Chapitre 248
[Il n’y a même pas un sac de couchage en trop ? Pas un seul ? (horrifié) Ils tombent juste parfaitement par paires ?]
[Il y en a forcément un. C’est juste que Lucas est général de division et doit se montrer juste et impartial ; il ne peut pas donner un sac de couchage rien qu’à Felix. S’il faisait une exception pour lui, les autres femelles Zergs, qui ignorent la vérité, penseraient soit qu’il le favorise, soit qu’il cherche délibérément à l’exclure.]
[Alors le général de division va vraiment se sacrifier et partager un sac de couchage avec Felix ? (horrifié) (curieux) (impatient)]
[??? Pourquoi vous vous emballez comme ça ?!]
Les lecteurs qui suivaient le roman devenaient de plus en plus étranges. Au début, ils avaient tous rejeté une histoire mettant en scène des Zergs femelles homosexuelles. Mais leurs opinions avaient fini par changer et bon nombre de Zergs restaient désormais simplement pour le spectacle.
[Non, non, non. Je crois toujours que le général de division saura préserver sa chasteté. Après tout, ils sont dans un campement. Même si le général de division a sa propre tente, l’isolation phonique y est limitée, et les femelles Zergs ont l’ouïe et la vue perçantes. Ils ne peuvent pas faire trop de bruit. Au pire, le général de division se fera peloter quelques fois. Ils sont du même sexe, alors ce n’est pas comme s’il y perdait quelque chose.]
[Soyez précis. Peloté où ? (paniqué)]
[Ça a donc un autre sens ?! Le général de division, en tant que Zerg femelle, va perdre son devant ? (se cache le visage, horrifié)]
[Non, non, ça n’arrivera pas. Le général de division n’a qu’à dormir dos à Felix ! Felix ne ferait rien de trop déplacé.]
[Mais j’ai l’impression que quelque chose cloche chez Felix depuis qu’il a mangé ces champignons. Il lui suffit de se tremper dans une source chaude pour rougir, et maintenant, il rougit rien qu’en mangeant un champignon. Sa constitution me fait vraiment me demander s’il est aussi fort qu’il en a l’air, alors qu’il a tant de véritables faits d’armes à son actif et qu’il a même affirmé les avoir accomplis en tant qu’éclaireur. C’est vraiment déroutant.]
[Tout à l’heure, il était aussi écrit que Felix avait « vu » le mycélium sous terre. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’était une exagération ? Ou bien le mycélium était vraiment visible à la surface ?]
[Peut-être les deux. Certains mycéliums sont effectivement visibles à l’œil nu. (Image — un réseau dense de mycélium noir recouvre un tronc d’arbre.)]
[Hé ! Vous, les femelles Zergs, vous pouvez discuter de ce que vous voulez, mais ne postez pas d’un coup des images qui font perdre la raison ! Rien qu’à la regarder, je me sens mal.]
[Désolée, Seigneur mâle Zerg QAQ. J’ai lu trop de romans classiques et j’ai pris l’habitude d’un milieu où seuls les Zergs femelles suivent des histoires et où tout le monde poste les images qu’il veut. Je vais la supprimer tout de suite (essuie la sueur).]
À l’époque où les femelles Zergs suivaient des romans entre elles, elles postaient toutes sortes d’images sanglantes et macabres. Elles n’hésitaient pas à publier des photos de corps mutilés sur les champs de bataille. Après tout, toutes les personnes qui suivaient ces romans étaient des femelles Zergs et la plupart avaient servi dans l’armée. Elles avaient tout vu et pouvaient même évaluer tranquillement les techniques représentées sur une image tout en la regardant.
Depuis qu’elles avaient soudain rejoint un milieu où les mâles Zergs suivaient eux aussi des romans, certaines femelles Zergs n’avaient toujours pas réussi à s’y habituer, même après presque un an.
Les Tianjia avaient d’abord voulu lancer quelques piques sur la fragilité des mâles Zergs, mais ils se rappelèrent que les leurs suivaient eux aussi le roman. Ils se turent donc, décidant qu’il valait effectivement mieux supprimer ce genre d’image.
Les mâles Zergs étaient tous de petits démons arrogants. Il n’y avait rien de mal à leur faire un peu peur ; ils s’en remettraient vite, de toute façon. Mais leurs pauvres petits mâles, si délicats, ne supporteraient pas d’être effrayés.
Sans un mot, les Zergs et les Tianjia tombèrent d’accord : il ne fallait pas effrayer les mâles Zergs ni les mâles, les images dérangeantes ne devaient pas être publiées à la légère et il fallait bien gérer l’ambiance dans les commentaires.
Les deux camps convinrent également que Felix, dont le visage était devenu brûlant après avoir simplement traversé un environnement rempli de mycélium et de spores parasites et mangé un peu de fructifications du champignon parasite, était beaucoup trop fragile.
Bien sûr, les critères appliqués aux mâles Zergs et aux femelles Zergs étaient complètement différents.
Ils étaient hypocrites à ce point.
...
[Face à Felix, déjà installé dans le sac de couchage et qui le regardait avec impatience, Lucas toussota d’un air gêné. Sous une pression qui lui faisait picoter le cuir chevelu, il annonça qu’il assurait le tour de garde cette nuit et dit à Felix de se reposer.
À ces mots, Felix perdit tout entrain et afficha une mine accablée.
Il comprenait le sens des responsabilités du général de division, mais il ne supportait vraiment pas de laisser passer une si belle occasion.
« Mon général, il y a des femelles Zergs spécialement affectées aux tours de garde, et elles se relaient. Vous avez formé vous-même tous les vétérans, qui ont déjà l’habitude de ce genre de mission. Vous ne leur faites donc toujours pas confiance ?
— Et c’est ma première fois ici. J’ai peur de rester seul dans une région sauvage que je ne connais pas. Vous pourriez rester avec moi ? »
En parlant, Felix leva vers Lucas ses yeux brillants, l’air implorant, et cligna plusieurs fois des paupières, faisant tout son possible pour tirer le meilleur parti de son visage qui plaisait autant aux mâles qu’aux femelles.
Lucas savait que Felix jouait délibérément les malheureux. Quelle femelle Zerg aurait peur de passer une nuit seule ?
De plus, le dossier de Felix faisait état de nombreuses expériences de survie en milieu sauvage. Pour un éclaireur, c’était presque une routine.
Pourtant, son visage était d’un magnifique rouge vineux et, sous la veilleuse de la tente, ses yeux semblaient embués, perdus. D’une manière ou d’une autre, il avait vraiment l’air un peu pitoyable.
Pour une raison inexplicable, Lucas ne parvint pas à bouger les pieds.
Finalement, il fit demi-tour.
Il choisit de rester et de passer la nuit avec Felix.
Allongé sur un côté du sac de couchage, Lucas se dit qu’il avait dû perdre la tête.
Il n’aurait clairement pas dû céder, mais il ne cessait de se demander… et si ? Et si Felix avait vraiment besoin de lui ?
Au début, Lucas resta raide sur le dos, mais le regard qui pesait sur lui lui mettait une pression énorme. Felix ne pouvait retenir son sourire et avait l’air aux anges.
Sous cette pression qui lui faisait picoter le cuir chevelu, Lucas se tourna sur le côté, le dos à Felix.
Il comprit vite que c’était une très mauvaise idée, car Felix s’enroula aussitôt autour de lui. Leurs corps se pressèrent étroitement l’un contre l’autre ; le bras de Felix encercla sa taille, puis sa main se posa sur le large torse de Lucas avec une familiarité déconcertante.
Tout le corps de Lucas se raidit. Même son expression se figea.
Craignant que les Zergs dehors ne les entendent, il ne put que serrer les dents et avertir Felix à voix basse, dans un souffle, de ne pas faire l’idiot.
Felix ne comprit pas.
« Mon général, qu’est-ce que vous dites ? Je vous aime vraiment, mon général. »
En parlant, il enfouit le visage contre le dos de Lucas et se frotta affectueusement à lui, en laissant échapper un petit rire ravi.
Lucas comprit soudain que rester avait été la pire erreur qu’il pouvait commettre.
Felix venait carrément de lui dire qu’il l’« aimait ».
Une femelle Zerg qui disait à quelqu’un du même sexe qu’elle l’aimait.
Lucas avait cru que, tant qu’il n’abordait jamais le sujet et que Felix ne disait rien lui-même, ils pourraient vivre en paix ainsi pendant plusieurs années, peut-être même plus de dix ans, voire davantage — jusqu’à ce que Felix finisse par se désintéresser de lui et décide d’épouser un Zerg mâle.
Mais, avec cette seule phrase, Felix avait tout mis sur la table, empêchant désormais Lucas de continuer à l’éviter.
Et pourtant, Felix se comportait comme s’il venait de dire quelque chose de tout à fait banal. Il avait l’air aussi détendu que s’il exprimait simplement sa loyauté envers son supérieur. Sans son comportement d’une intimité extraordinaire, Lucas aurait pu croire qu’il l’avait simplement salué ou lui avait prêté allégeance, qu’il avait mal entendu ce fameux « aime ».
Mais son ouïe ne lui faisait clairement pas défaut.
La main de Felix n’était pas en reste. Elle bougeait à peine, mais exerçait de petits mouvements subtils, serrant et pressant par endroits.
De la part d’une femelle Zerg ordinaire du même sexe, on aurait pu parler de curiosité pour les muscles d’un puissant guerrier. Mais venant d’une femelle Zerg attirée par le même sexe, le geste prenait un tout autre sens.
La pression était telle que Lucas avait envie de s’enfuir.
Mais Felix le tenait fermement.
Quelque chose n’allait pas.
Quelque chose n’allait vraiment pas.
Lucas se força à se calmer et à réfléchir.
Les sentiments de Felix à son égard n’avaient jamais été vraiment discrets, mais il ne s’était absolument jamais montré aussi direct, aussi franc.
Jusque-là, Felix avait toujours respecté les règles élémentaires de la bienséance — il s’était même montré extrêmement à cheval sur les convenances. Il refusait jusqu’à se baigner avec Lucas et n’avait jamais délibérément profité du fait qu’ils étaient du même sexe pour prendre l’initiative d’un contact physique.
Par rapport à avant, le Felix de cet instant était clairement anormal.
Ce n’était tout de même pas la pénombre et l’intimité de la tente qui avaient amplifié à ce point ses sentiments et ses désirs.
Le souffle qui tombait sur le dos de Lucas était brûlant et, derrière lui, Felix respirait de façon irrégulière.
Son inquiétude pour Felix prit le dessus sur tout le reste.
Lucas oublia de chercher à se dégager ou à s’éloigner. Il saisit la main de Felix, posée contre sa poitrine, pour l’empêcher de s’égarer, puis fronça légèrement les sourcils en essayant de se retourner.
« Felix ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’es pas dans ton état normal. »
La voix de Lucas était grave.
Il n’était pas dans son état normal ?
Felix s’examina.
Il avait effectivement assez chaud.
Parce que Lucas était dans ses bras.
Dans cette atmosphère brumeuse, comme dans un rêve, il vit Lucas lui sourire tendrement, lui tenir doucement la main et la poser contre son torse, pour qu’il sente les battements de son cœur et la chaleur de sa peau.
Felix faillit saigner du nez.
Mon Dieu, comment le général de division Lucas pouvait-il être aussi €€ ?
Le général de division avait vraiment ce côté-là.
Il allait avoir une érection.
Lucas se raidit. Les coins de sa bouche se figèrent complètement et il interrompit son mouvement à mi-chemin.
Il l’avait senti.
Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur et son cœur se remplit d’incrédulité.
Plus que l’envie de l’éviter ou de lui résister, ce qu’il ressentait surtout, c’était de la confusion et de la stupeur.
Il n’y avait même pas de phéromones de Zerg mâle.
Comment Felix pouvait-il… ?
Était-il tout simplement exceptionnellement doué ?
Ou ses sentiments pour Lucas étaient-ils déjà devenus si intenses ?
Au point qu’une femelle Zerg pouvait éprouver un plaisir extrême, même sans phéromones de Zerg mâle.
C’était incroyable.
Lucas oublia qu’il aurait dû éviter Felix ou s’éloigner. Lorsque Felix se frotta contre le léger renflement à travers le tissu, une décharge électrique remonta le long de la colonne vertébrale de Lucas et engourdit la moitié de son corps.
Par-derrière, Felix mordilla doucement l’épaule de Lucas. « Mordiller » n’était pas tout à fait le bon terme. Ses dents se posèrent simplement contre la peau de Lucas, qu’elles pressèrent et frottèrent doucement, comme un adorable petit animal en quête de câlins.
La respiration de Lucas s’alourdit.
Son esprit était en plein chaos, réduit à une bouillie informe. Il fixait l’espace devant lui, mais son regard avait déjà perdu toute netteté.
Il oublia ce qu’il était censé faire et ne sut pas comment réagir dans une telle situation.
À travers la tente, il entendait vaguement les oiseaux appeler dehors, le €€€€€€€€ des petits animaux qui se faufilaient dans les herbes, le crépitement discret du bois dans le feu de camp et les conversations étouffées des femelles Zergs de garde.
Lucas se mordit la lèvre, réprimant sa respiration trop lourde dans le calme de la nuit.
Il céda à Felix toute la nuit et ne se leva pour tout nettoyer qu’au petit matin.
Felix dormait encore, le visage paisible et serein, complètement détendu.
Lucas, lui, ne savait pas quoi faire de son pantalon.
L’état de Felix, la nuit dernière, avait clairement été anormal. Après s’être un peu soulagé, il semblait avoir récupéré, et même sa respiration s’était stabilisée.
Lucas percevait une agréable odeur.
Elle ressemblait un peu aux phéromones des Zergs mâles, sans en être. Les phéromones des mâles Zergs n’auraient pas été aussi légères.
Cette odeur semblait liée à Felix.
Lucas contempla Felix endormi et n’en crut pas ses yeux.
Il ne pouvait tout de même pas trouver agréables les phéromones d’une autre femelle Zerg ?
Les femelles Zergs ne supportaient que les phéromones des individus de leur propre sexe. Plus leur rang était élevé, plus leurs phéromones dégageaient pression et intimidation, et plus les autres femelles Zergs y résistaient.
Bien que Lucas eût lui aussi éprouvé involontairement certaines réactions la nuit précédente, ce n’était pas normal.
Face aux traces laissées par Felix sur ses vêtements, Lucas sentit inexplicablement ses joues s’échauffer. Il s’empressa de tout nettoyer et cacha dans son bouton spatial ce qui devait l’être.
Réprimant son embarras et son malaise, il nettoya aussi Felix.
Ils n’avaient rien fait, à proprement parler. Le tissu de leurs vêtements avait formé une barrière efficace, mais même ainsi, ils étaient allés un peu trop loin.
Pendant un moment, Lucas ne sut pas comment il était censé faire face à Felix.
Heureusement, Felix ne s’était toujours pas réveillé. Lucas n’avait pas à l’affronter tout de suite et disposait encore d’un peu de temps pour démêler ses pensées chaotiques.
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