« Vous êtes des idiots, je vous jure ! »
Tournant les yeux sur le côté, elles découvrirent Lillian qui marchait vers elles d'un pas lourd, une expression irritée sur le visage. Elle avait ses raisons, après tout.
Se tenant devant elles, elle pointa Beatrice du doigt en la réprimandant.
« N'es-tu pas la Présidente du Conseil des Étudiants ? Une telle fonction devrait être prise plus au sérieux ! Que fais-tu à chercher la bagarre aussi soudainement !? »
Elle se tourna ensuite vers Marionette, balayant l'air de son doigt pour la pointer elle aussi.
« Et toi ! Pourquoi l'as-tu attaquée si impulsivement ?! »
Lillian croisa les bras, tapant du pied alors qu'elle levait les yeux vers les deux femmes à la stature plus imposante.
Beatrice se gratta l'arrière de la tête, trouvant que les paroles de Lillian étaient justes. Elle aurait dû penser à sa position.
Quant à Marionette, elle ne semblait pas le moins du monde repentante. Au contraire, elle avait l'air légèrement agacée d'avoir été interrompue alors qu'elle était sur le point de réduire la Présidente du Conseil en bouillie.
L'Assassin ouvrit la bouche et déclara :
« C'est la faute de vous deux. Je suis toujours innocente. » Elle renifla, détournant le regard de Lillian, qui la fixait intensément.
« Heiiin !? Qu'est-ce que j'ai fait ?! »
« Tsk... »
Beatrice observa leur échange et eut un sourire en coin. Elle s'approcha de Lillian, passa un bras autour de ses épaules et l'attira contre elle.
« Tu ne t'en souviens pas~ ? De la façon dont nous avons appris passionnément à nous embrasser, seules, dans la bibliothèque ? »
Lillian scruta son visage. Son œil tressaillit à ses mots : « S'il te plaît, reformule ç— ! »
Avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase, elle sentit la main de Marionette se refermer sur son bras, l'entraînant sur le côté et l'emmenant au loin.
« Q-quoi— ! H-hé, Marionette, pas si fort ! »
Lillian supplia, mais ses paroles tombèrent dans l'oreille d'une sourde alors que Marionette continuait de l'éloigner de l'endroit où elles se trouvaient auparavant.
Beatrice observa la scène avec un petit rire, et une fois qu'elles eurent tourné au coin du couloir, elle jeta un coup d'œil autour d'elle.
« Alors, vas-tu sortir maintenant ? Je crois avoir respecté ma part du marché. »
Slam... !
Elle regarda sur le côté, fixant la porte d'une salle de classe qui venait de coulisser. Un homme aux cheveux blonds en sortit, la posture avachie et l'expression fatiguée.
C'était Reph.
Les mains dans les poches, il se dirigea nonchalamment vers la Présidente du Conseil des Étudiants. Une fois arrivé à sa hauteur, il sortit un espace de stockage.
« Voici votre paiement. »
Beatrice saisit l'anneau métallique, l'observa avec curiosité, puis le glissa dans sa poche. Elle se tourna ensuite vers le Prince et déclara :
« Je suis ravie que vous ayez tenu parole. »
« Êtes-vous en train de... douter d'un membre de la famille royale ? » Reph cligna des yeux avant de laisser échapper un bâillement en se grattant l'arrière de la tête.
Beatrice secoua la tête. « Pas du tout. Je cherchais simplement à savoir si les rumeurs politiques qui circulent étaient fondées, ne serait-ce qu'en partie. »
« ... Nous sommes dans un domaine clos. » Reph la fixa d'un air étrange. « Je serais bien stupide de me faire des ennemis ici. »
Beatrice haussa les épaules en ramenant une mèche de cheveux derrière son oreille. « Je suppose que vous avez raison. Mais certains étudiants de l'Académie pensent autrement, au nom du divertissement. »
« ... Vous avez déjà croisé ce genre de personnes en service ? »
« Souvent. Mais quoi qu'il en soit, je suis surprise qu'une personne comme vous soit prête à jouer les entremetteurs. »
Reph la fixa en silence avant de soupirer : « Ce n'est pas ma plus grande fierté. Mais je tiens à assurer ma tranquillité ici. Et pour être honnête, ce n'était pas vraiment mon idée au départ. »
« Oh~ ? Et de qui était-ce l'idée ? »
« ... Je ne compte pas divulguer une telle information. »
« ... Est-ce bien vrai ? Dans ce cas, seriez-vous prête à révéler comment vous saviez qu'il fallait vous trouver dans cette salle de classe précise ? »
Reph se retourna, tournant le dos à Beatrice, et dit avant de partir :
« Je n'ai pas... J'ai simplement continué à changer de classe. »
***
« W-woa— ! Hé— ! »
PAN !
Le dos de Lillian fut plaqué contre le mur. Aussitôt après, une main vint s'abattre violemment à côté de sa tête.
Elle fixa la femme derrière cet acte et la surprit en train de la dévisager avec un regard que l'on ne pouvait décrire que comme...
« Vous avez beaucoup d'audace... Lillian Ker Arius... »
... Jalousie...
« Être si... intime... avec cette femme méprisable... Surtout quand tu m'as moi... en tant qu'amie... » siffla Marionette, en plaquant la jeune fille aux cheveux blancs contre le mur, laquelle frissonna légèrement à ses mots.
Lillian fronça brièvement les sourcils avant de sourire nerveusement : « H-hé... Marionette... Devrais-tu vraiment faire cela dans un endroit aussi visible ? C'est le hall de l'Académie, après tout... Et si quelqu'un venait à passer— »
Marionette fronça les sourcils avant de se pencher et de murmurer fermement à l'oreille de la jeune fille :
« Réponds à ma question, Lillian... »
Lillian tressaillit sous le souffle chaud qui lui caressait l'oreille, tout en remarquant à quel point le petit couloir désert où ils se trouvaient s'était assombri. L'air y semblait également plus froid qu'auparavant, presque étouffant.
Elle repensa aux paroles de Marionette et ne put s'empêcher de remarquer quelque chose.
« Ce n'est même pas une question ! »
Une fois cette pensée formulée, elle dut rapidement plaquer sa main sur sa bouche pour retenir un gémissement tremblant.
Les lèvres humides et douces de Marionette se pressèrent fermement contre le côté de son cou, effleurant la marque qui y subsistait encore.
Lillian se sentit stimulée.
« Comment ai-je pu me retrouver dans une telle situation !? »
Son visage se contracta alors que Marionette lui donnait des petits coups sur le côté du cou, serrant son corps contre le sien avec un signe évident de possessivité dans ses mouvements. Surtout la manière dont elle frottait son corps contre celui du Lapin.
Cependant, avant qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit d'autre, Lillian la repoussa par l'épaule.
Ses lèvres détachées du cou de Lillian, son froncement de sourcils s'accentua. Mais il s'adoucit dès qu'elle posa son regard sur la rougeur addictive qui colorait le visage de Lillian.
Lillian laissa échapper un souffle saccadé en tentant de se calmer, agrippant inconsciemment l'épaule de l'Assassin.
Cela ne la dérangeait pas que l'Assassin se livre à ce genre de choses à la maison, mais le faire alors que quelqu'un pouvait passer par là était un peu...
« A-arrête... P-pas ici... »
Alors que Lillian prononçait ces mots, le visage de Marionette sembla se transformer, exprimant un certain malaise face à sa requête.
Lillian observa l'Assassin poser sa main sur la sienne, qui reposait toujours sur l'épaule de la femme.
Elle l'entendit alors dire, d'une voix qui était... tremblante ?
« Très bien... »
Marionette serra la main de Lillian plus fort, tout en la fixant avec des yeux qui semblaient avoir perdu un peu de leur éclat.
Les lèvres étirées en une ligne fine et tremblant légèrement, elle demanda :
« Mais réponds-moi à ceci... »