Chapitre 511
L’air fut expulsé des poumons du prêtre. Son corps fut traîné sur plusieurs mètres et ses yeux se révulsèrent.
Le coup était assez puissant pour le faire perdre connaissance.
Au moment même où il sombra dans l’inconscience, le premier soleil s’éteignit complètement.
La pression sur la place diminua brusquement.
Les deuxième et troisième prêtres tentèrent de maintenir la matrice active, mais sa structure à trois points n’en comptait plus que deux, et cela suffit à tout faire s’effondrer.
Le Mana recommença à circuler par l’une des voies.
Faille !
L’une des plaques de miroir se fissura. Le deuxième soleil vacilla, puis le troisième, et enfin… tous deux explosèrent.
BOOOOOM !
Une vague de Mana submergea toute la place et repoussa les soldats de la Région Trois.
« Bouge. » Lian jeta un regard à son ami. Kain ne posa aucune question, et tous deux se dirigèrent droit vers le sanctuaire.
L’un d’eux les suivit également.
Les forces de la Région Trois étaient encore nombreuses, mais la destruction de la matrice avait désorganisé leurs rangs pendant quelques instants.
« Arrêtez-les ! » hurla un Commandant au loin.
Dix soldats prirent position dans la rue principale. Kain rassembla de la lumière entre ses mains.
Lian s’avança.
Cette fois, il n’avait pas l’intention de s’arrêter.
La première lance fondit sur lui, mais il en saisit facilement le manche et tira, entraînant son propriétaire avec elle.
Il lui assena un bref coup de poing dans la poitrine et boum !
Le corps de l’homme percuta les deux soldats derrière lui.
Kain se faufila par l’ouverture ainsi créée, tandis que deux murs de lumière se dressaient de part et d’autre de lui. Des flèches lumineuses les frappèrent.
Le passage était dégagé.
L’un d’eux s’engouffra dans les rangs par-derrière, sa masse imposante en avant.
Les soldats qui se tenaient devant la créature s’écartèrent… ou furent balayés sur le côté.
Mais la Région Trois ne battait pas complètement en retraite.
Les trois prêtres n’étaient pas les seuls présents. D’autres s’étaient rassemblés près du grand escalier du sanctuaire.
Certains ne regardaient même pas Lian et Kain. Ils semblaient occupés à autre chose, et cette tâche devait être assez importante pour qu’ils ignorent complètement tout le chaos autour d’eux.
La scène retint l’attention de Lian. Il observa plus attentivement ce qu’ils faisaient pour le comprendre, et ce seul regard lui suffit.
« Ils essaient d’ouvrir la porte du sanctuaire.
— En plein combat ? Comment peuvent-ils se concentrer sur cette porte avec tout ce chaos ?
— C’est simple : ce qui se trouve à l’intérieur compte plus pour eux que nous. »
C’était déjà une information importante.
Lorsqu’ils approchèrent de la partie supérieure de la ville, la véritable structure de la porte leur apparut clairement.
De loin, elle semblait n’être qu’une immense porte blanche, mais elle était en réalité composée de deux couches.
La première comportait douze grands panneaux de miroir disposés autour de l’entrée, chacun relié à l’une des tours de la ville, mais pas au moyen de câbles ou de fils physiques, comme on aurait pu s’y attendre.
À la place, des voies lumineuses les reliaient et couraient d’un bâtiment à l’autre.
Après avoir fait la correspondance avec la carte, le panneau de la Mémoire du Monde afficha de nouvelles informations.
[Sceau des douze reflets.]
Douze profondes rainures entouraient la porte.
Onze d’entre elles brillaient déjà. La douzième s’illumina au moment précis où un prêtre ajusta le dernier cadre métallique sur la tour, au loin.
Kaaang !
Toute la porte trembla. La partie extérieure recula lentement dans la paroi de la montagne, d’abord de quelques mètres, puis bien davantage. Une lumière blanche jaillit de l’ouverture derrière elle.
« Alors, c’est ça qu’ils préparaient. » Kain s’arrêta un instant.
Lian hocha la tête. C’était pour ça que les autochtones essayaient de gagner du temps depuis tout ce temps, et il comprit d’un seul coup d’œil pourquoi il leur fallait encore au moins trois jours.
Ils avaient réussi à ouvrir complètement la première porte, mais derrière elle s’en trouvait une autre.
Sa surface était parfaitement lisse et blanche, sans poignée ni interstice, et un grand symbole était gravé en son centre.
C’était un œil, sous lequel figurait une goutte, comme si une larme en était tombée.
Les prêtres de la Région Trois poussèrent de brefs cris de joie en voyant la première porte s’ouvrir.
Mais personne ne s’avança, car la porte principale était toujours fermée.
Lian reporta son regard sur les prêtres qui s’affairaient devant le deuxième sceau.
Ils disposaient de plusieurs grands outils, de Cristaux de mana et de plaques de miroir. Ils essayaient manifestement de remplacer quelque chose… quelque chose qu’ils ne possédaient pas.
Il réfléchit un instant, tourna les yeux vers Kain, puis tout commença lentement à prendre sens dans son esprit, comme les pièces d’un puzzle enfin assemblées.
Neuf mois plus tôt, deux autochtones de la Région Trois s’étaient rendus dans ces ruines pour récupérer la Larme de la Divinité de la Lumière, celles-là mêmes où Kain était entré par hasard.
Cette larme était une clé, capable d’activer cette ville et tous ses mécanismes.
Les autochtones de la Région Trois en avaient besoin pour réveiller la ville et ouvrir le sanctuaire, mais Kain avait obtenu cette larme par accident.
Les autochtones de la Région Trois avaient probablement cherché la larme pendant tout ce temps, sans parvenir à la retrouver. Pour une raison ou une autre, ils ne pouvaient pas retarder l’ouverture du sanctuaire.
Ils avaient donc décidé de trouver un autre moyen de l’ouvrir, sans doute plus difficile, plus coûteux, plus dangereux et assorti de très faibles chances de réussite.
Mais ils n’avaient pas d’autre choix. Quelque chose se trouvait dans ce sanctuaire, quelque chose qu’ils devaient obtenir, et ils semblaient pressés de mettre la main dessus.
Tout cela soulevait une question : que contenait ce sanctuaire ? Et pourquoi la Région Trois était-elle si déterminée à s’en emparer ?
« Reprenez les préparatifs ! L’Heure sans ombre approche ! » lança l’un des prêtres.
Lian entendit cette phrase. Sa supposition était donc juste : il existait un moment précis pour ouvrir le sanctuaire, l’Heure sans ombre.
Ils avaient probablement trouvé un moyen d’ouvrir le sanctuaire, ou du moins de tromper son mécanisme pendant un temps.
Mais la clé principale se tenait à quelques dizaines de mètres d’eux, en cet instant même.
Et n’était-ce pas une excellente nouvelle pour eux ? Si Kain était la clé, ils pourraient entrer dans le sanctuaire sans problème.
Lian voulut se diriger vers le sceau quand… BOOOOOM !
Une énorme explosion retentit dans la partie ouest de la ville, et tout le monde s’immobilisa un instant.
L’une des tours de garde provisoires de la Région Trois se brisa en deux, et des morceaux de bois et de pierre s’écrasèrent au sol.
Kain se retourna vivement, et le jeune Vorhelm regarda lui aussi dans cette direction. On aurait dit que d’autres personnes s’étaient mêlées à l’affaire.
Des gens débouchèrent de la rue ouest et, à la surprise générale, c’étaient eux aussi des humains !
Mais ce n’étaient pas des humains de la Terre. Leur équipement ne ressemblait à rien de ce qu’on trouvait sur Terre, et leurs auras étaient étranges, très différentes de celles des humains de la Terre comme de celles des autochtones de la Région Trois.
Leur armure différait aussi de celle de la Région Trois. Plus sombre, elle était par endroits bleue et grise.
Le symbole sur leur drapeau ne ressemblait pas non plus au soleil de la Région Trois.
« La Région Six ?! » s’exclama l’un des Commandants de la Région Trois. Son visage se décomposa en les voyant.
« Quoi ? Une autre Région ? Bon sang ! » Kain tourna la tête vers Lian.