Chapitre 239
[Ça fait une semaine entière que je n’ai rien lu d’An-shen. Vous savez comment j’ai survécu à cette dernière semaine ?]
Les lecteurs de StarNet, qui avaient attendu une éternité sans voir la moindre mise à jour, se prirent la tête entre les mains et fondirent en larmes.
[Il y a quelque chose qui cloche. Le rythme de publication d’An-shen est peut-être imprévisible, mais quand il commence une histoire, il la termine généralement aussi vite que possible. C’est rare qu’il disparaisse une semaine entière sans donner signe de vie.]
[Caleb et le Prince vivent peut-être déjà heureux jusqu’à la fin de leurs jours, mais il doit bien y avoir une suite, non ? Et la préparation à la grossesse, alors ? Et la ponte d’un œuf ?]
[Ne me dites pas qu’An-shen est à court d’inspiration ??? (panique)]
[Merci de poser la question. Ce Zerg se trouve sur l’Étoile Capitale et vient de quitter la résidence du maréchal. Vous n’imaginez pas à quel point elle est devenue grandiose, luxueuse et magnifique… C’est déjà assez rare de voir une femelle militaire au sang de fer comme le maréchal se soucier de l’apparence de son domicile, mais en plus, toute la résidence a clairement été aménagée selon les goûts d’un Zerg mâle. Ceux qui savent, savent.]
[Savoir quoi ? Quoi ?! Je déteste les Zergs qui parlent par énigmes !]
En effet, tout Zerg d’expérience ayant déjà courtisé un Zerg mâle ou envisagé de se marier avec l’un d’eux savait exactement ce que cela signifiait.
Seuls les jeunes Zergs célibataires restaient dans le flou.
[C’est vrai ? Le maréchal et An-shen en sont déjà arrivés à… ce stade ?]
[Quelle joyeuse nouvelle ! Il faut la célébrer dans le monde entier ! (lance des fleurs) (lance des fleurs)]
[Alors c’est pour ça que je n’ai pas eu de mise à jour de toute la semaine ? (sanglote) Comment le maréchal va-t-il me rembourser ce qu’il me doit ?! Tant pis (essuie ses larmes). Pour le bonheur du maréchal, je ferai ce sacrifice.]
[Je m’assois bien sagement et j’attends le mariage du maréchal.]
[Non, sérieusement ? Tout ce que vous dites, ce sont des suppositions. Vous avez la moindre preuve concrète ?! Si je ne peux pas me régaler avec le roman, je veux bien goûter au sucre de la vraie vie, mais ne me faites pas miroiter des choses qui n’existent pas !]
[Les rumeurs sur les deux précédents Empereurs Tianjia et le Prince avaient l’air tout aussi convaincantes, et puis le Prince a fini par épouser le lieutenant général Caleb !]
[Voici une information confirmée : Sa Majesté l’Empereur est bel et bien enceinte (image d’actualité jointe).]
[???]
[!!!]
Tous les Zergs et les Tianjia qui ouvrirent l’image furent stupéfaits.
Il s’agissait d’une banale photo d’actualité militaire. L’Empereur Tianjia Ares y prononçait un discours comme à son habitude, mais ce qui attirait particulièrement l’attention, c’était sa taille puissante, d’ordinaire serrée dans une ceinture militaire : elle était maintenant simplement recouverte par sa veste, habituellement boutonnée, sous laquelle se dessinait un renflement évident.
[Attendez ?! L’Empereur Tianjia est enceinte ? Il n’a pas de consort impérial ! De qui sont les petits ?]
[Peu importe de qui ils sont. Les Tianjia ne reconnaissent que leur parent femelle. Ils se fichent de savoir qui est leur parent mâle.]
[Mais ça compte quand on soutient un couple fictif !]
[Je sais. D’après le roman, ils sont de Seigneur Carl.]
[Carl n’est qu’un personnage fictif du roman ! Son modèle, c’est €€€€ le Seigneur Eugene, fils unique de l’ancien Archon et du général Sorens. Il n’y a aucune chance que ces deux-là aient quoi que ce soit à voir l’un avec l’autre, pas vrai ?]
[Pourquoi pas ? Ce n’est pas ce qui est écrit dans le livre ? Ils se sont rencontrés alors qu’ils étaient bloqués au même endroit, ils ont appris à se connaître et à se comprendre, et ils ont fini ensemble. Même s’ils ont été séparés un temps, ils se sont finalement retrouvés et ont eu des petits.]
[Je n’ai qu’une question : et les phéromones ?]
[Ils n’ont qu’à se retrouver une fois par mois !]
[… C’est plus de la science-fiction que le roman de science-fiction lui-même. Même An-shen n’oserait pas écrire un truc pareil.]
L’actualité des Tianjia détourna l’attention des internautes. Alors qu’ils en discutaient, une notification de mise à jour apparut soudain en haut de leurs terminaux.
Au même instant, aux quatre coins de l’univers, les terminaux des Zergs, des Tianjia et d’autres espèces interstellaires s’illuminèrent pour signaler une nouvelle publication du compte qu’ils suivaient spécialement.
€€€€ An-shen avait publié un nouveau chapitre !
La discussion s’interrompit. Il était temps de lire la mise à jour.
…
【<Ce qui s’est passé ensuite ①>
Depuis que Caleb avait épousé le Prince, ses relations avec les Tianjia qui l’entouraient s’étaient compliquées de plus en plus.
Cette situation s’était encore accentuée après la percée du Prince.
Certains venaient le sonder, d’autres voulaient se lier d’amitié avec lui, tandis que d’autres encore cherchaient à s’attirer ses faveurs en lui proposant de partager leurs biens dans l’espoir de fonder une famille avec lui…
Les rivaux amoureux, en particulier, étaient nombreux.
Toutefois, chez les Tianjia, les rivaux amoureux avaient tendance à se montrer plus amicaux envers la femelle et à gagner ses faveurs en lui offrant des avantages.
Un foyer Tianjia était dirigé par sa Dame. Un étranger ne pouvait espérer obtenir l’approbation de la Dame et être accueilli dans la famille qu’en faisant preuve d’assez de gentillesse et en montrant sa valeur.
Mais dans la famille de Caleb, c’était exactement l’inverse.
Chez lui, c’était le Prince qui commandait.
Si le Prince ne le voulait pas, Caleb ne laisserait jamais une autre femelle rejoindre leur famille.
Comme le Prince avait déclaré qu’il « ne voulait que lui », Caleb écarta tout naturellement toutes les autres femelles.
Il avait même eu recours à la force à plusieurs reprises, considérant que c’était une bonne occasion de se dégourdir les muscles.
À force de se battre, Caleb finit par comprendre quelque chose.
Son désir de protéger le Prince et sa détermination à veiller sur lui lui avaient permis d’effleurer le seuil du rang S, à force de combats et de progrès.
L’Empereur Tianjia fut le premier à remarquer le changement.
Sa Majesté en fut très satisfaite et l’invita à s’entraîner avec lui.
Caleb : « … »
Caleb jeta un regard discret au ventre déjà bien arrondi de Sa Majesté et n’osa pas accepter.
L’Empereur était enceinte, et son ventre se voyait déjà beaucoup.
Caleb comprit enfin pourquoi le Prince s’était précipité vers lui, si inquiet, lors de son dernier combat contre Sa Majesté.
Si un incident survenait et que les futurs petits impériaux étaient blessés, le Prince ne le lui pardonnerait jamais.
Caleb refusa. L’Empereur Tianjia allait répondre quand il aperçut le Prince qui approchait au loin et se tut aussitôt.
Les deux grandes femelles restèrent raides, réservées et dociles, à l’entrée de la salle de combat, tandis que le Prince les passait en revue.
Le Prince s’approcha et balaya les deux femelles du regard. Il savait exactement ce que manigançait l’Empereur Tianjia. À l’abri des regards de Caleb, il lança discrètement à Ares un regard d’avertissement. Pourtant, son visage conserva un sourire élégant quand il rappela à Sa Majesté de ne pas négliger ses devoirs et de retourner s’occuper des affaires militaires.
Il prit ensuite congé avec politesse et entraîna Caleb à sa suite.
Ce ne fut qu’après s’être éloignés que Metis dit sérieusement à Caleb :
« Ne te bats pas contre lui. S’il t’invite à t’entraîner, ignore-le. Il se sert toujours de son rang supérieur pour te malmener ! »
Caleb en resta stupéfait.
Le Prince pensait vraiment que Sa Majesté le maltraitait ?
Son Altesse le Prince… s’inquiétait pour lui ?
Les yeux de Caleb s’illuminèrent légèrement et il répondit avec émotion : « Votre Altesse, ne vous inquiétez pas. Ce n’est qu’un entraînement ordinaire. Sa Majesté ne donne jamais toute sa puissance. Je ne serai pas blessé. »
Metis : « … »
Cette femelle était-elle idiote ?
Metis était furieux.
Ares se servait de son rang supérieur pour affronter Caleb, qui ne pouvait pas le battre et ne faisait qu’encaisser les coups. En quoi n’était-ce pas du harcèlement ?
Toujours en colère, Metis entraîna Caleb avec lui et lui dit :
« Apprends-moi à piloter un mecha. Dès qu’il aura pondu ses œufs, on lui fera sa fête tous les deux ! »
Metis ne se sentait pas le moins du monde coupable à l’idée de s’y mettre à deux contre un.
Ares était de rang SS. Même si lui et Caleb faisaient tous deux une percée, ils ne seraient que deux de rang S. Le simple nombre ne suffisait pas à combler l’écart entre les rangs ; ils ne seraient donc pas en train de malmener Ares.
Quant à Metis lui-même… ses talents de pilote de mecha étaient peut-être moyens, mais son pouvoir psychique restait très utile. Il ne serait pas difficile de perturber Ares : il ne serait au moins pas un poids pour Caleb.
Il pourrait coordonner ses mouvements avec ceux de Caleb, fournir un tir de soutien depuis le côté, l’encourager et soumettre Ares à des interférences psychiques — notamment, mais sans s’y limiter, en lui diffusant directement dans l’esprit des histoires sur Ares et le Zerg mâle.
Plus Metis y réfléchissait, plus son plan lui semblait réalisable.
Caleb trouvait qu’il y avait quelque chose d’assez déplacé à parler ouvertement de la façon dont ils allaient « faire sa fête à Sa Majesté l’Empereur », mais il écouta le Prince.
S’ils en venaient vraiment aux mains, il protégerait le Prince, et Sa Majesté ne laisserait pas non plus le Prince se faire blesser. Tout devrait donc bien se passer.
Caleb accepta donc.
Ares, qui se trouvait à peine à un couloir de là : « … »
Ils n’avaient même pas parcouru cent mètres qu’ils parlaient déjà de lui faire sa fête. En quoi cela différait-il de lui crier leur plan directement à l’oreille ?
Non seulement Ares devait aller travailler et s’occuper des affaires militaires, mais il devait aussi écouter ces jeunes mariés roucouler juste à côté de lui. Il se sentit inexplicablement agacé, mais ne pouvait rien dire alors que le Prince s’était chargé d’une si grande partie de son travail.
Le Prince s’était toujours occupé à sa place des affaires gouvernementales les plus complexes et les plus fastidieuses. Ares n’avait qu’à se soucier des questions militaires, ce qui lui avait déjà épargné énormément de tracas.
À l’égard de son frère jumeau aîné, Ares avait toujours éprouvé de la gratitude, ainsi que de la culpabilité pour le passé. Voir Metis enfin trouver une femelle en qui il avait confiance et avec qui il était prêt à passer le reste de sa vie rendait sincèrement Ares heureux pour lui.
Mais voir sans cesse ce couple Tianjia si affectueux ensemble ne faisait que souligner davantage sa propre solitude.
Ares regarda au loin et soupira en silence.
Il se demanda quand Carl et lui pourraient enfin vivre ensemble sans le moindre obstacle.
Il leva la main et se caressa le ventre.
Ces deux œufs avaient à peine eu l’occasion de passer du temps avec leur parent mâle.
Il espérait que tout serait enfin réglé avant leur éclosion.】
[Qu’est-ce que ça veut dire, « tout sera enfin réglé » ? Sa Majesté compte attaquer la Fédération des Zergs ? Conquérir les Zergs (choqué) !?]
[Ça ne peut pas vouloir dire ça. N’oubliez pas que, dans le livre, Sa Majesté et le Zerg Carl sont en couple. Il aime profondément le Zerg mâle Carl et fait même une exception en nouant des liens avec les Zergs à cause de lui, en favorisant la coopération et les échanges avec eux dans le domaine de l’Apaisement psychique. Je soupçonne sérieusement que si les choses continuent ainsi, les Tianjia et les Zergs établiront des relations diplomatiques, comme An-shen l’avait écrit dans son précédent roman.]
[Est-ce possible — et je dis bien possible — que les œufs que porte l’Empereur Tianjia soient, dans la réalité aussi, ceux d’un Zerg ?]
[Avant le Prince et Caleb, j’aurais répondu « absolument impossible », mais maintenant… je ne sais plus trop. Les histoires de science-fiction d’An-shen correspondent toujours à la réalité de la façon la plus étrange qui soit. On ne sait plus distinguer le réel de la science-fiction.]
…
【<Ce qui s’est passé ensuite ②>
Le Prince et Caleb étaient proches en rang, leurs chances de concevoir un œuf étaient donc très élevées.
Même Ares avait réussi à tomber enceinte malgré l’énorme écart de rang qui le séparait du Zerg mâle Carl, et il avait conçu deux œufs d’un coup.
Metis ne voyait pas pourquoi il n’y arriverait pas, lui aussi.
Pourtant, plusieurs mois passèrent sans le moindre résultat.
Caleb vérifiait chaque jour s’il était enceinte. Metis ne supportait pas de voir la déception sur son visage chaque fois que le résultat était négatif ; il contacta donc Ares en secret depuis son terminal pour lui demander conseil — alors qu’Ares, sur le point d’accoucher, continuait à courir partout pour s’amuser.
« Comment tomber enceinte du premier coup ? »
En voyant la question du Prince, Ares resta quelque peu interdit. Il ne s’était pas attendu à ce que son frère impérial vienne lui demander conseil sur un sujet pareil…
Il jeta un regard au Zerg mâle somnolent à ses côtés, qui bâillait de fatigue, réfléchit sérieusement, puis leva la main et tapa sa réponse.
[Ares] : D’abord, il faut… Ensuite, il faut… En bref, la manière dont la femelle et le Zerg mâle s’y prennent compte beaucoup. Et si tu arrives à tomber sur la femelle pendant ses chaleurs, les chances de concevoir un œuf augmentent considérablement.
Le Prince fixa gravement les informations qu’Ares lui avait envoyées et les étudia avec soin, des doutes lui venant à l’esprit.
Ça se passait vraiment comme ça ?
On aurait dit une sorte de science occulte.
Et le mâle devait prendre l’initiative dans ce genre de situation et participer activement…
Le Prince repensa à leurs ébats habituels. Il semblait bien que Caleb faisait normalement la majeure partie du travail.
Quant aux chaleurs, comment pouvaient-ils s’organiser pour tomber par hasard au bon moment ?
Quel casse-tête.
Pendant ce temps, Carl venait d’achever une séance particulièrement intense. Après avoir largement dépassé son quota d’exercice habituel, il était épuisé et somnolent, et peinait à garder les yeux ouverts. Dans son brouillard de fatigue, il vit qu’Ares envoyait encore des messages et lui demanda, perplexe : « De quoi tu parles ? »
Ares éteignit son terminal, ramena la couverture sur Carl et lui, puis murmura à son oreille, avec une pointe d’amusement :
« De tes talents. »
Le cerveau de Carl, embrumé par le manque de sommeil, tournait au ralenti. En entendant cela, il hocha fièrement la tête.
Il était vraiment très doué.
…
Metis se rappela que le mâle devait lui aussi prendre l’initiative pour augmenter leurs chances de concevoir. Les jours suivants, il se montra donc particulièrement entreprenant et appliqué.
Enfin, lorsque Caleb fit une percée au rang S, ils conçurent leur premier œuf.
Il s’agissait d’une grossesse classique avec un seul œuf.
Et d’un trésor chèrement obtenu.
(Fin)】