Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
J’ai récemment acquis un autre « œil » surveillant mon dos.
Est-ce si différent que de simplement me retourner ?
C’est juste la même vigilance envers ce qui pourrait arriver derrière moi.
Dans les Ruines du Rejet, mes nerfs étaient à vif quant à ce qui se passait dans mon dos.
— Pii, pii, pii !
« Je vais m’assurer que tout est sûr ! » — c’est comme si Pigimaru disait cela.
L’excroissance qui dépasse de mon cou clignote en vert, encore et encore.
C’est son signal : aucune anomalie.
Grâce à Pigimaru, je peux me concentrer devant et sur les côtés.
L’expédition se déroulait bien.
L’officier que j’avais rencontré m’a discrètement remis une carte des ruines de Mills.
Normalement, elle s’achète à prix fort.
Grâce à elle, progresser dans les étages déjà cartographiés est plus simple.
Il m’a aussi confié une plume et de l’encre : à moi de compléter la partie vierge quand j’atteindrai le nouveau niveau.
Si je fais un bon relevé, je pourrai revendre la carte.
Je lui dois ma reconnaissance.
Les monstres croisés jusque-là n’ont posé aucun problème.
Seul le premier affrontement était un peu différent, mais…
En comparaison avec les créatures des Ruines du Rejet, ceux d’ici sont faibles.
Certains tombent même sous les coups de mon simple poignard.
Je profite toujours de la correction de mes statistiques.
Tous ces monstres ont les yeux dorés.
Ces yeux dorés seraient-ils propres aux créatures des ruines ?
J’ai rencontré deux types de monstres ici :
Évidemment, pas tous les monstres qui grimpent sont faibles.
Certains puissants réussissent aussi.
Et s’ils ne le pouvaient pas, la différence serait énorme.
D’ailleurs, dans les Ruines du Rejet, des créatures fortes résidaient déjà aux étages supérieurs.
C’est pourquoi les mercenaires réputés s’en chargent, pour libérer la voie.
Certains se font recruter uniquement pour ces combats ponctuels, un aller-retour d’une journée.
C’est leur gagne-pain.
En revanche, les monstres faibles prolifèrent vite.
Et comme leurs matériaux valent peu, on les ignore.
Résultat : leur nombre augmente aux étages supérieurs.
Enfin… c’est la version des gens du marquis.
Je ne sais pas ce qu’il en est vraiment.
J’évite au maximum les autres mercenaires.
Je ne comprends pas encore le système magique de ce monde.
Si on voyait mes compétences anormales, on chercherait à me harceler pour savoir.
Et Pigimaru, s’il était découvert, attirerait bien trop de problèmes.
— Bon…
Je descends un escalier.
— Voilà le 6ᵉ étage, hein…
Le nouveau niveau découvert est censé être le 15ᵉ.
J’ai encore du chemin.
………
Ce n’est pas bon.
Je compare sans cesse à l’autre ruine.
Ici, c’est trop facile.
Le seul vrai obstacle, c’est la descente elle-même.
Ce n’est pas une mauvaise chose, mais…
Je ne comprends pas à quel « niveau » correspond cet endroit.
— Shhiggyyaaahhhh !
Un monstre attaque.
— <Paralyse>
— Ogguueee—hh… ?
— <Poison>
Je cache ensuite le corps empoisonné à l’écart, pour éviter qu’on me relie à lui.
Je mâche de la viande séchée, bois une gorgée d’eau, et attends.
— Fuuu…
— Guugiieeee—
Le monstre succombe.
Je repense aux créatures des Ruines du Rejet.
Au Mangeur d’âme.
Au groupe de quatre, les Marcheurs Blancs.
Dès la première rencontre, j’avais senti leur puissance.
Assez pour que je doive manigancer afin de baisser leur garde.
Ici, je ne ressens aucun danger.
— Hmm ?
Des voix.
Je me plaque contre un mur.
Je tends l’oreille…
— Hé, ce n’est pas toi, le type qui a foutu le bazar sur la place ?
— Ce n’était pas moi, mais cette femme insolente.
Je jettai un œil.
C’est bien lui, l’homme qui avait tenté d’humilier Mist sur la place.
Il s’était présenté comme moine.
Face à lui, un chauve et un barbu.
— Alors, tu nous veux quoi ?
— J’ai quelque chose à vous proposer.
Le chauve ricane.
— On t’a vu à l’œuvre, hein. Trois Loups-Goules abattus sans une égratignure. T’es pas un simple. Un guerrier d’ailleurs ?
— Évidemment ! Je suis le “Flash”, le moine Dorogetti !
Le barbu l’évalue du regard.
— J’ai déjà entendu ce nom. Pas en Urza, mais à Bakuos, oui. Ici, à la campagne, personne ne connaît.
(Et toi aussi, tu es ici, pauvre « campagnard »…)
— Heh, vous êtes différents de ces ignorants. Exactement comme je pensais.
— Bien sûr. Ne nous compare pas à ces abrutis. Alors ?
— J’ai une requête. Avec récompense à la clé.
— On écoute.
Kishishi— !
Dorogetti dévoile toutes ses dents dans un grand sourire.
— Je veux que la femme qui m’a insulté sur la place regrette d’être née.