Lillian agrippa le coin d'un mur et passa la tête, observant trois petites silhouettes assises en triangle.
« Des Gobelins de mousse... »
Ils avaient le corps verdâtre, des membres grêles, des masques faits de mousse et des vêtements confectionnés à partir de bois grossièrement assemblé.
Ils mesuraient environ 120 cm et brandissaient de simples massues en bois.
Ces monstres étaient de rang Sauvage — le plus bas du bas. En d'autres termes, le rang E. Qui plus est, ils ne possédaient qu'une seule enveloppe de mana, ce qui en faisait également des Misérables.
Même si l'Académie Louis Mana était une institution prestigieuse, comme tout le monde le disait, et qu'elle était censée tester les limites de ses élèves, il semblait qu'ils étaient prêts à leur laisser une petite chance.
« Même si notre classe devrait avoir droit à une difficulté légèrement supérieure. »
Elle savait sans l'ombre d'un doute qu'elle les « pulvériserait » avec facilité. C'était un fait. Après tout, elle avait terrassé des monstres d'un rang supérieur au leur, et ce, sans trop d'efforts.
Cependant, cela ne signifiait pas qu'ils ne représentaient pas la moindre menace.
Pensant à cela, elle fit claquer ses doigts, invoquant deux minuscules balles d'eau qu'elle projeta à grande vitesse.
Elle vit ses deux projectiles percer les crânes de deux gobelins. Après avoir confirmé qu'ils étaient morts, elle sortit de derrière le mur pour faire face au dernier survivant.
Elle agrippa la poignée granuleuse de son odachi et le brandit, provoquant un regard hostile de la part du gobelin, qui se leva et balança sa massue barbare.
Ayant déjà dégainé l'odachi, elle le leva au-dessus de sa tête avec des bras tremblants avant de l'abattre, tranchant la massue comme si c'était du beurre.
Lillian observa sa lame traverser le gobelin pour venir s'enfoncer dans le sol rocheux.
« Hein ? » Elle leva les yeux, observant une fine ligne rouge diviser le gobelin en deux. Ses genoux se plièrent vers l'avant, faisant pencher son corps vers elle avant d'être repoussé par un jet d'eau.
Elle laissa échapper un léger soupir de soulagement avant d'inspecter sa lame, la trouvant propre et sans aucune trace de sang.
Son sourire s'élargit un peu alors qu'elle l'extrayait de la fine crevasse qu'elle avait tracée dans le sol avant de la rengainer.
« Un bon investissement ! ... Enfin... même si ce n'était pas avec mon propre argent. »
Elle fixa ensuite le gobelin avec un léger froncement de sourcils. « Quoique... je ne devrais vraiment pas tester ça sur des monstres aussi faibles », murmura-t-elle en se grattant la tête, avant de porter son regard vers l'avant, scrutant la longue étendue qui s'ouvrait devant elle.
Elle laissa échapper un gémissement avant de s'animer, une idée lui venant à l'esprit. Elle agita la main en l'air, invoquant un éclat de verre réfléchissant qu'elle projeta.
Alors que l'éclat volait dans les airs, des fissures apparurent faiblement à sa surface avant qu'il ne vole entièrement en éclats dans un nuage de poussière.
Lillian regarda la poussière tourbillonner et se métamorphoser en un grand hexapode familier. Elle grimaça en se rappelant son visage impie avant de tapoter sa corne, ignorant l'expression furieuse et involontaire qu'il lui adressait.
« J'ai besoin que tu me portes jusqu'à ce qu'on trouve un monstre puissant. »
Comprenant ce qu'elle voulait, il abaissa son corps vers le sol, lui permettant de se hisser à l'aide de sa carapace noire et polie, segmentée, avant de se redresser.
Il fit alors un tour sur lui-même, se retourna et commença à avancer à un rythme régulier.
Lillian s'assit — en tailleur — et attendit de trouver un adversaire plus digne, l'odachi à écailles noires entre les mains.
Elle avait besoin de quelque chose avec un peu plus de muscles, de force, de vitesse et de défense pour tester réellement ses capacités. La seule chose qu'elle avait pu vérifier, c'était son tranchant incroyablement aiguisé, capable de couper à travers la pierre et les os.
Elle fixa ensuite la carapace noire : « Je continue de t'appeler "scarabée", mais tu n'as pas d'ailes, n'est-ce pas ? »
Le Scarabée marqua une pause avant de continuer, comme s'il avait décidé d'ignorer purement et simplement la question de Lillian.
Elle leva les yeux au ciel et se rallongea. Après quelques minutes, elle bâilla, se sentant un peu ennuyée.
En traversant le labyrinthe, ils avaient certes croisé quelques monstres. Mais le problème, c'est qu'il ne s'agissait que de gobelins ou de créatures de leur niveau.
Lillian jeta un coup d'œil aux pattes du Scarabée, tachées de sang et de lambeaux de chair. Ils venaient d'avoir une altercation avec un groupe de gobelins.
Contrairement à l'examen, les monstres défunts et leurs entrailles ne se transformaient pas en matière numérique pour disparaître. Au lieu de cela, ils agissaient comme de la chair et du sang ordinaires.
Elle laissa échapper un nouveau bâillement, portant une main devant sa bouche, avant de remarquer une ombre s'étendant sur elle.
Elle écarquilla les yeux, se propulsa hors du scarabée, bascula par-dessus sa carapace et atterrit au sol.
CRAC !
Se relevant, elle vit les pattes du Scarabée trembler tandis que quelque chose s'écrasait sur son dos.
Un monstre ressemblant à un gorille — haut de quatre à six mètres — se tenait sur son dos, les poings enfoncés dans sa carapace.
Il avait une fourrure vert sombre rappelant la mousse et des bois de cerf en bois poussant sur les côtés de sa tête.
Il portait également un masque en bois qui s'accordait parfaitement avec ses bois.
Ce monstre était appelé un Exécuteur de Mousse. Il était de rang Sauvage et était une Mâchoire.
Alors qu'il s'apprêtait à lever les poings pour rouer de coups le Scarabée en dessous, il sentit son équilibre se déstabiliser une seconde.
Le Scarabée, les pattes tremblantes, grinça des dents avec colère, provoquant un grincement irritant. Puis, sans aucun avertissement, son corps se cabra vers l'avant, faisant perdre l'équilibre au gorille.
Juste au moment où le gorille s'apprêtait à agripper la longue corne noir obsidienne du Scarabée, des jets d'eau tranchants à haute vitesse percèrent sa main, le laissant stupéfait.
POUM !
Alors que le gorille s'écrasait au sol et tentait de se remettre sur pied, il fut soudainement cloué au sol. Le Scarabée enfonça ses pattes avant dans ses bras comme des pointes.
Un cri primal, empli de douleur, retentit peu après.
Le Scarabée approcha alors son visage de l'Exécuteur de Mousse, ouvrant grand ses mâchoires dégoûtantes.
Juste au moment où il s'apprêtait à refermer ses crocs sur sa tête...