Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— Guh… Et tu veux qu’on y crois !? cria Oyamada.
— Un autre monde, hein ? Ha ! Arrête tes blagues ! C’est chiant à mourir ! Il fait salement froid ! Crève !
— C’est…
La déesse donnait des ordres aux soldats avec indifférence.
Elle se moquait complètement de la rage d’Oyamada.
Au bout d’un moment, un homme vêtu de haillons entra dans la pièce.
Ses deux mains étaient enchaînées.
Le soldat accompagnait l’homme de chaque côté.
L’homme aux vêtements en lambeaux était anxieux.
Un soldat poussa l’homme dans le dos avec le manche de sa lance.
L’homme fut contraint d’avancer.
— Qu’est-ce que c’est ?
L’une des filles pointa du doigt l’entrée de la pièce.
Avec des doigts tremblants.
Ce que son doigt montrait.
Ce n’était pas l’homme en haillons.
C’était…
Un loup à trois yeux.
………
Probablement un loup.
Il portait un collier rudimentaire.
Le loup était privé de liberté par une chaîne qui remplaçait sa laisse.
Et un soldat bien bâti tenait cette chaîne.
Même ainsi, c’était un gros loup, n’est-ce pas…
Sa couleur était également étrange.
Qu’est-ce que c’est ?
Des yeux dorés et une fourrure rouge vin ?
— Une telle bête n’existe pas dans le monde d’où vous venez ?
— Avec une telle couleur ? C’est un faux fait en papier mâché ! Ne plaisante pas avec moi ! Il fait froid ! Va en enfer !
Oyamada était persévérant.
La déesse envoya des instructions aux soldats d’un regard.
— Gurururugarururu~ !
L’homme aux vêtements en lambeaux fut surpris.
Il semblait avoir deviné quelque chose.
— Hii !? A-Arrê――
— Gaaaaa !
Le loup à trois yeux attaqua l’homme aux vêtements en lambeaux.
— Kiyaaaah―――― !
Un cri de fille.
Le cri fut suivi d’un hurlement.
— Ge――uh, gu――e ! Ugeh―― !
Une personne, un garçon, commença à vomir.
Les griffes du loup déchirèrent le corps de sa proie.
Le cri de l’homme attaqué disparut.
L’homme cessa de bouger.
Le loup commença à dévorer le corps de l’homme.
Le — repas commença à l’aide de ses crocs.
Un spectacle choquant.
Mais qu’allait-il se passer ?
Ce qui se passerait ensuite déciderait de tout.
La déesse tendit un bras vers le loup qui était en train de manger.
— Flamme sacrée qui purifie le démon, au nom de la déesse Vysis, je t’ordonne de brûler ce démon…
Des sortes de carrés magiques apparurent devant la déesse.
— Boule de feu de la vie divine !
À cet instant, le loup fut enveloppé dans une boule de feu.
Une flamme blanche.
Le loup se débattit pour sortir des flammes.
Mais il ne lutta qu’un instant.
En un clin d’œil, il fut consumé et se transforma en cendres.
Qui s’envolèrent dans les airs.
Une odeur de brûlé.
L’odeur de la chair brûlée.
Les garçons dans le coin de la pièce commencèrent à chuchoter.
— C’était de la magie, non ?
— Non, c’était sûrement de la sorcellerie, non ?
— Peu importe…
— Je veux dire, c’est vraiment surnaturel, non ?
— La déesse a été rapide pour nous montrer une preuve, n’est-ce pas ?
— L’effet est vraiment impressionnant quand on le voit en vrai.
— Je veux dire, c’est plutôt excitant, non ?
Il n’y a aucun sentiment d’urgence.
Je me demande pourquoi.
Peut-être parce que cela leur permettait de s’échapper de leur quotidien ordinaire.
C’est le sentiment que j’avais.
Les autres filles.
Certaines avaient même commencé à pleurer.
D’autres s’étaient effondrées de peur.
— Iyaaaaaa…
— Qu’est-ce que c’était que ça ?
— Ce n’est pas de l’image de synthèse ? En tout cas, c’est une sorte d’illusion, non ?
— Uuu… Cette odeur de viande brûlée… C’est dégoûtant…
— Uaaaan… Non, ça suffit… Je veux rentrer chez moi…
— C’est comme si… C’est à en rien y comprendre…
Une partie semblait même apprécier la situation.
Mais la plupart étaient pessimistes.
Le professeur responsable, Zakurogi, était abasourdi.
La bouche grande ouverte.
On dirait la célèbre — bouche de la vérité . (1)
Kirihara semblait surpris, comme on pouvait s’y attendre.
Cependant, il ne semblait pas effrayé.
C’était une impression de pure surprise.
Oyamada était… mortifié.
Il ne pouvait pas admettre la réalité des événements qui se déroulaient.
Mais Oyamada avait accepté cette réalité.
Après tout, il avait été confronté à la réalité.
La réalité… la réalité écrasante.
Maintenant, il était juste mortifié.
Il avait ce visage.
Sogou transpirait.
Probablement des sueurs froides.
Elle tremblait visiblement.
Mais elle essayait désespérément de cacher ses tremblements.
Elle était en train de réconforter les filles qui avaient commencé à pleurer.
Tout ira bien, leur dit-elle pour les rassurer.
En tant que déléguée de classe, elle devait se ressaisir.
C’est du moins ce qu’elle semblait penser.
Sugou était courageuse.
Même dans une situation pareille.
Les sœurs Takao étaient…
— En effet. Un monde différent de celui dans lequel nous vivions… Ou plutôt, si l’on considère cette planète, notre situation actuelle est la meilleure possible, n’est-ce pas ? Alors, tout d’abord, partons du principe que nous sommes dans un monde différent. Rassemblons nos idées et décidons de la marche à suivre.
— Même dans des moments comme celui-ci, Aneki est impressionnante, comme toujours…
— Tu dois simplement considérer cela comme un entraînement mental. Au lieu de te laisser envahir par la confusion ou le pessimisme, utilisons ce temps à bon escient. Tout d’abord, après avoir accepté la réalité qui se présente à nous, il vaut mieux passer ce temps à analyser la situation et à assurer notre sécurité.
— Tch… Après tout, je suis loin d’être comme aneki…
— Avec de l’entraînement, tu y arriveras aussi, Itsuki.
— D’accord… Je vais essayer, aneki…
Surprenant, comme toujours.
À son propre rythme, jusqu’à l’extrême.
Surtout la sœur aînée, qui avait une attitude incroyable.
C’est comme si elle ne vacillait pas d’un poil.
Quand on parle des sœurs Takao, c’est comme si… elles venaient d’une autre dimension.
Yasu est…
Il semblait perplexe.
Cependant
Je me demande pourquoi sa bouche se tordait ainsi.
— Suivez les paroles de la déesse pour l’instant ! Si vous doutez de la déesse, vous n’irez pas de l’avant ! Tout d’abord, nous, vous devriez commencer par croire ce que les autres disent !
Je me demande si l’allumage de tout à l’heure avait rendu tout le monde complètement nerveux ?
Derrière Zakurogi, il semblait y avoir un grand drapeau blanc.
Le cadavre d’un homme et des cendres qui étaient à l’origine un loup.
Ils avaient déjà été nettoyés.
À présent, autre chose fut transporté dans la pièce.
Un piédestal et un cristal.
Le cristal se trouvait à hauteur de ma taille.
Il semble qu’ils voulaient que nous touchions ce cristal à tour de rôle avec la main.
C’est du moins ce qu’on nous avait dit.
Cela semblait servir à mesurer quelque chose.
Note :
La bouche de la vérité est une ancienne sculpture bas-relief sur marbre, assimilée à un masque, muré dans la paroi du pronaos de l’église Santa Maria in Cosmedin de Rome datant de 1632.