Ebon n’arrivait pas à croire ce qu’il ressentait. Peu importe le nombre de fois où il tâtonna son entrejambe, il ne restait aucune trace de son ancien compagnon.
« C’EST QUOI CE BORDEL ?! » hurla Ebon de rage en se levant précipitamment pour inspecter son corps.
Il avait désormais de longs cheveux blonds et une taille fine qui mettait ses hanches en valeur, accentuées par le pantalon en cuir moulant qu’il portait.
Sa poitrine était menue, mais suffisamment souple pour que ses doigts s’y enfoncent lorsqu’il pressait le tissu ; au moins, la chemise blanche qu’il portait dissimulait assez bien ses atouts.
« Ça... Ça doit être une putain de blague ! PUTAIN de renard ! » cria Ebon vers le ciel en tombant à genoux et en frappant le sol.
« (... Ok... Ce n’est pas si grave, juste... Peut-être qu’il existe une solution...) » pensa Ebon en essayant de calmer sa respiration saccadée.
Après quelques minutes à reprendre son souffle, il commença à observer les environs : une forêt de chênes où les arbres semblaient pousser légèrement penchés d’un côté.
Cela éveilla les soupçons d’Ebon, qui vérifia immédiatement son corps à nouveau. Ses vêtements étaient typiques d’un monde de fantasy. En inspectant sa ceinture, il trouva un poignard dans son fourreau, logé contre le bas de son dos.
En examinant le fourreau et la garde du poignard, il vit des gravures dorées et un sceau en forme de dragon à deux têtes.
« Pas possible... C’est... Un poignard du jeu... » Il regarda autour de lui, reconnaissant vaguement la forêt ; c’était l’une des zones du sud de son jeu favori, « I’m in Towers and Legends’ Board ».
Malgré la douleur du moment, il parvint à esquisser un faible sourire mélancolique.
« Je suis... » Pendant une seconde, il se remémora ces moments passés à errer dans cette même forêt avec ses compagnons de jeu. « Je suis à la maison... »
Ebon remit le poignard à sa ceinture et lutta pour se remettre debout.
« J’imagine qu’acheter la version MMORPG non linéaire du jeu était une bonne idée... »
Il supposa qu’il avait pris possession du corps d’un personnage du jeu ; il devait s’agir d’un personnage important pour porter une telle arme.
Il n’eut pas le temps de trop réfléchir. Il commença à marcher prudemment, essayant de ne pas tomber à cause des vertiges.
À chaque pas, des souvenirs étrangers commencèrent à l’envahir. Un château, une mère aimante, des scènes d’une vie qu’il n’avait jamais vécue défilaient dans son esprit comme un mauvais film de fantasy.
Soudain, un message apparut devant lui sous la forme d’une fenêtre flottante et transparente. La familiarité du système lui arracha un léger sourire.
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Nouveau joueur détecté.
Bienvenue dans votre nouvelle vie. Souhaitez-vous être informé des détails de votre nouveau corps ?
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Il n’y avait aucun bouton ou option visible, alors il répondit simplement « oui » à voix haute tout en se tenant la tête de douleur.
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ERREUR_504 :
Vous avez pris possession du corps de quelqu’un ayant abandonné ce monde. Les souvenirs de votre corps et ceux de votre âme sont actuellement en conflit. Vous devez en choisir un à préserver et rejeter l’autre, sous peine de subir des dommages irréversibles.
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La douleur s’intensifia et l’air cessa d’atteindre ses poumons. Ses pensées devinrent floues, noyées par un déluge de souvenirs qui ne lui appartenaient pas.
À cet instant, il eut l’impression qu’il allait mourir à nouveau.
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Si aucune option n’est choisie immédiatement, les dommages seront irréversibles et les deux mémoires seront détruites par manque d’harmonie.
Vous avez quatre options.
a) Supprimer la mémoire de l’âme.
b) Supprimer la mémoire du corps.
c) Supprimer les deux à moitié et chercher une coexistence.
d) Supprimer les deux complètement.
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« Je choisis le... Je choisis B, B, dépêche-toi, dépêche-toi... Ahhhgg. »
Une douleur aiguë lui transperça la tête, comme si un poignard s’enfonçait directement au plus profond de son crâne. C’était si intense qu’un cri lui déchira la gorge, manquant de lui faire perdre sa voix.
Quand la douleur commença enfin à s’estomper, il parvint à s’appuyer contre un arbre et à déchiffrer le dernier message du système.
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Les souvenirs du corps ont été supprimés.
À partir de maintenant, vous pouvez consulter le statut de votre « Incarnation » à tout moment.
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Lorsque la fenêtre disparut, la silhouette d’un homme apparut devant lui. Le vertige était si intense qu’il ne pouvait distinguer que ses contours et quelques détails de ses vêtements.
« Mademoiselle, ça va ? » dit l’homme en tendant les mains pour l’aider, mais elle ne put se retenir plus longtemps et vomit directement sur les chaussures de l’inconnu. Ses jambes se dérobèrent et elle s’effondra.
Elle serait tombée dans son propre vomi si le jeune homme ne l’avait pas rattrapée dans ses bras.
Ebon leva les yeux vers son aimable sauveur : il avait la peau pâle, des yeux émeraude et un regard qui ne correspondait pas à son âge. Ses oreilles pointues confirmèrent sa race : c’était un elfe aux cheveux verts.
« Des oreilles pointues ? » fut tout ce qu’elle parvint à dire avant de perdre connaissance.
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À son réveil, elle se retrouva dans un endroit différent. Elle ne ressentait plus de douleur et pouvait respirer librement, mais en essayant de bouger, elle sentit ses mains et ses pieds liés. Elle était assise sur une chaise dans une cabane en piteux état, jusqu’à ce que quelqu’un entre.
« Je vois que vous êtes réveillée. Je suis très heureux que vous ayez survécu, j’ai cru un instant que vous mourriez de votre fièvre », dit le même elfe en tirant une chaise pour s’asseoir en face d’elle.
« Oh, c’est ça, et c’est comme ça que vous traitez tous les malades qui se présentent à votre porte ? » lança Ebon en essayant de se libérer.
« C’est une précaution. Je ne vous connais pas et, de plus, cet outil n’est pas un jouet », dit l’elfe en sortant le poignard de sa ceinture pour le montrer avec précaution. La blonde soupira de soulagement en voyant qu’il était toujours dans son fourreau.
« Hé, c’est à moi. Vous feriez mieux de me le rendre si vous tenez à votre peau », dit la blonde avec un regard furieux.
Ce poignard était extrêmement précieux, car il était normalement utilisé pour créer des Pactes de Sang. Il ne pouvait être utilisé qu’une seule fois et le pacte qui en résultait ne pouvait être rompu sans détruire l’âme de celui qui ne respectait pas sa part du contrat.
« Honnêtement, je n’ai aucun intérêt à croiser le chemin des propriétaires de ce poignard, ce que vous devriez éviter aussi, voleuse », dit l’elfe en joignant les mains, pensif.
« De quoi tu parles, bordel ? Ce... ce truc m’a été donné par le Culte des Promesses pour une mission importante. Tu ne sais pas qui je suis ? » Elle ne le savait même pas elle-même, mais elle devait faire semblant.
« Exactement, vous n’êtes personne, et pourtant vous possédez un poignard cérémoniel. C’est suspect. Vos vêtements ne portent aucun emblème de la royauté ni du culte qui a forgé cette arme. Vous êtes donc soit une piètre voleuse, soit quelque chose de bien pire. »
« Eh bien, je... » Ebon ne savait pas comment répondre à la logique de l’elfe ; elle était bien trop précise, et lui-même ne comprenait pas sa situation actuelle.
« D’accord, j’avoue, ce n’est pas mon poignard, mais je ne suis pas une voleuse non plus, enfin je ne crois pas. Je suis un Héros d’un autre monde qui a fini dans ce corps. » L’elfe se tut en entendant les mots de la jeune fille.
« Je vois, c’était donc ça... » murmura l’homme aux cheveux verts en baissant les yeux, ce qui poussa la jeune fille à esquisser un sourire confiant.
« Oui, exactement. Ne t’en fais pas, je ne t’en veux pas. Détache-moi et peut-être que je ferai de toi mon compagnon d’aventure, je te garantis que tu vas passer un sacré moment », dit Ebon, quand soudain, l’elfe se rua vers elle avec une précision mortelle.
Dégainant le poignard, il pressa la lame contre la gorge de son invitée sans hésiter ; le tranchant était fait de cristal blanc.
« Personne, dans son bon sens, n’oserait se déclarer "Visiteur" d’un autre monde. Savez-vous pourquoi, sale envahisseuse ? » dit l’elfe d’un ton froid et calculé.
« H-Hé, calme-toi, o-on peut négocier. »
« C’est parce que la loi sacrée décrète que nous devons exterminer tous les Visiteurs avant qu’ils ne deviennent une menace pour notre Roi Démon. »