Chapitre 19
Au milieu de la nuit, un éclair illumina les arbres pendant une fraction de seconde alors qu'il déchirait le sol près du point d'impact causé par l'attaque d'Ebony avec son bouclier magique.
L'explosion issue de cette magie de foudre fut assez puissante pour soulever un rideau de poussière et arracher plusieurs arbres alentour, y compris celui sur lequel Lucian se tenait.
Après quelques instants de confusion, l'elfe Lucian se releva parmi les branches de l'arbre abattu, en se tenant la tête. Le fracas de l'explosion avait été si proche qu'il en était resté sonné, ses oreilles étant particulièrement sensibles.
« C'était quoi ce bordel... » marmonna l'elfe en marchant vers le site de l'explosion, pour ne trouver qu'un cratère là où la banshee avait été entravée par ses racines.
Au-dessus du cratère, seule Ebony se tenait debout, ses vêtements déchirés et souillés tandis que ses blessures se refermaient lentement grâce à sa magie.
Sa peau, brûlée par la foudre, se régénérait rapidement, et le lourd bouclier entre ses mains était intact et brillant, sans la moindre égratignure.
« Comment... comment tu fais ça, bon sang ? » demanda Lucian en observant sa magie de soin, car dans ce monde, les Soigneurs ne pouvaient pas se soigner eux-mêmes.
« La ferme, les oreilles, j'ai mal aux tympans à cause de l'explosion », lança la blonde en se faisant craquer le cou.
Tous deux se rapprochèrent et inspectèrent ensemble le chaos causé par le bouclier de tonnerre qu'elle tenait. Il avait même éteint le feu de camp et détruit les derniers squelettes restants.
Cependant, alors qu'ils soupiraient de soulagement à la fin de la bataille, ils se rappelèrent qu'il leur manquait un membre dans leur groupe : Cristofer, qui restait introuvable.
« Merde ! Où est le gamin ? » cria Ebony en rejetant son bouclier dans son dos pour commencer à chercher leur jeune compagnon parmi les buissons et les arbres tombés.
« Bon sang, s'il lui est arrivé quelque chose, on est morts. Pourquoi t'as utilisé une compétence de zone si Cristofer était si près ? » demanda Lucian en se concentrant, tentant de se connecter aux fleurs qu'il avait invoquées pour localiser son compagnon.
« Je pensais pas que l'explosion serait aussi grosse, ce nain m'avait dit que ce serait juste une petite étincelle de foudre sans grande puissance ! » se plaignit la blonde à chaque pas, ne trouvant aucune trace de l'adolescent.
Pendant ce temps, Lucian parvint à identifier une présence fuyant lentement depuis la limite de son domaine floral.
« À l'ouest ! Cours, maintenant ! Ce nécrophage a dû l'emmener ! » Lucian ne perdit pas une seconde et se mit à courir, dépassant Ebony en un instant.
Il rattrapa le nécrophage, qui portait Cristofer sur son épaule comme un butin de guerre. Le garçon était encore intact.
« Espèce d'idiot, essayer de fuir alors qu'on est blessé, c'est stupide », dit Lucian en préparant le bâton en bois qu'il portait à sa ceinture.
{{Invocation de la Forêt : Épée du Gardien}}
En un instant, le bâton se transforma en une épée d'argent gravée de motifs elfiques, dont il se servit pour trancher la tête du nécrophage d'un seul coup.
La tête tomba au sol, répandant le peu de sang qu'il lui restait, et le corps s'effondra immédiatement, laissant tomber Cristofer dans la terre.
Dans un soupir de soulagement, Lucian secoua son épée, projetant le sang qui tachait sa lame directement sur le sol.
Il hissa le corps du garçon sur son épaule et commença à retourner vers le centre de son territoire floral, mais à cet instant, un frisson lui parcourut l'échine.
Tournant la tête instinctivement vers l'extérieur du domaine, il vit un homme pâle à la barbe épaisse, en train de la caresser comme s'il analysait son ennemi.
Sa présence était terrifiante. Il était peut-être encore plus puissant que Lucian lui-même. À en juger par son armure complète décorée de crânes de fer et son immense épée en acier de Damas, son identité ne faisait aucun doute.
« (Merde ! C'est un putain de Cavalier Fantôme !... J'imagine que la banshee ne faisait que suivre ses ordres, tout comme le nécrophage... Si ce bâtard décide d'attaquer, on est morts) » pensa Lucian, une sueur froide perlant sur son front.
« Hé, gamin, tu as tué l'un de mes hommes. Je ne voulais pas m'en mêler parce que ça aurait été injuste, et surtout, je suis un chevalier qui respecte le droit sacré de défendre sa propre vie lors d'un combat loyal... Mais je crois que tu es peut-être à mon niveau », dit le cavalier en commençant à avancer.
« À en juger par ta réaction, tes sens sont aiguisés. Soit ça, soit tu sais qui je suis, ou peut-être les deux, peu m'importe », ajouta-t-il avec des lèvres pâles et froides, son souffle glacial étant visible à l'œil nu.
Les Cavaliers Fantômes faisaient partie de la race des morts-vivants. Dans leur vie antérieure, ils avaient été de vaillants chevaliers qui avaient fini par mourir, mais même après avoir été réanimés par la magie nécromantique, ils conservaient leur libre arbitre.
À cause de ce trait, ils étaient dangereux à créer, même pour des nécromanciens de haut niveau, car un libre arbitre total combiné au pouvoir de dévorer les âmes n'était pas quelque chose à laisser errer librement.
« Hé, hé, attends... Si ce que tu cherches, c'est un duel digne de quelqu'un d'aussi puissant que toi... Je ne suis pas digne de... » Lucian tenta de parler, mais sa voix flancha en sentant le froid glacial commencer à flétrir les fleurs entourant le cavalier, « ... cet honneur. »
« Ho ho ho, quelle langue polie tu as, mon garçon, mais vois-tu... » dit le mort-vivant calmement, puis il posa son épée massive sur son épaule, libérant une vague de magie glaciale si intense que même les arbres commencèrent à mourir.
« J'ai faim... Je suis piégé dans cette forêt depuis des siècles et il n'y a personne d'intéressant... Parfois, des aventuriers passent, mais il m'est interdit d'attaquer l'auberge, alors je dois me contenter d'un gamin comme toi », dit l'homme barbu avec un sourire glaçant.
« ARRÊTE ! » cria Ebony en courant à travers la forêt pour atteindre la scène, le visage calme et le pas assuré.
« Monsieur le Cavalier, permettez-moi de me présenter formellement, je suis Ebony Strange ! Et cet idiot ici présent qui a tué votre... animal de compagnie ? Ami ?, cette chose... euh... est mon mari ! » lança la blonde en retirant le lourd bouclier de son dos et en s'inclinant devant l'ennemi.
« Oh, une belle dame, quel plaisir ! Je suis... Richard Guntihgard ! » dit le mort-vivant en s'inclinant en retour dans une salutation formelle.
« Nous ne cherchons pas d'ennuis avec vous, Monsieur le Cavalier. La mort nous réclamera en temps voulu, et pour m'assurer que ce ne soit pas ce soir, je vous demande votre clémence », dit la blonde en marchant fermement vers son ennemi mortel.
« (Ce bâtard est celui que je sens depuis un moment maintenant, cette présence que je supporte à peine est la sienne, les autres inutiles me donnaient à peine des frissons...) » pensa Ebony avant de s'arrêter devant le cavalier.
Sa présence était inimaginablement froide, son existence un vide qui menaçait d'engloutir toute vie. Pour n'importe quel Soigneur ordinaire, sa seule présence aurait suffi à le faire s'évanouir, mais Ebony s'accrocha à sa santé mentale.
« Je demande un duel ! » cria Ebony, retenant ses larmes.
« C'est ça ! J'aime ça, une dame intéressante. On dirait que le gamin a touché le gros lot ! » sourit le cavalier en prenant une posture de combat. « J'accepte votre duel, mademoiselle. »
« Bien ! Alors je vais expliquer les règles... » dit Ebony en déglutissant difficilement, « Le duel sera un pierre-feuille-ciseaux ! »
« Quoi ?! » s'exclama le cavalier, surpris, tandis que Lucian restait là, bouche bée, incrédule face aux mots de sa femme.