Reiji avait une envie irrépressible de régler leur compte à ces deux bouffons. Si c'était un roman de cultivation, une aura meurtrière se dégagerait de lui, faisant planer la mort au-dessus de Chauve et Barbu.
Il leur avait pourtant expressément demandé de ne pas s'approcher de son école, histoire de couper autant que possible les ponts avec son passé de Yakuza, et ils n'avaient même pas réussi à tenir une semaine.
"BOSSS ! TU NOUS AS MANQUÉ <3 !"
Barbu agitait la main joyeusement tandis que Chauve hurlait à pleins poumons. Reiji sentit des frissons de dégoût lui parcourir l'échine en se tournant vers ses deux nouveaux amis avec une expression crispée.
"Bon... On se voit demain, alors ?"
"O-Oh, ouais, prends soin de toi, Reiji-kun", répondit Airi tandis que Greeny se contentait d'un signe de tête. Mais ils tremblaient tous les deux, essayant tant bien que mal de retenir leur rire.
Reiji s'éloigna rapidement, ignorant leurs regards moqueurs, et se précipita pour faire taire les deux ours. Ils arrêtèrent de l'appeler en le voyant approcher et ricanèrent quand Reiji les poussa pratiquement dans la Mercedes de luxe contre laquelle ils étaient appuyés.
"POURQUOIIII ??? JE VOUS AI DEMANDÉ UNE SEULE CHOSE ET VOUS N'AVEZ MÊME PAS ÉTÉ CAPABLES DE LE FAIRE ?" explosa-t-il en sautant sur la banquette arrière. Les deux hommes se regardèrent et soupirèrent.
"Vraiment désolé, Boss, on n'aurait jamais fait ça si ce n'était pas urgent. C'était sur ordre du Boss Daichi..."
Reiji se figea à cette réponse, les sourcils froncés. Qu'est-ce que son père pouvait bien lui vouloir ? Comme le jeu suivait le point de vue de Riku, il n'y avait pas beaucoup d'infos sur la vie privée de Reiji, à part quand il débarquait pour semer la pagaille.
Considérant que leur "rupture" ne datait pas d'il y a si longtemps, il ne voyait aucune raison plausible.
"Quand on a dit au Grand Boss que tu avais mûri, il était aux anges ! Je te jure, j'ai cru voir un sourire sur son visage, sans déconner !" bafouilla Chauve, surexcité.
"Ouais, il te donne même une chance de le prouver en te confiant une mission de protection aujourd'hui. On va t'accompagner pour te montrer comment on fait, Boss, pas besoin de s'inquiéter", ajouta Barbu avec un sourire béat qui transperça le cœur de Reiji.
'Évidemment, à quoi je m'attendais avec ces deux pipelettes...'
Il s'affala sur le siège avec un air las pendant qu'ils démarraient, son esprit tournant à plein régime pour décider de la marche à suivre. Puisqu'il voulait clairement couper les ponts avec le syndicat, il serait logique d'éviter cette mission ridicule, quoi qu'il arrive.
Mais est-ce que ça marcherait vraiment ? Même s'il arrivait à esquiver celle-ci, avec le caractère de Daichi, ça ne mènerait qu'à des missions pires et à une surveillance accrue. Il ne serait pas surpris que Chauve et Barbu soient réassignés à sa surveillance comme il y a trois ans.
Dans les souvenirs du Reiji original, il n'avait que treize ans à l'époque. Il avait fait d'innombrables caprices lorsqu'on l'emmenait sur des missions légères, simplement parce qu'il trouvait ça ennuyeux. Daichi avait donc demandé à ces deux abrutis de l'emmener sur plus de missions pour "essayer de lui montrer le côté amusant" du travail.
Faire marche arrière n'était donc pas vraiment une option, car ce leader têtu le forcerait simplement à accepter encore plus de tâches pour essayer de le raisonner.
C'est pourquoi Reiji imagina un plan. Il ne savait pas si ça marcherait, mais ça valait le coup d'essayer.
Réussir ces missions de protection était important pour plusieurs raisons.
Premièrement : si elles sont mal exécutées, les clients peuvent subir des pertes énormes.
Deuxièmement : un échec crée un précédent qui encourage les "malfaiteurs" à continuer.
Troisièmement : probablement le plus important. Ça ternit le nom Yagami, ce qui affecte les autres entreprises.
Alors, autant échouer !
Bien sûr, il le ferait avec précaution ; il ne voulait pas qu'une entreprise innocente souffre de son entêtement. Il agirait donc de manière impulsive, prendrait délibérément de mauvaises décisions et ferait les choses de façon à nuire à leur réputation.
De cette manière, s'il continuait sur cette lancée, Daichi finirait peut-être par céder et attendre qu'il soit diplômé pour qu'il "mûrisse davantage", ce qui lui laisserait un peu de répit.
'Héhé, pas mal. Je suis sacrément intelligent, héhé', ricana Reiji d'un air machiavélique.
***
"Boss, on est arrivés. C'est le Ichihara Ramen, le propriétaire a demandé une entrevue aujourd'hui."
'Ichihara ?... Non, pas moyen.'
Reiji leva les yeux vers l'enseigne du magasin avec un visage sombre, un mauvais pressentiment l'envahissant. C'était une toute petite boutique, coincée entre deux grands immeubles de bureaux, avec un aspect chaleureux. Murs en bois, panneaux de calligraphie et décorations simples à l'intérieur.
Mais en entrant, Reiji renifla et fit une grimace de dégoût. Une odeur infecte flottait autour du magasin, mais il n'avait aucune idée d'où elle venait.
En entrant, Reiji jeta un coup d'œil et vit que c'était très vide, pas un seul client en vue. C'était étrange, même en dehors des heures de pointe, vu l'emplacement privilégié.
Il y avait beaucoup de commerces aux alentours, quelques bureaux et même un cinéma à proximité. Avec peu d'autres lieux de restauration dans le coin, le magasin de ramen devrait plutôt bien tourner, même à cette heure-ci.
Un homme d'âge mûr et un grand-père sortirent de la cuisine ouverte, et le visage de Reiji se durcit à leur approche.
Cheveux verts. Ils avaient tous les deux les cheveux verts, bien que ceux du grand-père soient presque entièrement gris.
Et maintenant ? Ses soupçons étaient confirmés, alors devait-il continuer à jouer les sales gosses ou envisager d'autres options ? Alors qu'il réfléchissait intensément, la conversation entre les deux parties commença.
"Merci beaucoup d'être venus, je suis désolé pour le préavis si court, mais nous n'avions vraiment pas d'autre choix", dit le vieil homme d'un ton lourd.
"Ces bâtards sont allés trop loin ! Ils nous ont poussés à bout", ajouta l'homme d'âge mûr avec fureur, en remontant ses lunettes d'un air indigné.
"Calmez-vous, donnez-nous plus de détails pour qu'on puisse comprendre la situation", fit remarquer Barbu en les invitant à s'asseoir. Le grand-père parut accablé en expliquant ce qui s'était passé jusqu'ici.
"Comme vous le savez, la Tassle Company a racheté les deux immeubles de bureaux de chaque côté de notre restaurant, et ils ont prévu de nous racheter pour fusionner le tout et créer un grand centre de loisirs. Avec les magasins et le cinéma autour, ils prévoient d'inclure des salles d'arcade, des aires de restauration et des activités sportives en salle pour attirer la foule."
"Le problème, c'est qu'ils nous ont fait une offre dérisoire, et quand on a refusé, ils ont commencé à prendre des mesures qui dépassent les bornes pour qu'on fasse faillite et qu'on n'ait pas d'autre choix que d'accepter !"
Reiji écoutait simplement sur le côté, hochant la tête intérieurement à mesure que la situation devenait plus claire.
"Des choses comme retarder nos fournisseurs de nourriture ou rediriger les clients avec des offres ridicules dans d'autres restaurants partenaires. On pouvait gérer ça, parce que notre cuisine est vraiment bonne. Mais ces derniers jours, on a découvert que nos stocks étaient contaminés et quelqu'un a creusé les canalisations d'égout qui passent derrière le magasin."
Des larmes menaçaient de couler des yeux du grand-père tandis qu'il continuait, tout son corps tremblant.
"On a appelé la police, contacté des avocats, mais rien n'en est sorti. La police n'a trouvé aucune preuve et même s'ils en avaient trouvé, ils ont été soudoyés. Une bataille juridique contre cette entreprise géante prendrait des années et nous mettrait en faillite."
Barbu et Chauve écoutaient attentivement, et Reiji fut un peu surpris de voir leur concentration, habitué à leur comportement insouciant.
'On dirait qu'ils prennent leur travail au sérieux.'
"Hmmm, la Tassle Company... Ça va être problématique", murmura Barbu. Cela fit se raidir les deux hommes aux cheveux verts qui demandèrent, inquiets :
"C-C'est sans espoir alors ?..."
"Hein ? Oh non, on peut le faire, mais ça prendra du temps. C'est une grosse entreprise étrangère, donc négocier avec eux sera compliqué. On ne peut pas faire comme d'habitude et juste les tabasser ou les menacer, parce qu'ils ont aussi des relations avec la police."
Ils se calmèrent un peu grâce aux paroles rassurantes de Barbu, mais leur inquiétude ne diminua pas pour autant. Parce que plus ça prendrait de temps à résoudre, plus ils perdraient de clients à court terme.
Juste au moment où ils commençaient à planifier ce qu'ils pouvaient faire, la clochette tinta à l'ouverture de la porte. Un groupe de 5 types baraqués entra, suivant un homme petit et grassouillet avec un sourire graisseux et un cigare à la bouche. Ses cheveux blonds se faisaient rares et il ressemblait à un Occidental, ce qui indiquait son identité.
"Hé, les idiots du Ramen, vous avez fait votre choix ? Je pense que nos petits cadeaux auraient dû vous faire réfléchir à deux fois, hein ?" gloussa-t-il dans un japonais approximatif en déambulant avec l'assurance d'un roi.
'Wooooah... Ça, c'est le cliché du méchant chair à canon, à quel point peut-on être stéréotypé ?' Reiji se caressa le menton avec un air amusé.
Les choses venaient de devenir beaucoup plus intéressantes...