Chapitre 139
Chapitre 139 – Cette chose qui nous approche de loin
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Après avoir enfin vaincu le monstre à Visage Humain, nous commençâmes à nous éloigner des ruines.
Nous avancions le long de plusieurs arbres abattus.
Pour le moment, j’ouvrais la marche tandis qu’Eve fermait la marche.
Seras marchait derrière moi.
Liz et Slei suivaient derrière Seras.
Slei avait maintenant repris sa première forme.
Apparemment, sa transformation l’avait quelque peu fatiguée.
Sa troisième forme, en particulier, lui causait une grande fatigue.
Pigimaru, quant à lui, était confortablement blotti sous ma robe, comme d’habitude.
— Pifuuu~...
Il semblait lui aussi assez fatigué par notre technique combinée.
— C’est plus paisible que je ne le pensais.
C’était Seras qui venait de parler.
À l’arrière de notre formation, Eve lui répondit.
— Ce serait une chose si les autres monstres suivaient les traces laissées par ce monstre à Visage Humain... mais cela pourrait aussi signifier que de nombreux monstres l’ont aperçu pendant ses déplacements.
Je l’interrompis.
— C’est peut-être l’inverse.
— L’inverse ?
— Il est possible qu’ils se soient éloignés pour éviter le monstre à Visage Humain.
Même dans les Ruines d’Élimination, il n’y avait aucun autre monstre dans les environs du monstre à Visage Humain.
Les monstres à Visage Humain étaient peut-être des créatures que les autres monstres évitaient...
Il existait peut-être même une sorte de règle selon laquelle les autres monstres abandonnaient toute proie sur laquelle un monstre à Visage Humain avait jeté son dévolu.
— Fumu... Il semblerait que les monstres ne soient finalement pas capables de coexister dans la Zone Démoniaque comme nous le pensions.
— Je m’imaginais que cet endroit grouillerait de monstres, mais il y en a étonnamment peu.
— Dans ce cas, on pourrait même dire que les monstres d’ici sont assez conscients de leurs propres territoires, hein.
— ...............
— Mhmm ? Qu’est-ce qu’il y a, Touka ?
— Non, rien.
Tout en disant cela, j’observais en réalité Eve.
Peu auparavant, elle avait été profondément affectée par notre victoire contre le monstre à Visage Humain.
— Seules quelques personnes sont parvenues à terrasser un monstre à Visage Humain.
Cette réalité semblait avoir profondément choqué Eve.
Lorsque nous quittions les ruines...
— Je n’arrive toujours pas à réaliser que tout cela est bien réel. Même si je savais que c’était possible grâce à ce pouvoir que tu avais déjà utilisé auparavant, j’ai quand même vu ce monstre à Visage Humain mourir sous mes yeux... C’est une sensation vraiment étrange. Je me sens à la fois exaltée et déconcertée...
Il y avait eu une certaine excitation autour d’elle lorsqu’elle avait prononcé ces mots.
Cependant, Eve avait désormais retrouvé son comportement habituel.
Monstre à Visage Humain.
C’était un ennemi face auquel je ne pouvais absolument pas me permettre d’être négligent, mais ce n’était pas non plus un adversaire contre lequel toute victoire était impossible.
Un monstre absolument parfait, dépourvu de la moindre faille...
Ce n’était certainement pas ainsi que je décrirais celui-là.
J’avais désormais affronté deux monstres à Visage Humain.
Selon la manière dont on préparait le combat, ils restaient parfaitement affrontables.
...Enfin, je ne pouvais pas vraiment nier que cela reposait en grande partie sur l’immense puissance de mes Compétences d’États Anormaux.
— Les monstres à Visage Humain, hein...
Je murmurai ces mots tandis que différentes pensées traversaient mon esprit.
Ils dégageaient indéniablement quelque chose de profondément inquiétant, mais ces créatures demeuraient entourées de mystères.
Même Seras, malgré l’étendue de ses connaissances, ne savait presque rien à leur sujet.
Les plus féroces parmi les ennemis les plus brutaux.
Les plus sadiques parmi les ennemis les plus cruels.
Comment étaient-ils nés ?
Pourquoi étaient-ils nés ?
Je sortis de mon sac à dos un sac de chanvre composé de trois épaisseurs.
Son contenu était encore légèrement chaud.
J’ouvris le sac tout en continuant à marcher.
Seras jeta soudain un coup d’œil à l’intérieur.
— Est-ce un matériau destiné à un Sortilège Interdit ?
À l’intérieur du sac se trouvait une partie du corps du monstre à Visage Humain que nous venions de vaincre.
Une portion palpitait encore légèrement.
— Aucun matériau provenant d’un monstre à Visage Humain n’était mentionné dans l’“Encyclopédie des Arts Interdits”, mais... j’ai eu l’impression que cette partie ressemblait à l’une des illustrations que j’y avais vues. Je me suis donc demandé si nous ne pourrions pas l’utiliser comme substitut.
Seras inclina la tête en levant les yeux vers mon visage.
— Vous parlez de celui de la page 167 ?
Comme prévu, je ne me souvenais absolument pas de la page où il se trouvait.
Cependant, Seras, elle, semblait s’en souvenir.
— J’ai déjà oublié à quoi servait cet ingrédient...
Avec une expression légèrement heureuse, Seras leva son index blanc.
— Vous parlez de la “Gemme d’Amplification de la Voix”, n’est-ce pas ?
— Ouais, c’est ça.
— Bon sang...
Je me grattai la tête.
— Tu as tellement parcouru ce livre que j’ai l’impression que tu connais mieux l’“Encyclopédie des Arts Interdits” que moi.
Chaque fois que nous avions du temps libre, je la voyais feuilleter le livre.
Seras redressa le dos.
Puis elle regarda droit devant elle et repoussa délicatement ses cheveux blonds.
— Au début, j’étais effectivement simplement très intéressée par ce que vous lisiez, mais je me suis dit que je pourrais ainsi être plus utile à Touka-dono.
— Moi aussi, j’ai l’intention de le lire attentivement lorsque j’aurai un peu de temps libre, mais il est possible que je finisse par devoir compter sur toi pour ce qui concerne son contenu. Je compte sur toi quand ce moment viendra, d’accord ?
Posant une main sur sa poitrine, Seras acquiesça respectueusement.
— Laissez-moi faire.
— Désolé.
— Pourquoi vous excuser soudainement... ? Je lis beaucoup simplement parce que j’aime lire.
— Même comme ça, ça m’aide énormément.
— ...Oui.
Sa réponse contenait une légère vivacité.
— ...............
Seras Ashrain, la passionnée de lecture.
Je pensais que ce ne serait qu’une question de temps avant qu’elle ne s’intéresse à l’« Encyclopédie des Arts Interdits ».
Depuis que j’étais entré dans la Zone Démoniaque, mon temps consacré à la lecture avait considérablement diminué.
Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de laisser provisoirement à Seras le soin d’assimiler le contenu du livre.
— Depuis que je dirige notre groupe, je suis un peu nerveux...
— Vous êtes nerveux ?
— Un peu.
— ?
Même après avoir quitté les Ruines d’Élimination, je n’avais toujours pas réussi à perdre mon habitude de parler tout seul.
Seras se pencha alors vers l’avant et regarda de nouveau dans le sac que je tenais.
— Au fait, Touka-dono, j’ai également appris certaines choses qui pourraient être utiles concernant les matériaux nécessaires aux Sortilèges Interdits... I-Iyaaaaaaaaaaaahhhhhhh !
Par réflexe, je reculai légèrement.
— Qu... ?
Après avoir soudain poussé un cri, Seras tomba sur les fesses.
Son visage avait complètement perdu ses couleurs.
Qu’est-ce qui s’était passé ?
Comme prévu, même moi, j’avais été surpris par le cri qu’elle venait de pousser...
Comment dire...
Ça, c’était ce qu’on pouvait vraiment appeler un cri de terreur.
Était-elle dégoûtée par la partie du monstre à Visage Humain que j’avais prélevée ?
Non...
Lorsqu’elle avait regardé à l’intérieur un peu plus tôt, elle avait pourtant réagi parfaitement normalement.
Quelque chose avait-il changé entre-temps ?
Je regardai à l’intérieur du sac que je tenais.
— Hmm ?
Quelque chose d’une couleur différente s’était retrouvé mélangé à son contenu.
Je pinçai la chose entre mes doigts et la soulevai.
— Un ver de terre... ? Ah, il a dû se glisser là-dedans lorsque j’ai récupéré le matériau.
— T-Touka-dono... Je ne sais pas si je dois dire que cette chose est incroyablement coriace... ou terriblement répugnante... Quoi qu’il en soit, c’est dangereux...
Je me demandais ce qu’elle entendait exactement par « coriace » et « répugnante ».
— J’ai compris, alors je pense que tu devrais commencer par refermer les jambes.
— Ah... Pardonnez-moi.
Je lançai le ver de terre dans les buissons voisins.
— Tu ne les supportes pas ?
— ...Pour le dire franchement, non.
— Pourtant, les tentacules de Pigimaru ou la langue frétillante du monstre à Visage Humain ne semblent pas te déranger.
— Malgré cela, je ne supporte toujours pas les vers de terre.
Tap, tap.
Seras se releva et épousseta la terre sur ses fesses.
Elle avait désormais une expression particulièrement digne.
J’avais l’impression qu’elle essayait désespérément de retrouver sa contenance.
— Hum-hum.
Seras s’éclaircit solennellement la gorge.
— Cependant... C’est une faiblesse particulièrement indigne d’une fière chevalière. Perdre ainsi son sang-froid parce que l’on est dégoûtée par quelque chose d’aussi insignifiant ternirait la réputation de l’ancienne commandante des Chevaliers Saints de Neia...
— C’est plutôt inattendu. Je ne pensais pas que tu avais une faiblesse pareille, Seras.
— I-Iyaaaaaaaaaahhhhhhhhh ! Touka-dono l’a déjà jeté, alors pourquoi est-ce que vous tenez ça maintenant, Eve !? Vous avez perdu la tête !?
— ...M-Ma faute.
Après s’être fait réprimander par Liz, Eve retourna péniblement à l’arrière du groupe.
Dire que Seras pouvait être perturbée à ce point...
Ce n’était peut-être pas très gentil de le dire, mais...
J’avais pu découvrir un aspect intéressant d’elle auquel je ne m’attendais absolument pas.
Enfin, il était également important de connaître les faiblesses de ses compagnons.
De plus, l’atmosphère s’était détendue de manière inattendue.
Dans la Zone Démoniaque, nous devions rester sur nos gardes presque en permanence.
Pour le moment, je ne ressentais aucune présence de monstre dans les environs.
Faire un peu de bruit comme ça de temps en temps n’était peut-être pas si mauvais.
Je regardai les trois personnes qui marchaient derrière moi.
— ...............
En réalité, elles étaient déjà toutes les trois épuisées.
Elles étaient à bout de forces.
Ce n’était pas étonnant.
Les monstres que nous rencontrions n’étaient pas nos seuls ennemis.
J’irais même jusqu’à dire que cet endroit, la Zone Démoniaque Dorée, n’était tout simplement pas un lieu où nous pouvions nous permettre de nous détendre.
Il n’y avait qu’un seul endroit auquel je pouvais penser où nous pourrions réellement nous reposer dans cette Zone Démoniaque...
Nous continuâmes à avancer.
▽
— L’air est devenu plus humide.
Tout en retenant ses cheveux qui flottaient dans la brise, Seras prit la parole.
Eve leva les yeux vers le ciel.
— Il va peut-être pleuvoir un peu.
Le paysage autour de nous avait changé.
Pour une raison quelconque, la couleur des arbres et de leurs feuilles semblait plus sombre.
Était-ce la preuve que nous étions enfin entrés dans la partie la plus profonde de la Zone Démoniaque ?
— ...Ces choses que j’aperçois depuis un moment m’inquiètent un peu.
Une étendue rocheuse se dressait de l’autre côté du groupe d’arbres.
Pouvait-on appeler cela une petite chaîne de montagnes ?
Elle s’étendait devant nous telle une immense muraille.
Cependant...
Je demandai à Eve de vérifier la carte.
Je regardai Eve, qui tourna elle aussi les yeux vers moi.
— Touka.
— Ouais.
Depuis quelque temps, nous pensions que cela ne tarderait plus.
Alors c’était bien ça.
Nous étions enfin arrivés aussi loin, hein...
— D’après notre position... si nous accélérons le rythme, nous pourrions arriver demain ou après-demain.
L’endroit où vivait la Sorcière des Tabous était désormais tout proche.