La Forêt de la Perturbation. Elle était surtout connue pour ses trois strates.
La première était une forêt ordinaire habitée par des monstres. La deuxième était recouverte d'un brouillard épais et remplie d'arbres grinçants. La troisième et dernière strate possédait une magnifique cascade.
On l'avait aussi appelée à plusieurs reprises la Forêt de l'Appréciation plutôt que de la Perturbation. Bien que Lillian ne comprenne pas pourquoi, elle était certaine de le découvrir une fois sur place.
Mais pour l'instant...
« Pff... »
Elle devait déterminer quel genre de préparatifs entreprendre. Elle se trouvait actuellement dans la cafétéria, installée dans l'un des box — son carnet et son stylo à la main — en compagnie de Reph.
Cependant, comme il l'avait dit plus tôt, il ne faisait pas grand-chose et passait son temps à scroller sur son téléphone. Enfin... c'est ce qu'il semblait faire aux yeux de Lillian.
Elle soupira et jeta un coup d'œil autour de la cafétéria. Ils avaient obtenu le reste de la journée de libre, alors Marionette et Millis avaient toutes deux décidé de retourner dans leur chambre.
Enfin... Marionette avait demandé un peu plus de persuasion. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait l'impression que la jeune femme était bien plus déterminée à rester à ses côtés en permanence. Bien que ce soit charmant, elle commençait à se dire que cela pourrait devenir un problème.
Elle y réfléchit davantage. « Est-ce vraiment un problème, cela dit ? D'avoir une femme magnifique qui veut rester près de soi ? » Maintenant qu'elle y pensait... depuis quand Marionette était-elle attirée par les femmes ?
Elle se gratta l'arrière de la tête. Elle n'arrivait pas à croire qu'il lui ait fallu autant de temps pour s'en rendre compte.
« J'imagine que la quantité de flirt entre nous m'a un peu distraite de la réalité... »
Elle regarda alors Reph et lui demanda :
« Hé... savais-tu que Marionette était attirée par les femmes ? »
Le Prince leva les yeux de son téléphone et la fixa avec une expression étrange.
« Je le savais depuis un mois. Pas toi ? »
« Eh bien, je... enfin bref ! Tu as des idées ? » Elle décida d'en parler à Marionette plus tard.
Reph la fixa en silence avant d'hocher la tête. Il posa ensuite son téléphone sur la table et lui montra l'écran.
C'était un article sur la Forêt de la Perturbation.
« La première strate ne concerne que des monstres. Tout au plus, des Sauvages avec pas plus de deux Coquilles de Mana. Ces monstres sont aussi visuellement appétissants une fois cuisinés, donc notre problème de nourriture est réglé. Pas besoin de dépenser notre budget de 200 Semis. »
« Oh, c'est vrai... nous avions un budget... » Elle jeta un coup d'œil à son carnet avant de soupirer de soulagement. Il semblait que certains des articles qu'elle avait notés rentraient toujours dans le budget.
« Alors, que dirais-tu de camper ? Nous devrons peut-être rester là-bas un moment... »
« On nous a donné un maximum de trois jours pour l'atteindre. Si nous traçons tout droit à travers la première, cela ne nous prendra pas plus d'une journée pour dépasser la deuxième et atteindre la troisième... enfin, si nous ne nous perdons pas... »
Il la fixa avec un regard particulier qu'elle comprit immédiatement. Elle répondit alors avec un sourire ironique :
« Je vais... lui tenir la main ou quelque chose du genre pour qu'elle ne se perde pas... »
Il hocha la tête. « Et dans le cas où nous devrions camper... dépense tout notre budget en tentes et en assiettes. »
« Très bien. » Elle fit une pause. « Hein ? Pourquoi des assiettes... ? »
Il soupira.
« ... Certains nobles de notre classe ne sont pas... encore habitués à manger sans assiettes. »
« C'est vrai... mais comment ne sont-ils pas habitués ? Ils ont tous participé à une Épreuve, non ? »
Il haussa les épaules. « Toutes les Épreuves sont différentes. Peut-être qu'ils ont participé à celles avec des assiettes et tout le tralala. Mais bref, c'est le cadet de nos soucis. S'il te reste de l'argent, utilise-le pour ça. Sinon, tant pis... »
Après avoir fait quelques recherches supplémentaires, ils décidèrent d'en rester là pour la journée et retournèrent à leur dortoir.
Lillian se tint devant sa porte et sortit sa carte d'étudiante. Après l'avoir passée sur le scanner, elle entra dans sa chambre.
Alors qu'elle se retournait pour fermer la porte, elle sentit quelque chose s'enrouler doucement autour de son cou. Elle sursauta un peu avant de lever rapidement les yeux.
Surgissant de son ombre, Marionette se tenait derrière elle, les bras étroitement enroulés autour de son cou.
Elle se pencha alors délibérément vers l'oreille gauche de Lillian et murmura d'une voix soufflée :
« As-tu apprécié ton rendez-vous avec le Prince ? »
Le corps de Lillian se raidit — une légère rougeur apparut sur sa joue. Elle détourna la tête et demanda d'un air troublé :
« Q-quoi... tu étais avec moi tout ce temps ?! »
« ... Réponds d'abord à la mienne. »
Marionette s'écarta d'elle et croisa les bras, la fixant intensément.
« E-eh... ? Eh bien... je suppose. C'était productif, je crois. »
« Je vois... » Marionette tourna le visage sur le côté, couvrant la moitié inférieure de son visage, tout en plissant les yeux.
Lillian la fixa, un sourcil levé. Était-ce elle ou... la Méchante agissait-elle de façon un peu... étrange ?
« Alors... vas-tu répondre à ma quest— »
Soudain, Marionette s'approcha vivement d'elle et...
BAM !
Lillian écarquilla les yeux en voyant les bras placés de chaque côté de sa tête, contre le mur derrière elle. Elle était coincée.
Elle fixa le visage de Marionette avec confusion. Pourquoi l'avait-elle plaquée contre le mur ? Qu'avait-elle fait pour mériter ça !?
Marionette pencha la tête vers la plus petite et murmura d'une voix basse :
« Tu t'es demandé quand j'étais... attirée par les femmes... n'est-ce pas ? » fit-elle en faisant référence à la récente interrogation de Lillian.
Le corps de Lillian se raidit à nouveau alors qu'elle baissait les yeux.
Le genou gauche de Marionette...
« Hein ? »
... Lentement mais sûrement...
« C'est quoi ce délire... ? »
... Se glissait entre ses jambes...
« HEIN !? »
... Remontant pour se placer contre son entrejambe et poussant doucement contre elle.
« QU'EST-CE QUI SE PASSE !? »
Elle leva les yeux avec une expression paniquée. Elle fut alors accueillie par le visage de Marionette, qui n'était qu'à quelques centimètres du sien.
« Je ne suis pas attirée par les femmes, Lillian... » Elle descendit sa main gauche et caressa la mâchoire de Lillian.
Elle se pencha ensuite vers l'oreille droite de Lillian, y soufflant de l'air chaud avant de murmurer :
« Mais tu es celle vers qui mon regard sera toujours attiré. »