf cent quatre-vingt-dix-huit ans.
Or, depuis le jour où An Ruo était entré en prison, il ne s’était écoulé qu’un an, en comptant jusqu’au dernier jour.
Ce qui signifiait…
« Félicitations. Vous avez purgé votre peine et pourrez être libéré dès demain. »
Le Général de division Uriel était venu en personne lui annoncer la bonne nouvelle.
An Ruo resta complètement abasourdi.
Il s’était douté que ses points de contribution réduiraient considérablement sa peine. Après tout, cette suite de chiffres vertigineusement longue en imposait au premier coup d’œil, mais il n’aurait jamais imaginé qu’elle suffirait à le faire libérer sur-le-champ.
Sa peine était de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf ans, presque plus « à perpétuité » qu’une véritable perpétuité. Elle semblait avoir une durée déterminée, mais en réalité, elle était pire qu’une peine de prison à vie. Elle dépassait en effet l’espérance de vie de presque tous les Zergs. Peut-être qu’à part les légendaires Zergs de rang SSS, aucun ne pouvait vivre aussi longtemps.
Et pourtant, Uriel lui disait qu’il pouvait sortir de prison ?
Pendant un instant, An Ruo soupçonna même Ulysses d’avoir usé de son autorité de maréchal pour intervenir en coulisses.
Mais le rapport qu’Uriel lui remit détaillait clairement le calcul des points de contribution et la réduction de peine accordée pour chaque tranche. Il n’y avait pas la moindre trace de falsification, et il n’était pas nécessaire d’en faire. Il avait tout simplement beaucoup trop de points de contribution. Même après déduction de toute la peine qu’il lui restait à purger, il lui en restait encore.
Uriel lui expliqua : « Les points de contribution restants seront convertis en crédits stellaires au taux de un pour dix mille, en compensation de la période que vous avez passée en détention. »
An Ruo n’avait plus envie de calculer à quel point il venait de s’enrichir.
Il avait sans aucun doute sa place au classement des Zergs les plus fortunés.
Uriel poursuivit : « En outre, vous avez également contribué aux mérites militaires. Ceux-ci seront comptabilisés séparément et vous vaudront un grade militaire à titre de distinction. Les modalités précises n’ont pas encore été arrêtées, mais votre grade ne sera certainement pas bas. Le maréchal vous expliquera les détails par la suite. »
Les yeux d’Uriel brillaient tandis qu’il parlait. Il était manifestement sincèrement heureux pour lui.
An Ruo comprit. Il recevrait aussi un grade militaire honorifique, probablement calculé en fonction de son statut de médecin militaire.
Mais pour l’instant, An Ruo n’avait pas la tête à tout ça.
Il ne pensait qu’au fait qu’il allait bientôt quitter la prison et s’éloigner de l’endroit où il avait vécu pendant un an.
S’éloigner de son espace d’écriture, de son lieu de travail et de l’endroit où il avait mené son quotidien.
Le ciel lui tombait sur la tête.
Il avait bien pensé à sortir de prison, mais il ne s’attendait pas à ce que ça arrive si vite !
Il n’y était pas du tout préparé !
Uriel lui demanda encore, l’air inquiet : « Voulez-vous que j’amène quelques Zergs pour vous aider à ranger votre chambre et vos affaires ? »
An Ruo n’avait pas beaucoup d’effets personnels, mais il possédait quantité de lettres et de cadeaux.
Il avait déjà rangé les cadeaux dans son bouton spatial, mais les lettres devaient être examinées et parfois recevoir une réponse ; il leur fallait donc des pièces réservées à leur stockage.
Trois pièces de la prison servaient spécialement à entreposer les lettres des patients qu’il avait soignés.
En parlant de faire ses bagages, Uriel lui rappelait sans aucun doute qu’il allait déménager.
An Ruo se couvrit le visage et répondit d’une voix lasse : « Inutile. Je m’en occuperai moi-même. »
Il avait besoin d’un peu de solitude pour remettre ses idées en ordre.
Tout emballer allait être un sacré chantier, mais Uriel se disait que le maréchal reviendrait sûrement dans la soirée ; il ne le dérangea donc pas davantage.
An Ruo regagna sa chambre et resta un moment planté au milieu, sans rien faire. Il leva les yeux vers les images des protagonistes qui couvraient les murs, sans savoir du tout par quoi commencer.
Au bout d’un moment, il s’assit et ouvrit son terminal, se disant qu’il devrait annoncer la bonne nouvelle à Ulysses.
Devoir déménager sur-le-champ lui paraissait terriblement soudain, mais sortir de prison était indéniablement une bonne nouvelle.
Lui-même voulait partir. Il voulait être avec Ulysses et ne voulait pas le laisser l’attendre seul trop longtemps.
En ouvrant leur conversation et en relisant leurs anciens messages, An Ruo se rendit soudain compte qu’Ulysses était forcément déjà au courant. Il avait simplement choisi de ne pas le prévenir.
Quel sale type.
An Ruo posa le menton dans sa main et réfléchit. Finalement, il décida de ne rien lui envoyer pour l’instant.
Il voulait voir combien de temps Ulysses tiendrait avant de venir le trouver.
À ce stade, An Ruo avait lui aussi accepté l’idée de sortir de prison et s’était calmé pour l’essentiel.
Il se leva et commença à ranger sa chambre et à faire ses bagages.
Il s’occupa d’abord des images de tous ces protagonistes qui couvraient les murs, ainsi que de la photo de lui et d’Ulysses.
C’étaient les choses les plus importantes. Il devait les emballer avec soin et les installer ailleurs exactement de la même manière.
An Ruo décrocha la photo de lui et d’Ulysses. En voyant le corps d’Ulysses si près du sien, les fleurs qui s’épanouissaient autour d’eux sous la lune, l’atmosphère calme et brumeuse, l’intimité et la confiance qui se dégageaient de la scène, il sentit naître en lui une émotion indescriptible.
La photo avait été prise pendant la Célébration de la Légion. À l’époque, Ulysses et lui n’étaient que des amis qui se sentaient à l’aise pour discuter. Il avait trouvé la pose terriblement gênante.
Mais, à présent, il la voyait tout autrement.
Ses sentiments pour Ulysses étaient profonds et remontaient à loin, jusqu’au moment où il avait écrit ce personnage pour la première fois.
Ce n’était pas encore de l’amour romantique, mais c’était déjà une émotion d’une profondeur extraordinaire.
Et ceux d’Ulysses, alors ?
En observant le regard tranquille qu’Ulysses posait sur lui sur la photo, An Ruo se dit que ses sentiments avaient peut-être commencé bien plus tôt qu’il ne le croyait, eux aussi.
Avant leur baiser, avant cette photo…
Cette photo n’avait pas été prise dans la gêne qu’il s’était imaginée.
C’était le portrait de deux cœurs qui essayaient prudemment de se rapprocher.
An Ruo contempla l’image un long moment, effleurant le visage d’Ulysses du bout du doigt. Puis, de peur de laisser une trace, il la rangea précautionneusement comme un trésor.
Alors qu’il s’apprêtait à emballer les images des autres protagonistes, des fluctuations spatiales se firent sentir de l’autre côté de la porte.
Ah, on dirait qu’un certain Zerg n’a pas pu attendre davantage.
An Ruo avait cru qu’il ne viendrait que le soir. Il tourna la tête vers l’extérieur et vit que le ciel était encore clair.
Avant même que le Zerg dehors ait pu sonner, An Ruo alla ouvrir.
La porte s’ouvrit. Il leva les yeux et vit Ulysses, toujours aussi beau et posé, bien qu’une légère nervosité se lise dans son regard.
An Ruo sourit.
« Entrez. »
Invité à entrer, Ulysses pénétra dans la pièce et An Ruo referma la porte derrière lui.
Ulysses remarqua aussitôt que sa photo avait disparu du mur.
La sienne seule avait été retirée. Tous les autres Zergs étaient encore là.
Il se demandait si son dieu ne lui infligeait pas une sorte de punition quand quelqu’un le prit dans ses bras par-derrière.
La proximité physique donnait toujours de la force et de l’assurance aux Zergs, et le cœur d’Ulysses s’apaisa aussitôt.
Revenu à lui dans cette étreinte, il passa les bras autour de son dieu à son tour et observa sa réaction.
Ses yeux brillaient, pleins de joie.
Il ne devait pas lui en vouloir tant que ça.
Le cœur d’Ulysses, qui était resté en suspens, retrouva enfin tout à fait sa place. Il prit tout de même l’initiative de présenter ses excuses.
« Je suis désolé. Je ne voulais pas vous cacher la réduction de votre peine et votre libération. »
Il avait eu peur que, s’il en parlait trop tôt à son dieu, celui-ci hésite et finisse par refuser de partir.
« Je sais. Vous vouliez me faire une surprise », répondit An Ruo.
Il avait aussi envisagé qu’en tant que maréchal, Ulysses n’aurait pas dû abuser de sa position en révélant la décision avant l’heure. Mais, dans le cadre d’une relation amoureuse, il pouvait aussi simplement s’agir d’une surprise entre amoureux.
Il ne lui serait jamais venu à l’esprit que la véritable raison était aussi saugrenue : Ulysses craignait qu’il refuse de partir.
Et pourtant, cette idée lui allait droit au cœur.
Ulysses garda le silence un instant.
Entre les deux explications, « surprise » sonnait effectivement mieux.
Il acquiesça donc aux paroles de son dieu et demanda : « Alors, avez-vous été agréablement surpris ? »
En réalité, la surprise l’emportait sur le plaisir.
Mais s’il y avait eu à la fois de la surprise et de la joie, comment pouvait-on dire que ce n’était pas une « agréable surprise » ?
An Ruo répondit vaguement, puis se pencha pour l’embrasser, se servant en partie du baiser pour dissimuler qu’il ne savait pas quoi dire.
Il visait le coin des lèvres d’Ulysses.
Mais Ulysses remarqua son intention et baissa la tête vers lui. Ce qui aurait dû être un simple baiser tendre se transforma en baiser profond.
An Ruo n’aurait jamais dû espérer prendre l’avantage sur Ulysses en matière de baisers.
Une technique capable de nouer la queue d’une cerise ne pouvait que faire tomber ses défenses, couche après couche.
Il l’avait bien cherché.
Quand ils se séparèrent enfin assez pour qu’il puisse reprendre son souffle, An Ruo vit Ulysses le contempler de ses yeux argentés, pleins de joie et d’impatience, comme s’il en voulait encore.
Hors de question.
An Ruo le repoussa contre le torse et s’échappa.
Il lui restait une chambre à ranger.
Ulysses le suivit. En le voyant décrocher les images des protagonistes, l’une après l’autre, il comprit enfin pourquoi sa propre photo avait disparu.
Si l’on voyait les choses du bon côté, la photo d’eux deux était la première que son dieu avait décrochée.
Ça devait bien avoir une signification particulière.
Ulysses l’aida à faire ses cartons. Même si ces protagonistes seraient bientôt transférés à l’identique sur les murs de sa résidence de maréchal, il les acceptait comme d’habitude.
Tout en rangeant, An Ruo jeta discrètement un coup d’œil à Ulysses du coin de l’œil.
Au départ, il avait eu beaucoup de mal à se résoudre à partir, mais la présence d’Ulysses semblait l’apaiser.
Elle lui donnait envie de le suivre loin de cet environnement familier, et lui faisait aussi attendre avec impatience la nouvelle vie qui l’attendait.
Désormais, Ulysses et lui allaient… vivre ensemble.
Ils étaient ensemble depuis un bon moment déjà, mais la simple idée de vivre ensemble suffisait encore à faire légèrement rougir An Ruo.
Ses cils frémirent tandis qu’une foule de scènes de vie quotidienne avec Ulysses lui traversaient l’esprit.
An Ruo comptait tout de même passer une dernière nuit en prison et faire ses adieux comme il se devait.
Il ne rangea donc que les affaires dont il n’aurait pas besoin ce soir-là, laissant de côté le nécessaire du quotidien.
Le gros du travail se trouvait dans ces pièces pleines de lettres.
Ulysses était venu pour s’expliquer auprès de son dieu et l’aider à faire ses bagages. Il savait aussi qu’An Ruo avait reçu beaucoup de lettres de remerciement de la part des Zergs femelles militaires.
Mais lorsqu’il vit l’ampleur de la pile, même lui en resta stupéfait.
La prison interdisait aux Zergs femelles militaires d’ajouter en privé le spécialiste de l’apaisement psychique à leurs contacts de terminal, à moins que celui-ci ne le leur propose. Vu le caractère d’An Ruo, il était évident qu’il ne le ferait pas de lui-même.
Les Zergs femelles militaires ne pouvaient donc recourir qu’à la méthode la plus traditionnelle : écrire des lettres à la main, qui étaient officiellement recueillies puis remises pour exprimer leur gratitude.
Il y avait ici un nombre incroyable de lettres en papier.
À l’ère interstellaire, où les bureaux avaient depuis longtemps renoncé au papier, Ulysses n’avait encore jamais vu autant de documents physiques réunis au même endroit.
Et ce n’étaient que des lettres de remerciement de patientes Zergs femelles militaires.
Si l’on y ajoutait les lettres de ses lecteurs, plus tard…
Ulysses commença à se demander si toutes les pièces de rangement qu’il avait préparées suffiraient.
Il faudrait peut-être utiliser une technologie d’agrandissement spatial rien que pour ces lettres.
Après tout, dans les foyers zergs ordinaires, cette technologie ne servait généralement que pour les salles à mecha, afin d’y loger des mechas gigantesques.
Les lettres allaient donc recevoir le même traitement que les mechas.
Ulysses l’aida silencieusement à les trier et à les ranger, les plaçant une à une dans des boutons spatiaux selon leur catégorie et leur classement.
Lorsqu’il tombait sur des lettres écrites directement sur du papier, sans enveloppe, il lui arrivait d’y jeter un coup d’œil en passant.
Son expression s’assombrissait aussitôt davantage.
Elles étaient toutes remplies de phrases obscènes écrites sans la moindre honte par des Zergs femelles en chaleur.
Ces Zergs femelles n’avaient-elles pas leur propre Zerg mâle ?
Pourquoi entraient-elles en chaleur pour le mâle qui lui appartenait ?
Et ce n’était pas seulement le contenu. Ces Zergs femelles aimaient aussi asperger leurs lettres de parfum. Les plus audacieuses y ajoutaient même l’odeur de leurs propres phéromones, espérant que Monseigneur se souviendrait d’elles ou rêvant que leur parfum de phéromones leur vaudrait une audience en personne auprès de lui.
Plus Ulysses rangeait, plus son expression s’assombrissait.
Il mourait d’envie de détruire ces lettres sur-le-champ.
Ce n’aurait pas été difficile.
Il lui aurait suffi d’en refermer une dans sa main pour la réduire en cendres. Même si quelqu’un s’en apercevait, on aurait probablement cru à de la poussière accumulée dans un coin qu’on n’avait pas nettoyé depuis trop longtemps.
Mais Ulysses jeta un coup d’œil au dos du mâle et n’osa finalement pas faire quelque chose d’aussi flagrant.
D’abord, même si le mâle ne pouvait pas le voir, son pouvoir psychique pouvait percevoir certaines perturbations. Ulysses n’était pas certain de pouvoir les dissimuler aux perceptions de son dieu, et celui-ci tenait manifestement beaucoup à ces lettres.
Ensuite, s’il voulait vraiment les détruire, il lui faudrait en réduire en cendres plus de la moitié dans toute la pièce. Avec les cendres qui couvriraient le sol, même un Zerg aveugle saurait que quelque chose clochait.
Ulysses accéléra et poursuivit son rangement en silence.
Il décida qu’une fois arrivés à la résidence du maréchal, il proposerait de constituer une nouvelle équipe de tri des lettres, chargée d’écarter à l’avance celles qui contenaient des propos trop extrêmes ou d’une obscénité insupportable.
Ce serait aussi un gain de temps pour le mâle lorsqu’il lirait son courrier.
Au milieu du rangement, An Ruo remarqua que, derrière lui, Ulysses semblait littéralement entouré d’une aura noire.
Il ignorait ce qui l’avait contrarié cette fois-ci.
Ulysses n’était pas du genre à laisser transparaître ses émotions ; parvenir à le mettre dans un tel état n’était donc vraiment pas une mince affaire.
An Ruo regarda les lettres dans les mains d’Ulysses et comprit plus ou moins.
Entre Zergs, les lettres de remerciement étaient… particulièrement débridées.
Certains passages ressemblaient presque à des lettres d’amour.
Il s’approcha et prit la pile des mains d’Ulysses.
« Je m’en charge. »
Puis il ajouta, sans oublier de s’expliquer : « Ne vous inquiétez pas. J’ai toujours fermement refusé ce genre de choses. Je ne leur ai jamais laissé espérer quoi que ce soit. »
Ulysses fut effectivement un peu rasséréné, mais l’idée que le mâle lirait quand même ces lettres et répondrait même à ces Zergs ralluma sa colère.
Bien sûr, il n’en voulait pas au mâle.
Sa colère visait ces Zergs sans vergogne qui lui écrivaient.
An Ruo l’embrassa de nouveau.
« À l’avenir, il n’y en aura plus. Je ferai trier les lettres de ce genre et leur dirai publiquement de ne plus écrire ce type de choses. Je ne les accepterai pas. »
C’était exactement ce qu’Ulysses avait envisagé tout à l’heure. Maintenant qu’An Ruo avait proposé lui-même, il lui serait encore plus facile de mettre la mesure en place.
L’attitude d’An Ruo l’apaisa aussi grandement.
C’était comme si on venait de lisser à la perfection son pelage hérissé.
Mais Ulysses se rendit soudain compte qu’il s’était montré beaucoup trop jaloux.
Ce n’était pas bien.
Dans une société où un Zerg mâle avait couramment plusieurs Zergs femelles, aucun mâle n’aimait qu’une femelle s’ingère à l’excès dans ses autres relations.
Et encore moins un dieu.
Ulysses tenta de rattraper le coup.
« Ce n’est pas ce que je voulais dire… »
Mais c’était exactement ce qu’il voulait dire.
An Ruo le regarda en souriant, sans se formaliser le moins du monde de son intervention.
Ils étaient amants.
C’était parfaitement normal.
Avant qu’ils se mettent ensemble, il aurait pu ne pas s’en soucier. Mais maintenant que leur relation était officielle, ils devaient tenir compte des sentiments l’un de l’autre.
Ces lettres étaient vraiment déplacées.
Tout ce qu’Ulysses avait voulu répondre se dissipa finalement sous l’effet de l’affection du mâle.
An Ruo profita de l’occasion pour formuler sa propre requête.
« Quand je sortirai demain, ne venez pas me chercher. Ne vous montrez pas. »
Les yeux d’Ulysses s’écarquillèrent aussitôt et il se raidit.
« Non ! »
Comment aurait-il pu ne pas venir chercher le mâle pour une occasion aussi importante que sa libération ?
An Ruo était tout aussi catégorique.
« Ma libération va forcément attirer beaucoup d’attention. Si quelqu’un vous voit venir me chercher ou vous photographie, ça fera un énorme scandale, et votre réputation en souffrira. Nous avons déjà convenu que vous ne deviez pas trop vous montrer avec cette identité en public. Nous ne pouvons pas laisser les gens faire le lien entre nous. »
Ulysses comprenait son raisonnement.
Mais il était hors de question qu’il n’y aille pas.
Comme le mâle serait libéré selon la procédure officielle, il sortirait forcément par la grande porte de la prison, en toute cérémonie, et quitterait ouvertement et dignement la Région militaire.
Il ne sortirait pas comme d’habitude en empruntant un passage spatial avec Ulysses.
Autrement dit, Ulysses devait absolument l’attendre devant la prison pour venir le chercher.
Il se préparait depuis si longtemps pour ce jour si important. De plus, il était l’unique amant du mâle.
Il était hors de question qu’il ne se montre pas.
Quelle Zerg femelle ne viendrait pas chercher son Zerg mâle à sa sortie ?
Ce ne serait pas comme nier qu’il était son partenaire légitime ?