Chapitre 1
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 1
──────
« Je ne peux pas mourir. Je dois vivre. Je vais survivre… »
Mais, contre ma volonté, ma respiration se fit de plus en plus faible.
Je me trouvais dans le service de soins intensifs d’un hôpital universitaire. Le personnel médical s’affairait autour de moi, dans l’urgence.
La pièce était remplie de médicaments et d’équipements médicaux, mais même la médecine moderne ne pouvait empêcher ma mort.
J’étais atteinte d’une maladie de longue durée.
Une maladie rare et impitoyable qui affaiblissait peu à peu tous les muscles de mon corps, jusqu’à paralyser ceux qui me permettaient de respirer et à me laisser suffoquer.
J’avais vécu avec cette maladie pendant vingt ans.
Les jours où je ne pouvais ni marcher ni me tenir debout avaient été atroces, mais ils valaient toujours mieux que la mort.
Non, même dans cet état, je voulais vivre très, très longtemps.
On pourrait trouver ridicule de tant tenir à une vie pareille, mais lorsque la mort vint me chercher, j’eus l’impression que le ciel s’écroulait.
Une nuit, alors que respirer était devenu particulièrement pénible, je mourus sans même avoir pu dire au revoir à ma famille.
Je voulais vivre, alors je m’étais débattue de toutes mes forces, mais mes muscles, déjà affaiblis, ne me le permettaient même pas.
Incapable de bouger ne serait-ce que les yeux, je me raidis en silence, accrochée à ma seule douleur.
C’est sûrement ainsi que les choses auraient dû se passer.
Puis les ténèbres m’engloutirent, comme si quelque chose avait cédé.
Et, l’instant d’après,
tout avait changé.
« Je peux respirer ! »
Le choc d’avoir failli mourir me fit aspirer l’air avec une telle frénésie que je manquai d’hyperventiler.
Non seulement je respirais, mais je pouvais aussi bouger normalement. À vrai dire, mon corps était si léger que je manquai de basculer en avant.
Je titubai un instant, puis mes muscles me soutinrent et je retrouvai l’équilibre.
Non, attends. C’était seulement possible ?
« Ça faisait combien de temps que je ne m’étais pas assise dans mon lit par mes propres moyens ? »
J’étais stupéfaite.
Machinalement, je portai la main à ma tête, puis sursautai en sentant mes cheveux inconnus retomber jusqu’à mes épaules.
Ce n’étaient pas mes cheveux.
D’abord, cela faisait longtemps que je les portais courts, parce qu’on disait que les cheveux longs étaient difficiles à laver dans mon état. Ensuite, j’étais coréenne, et mes cheveux étaient noirs, jamais teints…
Pourtant, une longue chevelure d’un blanc pur, soyeuse et épaisse, ondulait avec grâce entre mes doigts.
Même dans le service où j’avais été hospitalisée, rares étaient les personnes qui avaient des cheveux aussi doux.
Parmi les patientes que je connaissais, aucune ne pouvait se peigner elle-même sans y penser. Personne n’avait même l’énergie de se soucier d’une chose pareille.
« Alors, qui est cette femme ? »
Ma tête se tourna d’elle-même à la recherche d’un miroir. Comme s’il n’attendait que moi, un miroir en pied, dans un coin d’une chambre au moins deux fois plus grande qu’une salle d’hôpital de huit lits, apparut dans mon champ de vision.
Avec précaution, je fis glisser une jambe hors du lit, puis l’autre.
Je pris une profonde inspiration pour me préparer, mais faire un pas ne me demanda aucun effort.
Vingt pas jusqu’au miroir. Je l’atteignis d’une traite, sans tomber ni m’arrêter une seule fois.
Après avoir passé plus de dix ans dans la peau de Choi Eunseo et imaginé cette scène des milliers et des milliers de fois, une chose aussi simple était devenue possible du jour au lendemain.
« Même après dix ans de rééducation, je n’y étais jamais parvenue une seule fois. »
Dans le miroir, une femme élancée me regardait d’un air absent.
Des cheveux d’un blanc argenté chaleureux et des yeux bleus comme le ciel printanier.
Derrière cette femme vêtue d’une confortable chemise de nuit blanche s’étendait une chambre ancienne et luxueuse, où un roi d’il y a plusieurs siècles aurait pu vivre.
Pourtant, ni son apparence ni sa fortune ne retinrent mon attention.
« Tu te tiens si joliment. On dirait une jeune dame de noble famille. »
Sa posture impeccable, et la santé qui la rendait possible, m’inspiraient une envie insupportable. Tout comme le fait qu’elle se soit réveillée à une heure si matinale en pleine forme, sans la moindre trace de fatigue.
Mais le coin de ses yeux était rouge, comme si elle avait pleuré jusqu’à s’endormir la veille.
Pourquoi avait-elle pleuré ? Qu’est-ce qui pouvait rendre aussi triste quelqu’un d’aussi jeune, en bonne santé, d’une beauté éclatante et à l’abri du besoin ?
Sans réfléchir, j’effleurai du doigt le coin rougi de ses yeux dans le miroir. À cet instant, mes doigts picotèrent, comme si une décharge d’électricité statique les avait traversés.
« Aïe ! »
Comme si cette douleur avait servi de signal, une foule d’informations envahit mon esprit.
Les souvenirs de la propriétaire de ce corps.
Elle s’appelait Vivette Ashwilt, l’unique jeune dame de la Maison Ashwilt, une famille ducale réputée pour sa maîtrise de la magie.
Des nobles de la capitale aux mages de la Tour des Mages, tous ceux qui vivaient dans ce pays admiraient sans relâche les membres de la famille Ashwilt.
Lady Vivette était célèbre non seulement pour sa famille, mais aussi pour sa beauté.
Ses cheveux blancs comme la lune en croissant reflétée sur un lac. Ses yeux bleus, comme si l’on avait découpé un morceau de ciel printanier.
Elle semblait précieuse et envoûtante, comme si elle était née de la magie elle-même.
Tous les membres de la Maison Ashwilt étaient si beaux qu’il était difficile de les départager, mais Vivette attirait encore davantage l’attention, puisqu’elle en était la seule femme.
Elle ressemblait à l’héroïne d’un vieux conte de fées du royaume, une personne qui avait tout.
Si ce n’était cette seule lacune qui la précipita dans la tragédie.
Bien qu’elle fût née dans une famille de mages, Vivette Ashwilt était incapable d’utiliser la magie.
La Maison Ashwilt avait vu naître des mages de génie pendant des générations, et tous les descendants de cette génération étaient eux aussi doués.
Tous, sauf Vivette.
Parmi ceux qui partageaient le sang de la famille, il n’y avait pas une seule personne qui ne fût pas mage. Même les domestiques du domaine Ashwilt savaient utiliser la magie.
Vivette souffrait terriblement parmi eux. Les nuits où son cœur lui faisait particulièrement mal, elle sanglotait sans bruit jusqu’au matin. La veille n’avait pas fait exception.
« Je n’en peux plus. »
Dans ces souvenirs morcelés et confus, Vivette avait clairement murmuré ces mots.
« Pourquoi as-tu tant pleuré ? »
Je passai la main sur le miroir, y laissant une empreinte trouble. Elle recouvrait grossièrement le coin rougi de ses yeux.
Je comprenais trop bien ce sentiment.
Celui de ne pas pouvoir faire ce que tous les autres faisaient si facilement.
Pendant que les autres enfants marchaient et couraient comme si c’était tout naturel, je devais apprendre à me relever après être tombée face contre terre.
« Vivette, pourquoi ne pas faire au moins un peu plus d’efforts ? On dit que personne ne peut vaincre quelqu’un qui travaille dur. »
Quelle foutaise.
Pour avoir consacré chaque instant de vingt années aux traitements et à la rééducation, je savais que certains domaines ne répondaient tout simplement pas aux efforts.
La preuve : j’avais fini par mourir, tandis que Vivette, incapable de manipuler le mana à vingt ans — l’âge limite pour en prendre conscience —, avait disparu de ce monde.
Mon intuition me disait que Vivette ne reviendrait jamais.
« Alors, ça veut dire que… je peux continuer à vivre dans ce corps ? »
À vrai dire, ce n’était pas mal du tout.
Non, si je pouvais vivre dans un corps aussi sain, je n’aurais pas pu demander mieux.
J’avais de la peine pour Vivette, mais peut-être que ma longue maladie m’avait rendue égoïste.
Du moins, quand il s’agissait de ma santé et de ma vie.
Notre famille avait eu du mal à payer mes frais d’hôpital après que j’étais tombée malade, vers l’âge de trois ou quatre ans. Ma mère avait dû quitter son travail pour s’occuper de moi, et mon cadet était souvent méprisé parce qu’il avait une grande sœur malade.
Pourtant, même en étant un fardeau pour ma famille, je voulais vivre.
J’en étais désolée, mais je voulais vivre. Très, très longtemps.
« Mais que ce souhait se réalise dans le corps de quelqu’un d’autre… »
Je serrai le poing de toutes mes forces.
Pour quelqu’un qui avait souffert d’une maladie rare en phase terminale, cette poigne était inimaginable. Plus je l’observais, plus ce corps me paraissait extraordinaire.
« Magie ou pas, je sais que je peux vivre heureuse. Et alors, si je ne sais pas utiliser un peu de magie ? J’ai de l’argent, du prestige… et surtout, un corps en si bonne santé. »
Se focaliser uniquement sur ce qui nous manquait ne pouvait que nous rendre malheureux.
C’était ce que j’avais fait autrefois. Même si je savais que je mourrais un jour, je laissais ma famille seule quand elle venait me rendre visite à l’hôpital et me consacrais uniquement à la rééducation.
Ce n’est que maintenant que je m’en rendais compte : je n’aurais pas dû agir ainsi. Même si j’étais morte plus tôt, j’aurais dû passer davantage de temps avec ma famille. À présent, ils se souviendraient de moi comme d’une fille froide et d’une grande sœur ennuyeuse.
Une vague de chagrin monta en moi à l’idée que je ne les reverrais jamais. Le coin de mes yeux devait être de nouveau rouge.
« Mais… c’est peut-être mieux ainsi. Je les ai tant fait souffrir. Ils seront tristes pendant quelque temps quand je mourrai, mais ils n’auront plus à se battre. »
Il y avait pourtant une chose qui me préoccupait : la famille de Vivette.
Contrairement à la mienne, qui s’aimait profondément, celle de Vivette s’entendait parfois bien, parfois mal. Ces derniers temps, les choses semblaient pencher davantage du mauvais côté.
La famille de Vivette venait de perdre une fille et une sœur. Je les plaignais, condamnés à vivre toute leur vie sans jamais le savoir.
Celle qui occupait le corps de leur proche était une parfaite étrangère. À quel point auraient-ils le cœur brisé s’ils découvraient la vérité ?
Mais cette pensée fut bientôt réduite en miettes.
* * *
« Mon Dieu, jeune dame. Vous avez les yeux rouges. Vous avez pleuré ? »
Lola, la servante de Vivette, arriva dès l’aube et se montra d’une gaieté stupéfiante. De quoi se demander si les domestiques ne finissaient pas par ressembler à leurs maîtres.
« … »
« C-Ce n’est pas grave ! Vous êtes toujours aussi belle. Ils ne sont même pas très gonflés… Son Altesse et les jeunes maîtres ne le remarqueront probablement pas. »
Pourquoi est-ce que ces gens-là m’importaient ? Je ne compris la raison qu’après que Lola se fut occupée de moi et m’eut habillée de la tête aux pieds, de bon matin.
« Aujourd’hui, Son Altesse ne va pas travailler au palais impérial, n’est-ce pas ? Toute la famille se réunit pour un repas. »
« Hum, vraiment ? »
À l’idée de rencontrer la famille la plus proche de l’ancienne propriétaire du corps, dès mon premier jour après ma réincarnation, mes paumes devinrent moites. Pourrais-je les tromper sans incident ?
« Jeune dame ? Pourquoi êtes-vous si indifférente envers votre famille, aujourd’hui ? Vous n’oubliez jamais le moindre détail, d’habitude… »
Le regard interrogateur de Lola pesa sur moi.
À bien y réfléchir, Vivette avait véritablement aimé sa famille. Même à son âge, elle suivait sans relâche les hommes de la famille ducale.
Je n’étais pas particulièrement démonstrative, mais si je me montrais aussi froide avec eux qu’avec ma propre famille, cela se remarquerait trop.
Résolue à ne pas me comporter trop différemment, je me dirigeai vers la salle à manger du bâtiment principal.
* * *
Mais,
« Tu as réussi à ne pas mourir pendant la nuit, à ce que je vois. »
Ce fut la première chose que dit le duc en me voyant entrer dans la salle à manger.
Le duc Ashwilt ne fut pas le seul à ne pas m’accueillir chaleureusement.
Gillian, le frère aîné de Vivette, avait exactement le même visage que le duc et les yeux brillants de férocité.
Puis il y avait Harris, son jeune cousin, dont l’expression affichait l’indifférence qu’on aurait réservée à une parfaite inconnue.
… Ils étaient tous de parfaits salauds.
Rejoignez notre serveur Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>