Chapitre 132
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 132 : Serpent magique
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Un fait étonnant.
Les animaux organisent des funérailles.
Tous les animaux ne pleurent pas la mort de leurs congénères, mais on observe parfois ce comportement chez les espèces assez intelligentes qui vivent en groupe.
Les éléphants en sont un parfait exemple, tout comme les gorilles.
Les bêtes magiques, comme les wyvernes, ne font pas exception.
À la mort d’un jeune nouveau-né ou d’une grande reine, les wyvernes se rassemblent pour faire leur deuil ensemble.
Bien sûr, l’ampleur de ces rassemblements varie énormément.
Que tant de wyvernes se réunissent au même endroit pour pleurer la mort d’un nouveau-né…
Eh bien, c’était extrêmement rare.
« Oooooo ! »
Leurs cris graves résonnèrent à l’unisson, comme un chœur.
Une sorte de chant funèbre primitif, peut-être.
Il était presque impossible d’assister à une telle scène si l’on n’était pas une bête magique.
Même pour un elfe vivant au contact de la nature ou un chasseur ayant élu domicile dans le Royaume démoniaque, c’était une occasion qui ne se présenterait peut-être pas une seule fois dans toute une vie.
Hailit Langrey.
Cette humaine qui éprouvait une affection tordue pour les bêtes magiques tremblait.
Tout son corps vibrait.
À proprement parler, les infrasons résonnants des wyvernes la faisaient trembler.
Les cris des deux reines étaient particulièrement assourdissants.
Ces bêtes magiques magnifiques, dangereuses et gigantesques pleuraient.
Puis, au milieu de tout ça,
l’elfe Iris rompit le silence.
« C’est une bonne chose. »
À cette réponse sèche, presque cassante, Hailit tourna brusquement la tête vers elle.
Contrairement à Hailit, émue, Iris affichait une indifférence totale.
« Ce sera plus facile d’enquêter dans le Donjon de Pelerian, maintenant. »
« Qu’est-ce que tu viens de dire, espèce de folle ? »
« ? »
Après avoir assisté à un spectacle aussi grandiose,
tout ce qu’elle avait trouvé à dire, c’était : « Tant mieux, les wyvernes ont déblayé les gravats de la tour de pierre. »
Aucun humain ne pouvait être comme ça. Enfin, c’était une elfe, pas une humaine. C’était peut-être pour ça.
Les funérailles ne durèrent pas longtemps.
Pendant sept jours entiers, des centaines de wyvernes avaient emporté dans leur gueule des morceaux de roche brisée et creusé le sol.
Après avoir hurlé pour le nouveau-né défunt, elles s’envolèrent l’une après l’autre.
Le spectacle était déjà impressionnant en soi. En un instant, il ne resta au sol que les deux reines.
Alors, le nouveau-né apparut.
Si les wyvernes n’avaient pas hurlé et organisé des funérailles, personne ne l’aurait reconnu comme un nouveau-né wyverne.
C’était le cadavre d’un nouveau-né, recouvert d’une sorte de cristal dur.
Peut-être avait-il été frappé par la magie. Ou bien s’était-il desséché après sa mort.
L’une des reines était accompagnée de trois nouveau-nés. Ils semblaient être ses frères et sœurs.
Pandan, l’aventurier qui était resté silencieusement à l’arrière jusque-là, vit la bête magique couverte de cristal et se fit une réflexion.
« Est-ce que ça pourrait être Monsieur Serpent… ? »
Elle avait l’air complètement différente de ce serpent.
Les écailles de ce dernier brillaient comme du cristal, mais cette chose était recouverte d’une épaisse couche cristalline et dégageait une impression totalement différente.
Elle ne présentait aucun signe de vie. Elle gisait simplement sur le sol, immobile.
À travers le cristal translucide, du sang rouge vif et des choses horribles étaient agglutinés, offrant une vision grotesque.
« Il s’est caché dans un œuf de wyverne et a été emporté dans la gueule d’une wyverne… »
Seul Pandan, qui avait assisté à toute la scène, pouvait avoir cette idée.
« Pauvre Monsieur Serpent. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais ils ont fini par mourir. »
Il ne lui vint jamais à l’esprit que le serpent à l’intérieur puisse être vivant.
Il avait l’air si inanimé, et plus Pandan le regardait, plus la vision devenait horrible.
On aurait dit du boudin sanguinolent encore liquide, pris dans du cristal.
Pandan jeta un coup d’œil sur le côté.
Devait-il leur dire ?
Que ce n’était probablement pas un nouveau-né wyverne, mais le monstre serpent qu’il avait rencontré auparavant.
« Pourquoi je ferais ça ? »
Il n’avait aucune raison de le faire.
Pandan détourna le regard, comme s’il n’avait rien vu.
En temps normal, Hailit aurait peut-être remarqué qu’il lui cachait quelque chose.
Mais là, elle avait la tête ailleurs.
« On dirait vraiment un serpent… Un mutant ? Un nouveau-né wyverne naturalisé et recouvert de cristal… Il a peut-être été pris dans un piège de pétrification spécial. Non, c’est sûrement ça. »
Chasseuse de bêtes magiques qui confectionnait elle-même des vêtements avec leurs dépouilles, Hailit avait une véritable obsession de collectionneuse.
Parfois, une envie irrépressible s’emparait d’elle.
C’était l’un de ces moments. Ce nouveau-né wyverne couvert d’un étrange cristal faisait battre son cœur à tout rompre.
C’était la première fois depuis cette époque.
Depuis qu’elle avait vu l’immense Serpent Polaire et son minuscule nouveau-né.
Hailit Langrey avait insisté pour demander ses écailles à ce petit serpent.
« Je le veux. »
Mais comment faire ?
Il y avait deux puissantes reines wyvernes. Même pour Hailit Langrey, la plus grande chasseuse du royaume, c’était un adversaire de taille.
En outre, la Reine Wyverne Noire finit par prendre le nouveau-né durci dans sa gueule et s’envola.
La wyverne blanche à trois têtes la suivit.
« Je trouverai un moyen. »
Langrey était une chasseuse qui n’abandonnait jamais.
Elle prit la parole et annonça sa décision.
« Je pense que nos chemins se séparent ici. À partir de maintenant, tu te débrouilles toute seule. »
Son voyage avec Iris prenait lui aussi fin ici.
L’elfe ne fut pas décontenancée par ces adieux soudains.
« Merci. »
« Bon, j’y vais. »
À cet instant, Pandan intervint d’un ton nerveux.
« Euh… et moi, alors ? »
« Euh, fais ce que tu veux ? »
« … »
Difficile de savoir si Pandan avait l’air satisfait ou vexé.
Et c’est ainsi que les trois partirent chacun de leur côté.
Chacun pour ses propres raisons.
Enfin, celle de Pandan se résumait à ceci :
« Haaa… Je ferais mieux de rentrer chez moi. »
Il décida de rentrer chez lui.
* * *
« Non, mais pourquoi personne ne sait que je suis vivant ? »
Je ne pouvais pas m’empêcher de me poser la question.
Assister à mes propres funérailles alors que j’étais encore en vie… C’était quoi, ce truc d’omniscient… Bref, ce n’était pas ça.
Alors, Pelerian me dit quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas.
— Je ne t’ai pas dit à quoi tu ressemblais, en ce moment ?
« … À quoi je ressemble ? »
— À de la soupe à la tomate dans une bouteille de cristal en forme de serpent.
« ? »
— De la soupe à la tomate pourrie, avec plein de morceaux.
C’était un état encore plus atroce que tout ce que j’aurais pu imaginer. J’en frissonnai.
Pas étonnant que ma fenêtre de statut ne s’affiche pas correctement. J’avais l’impression que je pouvais tourner les yeux à plus de trois cent soixante degrés.
« Heureusement que j’ai mis Isil et le reste dans l’anneau. »
Sinon, j’aurais peut-être tout laissé derrière moi.
Heureusement, j’avais tout rangé, y compris le journal de Pelerian.
Maman Wyverne, Seleta, m’emporta dans sa gueule loin de Delphram.
Enfin, pas très loin.
Leur ancien nid s’était effondré, elles devaient donc en construire un nouveau.
Elles choisirent un endroit près de Delphram.
Comme les wyvernes évitaient la zone à cause des golems du Donjon de Pelerian, aucun nid ne s’y trouvait auparavant.
À un moment donné, les golems avaient disparu.
Quand leur cheffe eut établi un nouveau nid, les autres Wyvernes noires se rassemblèrent à proximité.
Seleta construisit un immense nid au sommet de la plus haute colonne de pierre.
Il était assez spacieux pour que les trois frères et sœurs wyvernes puissent y rester ensemble jusqu’à ce qu’ils aient un peu grandi.
Et moi, j’étais dans un coin.
On aurait dit qu’elles avaient érigé une statue. Ou peut-être étais-je moi-même une pierre tombale.
Flop.
Un aigle décapité tomba devant moi.
Celle qui l’avait apporté n’était autre que Pipi.
« Kraak ! »
Des grenouilles et toutes sortes d’animaux des montagnes étaient déjà éparpillés devant moi.
Certains étaient assez pourris pour que des vers grouillent à l’intérieur.
Heureusement, je ne sentais rien pour l’instant.
« Pipi ! Je t’ai dit d’arrêter d’apporter ça ! »
« Kraaak ! »
« Argh ! »
C’étaient des offrandes pour le grand frère défunt de Pipi, le plus jeune de la couvée.
— Au moins, Pipi s’occupe de toi.
« Je crois vraiment que Pipi sait que je suis vivant. »
— Dans ce cas, elle les a apportées pour que tu les manges.
C’était un mystère.
Au moins, Maman Wyverne était clairement convaincue que j’étais mort.
La veille encore, je l’avais vue serrer les nouveau-nés contre elle avant de dormir et pleurer tout bas.
« Je crois que je vais bientôt pouvoir utiliser mes compétences. »
C’était mon troisième jour dans le nid, à jouer les pierres tombales de cristal. Dix jours s’étaient écoulés depuis le début de mon évolution.
À ce rythme, environ un tiers du processus était terminé.
D’après Pelerian, je ressemblais maintenant à de la soupe à la tomate avec encore plus de morceaux.
« Quel genre de compétence est Couronne de connexion ? »
C’était une nouvelle compétence que j’avais acquise en évoluant en Petit Serpent Prince.
La série des Couronnes comptait trois compétences : Domination, Couronne de capture et Dépassement.
Couronne de connexion s’y était ajoutée, mais je ne pouvais pas encore utiliser correctement mes compétences, alors impossible d’en tester les effets.
— Si cette compétence est née de ta communion avec tant de wyvernes, elle te permet peut-être de commander une légion de bêtes magiques.
« Ça ne ferait pas un peu doublon avec Couronne de domination ? »
Ça ne me semblait pas juste non plus.
Franchement, je ne faisais qu’attendre le moment de m’échapper d’ici.
Ce serait embêtant si elles découvraient que j’étais vivant.
Je n’avais absolument aucune envie de passer toute ma vie coincé dans un nid de wyvernes.
« Je peux me servir de ces petits pour sortir, pas vrai ? »
J’espérais utiliser Couronne de domination, monter sur le dos de l’un des trois frères et sœurs et m’enfuir.
— Profite de cette occasion pour t’entraîner encore plus sérieusement.
C’est ce que me dit Pelerian.
Si je lui demandais comment j’étais censé m’entraîner dans cet état, recouvert de cristal…
Étonnamment, c’était possible.
— Tu n’auras plus jamais l’occasion de t’entraîner à la magie aussi vite et aussi efficacement.
En matière de magie, l’efficacité était effectivement incroyable.
Le secret était simple.
Ma quantité de mana actuelle ne représentait qu’environ un centième de ce qu’elle était d’habitude.
Le mana qui formait normalement une masse dense en un seul endroit — probablement mon dantian — était dispersé dans tout mon corps, comme de la soupe.
Pour lancer un sort, je devais structurer le mana que j’avais rassemblé, comme si je tirais un fil d’une pelote.
Mais maintenant, je pouvais contrôler minutieusement le mana dispersé dans tout mon corps.
Si le mana était de l’électricité, et la magie la manière d’utiliser cette électricité pour produire de la lumière et faire fonctionner des machines…
En temps normal, je devais rassembler mon abondant mana et créer une ligne imaginaire solide et sécurisée.
Mais maintenant, ce n’était plus nécessaire.
Je pouvais manipuler librement le faible mana dispersé partout.
La substance cristalline qui recouvrait mon corps servait de médium au mana.
C’était tout ce que j’étais capable d’expliquer avec mon diplôme en sciences humaines.
Pour être honnête, je ne faisais que répéter ce que Pelerian m’avait dit.
— C’est pour la même raison qu’on met des cristaux sur les bâtons. Les cristaux sont naturellement des médiums qui traitent et amplifient le mana sans perte.
Tout mage qui se respecte devrait porter un bâton magique qui en jette.
Et moi, dans mon état actuel…
— Tu pourrais te qualifier de bâton de cristal en forme de serpent.
Une baguette magique-serpent.
Euh… Je suis moi-même une baguette magique.
Quand je rassemblai mon mana, il commença vraiment à s’accumuler dans le cristal qui recouvrait tout mon corps.
Je le manipulai ensuite avec une grande précision…
— Essaie d’utiliser la magie du vent, celle que tu maîtrises le moins.
Suivant la leçon extrêmement bienveillante de Pelerian, je mis le mana en mouvement.
Le faible mana qui circulait dans le cristal s’infiltra lentement dans l’air.
Je me sentais comme un humidificateur à mana.
Puis, ce mana se rassembla sous une forme invisible.
J’avais déjà essayé plusieurs fois, mais sans réussir une seule fois.
— Pour info, j’ai réussi à mon cinquième essai.
Est-ce que c’était mon cinquième essai ?
Non, disons plutôt le quatrième.
À force de volonté, je réussis.
Je créai un papillon de vent.
Si j’avais eu une bouche, j’aurais sifflé de joie.
— Concentre-toi !
Ce n’était pas le moment de relâcher ma vigilance.
Le sort avait bel et bien réussi.
— Voilà le début de la magie intermédiaire !
Pourtant, aucun message du genre : « Vous utilisez Magie élémentaire intermédiaire : Vent niv. 1 » n’apparut.
Après tout, c’était une sorte de contournement du système.
J’envoyai lentement le sort que j’avais créé vers les trois frères et sœurs.
Je l’avais façonné avec si peu de mana que même Maman Wyverne, pourtant sensible au mana, ne le remarqua pas.
Puis, au moment où le papillon de vent toucha l’arrière de la tête de Pipi,
Pop !
Pipi sursauta comme si un ballon venait d’éclater.
Vu que c’était à peine un centième de sa puissance habituelle, le résultat était excellent.
« Kékéké ! »
« Tchoupahaha ! »
Kei et Chui éclatèrent de rire.
Pipi ne se retint pas et se jeta sur les plus jeunes.
J’étais fou de joie d’avoir réussi à utiliser la magie.
Évidemment, je ne pouvais pas vraiment sauter.
« J’ai réussi en quatre essais. Ça fait de moi un génie, non ? »
— Ce n’était pas cinq ?
Pelerian n’en avait pas l’air tout à fait sûr non plus.
Je pouvais donc m’entraîner à la magie du vent et de l’eau sans éveiller les soupçons des wyvernes.
Les nuages annonçaient une pluie imminente ; je décidai donc de m’exercer à la magie de l’eau à ce moment-là.
Ça n’avait peut-être pas l’air de grand-chose, mais cet entraînement était vraiment utile.
Parce que…
[Vous avez réussi à manifester un sort de niveau supérieur.]
[La maîtrise de « Magie élémentaire élémentaire : Vent » augmente fortement.]
[« Magie élémentaire élémentaire : Vent niv. 8 » devient « Magie élémentaire élémentaire : Vent niv. 9 ».]
La maîtrise de la magie du vent, qui était mon point faible avec celle de l’eau, avait autant progressé en seulement deux jours.
— Cette fois, nous allons faire passer toutes tes magies élémentaires au niveau intermédiaire ou plus.
« Oui, maître. »
— Ne m’appelle pas comme ça. Hum.
Il avait beau dire ça, Pelerian ne semblait pas tellement détester.
À ce rythme, je deviendrais un excellent escrimeur-mage. Un maître de la magie comme de l’épée.
C’est alors que ça arriva.
« Gruu. » « Dururu. » « Kriii ! »
Une énorme wyverne se posa en poussant des cris familiers.
« Ah, encore elle… »
Je suis foutu. Gota est là.
Chugota était arrivée.
Seleta, qui s’était levée, se recoucha comme si elle en avait désormais l’habitude.
Chugota ne piquait plus de crises ni ne se déchaînait avec férocité.
Avait-elle entraîné son esprit en creusant autour de la tour de pierre ?
Chugota venait simplement une fois par jour, me fixait, puis repartait.
« Gruu. »
On aurait pu trouver triste qu’elle vienne chaque jour rendre visite à la pierre tombale de son petit.
Mais, en tant que vivant, j’étais sincèrement terrifié.
La façon dont Chugota me regardait me mettait profondément mal à l’aise.
Maman Wyverne semblait maintenant traiter Chugota comme une voisine âgée, mais moi, je la trouvais encombrante.
« Il faut que je parte d’ici bientôt… »
Chaque fois que ça arrivait, mon envie de m’enfuir se faisait plus forte.
Pour l’instant, j’allais continuer à m’entraîner à la magie et attendre la fin de mon évolution.
Encore quelques jours, et je serais plus fort.
* * *
Un élève talentueux et avide d’apprendre, un professeur exceptionnel.
Une fois réunis, leurs études progressèrent comme un couteau dans du beurre.
Trois jours de plus suffirent.
Je réussis à faire passer au niveau intermédiaire les quatre grandes magies élémentaires, à l’exception de l’eau.
À part le fait d’avoir failli mettre le nid en feu par accident, tout se passa bien.
Puis, par une nuit pluvieuse,
au moment où je réussis à manifester une magie de l’eau intermédiaire…
[« Magie élémentaire élémentaire : Eau niv. 10 » devient « Magie élémentaire intermédiaire : Eau niv. 1 ».]
Je me débarrassai enfin de l’étiquette de mage élémentaire débutant.
Je n’eus pas le temps de savourer ma joie.
Qui aurait pu s’attendre à voir trois têtes blanches surgir de l’obscurité ?
C’était Chugota.
Chugota était apparue à la faveur de la pluie battante.
Cette créature qui poussait toujours des cris étranges ne fit pas le moindre bruit ce jour-là.
« Aaah ! »
— Hii !
Je hurlai intérieurement.
Certaines wyvernes étaient peut-être réveillées, mais Chugota était venue si souvent ces derniers temps que personne ne montait la garde.
Maman Wyverne dormait paisiblement, les nouveau-nés blottis dans ses bras.
Et c’est ainsi que commença le vol audacieux.
Chugota me saisit délicatement entre ses griffes.
Puis elle prit son envol.
Le bruit de ses ailes lui-même fut englouti par la pluie.
« Espèce de wyverne folle ! »
L’obsession de cette wyverne cinglée pour moi n’avait toujours pas pris fin.
À ce rythme, j’allais peut-être devoir rester avec Chugota pour toujours.
Après m’avoir volé, elle se cacherait sans doute plus profondément dans le Royaume démoniaque.
Je ne pouvais pas me détendre sous prétexte que ça ne changerait pas grand-chose à ma situation actuelle.
Chugota était tellement dérangée qu’une fois mon évolution terminée, elle pourrait m’engloutir pour être sûre qu’on ne me lui reprendrait jamais.
Ou alors, elle comprendrait que je n’étais pas son petit et m’attaquerait.
Qu’est-ce que je fais ? Papi Pel, qu’est-ce que je fais ?!
— Débrouille-toi comme tu peux !
Mais Pelerian ne pouvait rien faire d’autre que m’encourager.
Oui, la magie.
Mais qu’est-ce que je pouvais faire avec un centième de ma puissance ?
Ou alors, puisque Chugota me tenait délicatement, de peur de me briser, je pouvais peut-être lui chatouiller le flanc avec la magie du vent pour la faire me lâcher…
Alors que j’y réfléchissais, Chugota tenta de prendre de l’altitude.
Elle essayait de se cacher dans les nuages de pluie.
J’étais vraiment en train de devenir fou.
« Aaah ! »
J’utilisai la magie que je pouvais.
Fchlak !
À cet instant, une flèche frappa le tibia de Chugota.
Je n’avais pas lancé de sort pour invoquer une flèche.
La flèche, qui avait à peine percé la peau de Chugota, portait quelque chose comme un talisman attaché à sa hampe.
Les runes inscrites sur le talisman brillèrent.
Boum !
Une explosion retentit.
Mon corps chuta brusquement.
Chugota m’avait lâché.
« Kwaaak ! »
Les Wyvernes noires se réveillèrent au bruit de l’explosion.
Chugota poussa elle aussi un rugissement furieux, mais il était trop tard.
Je tombai dans la pluie battante.
Non, j’allais me briser en mille morceaux en tombant d’une telle hauteur !
J’aurais dû évoluer en wyverne et apprendre Vol !
Une infinité de pensées me traversèrent l’esprit.
Cling.
Pourtant, je ne me brisai pas.
« Je t’ai ! »
Quelqu’un me rattrapa.
Je n’aurais jamais cru être aussi heureux de voir le visage de cette humaine.
« De près, tu es vraiment trop mignon ! »
C’était Hailit Langrey, la chasseuse aux cheveux roux.
« Attends. Regarde en haut ! »
Je n’eus pas besoin de la prévenir.
Peut-être grâce à son instinct de chasseuse aguerrie, elle leva les yeux.
Seleta, furieuse, volait en direction de Chugota.
Et Chugota fixait Hailit, qui m’avait dérobé, les yeux brûlants de rage.
Alors, les trois têtes ouvrirent la gueule en même temps.
Fiiiiiiou !
Une lueur d’un blanc pur s’y rassembla.
Ah, elle avait Rayon de destruction.
Elle n’avait pas l’air de se soucier du fait que je serais pris dedans, moi aussi.
Alors que je pensais mourir une nouvelle fois,
était-ce une illusion, ou voyais-je un papillon de vent translucide entre les gouttes de pluie ?
Boum !
Le vent comprimé explosa et le corps de Chugota tressaillit dans les airs.
Euh…
C’était ma magie, ça ?
Note :
« Baguette magique-serpent » recrée un jeu de mots coréen formé à partir des mots « serpent » et « baguette ».
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