Chapitre 83
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Seras regarda les Cinq Guerriers Dragons étendus à terre.
— Je vous croyais simple homme libre ; je ne m’attendais pas à ce que Touka-dono soit un Héros venu d’un autre monde… Cette capacité mystérieuse était donc la sorcellerie dont on parlait ici. Et, hum… Quant à la déesse d’Alion, est-ce que je vais—
— Ne t’inquiète pas. J’ai été banni d’Alion.
— V- Vraiment ?
— Pour être précis, la déesse m’a « jeté » parce que j’étais prétendument inutile. Je pense qu’elle m’a cru mort là où elle m’a abandonné.
Un sourire rassurant flotta sur mon visage.
— Alors ne t’en fais pas. Je ne te livrerai jamais à cette foutue déesse.
— F- Foutue déesse… ?
— Kuku, comment l’appellerais-tu autrement ?
Seras esquissa un sourire amer.
— On vous a expulsé malgré une telle puissance, xxxxxxxxxxxxxxxxxxxx… Mais j’ai été convaincue en voyant votre mystérieuse capacité.
— Si j’avais pu cacher que je suis un Héros d’un autre monde, je l’aurais fait. Je me disais que cette info ne t’apporterait rien… De toute façon, on est censés se séparer quelque part, non ? Parfois, il vaut mieux savoir. Plutôt que ça, je voulais te remercier.
Seras secoua la tête.
— Vous n’avez pas à me remercier… Depuis l’apparition des Cinq Guerriers Dragons, je n’ai rien fait. Au final, c’est Touka-dono qui les a tous vaincus.
— Le fait que tu aies rempli ton rôle de garde me suffit.
Les Cinq Guerriers s’étaient montrés plus vigilants envers Seras.
Grâce à cela, j’ai pu me concentrer sur ceux qui volaient dans le ciel sans me soucier du reste.
— …………
Seras affichait un sourire mélancolique.
Comme si son esprit errait ailleurs.
Je tapotai légèrement son épaule.
— Ça va ?
— Ah, pardon. C’est juste que… Trop d’informations d’un coup… Je suis encore déboussolée.
— On dirait que toi aussi tu as tes tourments… mais tu m’as épargné des ennuis quand tu as pris la garde tout à l’heure.
— Je me suis dit que je ne pouvais pas vous laisser mourir.
— Hein ?
— Je me suis dit que… si je laissais Touka-dono mourir ici pendant que je restais là, perdue dans mes pensées, cette fois je ne me relèverais plus jamais…
— …………..
— Ou peut-être n’est-ce que l’instinct de conservation de mon corps. Pour éviter que mon cœur n’explose, il fallait que j’agisse et que je protège Touka-dono ici. Je crois que j’ai agi ainsi. Si je ne pouvais protéger le bienfaiteur qui m’a sauvé la vie— je ne me le pardonnerais jamais.
Je me dis que ça se tient.
Ma tante et Seras se ressemblent un peu.
Même accablées—
Comment dire… elles ont le cœur résilient…
— Parfois…
— Hmm ?
— Parfois, Touka-dono affiche ce doux sourire.
— Sans doute parce que je pense à quelqu’un de bien.
— Parlez-vous de la tante dont vous m’avez parlé ?
Seras eut un petit sourire.
— Eh bien, Seras Ashrain n’est-elle pas de ces personnes-là ?
— Ce doux sourire-là est différent de celui que vous avez en pensant à votre tante.
— Après tout, même si vous vous ressemblez, ma tante et toi êtes deux personnes distinctes.
L’une est humaine, l’autre une haute elfe.
— Je n’ai pas l’intention de te confondre avec elle.
Pour une raison quelconque, Seras sembla soulagée en m’entendant.
— Uuggghhh—…
— Hmm ?
Oban venait enfin de mourir.
Schweiz le suivit de peu.
Les autres chevaliers dragons et leurs montures allaient aussi rendre l’âme.
— …Funnn…
Un silence trop pesant.
Je les ai empoisonnés avec ma compétence Poison.
Le seul problème de cette compétence, c’est le temps qu’il faut « attendre la mort ».
Combien de temps un humain reste-t-il sain d’esprit en l’utilisant ?
Combien peuvent rester sur la voie qu’ils ont choisie ?
Certains craindraient peut-être leur propre pouvoir et annuleraient le poison à mi-chemin.
D’autres se laisseraient envahir par la pitié.
Peut-être— qu’il est impossible de rester « décent ».
Attendre, en un même lieu, la mort de plusieurs personnes alors qu’on tient le pouvoir de décider de leur sort…
Je secouai violemment la compassion qui tentait de me gagner.
Ne détourne jamais les yeux des ténèbres qui s’étendent devant toi…
Jusqu’à ce que, au bout du compte, ton cœur s’ankylose.
Peut-être fallait-il que je rencontre ces gens.
— <Paralyze>
Je lançai <Paralyze> sur eux, l’un après l’autre.
Une jauge apparaît s’ils sont encore en vie.
S’ils sont morts— rien n’apparaît.
C’est l’une des choses que j’ai confirmées aux Ruines d’Élimination.
Il ne restait qu’une personne chez qui la jauge s’affichait.
— Tou… ka…
Un soupir admiratif m’échappa.
Il avait encore la jauge de sommeil au-dessus de la tête.
— Il devrait dormir, et pourtant il garde un mince fil de conscience. Comme je le pensais, il dépasse de loin la norme— Civit Gartland.
Mais il ne pouvait plus bouger.
Aucun signe d’un sursaut comme tout à l’heure.
Je ne sentais plus que son intention meurtrière, hachée par à-coups.
Il luttait contre le sommeil.
Je fixai Civit, observant.
Il semblait osciller entre somnolence et brefs éveils.
J’ajoutai la paralysie par-dessus la torpeur.
Il était aussi empoisonné.
Désormais, il était déjà épuisé.
Puis-je dire qu’il est impuissant, maintenant ?
Seras se plaça soudain entre Civit et moi.
Skreeeet…
Allongé, Civit griffa la terre du bout des doigts.
Un signal pour que je regarde ?
Il se tourna vers moi, yeux clos.
Je compris : il allait mourir.
— Toi… espè… ce de— … qui… es-tu… au juste… ?
Nous en avions déjà parlé.
Ce qu’il veut entendre est autre chose.
Je saisis tout de suite.
— C’est vrai : je suis un Héros invoqué d’un autre monde… mais je ne suis pas un héros venu sauver ce monde. En ce moment, je ne suis—
Derrière Seras, je baissai les yeux sur Civit gisant là.
— —rien qu’un vengeur.
Ainsi, j’assistai en silence à la fin du « Plus Fort de l’Humanité » dans cette forêt obscure, tandis que l’ombre des ténèbres gagnait le ciel et les arbres innombrables.