Dans un couloir faiblement éclairé, une jeune fille à la longue queue-de-cheval blanche et aux yeux bleus courait, le visage baigné de larmes. Mais dès qu’elle estima être suffisamment loin de la salle de bal, l’air attristé de son visage s’évapora instantanément, remplacé par un sourire subtil et léger.
« Avec la scène que je viens de faire, Marionette devrait déjà avoir quitté la salle de bal pour me poursuivre », pensa Lillian en essuyant l’eau de ses yeux, qu’elle avait fait passer pour des larmes. « J’espère qu’elle ne va pas se perdre. »
Ayant parcouru cette route à plusieurs reprises, Lillian avait déjà élaboré un plan pour sauver Marionette. La performance déchirante qu’elle avait offerte devant l’Assassin n’était que le début.
Malgré quelques imprévus survenus la veille, Lillian était confiante quant à sa réussite.
« Damien et ses limiers devraient arriver dans ce couloir d’une seconde à l’autre... » songea Lillian en tirant sur la breloque de son collier.
Elle fixa pensivement le collier problématique avec un léger sourire ; c’était un objet vital pour sa mise en scène. Lillian n’était pas actrice, et elle n’en avait aucune expérience. Ainsi, la seule façon de rendre son jeu convaincant était de s’en remettre à son collier.
Il possédait un enchantement utile qui lui permettait d’agir exactement comme elle le souhaitait. Par exemple, si elle voulait paraître sincèrement joyeuse ou — dans ce cas précis — triste, son collier lui en donnait l’apparence.
C’était l’accessoire rêvé pour tout acteur.
« Le seul inconvénient de cet enchantement, c’est qu’il nécessite un public pour amplifier ses effets. Pas que cela ait de l’importance, vu l’endroit où je me trouve. »
Avec la beauté saisissante de Lillian et l’aide involontaire de Damien, qui avait concentré une partie de son attention sur elle, l’enchantement bénéficiait d’un coup de pouce largement suffisant pour tromper les yeux de Marionette.
Les paupières de Lillian se mi-closent brièvement à l’évocation de l’Assassin.
Elle soupira.
En enfonçant ses mains dans ses poches, Lillian s’avança plus loin dans le couloir, désireuse de s’éloigner autant que possible de la salle de bal.
« Bien que ce ne soit qu’une comédie, je suppose que je suis quand même un peu blessée par son comportement étrange... »
« Peut-être est-ce parce que j’attendais cette danse avec impatience depuis un moment... » murmura Lillian à voix haute, le regard mélancolique. « Je veux vraiment savoir ce qui a changé chez elle pour qu’elle agisse ainsi... »
Avait-elle réellement fait quelque chose de mal pour contrarier l’Assassin ? Ou... quelqu’un influençait-il les pensées de Marionette ?
« Quelqu’un ? Ou quelque chose... » Les sourcils de Lillian se froncèrent. À ce stade, elle était certaine que c’était dû à l’influence de la Vraie Obscurité. « Ce parasite a réussi à atteindre son cerveau sans être détecté ? Comment est-ce possible ? »
Lillian était perplexe. Comment la Vraie Obscurité avait-elle pu atteindre un tel niveau d’intelligence en si peu de temps ?
« Cela ne devrait faire qu’une semaine, ou une semaine et demie tout au plus, depuis l’opération de Marionette... »
Lillian ignorait que la Vraie Obscurité avait eu deux fois plus de temps pour se développer.
« Si le Jardinier des Roses avait raison dans ses suppositions, la Vraie Obscurité n’aurait pas dû s’éveiller sous l’effet du médicament. Tant que Marionette n’utilisait pas sa magie de manière trop complexe. »
Lillian réfléchit intensément, mais peu après, une lueur de réalisation traversa ses yeux. « Les nobles ! »
La veille, d’innombrables nobles avaient disparu, ce qui n’aurait pas dû arriver. « Cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas été là... » Lillian fit enfin le rapprochement.
Marionette s’en prenait-elle à ces nobles sans qu’elle le sache ?
« Parfois, elle trouvait une excuse pour disparaître, mais je n’y avais pas prêté attention. Tout s’éclaire maintenant ! »
Lillian ne se souciait pas outre mesure des nobles, car leur présence n’apportait pas grand-chose. Elle était bien plus préoccupée par l’état actuel de Marionette.
« Pas étonnant qu’elle agisse bizarrement, ce petit parasite... ! »
S’arrêtant net, Lillian cria avec une détermination farouche :
« MARIONETTE ! Quand je te trouverai, je te forcerai à boire mon sang ! Même si je dois m’entailler le poignet ou t’attacher, tu boiras mon sang ! Et une fois que tout cela sera terminé, nous danserons à nouveau, et je m’assurerai de ne plus jamais te quitter des yeux ! Tu sais pourquoi ?! Parce que je t’aime— ! »
« Oh, tais-toi avec tes hurlements ! »
Lillian se figea et se retourna lentement pour découvrir Damien, debout derrière elle, le visage exaspéré.
Damien se curait l’oreille, visiblement agacé par la voix de Lillian qui résonnait. Mais en y regardant de plus près, on pouvait déceler quelque chose d’autre qui l’énervait tout autant, sinon plus.
Le limier sombre fit frémir ses narines, reniflant la piste olfactive dans l’air qui appartenait à Lillian, avant de réaliser enfin son identité. « Pas étonnant que tu me sembles si familière, tu es cette servante. »
Son visage se crispa de dégoût alors qu’il retirait son masque de bal.
« Et une lesbienne, par-dessus le marché. »
En voyant Lillian retirer son propre masque, Damien découvrit les yeux de la jeune fille, mi-clos et emplis de froideur.
Le regard d’une tueuse qui venait de trouver sa prochaine cible.
[Ding !]
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<Quelques minutes plus tôt>
« J’attendais cette danse avec impatience depuis un moment... »
Marionette, qui se cachait derrière un angle de mur tout proche, sentit son cœur se serrer de culpabilité. Elle avait eu la chance de trouver Lillian, mais pour une raison quelconque...
« Je ne peux pas... »
Elle ne trouvait pas le courage de l’aborder, surtout pas après ce qu’elle venait d’entendre.
« Haaa... » Marionette laissa échapper un soupir profond et tremblant tandis qu’elle se laissait glisser le long du mur.
Assise, l’Assassin serra son cœur, le visage empreint de chagrin et de remords. « Je suis tellement désolée, Lillian... »
Pourquoi avait-elle agi ainsi ? Pourquoi n’avait-elle pas pu agir normalement et discuter avec Lillian par la suite ? Pourquoi avait-elle...
« Pourquoi ai-je douté de l’amour de Lillian pour moi... ? »
Marionette posa une main sur son cœur tout en retirant son masque. Elle serra les dents et ramena ses genoux contre sa poitrine.
La tête basse, le visage magnifique de Marionette se crispa de honte.
« Comment quelqu’un comme moi, qui a tué des centaines de personnes, peut-il peiner à trouver un peu de courage ? »
Marionette avait affronté la mort plus de fois qu’elle ne pouvait le compter, et pourtant, la peur qu’elle ressentait à cet instant dépassait tout ce qu’elle avait jamais connu.
« ... »
« J’ai tout gâché... » murmura Marionette d’une voix étranglée.