Chapitre 187
La température à l’intérieur du sèche-linge n’était rien pour une Zerg femelle de rang SSS, capable de résister à la chaleur du cœur d’une planète. Ce qui faisait vraiment rougir Ulysses, c’était la chemise du mâle posée sur elle.
On avait retiré les vêtements de la poupée et on les avait lavés à part. Autrement dit, à cet instant, la seule chose qui la couvrait était la chemise du mâle.
Heureusement, elle se trouvait dans un espace clos, sans aucun autre Zerg autour.
Réprimant sa gêne, elle se débarbouilla et sortit de la chambre.
Assise à son bureau, Ulysses parvint à peine à rassembler ses idées. Emportant avec elle la chaleur persistante transmise par la poupée, elle se remit au travail.
Se rappelant la dernière mise à jour qu’elle avait lue un peu plus tôt, elle ouvrit son écran lumineux, la parcourut rapidement, puis s’arrêta sur le signal envoyé par l’Empereur des Garudas célestes dans le roman.
Elle ordonna aussitôt aux forces de secours de surveiller en priorité les fluctuations énergétiques anormales, surtout celles qui correspondaient aux signatures des armes des Garudas célestes.
Une lueur pensive passa dans les yeux gris argenté d’Ulysses.
S’il s’agissait vraiment de l’Empereur des Garudas célestes, ni l’équipe de secours ni les forces militaires voisines ne seraient capables de ramener le Zerg mâle.
Elle devrait s’y rendre en personne.
Ce qui signifiait aussi quitter l’Étoile Capitale.
Quitter l’endroit le plus proche de son dieu.
Son dieu venait de la placer dans un sèche-linge bien chaud et de l’envelopper dans ses vêtements. Ulysses se plongea dans cette chaleur, incapable de s’en détacher.
…
Le lendemain matin, An Ruo se souvint enfin de la poupée qu’il avait oubliée dans le sèche-linge.
Il la sortit en toute hâte et rangea les vêtements dans son bouton spatial.
Quand il l’avait sortie du sèche-linge, sa peau avait encore sa pâleur fraîche habituelle. Mais, après qu’An Ruo l’eut tenue dans ses mains et rapportée dans la chambre, elle reprit peu à peu une teinte rosée.
An Ruo l’observa avec curiosité et supposa que c’était dû au changement d’éclairage. Celui de la chambre était plus chaud.
La poupée ne portait aucun vêtement. Deux petits cœurs roses se trouvaient sur sa poitrine.
An Ruo appuya sur l’un d’eux du bout du doigt et le frotta.
À cet endroit, le tissu était légèrement plus ferme qu’ailleurs.
Il les pétrit distraitement un moment, puis comprit soudain ce qu’il était en train de faire. Il retira aussitôt sa main, un peu coupable.
Heureusement, aucun Zerg ne le découvrirait jamais.
Il habilla la poupée de ses petits vêtements et lui arrangea soigneusement les cheveux.
Puis il lui caressa doucement le visage et les jambes découverts. Son fin pelage court était merveilleusement doux au toucher.
Il se pencha et la renifla.
Elle sentait bon.
Le bout de son nez effleura le front de la poupée, et ses lèvres touchèrent légèrement sa joue.
Ailleurs, Ulysses, qui prononçait une allocution publique, marqua une pause à peine perceptible.
Face aux caméras officielles, elle poursuivit son discours sans rien laisser paraître, bien qu’elle eût déjà oublié ce qu’elle disait.
Heureusement, rien ne dérapa.
Cette caresse légère comme une plume avait eu l’effet d’un baiser.
Ulysses ne pouvait plus attendre.
Suivant les coordonnées à l’intérieur de son Domaine psychique, elle se rendit directement auprès du mâle.
An Ruo venait tout juste de rentrer après une séance d’Apaisement psychique quand Ulysses apparut soudain dans sa chambre, le faisant sursauter.
« Tu… »
Avant qu’il ait pu finir, elle l’attira dans ses bras.
La Zerg femelle le serra fort, comme si elle s’était retenue depuis très longtemps.
An Ruo posa une main dans son dos, sans savoir s’il devait la repousser.
« Pardonne-moi de débarquer comme ça… souffla Ulysses. Je vais bientôt quitter l’Étoile Capitale pour rejoindre le front. Je n’ai pas pu attendre davantage. Je voulais te revoir une dernière fois. »
La main qui avait hésité dans son dos, prête à la repousser, se posa finalement contre elle.
Une lueur de compréhension et de joie passa dans les yeux baissés d’Ulysses.
Elle le savait.
Ce Seigneur avait toujours eu le cœur tendre.
Même avec elle, il se montrait doux et répugnait à lui faire du mal.
« Tu m’as beaucoup manqué », murmura Ulysses.
Que pouvait faire An Ruo d’autre ?
Face à quelqu’un qui allait partir pour un front si lointain, il ne pouvait que lui offrir une vraie étreinte.
Il lui tapota doucement le dos, espérant lui apporter un peu de réconfort.
Aucun des deux ne reprit la parole.
Ils restèrent simplement enlacés, comme si le temps lui-même s’était arrêté.
Ulysses enfouit le visage contre le mâle, se maîtrisant tout en respirant avidement son parfum, et souhaitant que cette étreinte dure pour toujours.
La main posée dans le dos du mâle se crispa. Elle brûlait d’envie de le caresser, mais s’obligea à rester immobile.
Après avoir respiré une dernière fois le léger parfum du mâle, elle demanda à voix basse :
« À l’époque… j’ai eu tort. Tu m’as pardonné, maintenant ? »
Elle ne pensait pas que l’embrasser avait été une erreur.
Elle était simplement allée trop vite.
Elle aurait dû ralentir, lui laisser plus de temps, tisser patiemment une toile dont il ne pourrait s’échapper avant de se l’approprier peu à peu, le possédant tout en se laissant posséder en retour.
Elle ne savait toujours pas si tout ce que le mâle lui avait fait la veille était une récompense… ou une punition.
Mais le presque-baiser que le mâle lui avait donné aujourd’hui l’avait rendue incapable de se retenir plus longtemps.
An Ruo n’en avait jamais vraiment voulu à Ulysses.
Il n’y avait rien à pardonner.
Il avait été surpris.
Il avait été un peu contrarié.
Mais ce n’était pas si grave.
C’était plutôt comme… une plaisanterie entre amis. Rien d’assez sérieux pour en faire toute une histoire.
Face à la question d’Ulysses, An Ruo n’avait pas envie de lui expliquer ce raisonnement si compliqué. Rien que d’imaginer tout ce qu’il devrait dire le fatiguait.
Il finit par répondre simplement :
« Je ne t’en voulais pas. »
En entendant cela, Ulysses tourna légèrement la tête.
Le temps d’un bref instant, ses lèvres effleurèrent la joue d’An Ruo.
Leurs regards se croisèrent.
Ulysses marqua une pause, puis se recula doucement, savourant la sensation laissée sur ses lèvres tout en veillant à ne pas trop le montrer.
« Alors… est-ce que je pourrai encore venir te voir à l’avenir ? demanda-t-elle.
An Ruo hocha la tête.
Il n’avait jamais interdit à Ulysses de venir le voir.
Il lui avait même dit expressément qu’elle pouvait venir le trouver directement dès qu’elle aurait besoin de quoi que ce soit.
Les doigts d’Ulysses frémirent.
« Est-ce que je pourrai t’inviter à sortir, une autre fois ? »
« Bien sûr. »
An Ruo hocha la tête, puis hésita avant d’ajouter :
« Mais le front est trop loin. J’ai encore mes séances d’Apaisement psychique, alors je ne peux pas t’accompagner. »
Il pensait qu’Ulysses voulait l’emmener avec elle.
Après tout, elle avait l’air si triste de le quitter, comme si elle voulait rester avec lui pour toujours.
« Ce n’est pas ce que je voulais dire… »
Ulysses s’expliqua :
« Comment pourrais-je t’emmener souffrir sur le front ? Je t’emmènerai seulement dans des endroits intéressants et agréables. »
On aurait dit qu’elle avait déjà prévu toutes sortes de sorties pour l’avenir.
An Ruo, qui souffrait d’anxiété sociale, commençait déjà à se sentir sous pression.
Mais… si c’était Ulysses…
Il avait confiance en elle : elle organiserait tout comme il fallait, sans surcharger le programme ni lui mettre trop de pression.
An Ruo acquiesça donc.
Ce n’est qu’alors qu’il se rendit compte qu’Ulysses le tenait toujours.
La main qui reposait dans son dos avait discrètement glissé jusqu’à sa taille.
Il leva la main et lui tapota l’épaule pour lui faire signe de le lâcher.
*Ça suffit, non ? Tu m’as assez serré dans tes bras.*
*Il est temps de me lâcher.*
Ulysses ne desserra les bras qu’à contrecœur.
« Je t’apporterai un cadeau, dit-elle. Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? »
An Ruo ne trouva rien de particulier et lui répondit de choisir ce qu’elle voulait. Puis, se rappelant à quel point le précédent cadeau d’Ulysses avait été extravagant, il ajouta :
« Apporte-moi juste quelques spécialités du coin. Rien de trop cher. »
Des spécialités du coin ?
Ulysses réfléchit.
Quelles spécialités pouvait-on trouver sur le front ?
Quelles spécialités venait-on chercher dans les régions inhabitées de l’espace lointain ?
Et sur les planètes désolées ?
C’était à chaque Zerg femelle de trouver la réponse.
Elle ne pouvait pas demander au mâle de tout lui expliquer.
Et quoi qu’elle choisisse, il fallait que cela corresponde parfaitement aux goûts du mâle.
C’était un devoir que chaque Zerg femelle devait accomplir.
« Compris », répondit Ulysses.
Mais ses pensées étaient déjà accaparées en grande partie par les deux « protagonistes » coincés sur cette planète désolée.
Les goûts de ce Seigneur étaient en réalité assez évidents.
Les créateurs aimaient naturellement tout ce qui se rapportait aux romans… et aux protagonistes.
Quand Ulysses avait parlé du front, An Ruo avait craint qu’il s’agisse de secrets militaires et n’avait pas osé poser d’autres questions.
À la place, il demanda simplement :
« Tu voudrais une autre séance d’Apaisement psychique ? »
Ulysses hésita, puis déclina.
Son état psychique était excellent.
Elle n’avait pas besoin d’être apaisée.
Elle ne voulait pas que le mâle pense qu’elle venait toujours uniquement pour l’Apaisement psychique.
Sinon, il la mettrait dans le même panier que toutes les Zergs femelles militaires qui venaient se faire soigner.
Elle ne serait plus qu’une tâche à accomplir.
« Je vais très bien. Je n’ai pas besoin d’Apaisement psychique. Si tu veux bien… tu pourrais plutôt me caresser ? demanda Ulysses.
Elle enviait depuis très longtemps la poupée, qui recevait les caresses affectueuses du mâle.
An Ruo fut si surpris qu’il faillit matérialiser un point d’interrogation avec son pouvoir psychique.
Est-ce que… c’était vraiment convenable ?
Mais Ulysses avait l’air de le vouloir sincèrement.
Eh bien…
Un jeune qui partait pour un long voyage pouvait demander à son parent mâle — ou à un autre aîné — de lui tapoter la tête pour le rassurer… C’était parfaitement normal, non ?
An Ruo ne pouvait pas continuer à se convaincre de la sorte.
Ils ne formaient pas ce genre de famille.
Et Ulysses ne le considérait clairement pas comme un aîné.
Aucune Zerg femelle n’embrassait ses aînés.
Malgré tout, An Ruo finit par accepter.
Il leva la main et caressa doucement la tête d’Ulysses, ses cheveux, sa nuque…
Puis il leva les yeux.
En croisant le regard gris argenté d’Ulysses, il le trouva baissé, débordant d’émotions trop profondes pour être décrites.
Les doigts d’An Ruo tremblèrent légèrement.
Sa main se posa sur l’épaule d’Ulysses, qu’il effleura doucement, comme pour en chasser le givre et la poussière invisibles.
« Reviens sain et sauf », dit-il.
Il ignorait quelle mission Ulysses avait reçue.
Mais le front…
Ça avait l’air terriblement important.
Ulysses lui sourit doucement.
« Avec tes mots, je gagnerai à coup sûr. »
Quant à ce qui l’attendrait ensuite…
Devrait-elle affronter la colère de son dieu et répondre à ses questions ?
Même Ulysses l’ignorait.
Mais c’était quelque chose qu’elle devait faire.