Après avoir enfin pu profiter de sa chambre pour elle seule, Lillian s'assit à son bureau, le visage empreint d'une concentration intense.
Les yeux rivés sur un carnet, un stylo à la main, elle commença à noter les événements à venir.
Tout d'abord, elle devait se souvenir de ce bac particulier dans lequel elle versait de l'eau depuis le début.
Chaque mois, jusqu'à présent, un individu mystérieux déposait une boîte en carton à un jour aléatoire. Lillian savait que cette personne était un étudiant de l'académie.
Enfin...
Elle disait « étudiant », mais elle n'en était pas certaine. Dans le jeu, cet étudiant était une marionnette vivante sous contrôle mental.
Celui qui le manipulait n'était autre que le principal assaillant de l'invasion à venir.
L'un des 5 Prêtres du Culte du Bouffon. Il était le plus faible, mais aussi le plus impulsif, enclin à désobéir aux ordres de ses supérieurs, pourtant bien plus puissants que lui.
Si Lillian se souvenait bien, le Culte du Bouffon n'en était qu'à ses débuts. Enfin, en termes d'effectifs. Ils étaient néanmoins lourdement armés.
Ils étaient apparus il y a quelques années. Au début, leurs mouvements étaient subtils, mais leurs actions devinrent peu à peu plus extrêmes, pillant d'innombrables bases militaires pour s'équiper.
Ils avaient également envahi d'innombrables petits villages à la périphérie de chaque royaume, ne laissant derrière eux que des bâtiments en ruine, sans le moindre cadavre.
En y réfléchissant, elle se souvint que c'était là le passé de Millis.
Une petite fille de la campagne, vivant en périphérie, formée par un instructeur itinérant venu d'une académie prestigieuse. Après une course, elle avait découvert que tout son village avait été anéanti.
Elle fut retrouvée plus tard, seule au centre du village, par les membres de l'Académie Louis Mana, qui avaient découvert que l'un des leurs — par des moyens inconnus — avait péri.
Plus tard, ils l'emmenèrent dans le royaume de la région sud, Restara. C'est là qu'ils découvrirent ses talents pour l'art de la magie et récupérèrent les lettres de recommandation de son instructeur.
Lillian se gratta la tempe en soupirant.
« Un passé traumatisant pour une fille qui ne semble même pas avoir la moindre cicatrice. »
Reportant son regard sur son carnet, elle continua de griffonner.
L'assaillant principal était le Marionnettiste, capable d'utiliser des fils pour contrôler aussi bien des vivants que des cadavres. Dans ce cas précis, il s'agissait de personnes vivantes.
Lillian ramena ses pensées vers le bac et l'objet contenu dans la boîte en carton.
À ce stade, l'académie devrait être au courant de ses agissements et avoir même découvert les cubes noirs.
Ces cubes étaient des explosifs dissimulés qui, s'ils étaient activés, provoqueraient sans aucun doute une explosion dévastatrice. Ils contenaient au moins la puissance de plusieurs dizaines de bâtons de dynamite.
Et vu leur nombre... cela aurait vraiment causé une catastrophe, étant donné que la décharge était sécurisée et circulait sous tout le domaine.
Heureusement, elle avait réussi à s'en débarrasser.
Avec...
De l'eau qu'elle avait imprégnée de l'élément Parasite.
De l'eau ordinaire n'aurait pas suffi à désamorcer le mécanisme, surtout vu sa conception. C'est pourquoi, en imprégnant partiellement son eau de Parasitisme, elle avait réussi à siphonner la source d'énergie interne.
Par chance, cela n'avait causé aucun problème imprévu, car elle avait découvert qu'avec le temps, son élément Parasite perdait de son efficacité s'il n'était pas constamment alimenté en mana.
Ce qui... était une évidence dans ce monde.
« Bien que cela ait servi de bon exercice d'endurance... » Lillian se renversa sur son siège et fixa le plafond. « Ça consomme énormément de mana... »
Alors qu'elle continuait sa réflexion, elle ne put s'empêcher de se demander quand l'académie — plus précisément, le Directeur par intérim — allait l'interroger à ce sujet.
« Au sujet du Directeur... Je crois que le Directeur de l'Académie de Luton est... »
« À quoi penses-tu si intensément ? »
Lillian sursauta, se redressant brusquement sur sa chaise pour se retourner et découvrir Marionette derrière elle.
L'Assassin était allongée sur le ventre sur le lit du Lapin, la fixant avec un regard curieux mais stoïque.
Le coin des lèvres de Lillian tressaillit alors qu'elle demandait doucement :
« D-... Depuis combien de temps es-tu là ? »
« ... Est-ce important ? As-tu terminé ton travail ? »
« E-eh bien, pas vraiment et euh... »
Lillian fit pivoter sa chaise, referma son carnet et le rangea dans l'un des tiroirs du bureau avec son stylo.
En se retournant, elle sursauta à nouveau : le visage de l'Assassin était collé au sien.
Se reculant sur son siège, elle regarda la femme grimper lentement sur ses genoux avant de passer ses bras autour de son cou pour se blottir contre elle.
Elle sentit le visage de la femme se loger dans le creux de son cou, chatouillant sa peau du bout du nez avant de l'inspirer profondément.
Lillian frissonna, prise au dépourvu par cette soudaine intimité.
« A-alors... Bonjour à toi aussi, chérie... »
Marionette, les yeux clos, commençant à savourer la présence de Lillian, émit un léger bourdonnement d'acquiescement.
« Bonjour à toi aussi, Lillian. »
Lillian remua un peu, sentant les bras de la femme glisser de son cou vers sa poitrine et sous ses aisselles.
Elle déglutit et demanda :
« Est-ce que... tu es réveillée depuis longtemps ? »
Avant d'entrer dans sa chambre, elle avait laissé Marionette seule sur le canapé pour qu'elle dorme un peu plus.
Quoique... il avait été légèrement difficile de se défaire de l'étreinte serrée de la femme.
« ... »
Lillian se sentit un peu gênée par le silence de l'Assassin. Cependant, ce malaise disparut rapidement, remplacé par une pointe de panique lorsqu'elle sentit la femme resserrer son étreinte autour de sa poitrine.
« A-ah euh... M-mari... Ça devient un peu serré là. »
« ... Tant pis. Ne quitte plus mon étreinte sans demander, la prochaine fois. » murmura Marionette d'un ton presque menaçant.
« J-je... » bégaya Lillian, cherchant une réplique avant de soupirer.
Elle murmura alors d'un ton vaincu :
« D-désolée, madame... »
« Sage fille. »