Tu ne voudrais pas qu’il lui arrive quelque chose, hein… ?
Raiden fixa l’écran de son téléphone, une intention meurtrière à peine dissimulée dans le regard.
« Qui est-ce ? » Sa voix grave et menaçante n’avait plus rien de la chaleur qu’il avait témoignée à Iris ou à Isadora.
Un bref silence se fit à l’autre bout du fil, puis un rire familier qui fit bouillir le sang de Raiden.
« Comment as-tu pu m’oublier si vite, Raiden ? Ça me blesse, vraiment. J’étais de loin ton chef dans le quatrième peloton. Nous avons passé des mois ensemble, partagé nos repas, combattu des bêtes et sauvé nos vies mutuellement. Et c’est comme ça que tu salues un vieil ami ? »
Raiden plissa les yeux.
« Bai Zhang. »
« Ah, tu te souviens donc de moi. J’ai eu peur un instant. »
« Espèce d’enfoiré. » La voix de Raiden se fit encore plus grave, et l’air autour de lui sembla s’alourdir. « Comment oses-tu m’appeler ? Après ce que tu as fait ? Après tout ça ? »
À l’autre bout du fil, le sourire de Bai Zhang s’effaça légèrement. Il s’était attendu à de la colère, mais pas à une fureur aussi glaciale. Raiden avait toujours été insolent et agaçant, mais il n’avait jamais fait peur. Pas comme ça.
« Allons, écoute-moi, petit, ce n’est pas une façon de parler à un… »
« Non, c’est toi qui vas m’écouter. » Raiden lui coupa la parole, la voix montant à chaque mot. « S’il arrive quoi que ce soit à Sylvia, quoi que ce soit, je te retrouverai. Je retrouverai chacune des personnes impliquées. Et je vous réduirai tous en cendres. Tu m’as compris ? Je brûlerai tout ce que tu aimes, tout ce qui compte pour toi, tout ce que tu as bâti, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. »
Un long silence s’installa à l’autre bout du fil.
Puis Bai Zhang soupira.
« Non, non, non. Ça ne marche pas comme ça, Raiden. » Sa voix était désormais calme, presque douce, ce qui ne faisait qu’empirer les choses. « Tu sais comment ça se passe. Ta sœur est entre nos mains. Tu ne voudrais pas qu’il lui arrive malheur, hein ? Alors, si sa sécurité compte vraiment pour toi, tu vas devoir satisfaire certaines de nos exigences. »
Raiden serra les mâchoires si fort qu’il entendit ses dents grincer.
« Quelles exigences ? »
« C’est simple. D’abord, tu fais lever le bouclage. Il faut évacuer tout le quartier. Pas de police, pas de militaires, pas de Clan Solaris, pas de famille Stormwind, personne. Tu leur fais tous quitter les lieux, discrètement. Pas d’annonce, pas d’avertissement, rien qui puisse donner l’alerte. »
« Et ensuite ? »
« Tu viens nous rejoindre. Seul. Pas de Bêtes de Terre, pas de renforts cachés au coin de la rue, pas de petits tours malins. Toi, et personne d’autre. Et tu viens tout de suite, si tu veux retrouver Sylvia entière. »
Raiden resta silencieux un long moment.
Le vent hurlait autour de lui et la foudre de Woolie crépitait doucement à ses oreilles, mais il y prêtait à peine attention. Son esprit tournait à toute allure, évaluant chaque possibilité, chaque issue.
Enfin, il prit la parole.
« Comment être sûr que tu tiendras parole ? »
Bai Zhang ricana.
« Tu ne peux pas. Pas complètement. Mais tu peux te dire qu’on n’a aucune raison de lui faire du mal si tu coopères. La blesser ne ferait que te rendre plus désespéré, plus dangereux. Et franchement, aucun de nous n’a envie d’avoir affaire à une version encore plus furieuse de toi que celle qu’on doit déjà gérer. »
« Ce n’est pas une réponse. »
« C’est la seule que tu auras. »
Raiden garda de nouveau le silence.
Puis il parla lentement.
« Très bien. Je le ferai. Mais si tu lui fais du mal, si tu la griffes seulement, je te ferai regretter le jour de ta naissance. »
« Ravi qu’on se comprenne. » Bai Zhang avait presque l’air enjoué, à présent. « Ah, et Raiden ? Encore une chose. Ne préviens ni Isadora ni Yuna. Ne préviens personne. Si elles l’apprennent, si elles interviennent, Sylvia en paiera le prix. On t’enverra l’adresse dans quelques minutes. Sois là dans l’heure, d’accord ? Allez, ciao~ »
L’appel prit fin.
Raiden fixa le téléphone dans sa main, les jointures blanches tant il le serrait.
Puis il le fourra dans sa poche et se tourna vers les trois Bêtes de Terre qui l’observaient, inquiètes et furieuses à des degrés divers.
« Woolie. Rose. Neva. » Sa voix était calme, maîtrisée. « J’ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi. »
« Woolie Woo ? » Woolie pencha la tête.
« Vous devez rester cachés. Ils ont dit que je devais venir seul, mais je ne fais pas du tout confiance à ces enfoirés. Restez simplement hors de vue. N’intervenez que si je vous le dis. Compris ? »
Les oreilles de Woolie se dressèrent.
« Woolie Woo !! » On vient quand même avec toi ?
« Oui. Mais discrètement, à distance. Si ça tourne mal, s’ils font du mal à Sylvia ou s’ils essaient de me piéger, vous intervenez tous les trois. Pas avant. Sauf si je vous le dis. »
Rose plissa les yeux.
« Hiss… » Et s’ils te font du mal ?
Le sourire de Raiden fut mince. « Alors, faites ce que vous voulez. N’oubliez pas : dès que ça tourne mal, votre seule priorité, c’est de sauver Sylvia et de la sortir de là. Ensuite, et seulement ensuite, on pourra se battre à fond. Compris ? »
C’était tout ce qu’il leur fallait comme permission.
La foudre de Woolie jaillit, Rose se ramassa davantage sur elle-même et les yeux de Neva s’embrasèrent.
« Sha Sha !! » La voix de Neva était féroce. On sera juste derrière toi, Rai Rai~ Toujours.
Raiden hocha la tête.
« Bien. En route. »
Il envoya un message à Isadora et à Maple, leur demandant de retirer leurs troupes pour le moment et précisant que c’était très, très urgent, puis il leur adressa un dernier message.
« Faites-moi confiance. »
Quelques minutes plus tard, son téléphone vibra : il venait de recevoir une notification.
Un quartier d’entrepôts abandonnés, à l’autre bout de la ville, près des anciens docks. Raiden mémorisa aussitôt l’adresse, rangea son téléphone et se mit en marche.
Il n’appela ni Isadora ni Yuna. Il n’osa appeler personne. Même si le risque que Sylvia soit blessée était infime, il n’était pas prêt à le prendre.
Il marcha simplement, seul, à travers la ville trop calme, tandis que ses trois Bêtes de Terre le suivaient à distance, cachées quelque part derrière lui.
Tandis qu’il avançait, son esprit se calma.
Chaque pensée, chaque émotion, chaque bribe de peur, de colère et de désespoir se concentra en un seul point acéré.
Sylvia.
La ramener.
Leur faire payer.
Il ignorait qui étaient ces gens. Il ignorait pourquoi ils le voulaient. Il ignorait ce qu’ils préparaient.
Et cela lui était égal.
Tout ce qu’il savait, c’était qu’ils avaient enlevé sa sœur.
Et ils allaient le payer.
Au bout de vingt minutes de marche, le quartier des entrepôts apparut. Du métal rouillé, des vitres brisées et un silence pesant. Raiden ne ralentit pas. Au contraire, il accéléra.
Quelque part derrière lui, dissimulés dans l’ombre, Woolie, Rose et Neva le suivaient.
Et quelque part devant lui, dans l’un de ces entrepôts rouillés, Sylvia attendait.
Raiden serra les mâchoires.
Quand j’arriverai, pensa-t-il, les yeux brûlants d’un feu semblable à la flamme rouge qu’il avait vue dans la description d’Iris, je leur ferai regretter d’être nés.
Il continua d’avancer.
L’entrepôt se dressait devant lui.
Et Raiden Ashford marcha droit vers lui, seul, accompagné uniquement de sa rage et de la promesse de violence.
Derrière lui, dissimulées dans l’ombre, trois paires d’yeux observaient, attendant l’occasion de déchaîner l’enfer.