Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<Point de vue de Sogou Ayaka>
Le fléau dans ma main prenait peu à peu de la vitesse tandis que je le faisais tournoyer, et au bon moment, je frappai.
Doggooonn !
Un choc sourd résonna.
Dans la foulée, le contrecoup me meurtrit le poignet.
Biikkiiiii !
Des fissures se propagèrent à travers l’ossature du monstre touché.
Je remis mon fléau en mouvement maintenant qu’il avait perdu son élan.
Le monstre que j’affronte est… un Squelette.
Ses mouvements s’arrêtèrent net.
Aussitôt après, il s’effondre en morceaux, ses restes s’éparpillant au sol.
J’essuie la sueur qui perlait sur mon corps.
— Fuuuu…
Je me trouvai dans d’antiques ruines près de la capitale d’Alion.
On appelle cet endroit les Ruines des Os Magiques.
Les Héros de 2-C sont venus ici sur ordre de la déesse.
But : nous familiariser avec le combat réel contre des monstres,
et engranger des points d’expérience.
Ces deux objectifs-là.
On nous a dit que l’endroit grouillait de monstres.
Nous n’avons l’autorisation de n’explorer que le premier sous-sol.
Mais des monstres apparaissent aussi autour.
Il devrait y en avoir assez pour tout le monde.
En revanche, on nous a prévenus de fuir si un « Cornu » surgit.
Son nom officiel : Chevalier Squelette.
Plus de 90 % de la zone est occupée par des morts-vivants.
Plusieurs types de morts-vivants — mais la majorité sont des crânes ambulants.
Au début, voir ces tas d’os en mouvement me glaçait.
Mais je m’y suis faite.
Je ramassa la lance appuyée contre un débris.
Pashi…
Je passai la lance dans l’étole posée sur mes épaules.
Pour l’instant dans ces ruines, j’utilise peu la lance.
Mon arme du moment, c’est le fléau :
un boulet de fer au bout d’une chaîne reliée à un manche,
qui frappe l’ennemi par force centrifuge.
Contre des monstres d’os, le contondant est plus efficace que la lame.
Le Kisou-ryu est un art martial qui vise l’aisance tous azimuts,
même si son cœur est l’art de la lance.
On nous y enseigne aussi quoi faire quand la lance est inutilisable.
Le Kisou-ryu part du principe qu’on sera envoyés au front.
Bref, c’est un art martial orienté combat réel.
Arracher l’arme de l’adversaire.
Réutiliser l’arme d’un mort.
Plus je maîtrise d’armes, plus mes chances de survie augmentent.
Je peux répondre à plus de situations.
(Cela dit, un fléau, c’est une première…)
J’ai déjà manié la faucille-chaîne ; c’est ce qui s’en rapproche le plus :
on exploite le poids projeté.
Mais le centre de gravité en swing, et le ressenti à l’impact, n’ont rien à voir.
« Ayaka a un talent naturel pour les armes.
Mais… je ne sais s’il faut s’en réjouir, dans un pays et une époque où ça ne sert plus en guerre. »
Les mots de ma grand-mère.
(Il semble que j’aie fini par atterrir dans un endroit où ça sert, Grand-mère…)
Kishhiiieeeeehhh– !
Un Squelette armé d’une dague bondit de l’ombre.
Un monstre qui sait manier une arme humaine.
Garde-t-il des lambeaux de mémoire d’antan ?
Je lis son tempo, esquiva, et mon fléau s’abattit de toutes mes forces.
Bammm !
Bakkyyaaahh !
Le boulet écrase sa poitrine.
Leurs os ont des teintes différentes : ce sont leurs points faibles.
Les briser suffit à les abattre.
<Votre niveau a augmenté>
<Niv. 4 → Niv. 5>
J’ouvre mon statut, à la recherche d’un changement.
(Toujours pas de compétence unique, hein…)
Le soleil de l’après-midi déclinait.
Je reste seule un instant, silencieuse, dans ces ruines ceintes de forêt.
………
Les élèves de 2-C sont répartis en plusieurs groupes.
D’abord, le groupe de Kirihara Takuto.
Chef : Kirihara, rang S.
Membres : Oyamada Shougo (A) et divers Héros B+.
Une escouade d’élite, en somme.
Ensuite, le groupe d’Ikusaba Asagi.
Rassemblé par Asagi (rang B).
Le plus fort n’est « que » B.
Mais ils sont nombreux.
La majorité des filles ont rejoint Asagi.
Organisation tenue par des filles.
Je m’inquiète un peu pour Kashima Kobato qui est avec eux.
(Reste saine et sauve, Kashima-san…)
Troisième, le groupe de Yasu Tomohiro.
Les « sans attaches ».
Ceux recalés par Kirihara et Asagi.
Deux rangs C, le reste D.
Les sous C voulaient de l’aide des A —
mais les filles sous C sont allées chez Asagi.
Ici, surtout des garçons.
Ils restent nombreux malgré tout.
Quatrième, les sœurs Takao.
Juste elles deux, rang S et rang A.
Peut-on parler de groupe ?
Elles agissent toujours seules.
Comme dans notre monde d’origine.
Les autres les évitent consciemment.
Non — on dirait qu’elles n’existent pas.
Elles ne s’en soucient pas.
Rien n’a changé chez elles, même ici.
J’aimerais suivre leur droiture.
D’autres, comme Zakurogi, n’ont pas encore passé le « rite de qualification » de la déesse et restent au château.
Et puis il y a moi, Sogou Ayaka, à part.
Je suis désormais connue comme celle qui a osé défier la déesse.
Si tout le monde s’était uni, elle n’aurait pas pu aller si loin.
Mais voilà — ils suivent le sens du courant.
(Moi aussi, je suis le courant de mon cœur…)
Cette solitude actuelle est la conséquence de mes actes.
Je n’ai qu’à l’accepter.
— Hé, toi, tas d’os, depuis quand tu vas si vite, bordel !
— Tu te fous de nous !? Tu ne nous échapperas pas !
— Prends ça, sac d’os ! T’es déjà mort une fois, non !? Alors crève encore !
Des voix familières approchent.
Je sais tout de suite de qui il s’agit.
Le groupe de Kirihara Takuto.
Quelques hommes et femmes en tenues locales débouchèrent.
— Quoi !? Ce sac d’os n’était pas déjà réduit en miettes !?
— Ah ! Ayaka ! Ne me dis pas que tu nous as volé notre os !
— Hein ?
— Quelle cruauté ! T’abuses, Ayaka ! Cet os était à nous !
— Tu pouvais pas demander avant de le buter !? On l’a pourchassé pour rien !
— Comme on s’y attendait de l’ex-présidente ! Une vraie despote !
Les membres de Kirihara beuglent chacun leur grief.
Oyamada apparut un peu après.
— Tiens donc ! Mais qui voilà ! La solitaire Ayaka-sensei ! Waouh… C’est moche… s’introduire illégalement sur NOS terres de chasse…
Sa grande épée heurte mon épaule — volontairement.
(Terres de chasse ?)
Je baissai les yeux.
Une ligne gravée court au sol.
À peine visible.
— À partir d’ici, c’est notre terrain. Donc toi, t’es une intruse, pigé ? T’es pas des nôtres. Eh, eh, c’est pas bien, Ayaka — la présidente devenue criminelle ? C’est froid, ça~
— On s’en va, Shougo.
— Quoi, Takuto ? Pourquoi tu la couvres ?
Enfin, Kirihara arriva.
Un manteau à collerette de fourrure sur le dos.
Lion d’or.
C’est l’image.
Il secouai la tête, faussement navrée.
— Même dévoyée, elle reste rang S. Vous aurez beau aboyer, les A, elle vous balaiera d’un revers. Elle vous toise déjà.
Je réplique aussitôt :
— Je n’ai pas l’intention—
— C’est bon.
D’une main tendue, il m’interrompt.
— J’écoute Vysis.
— Tu l’écoutes ? Et alors ?
— Sogou Ayaka a le cœur fragile. Le « crime » ce jour-là, quand cette sous-merde de rang E devait être éliminée — c’était la panique, la confusion. Ça suffit. Je comprends.
Il repartit vers les siens.
Après quelques pas, il lança :
— Tu dois encore être perdue, tu ne sais pas ce que tu fais, hein ?
— Tu me vois… comme ça ?
— Tu me fais peur, Sogou.
— Hein ?
(Peur ?)
— J’étais choqué. Je te croyais la plus saine d’esprit de la classe 2-C. Et te voilà cinglée parce qu’on est dans un autre monde…
— Hé, Kirihara-kun. Je ne peux pas faire confiance à cette déesse—
— Écoute, Sogou.
Pat~
Il me tapa l’épaule.
— Tu as juste fait ta difficile en refusant mon invitation l’autre jour, pas vrai ?
Il me jetta un regard.
Comme s’il me plaignait.
— Kirihara-kun…
— Tu restes utile : rang S. Mais tu perds la tête, et ton jugement aussi. Dommage.
Il me tourna le dos, releva le menton — comme frappé d’une idée.
— Si je suis le Roi — Sogou Ayaka serait… voyons… une Chevalière protégeant le Roi ? En tout cas, pas taillée pour être Reine.
Il se retourne encore, sûr de lui à en déborder.
— J’attendrai que tu te réveilles, et que tu deviennes une vassale convenable, Sogou Ayaka.
Oyamada ricana :
— Quel mélodrame dégoulinant… On rêve. Te voilà tombée bien bas, Présidente-senpai.
Les visages de leur groupe
dégageaient cette étrange supériorité satisfaite.
— Je pige pas trop, mais bon courage avec ton kobujutsu, hein ?
— Surprise : on a fait descendre Sogou-chan de son piédestal !
— Grave ! J’ai cru à un bug quand la Déesse lui a collé un pain au ventre.
— Sogou-san est super forte ! Y a que Déesse-sama pour l’affronter ! Moi, jamais je pourrais !
Je me détournai sans un mot.
— Hé, Ayaka.
La voix d’Oyamada m’arrêta.
— Quoi ?
— Si tu payes, tu peux chasser chez nous un moment. En vrai, le groupe d’Asagi a raqué, et maintenant il farme de l’XP là où les sacs d’os popent en boucle.
Voilà donc pourquoi ils sont repassés par ici…
— Je n’ai pas tant d’argent.
— Hein ? La déesse t’a pas filé d’« argent de poche » ?
— …Je n’ai rien reçu.
— Sérieux !? Pff, la déesse te hait donc ! Pitoyable ! Pas glam du tout !
Mes poings se serrèrent.
Je ne regrette pas d’avoir fait face à cette déesse.
À cet instant—
— Kyaaaahhhh !
Un cri retentit.
Je leva les yeux.
Du côté opposé de la forêt, des hurlements multiples approchaient.
Des silhouettes humaines.
Des élèves.
Ils dévalaient vers nous.
— I-Il est là ! Il est là ! Noooon !!!
Le groupe d’Ikusaba Asagi.
Ceux qui « farmaient » l’XP, comme disait Oyamada ?
Le groupe de Kirihara se mit en position.
— Q-Qu’est-ce que c’est que ça !?
J’aperçu Asagi courir aussi.
— Idiote ! À voir la situation, t’aurais dû comprendre ! Il est sorti ! Le “Cornu” dont on parlait !
(Le Chevalier Squelette !?)
Je dressai mon arme.
— Ah…
Je fus aussitôt saisie.
— Hah… hah… !
J’aperçu Kashima Kobato parmi eux, soutenant une camarade qui boitait.
Quelqu’un s’est blessé à la jambe.
— Hah… haa… Être sauvée par Kobato… c’est cocasse…
— Ça va aller ! On va rejoindre Kirihara-kun et les autres !
Les yeux de Kobato me repèrèrent enfin.
— Regarde, Sogou-san est là !
Je vis son angoisse se détendre un peu.
Je raffermis ma garde.
À peine ai-je pris position—
— Uwwwaaahhhhhhh…
Une fille jaillit de la lisière.
Derrière elle, une énorme ombre d’os.
Trois mètres, peut-être ?
Des cornes sinistres saillent de son crâne.
Oyamada recula d’un bond.
— Geh !? Sérieux !?
Un membre de leur groupe porta la main à la bouche.
— Urrpp !?
La fille qui vient de sortir de la forêt—
— Aaaahhhhh… c’est foutu… y a plus rien… Elle s’est fait faucher net…
Sa main gauche, jusqu’au poignet, avait disparu.