Chapitre 161
[Qu’est-ce qui se passe ? La base militaire s’est fait pirater ?]
[Pourquoi j’ai des frissons ? Ce roman de science-fiction s’est transformé en histoire de fantômes ? Ce n’est même pas un genre populaire chez les Zergs ! C’est plutôt le genre de trucs que seuls les peuples spirituels spécialisés dans les pouvoirs psychiques apprécient !]
[Même les romans sur les peuples spirituels n’ont pas une ambiance pareille.]
[Dépêchez-vous d’attraper l’intrus ! Sinon, j’ai peur pour les données de Seigneur Roy !]
[Vous ne devriez pas plutôt vous inquiéter pour les secrets militaires ?]
[Quelqu’un d’autre peut s’en soucier. Seigneur Roy est plus important !]
…
【Avec cette désagréable impression d’être observé qui lui collait à la peau, Morris se rendit directement au service informatique et leur demanda d’enquêter.
Ce qui le mettait le plus mal à l’aise, c’était que même après avoir pénétré dans la salle de contrôle centrale du service, il sentait toujours ces regards posés sur lui.
Des flots de données serrées défilaient sur d’innombrables écrans holographiques.
Les spécialistes de l’information ne tardèrent pas à remarquer quelque chose d’anormal.
Un immense flux de données inconnu était apparu sur le réseau de la base militaire.
Il restait là, presque immobile.
Comme s’il faisait la sieste.
Ou observait tranquillement les environs.
Une étrange description traversa l’esprit de Morris.
Il savait qu’il ne devrait pas décrire une suite de données avec des mots aussi ordinaires.
Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de la voir ainsi.
Les spécialistes de l’information tentèrent aussitôt de l’intercepter et de la décrypter.
Du point de vue de Morris, d’innombrables flux de données l’encerclèrent et lancèrent l’assaut.
L’immense flux de données sembla sursauter.
Il accéléra brusquement, comme un petit animal effrayé dont le poil se hérissait d’un coup.
L’espace d’un instant…
Morris se surprit à s’inquiéter pour lui.
L’immense flux de données inconnu fila frénétiquement à travers le réseau, repoussant de temps à autre des groupes de codes qui l’attaquaient.
Puis, en un instant…
Il s’arrêta.
Et disparut entièrement du réseau militaire.
Les spécialistes restèrent stupéfaits.
Ils eurent beau chercher, ils n’en trouvèrent pas la moindre trace.
Aussi soudainement qu’il était apparu…
Il s’était évanoui sans laisser le moindre indice.
Ils ne trouvèrent rien.
L’impression d’être observé disparut avec lui.
Et, curieusement…
Morris ressentit un inexplicable sentiment de vide.
Auquel s’ajoutait une irritation malaisante qu’il ne parvenait pas à s’expliquer.
Les spécialistes de l’information continuèrent de renforcer le pare-feu et de chercher des traces de l’intrus.
Après leur avoir donné quelques instructions, Morris quitta le service.
Il regagna rapidement les quartiers des officiers.
Comme si un instinct le pressait d’avancer.
À peine eut-il poussé la porte…
Qu’il sentit de nouveau quelque chose d’étrange.
Ce n’était pas la même impression que celle d’être observé.
Une autre sorte d’étrangeté.
Dans le salon du rez-de-chaussée…
Un robot faisait le ménage.
Son corps rond, en forme d’œuf, flottait légèrement au-dessus du sol.
Deux bras mécaniques sortaient de son centre, chacun muni d’un outil différent.
L’un nettoyait le canapé tandis que l’autre remettait les coussins en place.
Les bras croisés, Morris l’observa un moment en silence, puis déclara :
« Cette brosse sert à nettoyer la cuisine. »
Le robot se figea.
Puis, en un instant, sept ou huit outils différents jaillirent tous en même temps.
Ils se mirent à s’agiter dans toutes les directions.
Il les rétracta précipitamment l’un après l’autre, puis finit par choisir un aspirateur et reprit maladroitement le nettoyage du canapé.
Comme s’il n’était qu’un robot domestique consciencieux.
… Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
Morris fut gagné par le doute.
Comment un intrus pouvait-il être aussi lent d’esprit ?
Il lui manquait quelques vis ?
« Ça suffit. Arrête de faire semblant. Ton déguisement est lamentable. Dis-moi : qu’est-ce que tu cherches ? »
Morris fixa froidement le robot.
Celui-ci s’immobilisa brusquement.
Puis se retourna…
Et se jeta sur lui.
Il l’attaquait ?
Sérieusement ?
« Morrissss~~~ »
Morris, qui avait presque arraché la tête du robot d’une seule main, se retint de justesse.
Le robot lui fonça droit dans les bras.
Sa voix mécanique avait changé de ton ; il étirait délibérément la dernière syllabe avec une affection si outrancière qu’elle aurait hérissé les poils de n’importe quel Zerg.
La main de Morris reposait toujours sur la tête du robot.
Il hésita.
Devait-il la lui arracher…
Ou pas ?
Pendant ce temps, le robot se frottait à lui avec enthousiasme.
Son comportement ressemblait étrangement à celui d’un certain Zerg mâle qui avait enfoui la tête contre lui pendant son Éveil physiologique.
Une possibilité parfaitement absurde surgit dans l’esprit de Morris.
Il ouvrit de grands yeux, horrifié.
Il fixa le petit robot rond qui se tortillait contre son torse.
« Roy ?! »
« Morris est méchant. Tu ne m’as reconnu que maintenant. »
Le petit poing de fer du robot lui asséna un coup violent dans la poitrine.
Puis il lui plaqua l’aspirateur sous le menton comme un pistolet.
« Et tu t’es même allié à ces méchants Zergs pour m’attaquer. Ils ont essayé de percer ma peau avec tous ces codes. »
« M… »
Morris resta sans voix.
Comment aurait-il pu savoir que c’était Roy ?
Roy n’était-il pas dans le jeu ?
Comment avait-il pu en sortir ?
Sans s’attarder sur ces questions, Morris se hâta de demander, après avoir entendu Roy parler de l’attaque :
« Tu es blessé ? Tu as eu mal ? »
« Hmph. »
Roy retira l’aspirateur, puis lui donna plusieurs coups dans la taille.
« Ça ne m’a pas fait mal. Ces trucs n’ont même pas réussi à percer ma peau. Mais ils étaient vraiment agaçants.
Comme ça. »
Il le piqua de nouveau.
Morris sentit la pression contre sa taille.
Pour une femelle de haut rang comme lui, c’était pratiquement insignifiant.
Il poussa un soupir de soulagement.
Voulant examiner Roy de plus près, il tendit machinalement les mains pour le soulever.
Puis il baissa les yeux vers le robot rond.
…
Il n’avait soudain aucune idée de l’endroit où le prendre.
« C’est quoi, cette tête ?! »
Un émoji en colère apparut sur l’écran du robot.
Roy le piqua violemment dans la colonne vertébrale.
« Tu ne m’aimes plus !
Tu es comme ces femelles qui ne s’intéressent qu’au physique !
Tu ne m’aimes plus parce que je n’ai pas un beau visage ! »
Était-ce vraiment ça, le problème ?
Morris n’osa pas protester.
À la place, il ramassa le robot Roy, qui se débattait, et le posa sur le canapé.
Roy protesta aussitôt :
« J’ai déjà nettoyé ce côté.
Tu n’as pas le droit de t’asseoir là. »
Avec la brosse de la cuisine.
Bon, techniquement, ce n’était pas sale…
Mais ça le dérangeait quand même.
Morris n’eut d’autre choix que de le porter de l’autre côté avant de s’asseoir.
« Comment tu as fait pour sortir du jeu ? » demanda Morris, inquiet.
« Je suis juste sorti, comme ça. »
Roy répondit avec désinvolture.
Voyant à quel point Morris avait l’air inquiet, il prit un instant pour réfléchir, puis lui donna une explication plus détaillée.
« Il y a un lien entre nous.
Peut-être à cause de la Marque psychique.
Quand tu t’es déconnecté, j’ai suivi ce tout petit lien…
Et je me suis faufilé dehors.
Ensuite, je suis devenu…
Une suite de données ? »
Morris songea en silence :
Ce n’était pas seulement une suite de données.
C’était une masse immense de données.
Il était stupéfait que Roy ait réussi à apparaître dans son monde de cette façon.
En même temps…
Il était horrifié d’avoir failli lui faire du mal.
Il avait toujours su que Roy était différent.
Qu’il n’était pas un simple programme virtuel.
Mais voir Roy devant lui, dans la réalité…
Restait incroyable.
Morris observa Roy en silence.
Il n’arrivait pas à se lasser de le regarder.
Même le robot rond en forme d’œuf commençait à lui paraître étonnamment beau.
Pendant ce temps, l’intelligence artificielle intégrée au robot analysa automatiquement l’expression de Morris.
Finalement…
Elle tira une conclusion si choquante que Roy faillit perdre la tête.
« T-tu…
Ne me fais pas la cour.
C’est vraiment glauque. »
Roy leva précipitamment un bras mécanique pour lui cacher les yeux.
C’était terrifiant.
Il n’était pas encore prêt psychologiquement.
Comment était-il censé se servir de ce corps ?
« Hum. »
Morris toussota, gêné, puis abaissa le bras mécanique qui lui cachait le visage…
Ainsi que l’aspirateur fixé à son extrémité.
Même l’aspirateur avait l’air adorable quand Roy le tenait.
« Je ne te faisais pas la cour. »
Roy ne le crut pas une seconde.
Il s’éloigna encore un peu de Morris.
Au cas où Morris tenterait de profaner son pur et innocent petit corps de robot.
Morris n’eut d’autre choix que de s’expliquer :
« Si tu n’aimes pas ce corps, on peut t’en faire fabriquer un autre sur mesure.
Il existe des corps robotiques entièrement humanoïdes.
Il suffit de leur transmettre tes données physiques pour qu’ils en fabriquent un identique à toi. »
Roy trouva que c’était une excellente idée.
Ce serait au moins mieux que de ressembler à un œuf.
« Mais il faudra attendre encore deux jours », dit Morris.
« Je ne peux pas encore quitter la base d’entraînement, alors je n’ai aucun moyen de contacter qui que ce soit à l’extérieur. »
Le maréchal avait surtout refusé d’approuver sa demande de permission.
Morris n’avait plus qu’à attendre deux jours, jusqu’à la fin de l’entraînement à huis clos.
Roy ne voyait pas d’inconvénient à attendre.
Mais les paroles de Morris lui rappelèrent quelque chose.
En tant que forme de vie électronique unique, Roy pouvait circuler librement sur les réseaux de données.
Il pouvait aussi y lire d’immenses quantités d’informations.
La plupart l’ennuyaient, alors il les ignorait complètement.
Sauf celles qui concernaient Morris.
Celles-là, il les lisait toujours.
Roy regarda Morris.
En silence, il fouilla parmi les outils du robot pour trouver une arme d’interrogatoire convenable.
Finalement…
Il choisit une spatule.
Tenant la spatule devant Morris, il le força lentement à se pencher en arrière.
Les dents serrées, Roy exigea :
« J’ai vu ta demande de permission pour mariage, Morris.
Alors…
Qui comptais-tu épouser ?
Quel Zerg mâle, dans le monde réel ? »
Plus il parlait…
Plus il se mettait en colère.
« Très bien, Morris !
Tu joues les amoureux transis avec moi dans le jeu, tu me cours après…
Et pendant ce temps, tu as déjà prévu d’épouser un autre Zerg mâle dans la vraie vie !
Sale femelle sans cœur !
Pourriture infidèle !
Je te quitte ! »】