Chapitre 203
[C-C’est fini ? (stupéfait)]
[Ne fais pas ça, An-shen ! Écris encore un peu ! Je n’ai même pas encore vu les œufs pondus ni les petits sortir de leur coquille !]
[Quand l’histoire de Xi’an et Claire s’est terminée, on pouvait toujours suivre leur version dans la vraie vie. Mais maintenant que celle de l’Empereur Tianjia et du Zerg mâle est finie, où sommes-nous censés aller pour connaître la suite ?! (sanglots bruyants)]
Il n’était pas forcément exclu qu’il y ait une suite.
Ceux qui étaient au courant de certains détails le savaient parfaitement.
Mais Ulysses ne voulait plus leur accorder la moindre attention.
Il passa à la page de discussion et envoya la demande qu’il avait préparée depuis longtemps.
Son Excellence n’aimait pas être dérangé pendant qu’il écrivait. Ces derniers temps, Ulysses s’était retenu et s’était abstenu de le solliciter sans y être invité. Il avait fini par attendre que ce Tianjia, enceinte de jumeaux, arrive au terme de son histoire.
Il pouvait enfin lui proposer un rendez-vous.
An Ruo reçut la demande. Ulysses lui proposait de sortir admirer le paysage… maintenant ? En pleine nuit ?
An Ruo fixa l’obscurité dehors, stupéfait.
La nuit venait à peine de tomber. Une lune brillante trônait haut dans le ciel, entourée d’innombrables étoiles.
An Ruo se figea.
C’était la première fois qu’un Zerg l’invitait à sortir le soir.
Est-ce qu’il pourrait rentrer ?
Non, attends. Est-ce qu’il rentrerait à temps pour dormir ?
An Ruo hésita un moment, mais finit par accepter.
Il venait de terminer un roman et avait vraiment envie de se détendre un peu.
Sortir prendre l’air.
Il se changea.
Il enfila une tenue qu’Ulysses lui avait offerte auparavant.
Parmi tous ces vêtements de haute couture, il parvint à peine à en trouver un qui soit relativement discret.
Mais une fois porté, il n’avait plus rien de discret…
Ulysses arriva plus vite qu’il ne l’avait imaginé.
An Ruo venait à peine de finir de se changer qu’il sentit une fluctuation spatiale.
Heureusement, cette fois, Ulysses s’arrêta devant la porte.
An Ruo s’empressa de ranger les vêtements qu’il avait quittés. L’un d’eux avait atterri sur la peluche.
Il le retira et remarqua que le visage de la peluche semblait avoir légèrement rougi à force d’être couvert.
Ulysses était déjà là, il n’avait donc pas le temps de s’en préoccuper. An Ruo rassembla ses vêtements, les fourra dans le lave-linge séchant, puis se précipita pour ouvrir.
Ce ne fut qu’en ouvrant la porte qu’il se rappela qu’Ulysses n’avait pas sonné. Il attendait simplement dehors.
C’était peut-être à cause de l’éclairage nocturne, mais An Ruo remarqua que le visage d’Ulysses semblait lui aussi un peu rouge et que son regard se dérobait légèrement, sans tenir en place.
Mais quand il regarda de plus près, Ulysses avait le regard droit et l’expression calme.
Il avait donc dû se faire des idées.
Le regard d’An Ruo glissa sur la légère rougeur au bout des oreilles d’Ulysses. Il marqua une pause, puis reprit :
« Je suis prêt. Où va-t-on ? »
Cette fois, il avait décidé de suivre Ulysses sans même savoir où ils se rendaient.
An Ruo lui-même ne s’était pas rendu compte qu’il avait fini par faire autant confiance à Ulysses.
Il pouvait le laisser l’emmener n’importe où, en se fiant à chacun de ses choix.
Il n’avait même pas demandé une autorisation de sortie à l’administration pénitentiaire.
Heu… Ulysses s’en était sûrement chargé aussi ?
Uriel ne viendrait pas le chercher, n’est-ce pas ?
« Dans un endroit… qui, je crois, va te plaire. »
Ulysses lui prit la main et l’attira à lui, puis passa un bras autour de lui et recula, l’entraînant dans le passage spatial.
An Ruo se rendit compte qu’Ulysses avait de plus en plus l’habitude de le tenir dans ses bras.
Il en était déjà arrivé au point de le faire sans même le prévenir.
Bien sûr, An Ruo n’y voyait aucun inconvénient.
À la sortie du passage spatial, une vaste étendue de champs et de prairies s’étendit devant eux à perte de vue. Des étoiles innombrables constellaient le ciel, tandis que de minuscules points lumineux scintillaient autour d’eux.
An Ruo cligna des yeux et regarda de plus près.
De minuscules lueurs vert fluorescent, qui s’allumaient et s’éteignaient.
« Des lucioles ? »
Il en resta stupéfait.
« Oui, répondit Ulysses. En me basant sur… un rêve que j’ai fait autrefois et sur les informations concernant les lucioles dans les jeux virtuels, j’ai trouvé une espèce qui leur ressemblait. Ce ne sont pas des Zergs, mais, comme celles que tu as décrites dans ton livre, leur abdomen brille. »
Elles ressemblaient exactement aux lucioles dont An Ruo se souvenait.
Elles étaient magnifiques.
En même temps, il releva un détail dans les paroles d’Ulysses.
« Un rêve ? demanda An Ruo, surpris.
— Toi aussi, tu as rêvé de lucioles ?
— Oui. Tu étais dans ce rêve, toi aussi. Enfant. » Ulysses parlait doucement, avec une tendresse empreinte de nostalgie.
An Ruo en resta stupéfait.
Ulysses avait toujours été perspicace. Il remarqua aussitôt le changement d’expression du mâle, ainsi que le mot « aussi » dans sa question.
« “Aussi” ? Tu veux dire que… »
Ulysses le regarda, surpris et plein d’espoir.
An Ruo lui raconta son propre rêve.
Le petit village de montagne, le paysage nocturne, les lucioles, Ulysses qui déchirait l’espace pour le rejoindre, puis tous deux qui se tenaient compagnie en silence.
« Je crois que j’ai eu la chance que tu partages ton rêve avec moi », soupira Ulysses quand il eut fini de l’écouter.
An Ruo ne savait pas exactement ce qui s’était passé non plus. On aurait dit qu’Ulysses avait fait le même rêve que lui.
Comme si un fil invisible avait relié leurs rêves.
C’était merveilleusement étrange.
Comme si la distance entre eux s’était encore réduite.
An Ruo contempla le paysage, si semblable au lieu de son rêve, mais encore plus beau et plus vaste. Il inspira l’air un peu frais que portait la brise nocturne. Le parfum de l’herbe, des arbres et des fleurs le détendit et le revigora profondément.
Il tira sur la manche d’Ulysses, s’assit sur une petite pente et lui fit signe de s’asseoir aussi.
Ulysses sortit une cape militaire de son bouton spatial et l’étendit par terre, pour éviter à An Ruo de s’asseoir directement sur l’herbe un peu rêche.
An Ruo n’avait aucune idée de l’endroit où il avait appris ça. Peut-être de l’Empereur Tianjia, dans le livre. En tout cas, il utilisait une cape militaire pour s’asseoir.
Ares avait échoué sur une planète désolée et n’avait rien eu d’autre à utiliser comme tapis.
Mais Ulysses avait soigneusement organisé cette sortie… Peut-être n’avait-il simplement rien d’autre dans son bouton spatial.
An Ruo s’assit sur un coin de la cape, un peu gêné, même si c’était bien plus confortable que de s’asseoir directement dans l’herbe.
Ulysses s’installa à côté de lui, tout près, et contempla avec lui les étoiles et les lucioles.
Mais, la plupart du temps, Ulysses le regardait, lui.
Son regard s’attardait sur le beau visage du mâle et effleurait ses yeux lumineux.
« Ça te plaît ? demanda Ulysses.
— Oui », répondit An Ruo en hochant la tête, le visage entre les mains.
« Tu peux t’allonger pour regarder. Ce sera plus confortable. »
An Ruo s’allongea.
Comme il s’abaissait, Ulysses tendit le bras et l’enlaça. An Ruo finit ainsi dans le creux de son bras, la tête tournée vers lui, à quelques centimètres de sa poitrine.
An Ruo s’immobilisa.
C’était vraiment confortable.
La brise nocturne était un peu fraîche, mais l’étreinte d’Ulysses était chaude.
Il bougea la tête et se blottit contre lui, puis leva les yeux et croisa son regard argenté, attentif.
Sous le ciel nocturne, ses yeux ressemblaient à des étoiles gris pâle, brillantes et éblouissantes.
An Ruo se dit soudain…
Les yeux d’Ulysses étaient plus beaux que les étoiles.
Plus beaux aussi que toutes ces lucioles.
Et son nez était vraiment très beau.
Ses lèvres aussi étaient jolies.
Sans trop savoir pourquoi, An Ruo se rappela la photo qu’Ulysses lui avait envoyée et pensa à la queue de cerise.
Il savait vraiment nouer une queue de cerise avec sa langue.
Impressionnant.
An Ruo était encore perdu dans ses pensées lorsqu’il se rendit soudain compte qu’Ulysses avait baissé la tête et s’était rapproché. Quelque chose d’étrangement chaud et doux se posa alors sur ses lèvres, à la fois ferme et tendre, d’une manière merveilleuse.
Ulysses avait le don de lire dans le cœur des Zergs.
Quand le regard du mâle s’attarda sur ses lèvres, Ulysses y vit un signe.
Il passa un bras autour de la taille du mâle et posa l’autre main derrière sa tête. Puis il approfondit peu à peu le baiser, lui faisant découvrir le fruit de tous ses entraînements et attendant avec impatience son verdict.
Le mâle posa la main sur son bras et le serra légèrement.
S’il lui serrait le bras, c’était qu’il voulait qu’Ulysses ralentisse. Il devait donc y aller plus doucement.
Si sa main remontait dans son dos, cela signifiait qu’il voulait qu’Ulysses continue et qu’il appréciait le rythme. Si le mâle le serrait fort, c’était peut-être même une façon de l’encourager.
S’il lui tapotait doucement l’épaule ou le repoussait, cela voulait dire qu’il voulait qu’Ulysses s’arrête.
Après seulement quelques baisers, Ulysses avait déjà tiré de nombreuses leçons des réactions du mâle.
Il aurait de quoi étudier toute sa vie.
Ulysses ralentit et prit son temps.
Finalement, cette main remonta lentement dans son dos.
Le cœur d’Ulysses tressaillit. Il poursuivit le baiser avec encore plus d’attention et de passion, comme si un feu de forêt s’était embrasé dans sa poitrine, jusqu’à faire bouillir le sang dans tout son corps.
Ce ne fut que lorsqu’il comprit que le mâle n’arrivait plus à reprendre son souffle qu’il se retira précipitamment.
An Ruo était allongé sur la cape militaire, les cheveux épars, l’esprit embrumé.
Ses lèvres semblaient engourdies, et pourtant toutes ses sensations étaient décuplées. À chaque inspiration, il ne sentait plus que le parfum agréable d’Ulysses, qui avait complètement éclipsé celui des fleurs, de l’herbe et de la terre dans les champs.
Ulysses s’appuya près de lui. Ses yeux argentés brillaient lorsqu’il lui demanda à nouveau :
« Ça te plaît ? »
La première fois qu’il avait posé la question, il voulait savoir si An Ruo aimait cet endroit.
Les champs, le ciel nocturne et les lucioles.
Mais cette fois, il ne parlait pas seulement de tout cela.
Il y avait autre chose.
Un baiser, ou peut-être davantage.
An Ruo ne parvenait pas à répondre. Il ne pouvait que fixer d’un air hébété la belle Zerg femelle penchée au-dessus de lui.
Mais son cœur devait aimer ça.
Son corps aussi.
C’était merveilleux ; il avait agréablement la tête qui tournait, presque comme s’il était ivre.
Les phéromones d’Ulysses étaient-elles de l’alcool ?
An Ruo ne buvait pas.
Mais il aimait cette sensation d’ivresse qu’Ulysses lui procurait.
Il était très heureux.