Chapitre 197
Les hôtels de la station de transit ne pouvaient naturellement rivaliser avec ceux de l’Étoile Capitale ou des planètes touristiques.
Carl n’avait jamais séjourné dans un endroit aussi exigu. Même les lumières étaient faibles : une fois allumées, elles mettaient un bon moment à gagner peu à peu en intensité.
Mais en repensant à la grotte où ils avaient vécu sur la planète désolée, il se trouva soudain moins enclin à se plaindre.
Après tout ce qu’il y avait traversé, il avait découvert qu’il supportait les environnements hostiles bien mieux qu’il ne l’aurait cru.
Ironie du sort, Ares, qui d’ordinaire se souciait encore moins que lui de son environnement, fit remplacer toute la literie et les oreillers par du neuf.
Carl retira sa capuche et sa robe noire, puis entra dans la salle de bains pour prendre une douche.
La salle de bains d’ici n’était même pas aussi agréable que le bassin du ruisseau où Ares lui avait fait chauffer de l’eau, à l’époque. Au moins, là-bas, il y avait de belles montagnes, une eau limpide et un cadre plaisant.
Carl ressortit rapidement de la salle de bains.
Ares était assis sur le lit, sans la moindre intention d’aller se doucher.
La forte odeur de poudre se faisait déjà sentir dans la pièce.
C’étaient les phéromones d’Ares.
Son visage ne trahissait aucune émotion, mais ses phéromones s’échappaient déjà de lui sans qu’il puisse les maîtriser.
Carl s’approcha et constata qu’Ares était effectivement dans un état lamentable. Il avait retiré son déguisement, qui modifiait son apparence. Son visage était d’une pâleur anormale, mais ses joues étaient rouges comme s’il avait de la fièvre, et son regard était trouble.
Dès que Carl fut près de lui, Ares suivit instinctivement son odeur et se pencha vers lui.
Il le chercha avidement de la tête aux pieds.
Ce n’était qu’une tâche à accomplir.
Carl défit les liens et se laissa tomber contre le visage d’Ares.
Le regard de l’Empereur des Garudas célestes s’éclaircit un peu, avant de se voiler de nouveau sous l’effet des phéromones.
Peut-être était-ce à cause de la Marque psychique, ou peut-être parce que c’était la première fois qu’ils entraient en contact sans le moindre obstacle, mais l’expérience n’avait rien à voir avec ce qu’ils avaient connu jusque-là.
Carl avait cru que les jours passés à batifoler avec Ares sur la planète désolée représentaient déjà le summum du plaisir. Mais ce ne fut qu’après avoir été véritablement en contact avec lui qu’il se rendit compte que les choses pouvaient aller encore plus loin. La sensation lui picotait le cuir chevelu, au point d’engourdir même son pouvoir psychique.
Il s’avérait donc qu’il n’y avait pas besoin de sentiments pour éprouver ce genre de chose. Le simple instinct pouvait procurer autant de plaisir, même s’il détestait clairement cet Empereur des Garudas célestes.
Carl mordit l’épaule d’Ares. Il n’y laissa aucune marque, mais les muscles de ce dernier se tendirent violemment.
Sa voix aussi était agréable.
Carl y songea, l’esprit embrumé.
Ares n’était pas du genre à beaucoup parler dans ces moments-là, mais il ne cherchait pas non plus à retenir son souffle ou ses gémissements. Sur la planète désolée, seuls au milieu de nulle part, il avait eu encore moins de raisons de se contenir.
Carl avait particulièrement aimé écouter sa voix, à l’époque. Elle résonnait si bien dans la grotte qu’elle faisait frémir les oreilles d’un Zerg.
Il n’y avait pas d’écho, cette fois, mais l’insonorisation de l’hôtel miteux était déplorable. Ils entendaient le vacarme dehors, ce qui signifiait que leurs propres bruits pouvaient aussi porter jusqu’à l’extérieur et leur procurer une autre forme d’excitation.
Tout le reste chez lui était bien aussi.
S’il faisait abstraction du fait que cet Empereur des Garudas célestes l’avait trompé, il ne trouvait rien à lui reprocher.
Même la personnalité d’Ares, beaucoup trop conforme à celle d’un Garuda céleste — cette arrogance propre aux femelles Garudas célestes dotées de capacités de premier ordre —, faisait simplement partie de ce qui le définissait.
Ares avait peut-être été privé de phéromones bien trop longtemps. Même au tout dernier moment, il continua de retenir Carl et refusa de le laisser partir.
Carl n’eut d’autre choix que de s’allonger sur lui et de se reposer, blotti dans ses bras.
Ares était allongé sur le dos, sans avoir encore tout à fait repris ses esprits.
Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas éprouvé une telle satisfaction. Peut-être même n’en avait-il jamais connu d’aussi complète. Son corps avait enfin reçu directement les phéromones d’un Zerg mâle et connu une véritable satisfaction.
Mais ce n’était toujours pas assez.
Il en voulait davantage.
« Carl. »
Il prononça doucement le nom de son Zerg mâle en passant une main dans ses cheveux remarquables.
« Tu m’as énormément manqué », dit-il d’une voix rauque.
Un puissant guerrier Garuda céleste, dur et inflexible, qui considérait les émotions superflues comme une faiblesse.
Pour la première fois, il montra sa faiblesse à un Zerg mâle.
Carl tourna la tête dans l’étreinte d’Ares, les sourcils légèrement froncés. Il estimait que leur relation ne justifiait pas ce genre de paroles inutiles.
Il ramena donc la conversation à ce dont ils devaient réellement parler.
« Quand es-tu tombé enceinte ? »
Cette fois, Ares ne répondit rien.
Carl sentit qu’il y avait un problème. Une lueur de réflexion traversa son regard, puis il devina :
« Tu as trafiqué les préservatifs. »
« … Non. »
Ares n’aurait pas reconnu avoir fait quelque chose qu’il n’avait pas fait.
Carl pensait lui aussi qu’il n’irait probablement pas jusque-là, mais il poussa tout de même un soupir de soulagement en entendant son démenti.
Mais cela réduisait encore le nombre de possibilités.
Et celles qui restaient risquaient d’être plus difficiles à accepter.
« Tu m’as fait quelque chose pendant que je dormais ? Ou bien c’est moi qui t’ai fait quelque chose pendant mon sommeil… »
Carl pinça les lèvres et le regarda avec inquiétude.
À en juger par l’expression du Zerg mâle, si Ares reconnaissait l’une ou l’autre de ces possibilités, Carl prendrait aussitôt sur lui toute la culpabilité et la responsabilité, et s’occuperait de lui jusqu’au bout.
Ares caressa son beau visage et lui lissa le pli entre les sourcils.
« Non. Ni l’un ni l’autre. Tu ne m’as rien fait. »
Carl : « ? »
Alors, que s’était-il passé ?
Comment était-il tombé enceinte ?
Ou plutôt…
Était-il vraiment enceinte ?
Les pupilles de Carl se contractèrent. Il ouvrit précipitamment son terminal et scanna Ares pour effectuer un examen médical sommaire.
Le corps d’Ares se raidit.
Il fixa Carl en silence, la main posée sur lui se resserrant légèrement.
Les résultats apparurent bientôt sur l’écran lumineux.
Pas enceinte.
Aucun signe de grossesse.
Carl tourna lentement la tête vers Ares, ses yeux rouge vif s’agrandissant démesurément.
Ils étaient toujours intimement liés.
Dès qu’il s’en rendit compte, une rage brûlante s’embrasa dans son regard.
« Toi ! »
Carl hurla de colère et se rejeta brusquement en arrière, se dégageant de l’étreinte d’Ares avec un bruit sec. Il était si furieux qu’il serrait les dents.
Ares essaya de le retenir, mais Carl avait déjà reculé jusqu’au pied du lit et le foudroyait du regard, tandis que ses phéromones continuaient de s’échapper.
En moins d’une seconde, Carl enfila quelques vêtements et descendit du lit, mettant presque désespérément de la distance entre eux. Ses mains tremblaient tandis qu’il s’habillait, sa mâchoire frémissant de rage.
Ares savait qu’il avait tort et n’osa pas se plaindre du vide soudain. Craignant que Carl ne finisse par tomber malade de colère, il s’approcha en hâte et lui frotta le dos pour l’aider à se calmer.
« Tu ne voulais pas d’œuf, non ? Ce n’est pas mieux que je ne sois pas enceinte ? »
« Tu m’as fait venir ici en prétendant être privé de phéromones ! »
Et il lui en avait même donné une fois !
Carl lui repoussa la main avec irritation, ne voulant pas rester ici une seconde de plus.
« La privation de phéromones était réelle. Ce n’était simplement pas à cause d’une grossesse. C’était parce que je suis en période de rut », dit Ares.
Carl tourna la tête vers lui.
Il n’osait pas le croire.
À présent, il se méfiait de tout ce qu’Ares disait.
Face au regard méfiant et défiant du Zerg mâle, Ares expliqua, les lèvres pâles, presque désespéré :
« Sur la planète désolée, j’ai été exposé trop souvent à tes phéromones sans jamais les recevoir véritablement. Ça a déclenché ma période de rut. Elle est plus forte que toutes celles que j’ai connues jusque-là, presque impossible à réprimer seul. »
Il devait tout lui dire.
Ares pressentait que si Carl s’en allait cette fois, il le perdrait vraiment.
Carl resta immobile, sans un mot.
Il venait de scanner lui-même le corps d’Ares. Le rapport d’examen avait bien signalé que son taux de phéromones femelles était anormalement élevé, ce qui indiquait généralement qu’une femelle était entrée en période de rut.
Avec un taux de phéromones aussi élevé et aucune phéromone de Zerg mâle pour le rééquilibrer, il était effectivement impossible de le faire redescendre.
Quand Ares avait dit qu’il pourrait tenir quelques mois, jusqu’à ce que ça passe, il voulait probablement dire qu’il supporterait cette période de rut exceptionnellement sévère.
Et cela risquait d’infliger des dommages irréversibles à son corps.
« Va trouver un autre mâle pour t’aider à traverser ta période de rut », dit sèchement Carl.
Ares vit qu’il hésitait et comprit parfaitement que ce Zerg mâle avait la langue acérée, mais le cœur tendre.
Il tendit prudemment la main vers celle de Carl.
Cette fois, Carl ne le repoussa pas.
« Je te l’ai dit. Je ne veux que toi. »
Il accrocha ses doigts à ceux de Carl et le rapprocha lentement de lui.
Carl n’avait aucune idée de l’endroit où Ares avait appris ces astuces.
« Tu comptes vraiment ne jamais épouser de mâle de toute ta vie ? » demanda obstinément Carl.
Ares regarda le Zerg mâle devant lui.
Carl ne s’incluait manifestement pas dans les « mâles » dont il parlait, puisqu’il était un Zerg mâle de la race des Zergs.
Si Carl n’en faisait pas partie, alors Ares n’épouserait personne.
« Non. »
Après avoir répondu, Ares vit que Carl ne disait rien et lui retourna la question :
« Et toi ? Tu épouseras des femelles Zergs ? »
« Je n’ai pas à répondre à tes questions. »
Carl répondit d’un ton maussade, mais son corps se détendit enfin et laissa le Garuda céleste le ramener dans ses bras.
Mais lorsqu’Ares tenta d’aller plus loin, Carl fronça tout de même les sourcils et demanda :
« Tu as absolument besoin de recevoir directement des phéromones ? On ne peut pas régler ça autrement ? »
Ares eut un sourire impuissant et amer.
« On a déjà essayé beaucoup de méthodes différentes sur la planète désolée. Aucune ne m’a procuré de véritable satisfaction. Elles n’ont fait qu’aggraver la période de rut une fois qu’elle a été réprimée. »
« Si ça te met vraiment dans une situation difficile, je peux tenir. »
Ares ne voulait pas faire souffrir Carl.
Carl leva les yeux au ciel.
Il savait parfaitement quels dégâts risquait de causer le fait de se forcer à tenir.
Un taux de phéromones aussi élevé était presque sans précédent. On aurait dit que tout le corps d’Ares aspirait à la reproduction et à la conception.
Carl fronça les sourcils.
« Si tu tombes enceinte d’œufs… »
« La probabilité est extrêmement, extrêmement faible. Pratiquement négligeable », le rassura Ares.
« Et si ? » insista Carl, qui voulait une réponse claire. « Et si tu tombes quand même enceinte ? »
« Je les élèverai », répondit Ares.
« Tu peux toujours rêver ! »
Carl n’avait pas l’intention de le laisser s’en tirer aussi facilement.
Il enfonça le doigt dans la chair tendre du Garuda céleste, tentant de négocier avec lui.
« Les œufs sont à moi. C’est moi qui les élèverai. »
Ares laissa son doigt le piquer avec indulgence, mais refusa de céder.
« Non. J’ai un trône impérial qui a besoin d’un héritier. »
Carl s’en moquait.
« Selon la loi, la garde des petits revient en priorité au Zerg mâle capable d’assurer l’apaisement psychique, sauf s’il renonce volontairement à son droit de garde. »
« Le droit des Garudas célestes ne prévoit pas cette disposition. »
Après avoir reçu une première dose de phéromones, Ares avait retrouvé l’esprit clair, et son ton était devenu ferme lui aussi.
Carl lança avec colère :
« Tu veux encore mes phéromones, oui ou non ? »
« … Oui. »
« Alors on fera comme je le dis ! Mets-le par écrit dans un contrat et signe-le ! »
Carl ne faisait plus confiance à ses promesses orales.
Ares devait tout consigner par écrit.
L’Empereur des Garudas célestes se résigna à rédiger le contrat.
Pour finir, pourtant, il joua tout de même un peu sur les mots.
Il avait dit qu’il laisserait le Zerg mâle élever les œufs, mais il n’avait jamais précisé combien d’œufs il lui donnerait.
Sur ce point précis, Ares était assez confiant.
Soit il ne tomberait pas du tout enceinte, soit, si cela arrivait, il y aurait forcément deux œufs.
« Les deux parties conservent un droit de visite », dit Ares.
Carl : « ? »
Un droit de visite, d’accord, mais que voulait-il dire par « les deux parties conservent un droit de visite » ?
Carl lança un regard soupçonneux à Ares, prit le contrat et l’examina, puis finit par acquiescer.
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