Chapitre 202
Le corps de l’ancien Roi démon se fendit en deux.
Les pouvoirs insufflés dans mon épée y demeurèrent intacts.
Le Pouvoir divin, chaleureux, réprimait l’Énergie démoniaque, tandis que le pouvoir dominateur de la mort déchirait le corps.
La Flamme noire continuait de brûler, et la gravité comprimait les intestins qui se tortillaient entre les chairs déchirées, ainsi que les bras qui tentaient de repousser pour raccorder les deux moitiés.
Parmi ces forces, celle que je surveillais avec le plus d’attention était ma Divinité, cette énergie rouge.
Une énergie assoiffée de combat.
Non, l’énergie du combat lui-même.
Elle ne s’arrêta pas, bien qu’elle eût déjà fendu en deux le corps du Roi démon.
Elle semblait déchiqueter le corps de l’ancien Roi démon comme le faisait l’énergie de la mort, mais une différence existait entre elles.
*« Elle brûle. »*
On aurait dit un feu encore plus intense que la Flamme noire.
Elle ne se contentait pas d’engloutir le type qui se tortillait encore sur son passage : elle semblait vouloir consumer jusqu’à son existence.
Était-ce parce que j’avais surtout utilisé le feu ?
La Divinité du combat aussi ressemblait à des flammes.
L’existence du Nouveau Roi démon, qui avait investi le corps de l’ancien, s’effritait sous les assauts de diverses énergies.
Tandis que j’observais la scène avec attention, mon corps vacilla un instant et mes jambes se dérobèrent.
Floup.
Mais je ne tombai pas. Keldric me rattrapa, et Everchen accourut à son tour pour m’aider.
Bea se précipita également pour examiner ma blessure.
Nihel frotta aussi son museau contre moi, l’air inquiet, tandis qu’Eidon était juché sur son dos.
« Ça va. »
« Le sang… ne s’arrête pas. »
Keldric avait parfaitement raison.
La Guérison de la Mer était clairement active en permanence, et le Pouvoir divin ainsi que le pouvoir guérisseur contenu dans mon mana favorisaient ma convalescence. Pourtant, la blessure que les tentacules du Roi démon avaient transpercée ne se refermait pas.
Cling…
Je me débarrassai de la Plaque de foudre brisée.
L’armure possédait une fonction d’autoréparation, mais il était difficile d’espérer qu’elle se répare alors même que les cercles magiques qui la composaient avaient été fracassés.
Le sang jaillissait de ma blessure. Le Roi démon m’avait frappé de plein fouet, et l’Énergie démoniaque originelle me rongeait.
« Guérison. »
« Je vais aussi vous verser un élixir, tout de suite. »
Mes compagnons s’empressèrent de me soigner.
L’élixir colmata la blessure, tandis que la Guérison d’Everchen me remplit de l’intérieur.
Mais bientôt, dans un bruit de succion, la plaie se rouvrit.
« Ça va. On dirait que mes organes ne sont pas touchés. La blessure est nette. Je peux encore me battre. »
Je réconfortai plutôt mes compagnons, horrifiés.
Je m’y étais attendu.
Adjak, qui avait affronté l’ancien Roi démon, avait lui aussi dû poursuivre le combat jusqu’au bout avec une blessure qu’il avait reçue.
Je ne m’étais pas imaginé que je pourrais éviter toutes ses attaques dès le début.
Je devrais combattre malgré ma blessure.
Je devais me dépêcher plus encore qu’avant.
« Vraiment. Regardons simplement ce salaud disparaître. »
Le corps de l’ancien Roi démon, fendu en deux, était presque entièrement consumé et sur le point de disparaître.
Le visage déformé du Nouveau Roi démon était lui aussi presque entièrement brûlé.
À l’origine, il n’avait pas vraiment d’yeux, mais ceux qui avaient poussé en son milieu avaient perdu leur éclat et s’étaient consumés.
« Il est mort. »
« Seigneur Polarin, vous avez fait du bon travail. »
Eidon et Bea tentèrent de me réconforter.
Le cadavre de l’ancien Roi démon se transforma en cendres.
Il était évident que le Nouveau Roi démon avait lui aussi subi des dégâts. L’Énergie démoniaque oppressante qui écrasait le Château du Roi démon avait diminué.
Les murs du château cessèrent peut-être aussi de s’écouler parce que l’Énergie démoniaque s’était affaiblie.
Je respirais également plus facilement qu’avant.
L’Énergie démoniaque avait fortement diminué, et les Lames Titan d’Everchen avaient percé le plafond, laissant l’air extérieur pénétrer.
« Mais ce n’est pas fini. »
« C’est vrai. »
Tous les regards se tournèrent vers Adjak, prisonnier du Cercueil de glace.
La moitié du Nouveau Roi démon se trouvait également dans son corps.
Adjak gelait à l’intérieur du Cercueil de glace.
Le Cercueil de glace, qui avait clairement gagné en puissance, était un sort remarquable, capable de retenir même un Roi démon.
Je trouvais Eidon incroyablement impressionnant d’avoir conçu un tel sort, même dans des circonstances aussi difficiles.
Cet Eidon me demanda alors :
« …Polarin, peux-tu tenir encore un peu ? »
« Bien sûr. Je peux tenir et continuer à me battre. »
« Alors, pourquoi ne pas attendre des renforts ? Vu le vacarme dehors, le seigneur Evernite doit lui aussi être en difficulté. Le Cercueil de glace ne cédera pas facilement. Nous aurions plus de chances de l’emporter si nous nettoyions d’abord l’extérieur, puis affrontions le Roi démon tous ensemble, non ? »
Les paroles d’Eidon étaient raisonnables.
Il serait bien préférable que les forces de l’expédition se rassemblent pour combattre, plutôt que de me laisser affronter le Roi démon après avoir subi une blessure loin d’être négligeable.
*« Si notre adversaire n’était pas le Roi démon, en tout cas. »*
« Non. Je dois me battre. »
« Polarin, je comprends ce que tu veux dire. Mais tu n’as pas à t’en charger seul. »
« … »
Je savais que les commandants de l’expédition avaient entendu la conversation entre Tayon et moi.
Mais puisqu’ils connaissaient ma décision, ils comprenaient que je veuille affronter seul le Roi démon.
Mes compagnons, eux, semblaient toujours incapables de le comprendre.
Comme je ne connaissais pas leurs véritables sentiments, j’avais d’autant plus de mal à prendre la parole.
« Malgré tout, je vais l’affronter. Je n’ai pas dit que je le ferais seul. Dame Hike a promis de m’aider. »
Je finis par insister. Les regards de mes compagnons se firent tristes.
« Je tiendrai le coup. Vous avez éliminé tous les doigts du premier étage ? »
« Bien sûr. Nous les avons écrasés avant de venir. »
« Je vois. À présent, sortez et allez aider le seigneur Evernite. »
« Non, nous ne pouvons pas partir. »
Keldric s’avança à son tour, furieux.
« Moi non plus, je n’ai pas l’intention de mourir ici. Je gagnerai et je rentrerai. »
« … »
Je croisai le regard de chacun de mes compagnons et leur dis :
« Je vous en prie, croyez en moi. Je surmonterai cette épreuve, je tiendrai bon et je reviendrai. »
Bea fut la première à hocher la tête.
« Si c’est vous, seigneur Polarin, vous y arriverez. »
« …C’est vrai. Si c’est toi, tu peux le faire. »
« Je crois en vous. »
« Si telle est votre décision… »
Bea, Keldric, Everchen et Eidon répondirent à tour de rôle.
Finalement, tous comprirent ce que j’avais au cœur.
« Seigneur Eidon, veuillez lever le sort. Je veux en finir rapidement. »
Le sang continuait de couler de mon ventre.
Ma décision était déjà prise. Eidon n’ajouta rien.
Il retira l’uniforme de Tello qu’il portait et me le tendit.
J’acceptai l’uniforme d’Eidon et l’enfilai.
Depuis que j’avais obtenu la Plaque de foudre, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas battu en uniforme de Tello.
Malgré tout, l’uniforme de Tello restait le plus confortable.
« Merci. »
Au lieu de répondre, Eidon me tapota l’épaule à quelques reprises.
Je libérai Terminaison.
Je serrai Maron dans ma main et regardai Adjak, prisonnier du Cercueil de glace.
*« Je vais en finir avant qu’il ne soit trop tard. »*
Mon cher Adjak.
Je te fis le serment d’exaucer ton souhait et de te rendre bientôt la paix.
Je m’y engageai.
Eidon marmonna une incantation et se mit à lancer un sort.
Le Cercueil de glace, jusque-là immobile, commença à se fissurer.
Crac.
« Descendez vite. Je vous rejoindrai dès que le combat sera terminé. Retrouvons-nous devant le Château du Roi démon. »
« … »
Mes compagnons ne répondirent pas.
J’entendis leurs pas descendre l’escalier, puis s’arrêter.
Je le savais sans même me retourner.
Ils s’inquiétaient toujours pour moi.
Crac, craaaac !
Même à cet instant, le Cercueil de glace, qui retenait jusqu’au Roi démon, se brisait.
L’Énergie démoniaque maléfique enfermée à l’intérieur commença à envahir l’espace, rampant jusqu’à nous.
Bientôt, le cercueil s’effondrerait entièrement.
« Partez, vite ! »
Pourtant, je n’entendis ni réponse ni bruit de pas.
Tout comme j’avais essayé de tromper mes compagnons, est-ce qu’eux aussi me trompaient ?
Ricanement.
Je finis même par rire. Nous tenions tant les uns aux autres que nous nous trompions mutuellement.
« Je vais m’en charger seul », « Tu n’as pas à t’en charger seul ».
Ils étaient restés là, le cœur rempli de ces pensées.
Mais je n’avais pas écarté la possibilité que mes compagnons ne partent pas.
Le cœur désespéré, je récitai la Langue des dragons.
— Adjak et moi, que s’ouvre un espace réservé à nous deux.
L’espace du Château du Roi démon commença à se déformer.
Les cris de mes compagnons retentirent derrière moi.
« À bientôt. »
Sur ces derniers mots, Adjak — non, le Nouveau Roi démon — et moi fûmes aspirés dans un nouvel espace.
***
Une vaste plaine couverte d’herbe s’étendait à perte de vue.
Le ciel était figé ; le vent ne soufflait pas et les nuages ne bougeaient pas.
C’était la limite de l’espace que je pouvais déployer grâce à la Langue des dragons.
Je n’y étais parvenu que parce que Hike me l’avait enseignée.
Mais peu importait.
J’étais certain qu’Adjak et moi étions les seuls à nous tenir devant moi.
Adjak rouvrit les yeux que je lui avais fait fermer.
Ses pupilles d’un noir d’encre me fixèrent.
Le spectacle était assez répugnant, mais j’en fus plutôt soulagé.
Je compris pleinement qu’Adjak n’était qu’une coquille, et que le Nouveau Roi démon occupait son corps.
Le Roi démon, dans le corps d’Adjak, fit craquer ses articulations grinçantes dans tous les sens.
Le givre qui persistait sur son visage fut dissipé par l’Énergie démoniaque du Roi démon.
Bientôt, l’Énergie démoniaque commença à se répandre sur la vaste plaine.
C’était pourtant un espace que j’avais créé, mais l’Énergie démoniaque semblait plus puissante que la mienne.
Je fonçai sur Adjak, Maron à la main.
Je n’avais pas l’intention d’attendre que le Nouveau Roi démon puisse pleinement maîtriser le corps d’Adjak pour l’affronter de face.
Personne ne pouvait non plus me traiter de lâche.
Après tout, nous n’étions que deux ici : le Roi démon revêtu de la coquille d’Adjak et moi.
*« Il ne s’agit que d’un combat où seule compte la victoire. »*
Si je pouvais gagner, je devais employer tous les moyens à ma disposition.
Je libérai toute ma puissance dès le début.
J’y compris diverses Mélodies, le Pouvoir divin, la mort et même ma Divinité.
J’avais été transpercé au ventre, mais mon ardeur au combat et ma puissance débordaient assez pour me faire oublier la douleur.
Dans le monde que j’avais créé, l’heure était venue de livrer le dernier combat que j’avais tant désiré.
Je me sentais si plein que le monde semblait prêt à obéir à ma volonté.
Dans cet état, je brandis mon épée contre Adjak — non, contre le Roi démon.
Clang !
Le Roi démon tira aussitôt une épée formée d’Énergie démoniaque et m’attaqua.
*« Une épée ? »*
Déconcerté, je constatai que son style de combat était complètement différent de celui qu’il avait employé jusque-là.
Mais le bruit qui retentit juste après me surprit davantage encore.
Boum, boum, boum, boum…
Un battement de cœur puissant.
Ce n’était pas celui qui jaillissait de mon corps, mais celui qui résonnait dans le corps d’Adjak.
À chaque pulsation violente de son cœur, une Énergie démoniaque épaisse se déversait comme une cascade.
*« …Le Cœur de dragon d’Adjak déverse de l’Énergie démoniaque. »*
Le Roi démon semblait avoir réveillé jusqu’au cœur d’Adjak, pourtant déjà arrêté.
« Tu n’aurais pas dû toucher à son cœur. »
Je lançai ces mots avec férocité et brandis de nouveau mon épée.
Mais le Roi démon para sans difficulté mon estoc de toutes ses forces.
La trajectoire de son épée m’était familière.
Il imitait l’escrime d’Adjak, une technique semblable à la mienne, mais légèrement différente.
— Grrrac… Gu-crac…
Même s’il avait pris le corps d’Adjak et reproduisait son escrime, le Roi démon ne pouvait toujours pas parler.
Nos épées, celle du Roi démon et la mienne, s’entrechoquèrent sans relâche.
Aucun de nous ne parvenait à prendre l’avantage.
*« Est-ce qu’on peut vraiment parler d’imitation ? Non, n’est-ce pas l’escrime d’Adjak elle-même ? »*
C’était l’origine de mon propre style.
Il semblait exécuter l’escrime d’Adjak avec plus de perfection encore que le pantin de bois que Hike m’avait montré lors de mon entraînement.
Bien sûr, je ne m’étais pas contenté de reprendre l’escrime d’Adjak : je l’avais transformée.
Nos épées déviaient donc parfois de leur trajectoire.
Pourtant, aucun de nous ne parvenait à prendre un net avantage.
Le combat ne pouvait pas désigner un vainqueur aussi facilement.
« Si tu peux aussi imiter ça, vas-y. Et si tu peux le bloquer, essaie donc. »
Grrr-boum !
Le ciel, limpide et immobile, ne présentait pas le moindre mouvement des nuages.
Pourtant, l’atmosphère changea d’un seul coup.
Dix mille foudres déchirèrent le ciel et s’abattirent sur nous.