Chapitre 117
« Hé hé, c’est exactement ce que je voulais. Moi aussi, je voulais me battre. »
Après avoir parlé, Zenburga contracta tout son corps, qui se mit à enfler à vue d’œil.
Ses muscles déjà saillants gonflèrent encore, comme s’ils allaient éclater.
« Écoutez-moi bien. Vous allez tous mourir à cause de ce commandant incompétent. Il a accordé plus de valeur à la vie d’un seul homme qu’à la vôtre. Voilà pourquoi vous allez mourir ! »
La voix tonitruante de Zenburga résonna devant Myeolji.
« Je vais vous faire une autre promesse. Vous tous, ici présents ! Vous mourrez aujourd’hui. Bande de faibles ! »
Tayon ne répondit pas et abaissa l’épée qu’il avait levée.
Alors, comme au signal, une multitude de sorts, de flèches et de projectiles de toutes sortes s’abattirent sur les démons.
À mes côtés, Bea décocha elle aussi des Flèches de lumière sur les démons.
Chaque fois qu’elle lâchait la corde, une Flèche de lumière fendait l’air.
C’était sans doute la première fois que Bea décochait autant de Flèches de lumière sans s’arrêter.
Elle bandait sans relâche Elinger et visait les démons, qui dégageaient une aura sinistre.
Les mains de Bea, pourtant endurcies par toute une vie à tirer à l’arc, furent déchirées par le violent recul, et du sang coula de son index et de son majeur.
Elle tirait avec une telle force que ses mains, malgré toutes ces années passées à manier un arc, ne le supportaient plus.
« Je vous en prie, je vous en prie, mourez. Lord Polarin ne doit pas mourir. »
Bea marmonna comme si elle récitait une incantation, tout en continuant à tirer.
Everchen, qui se tenait près d’elle, le visage fermé, lança un sort de soin sur ses mains.
Il n’était peut-être pas aussi efficace sur-le-champ que celui d’un prêtre, mais Everchen, en tant que paladin, pouvait lui aussi utiliser ce sort.
Eidon décochait sans cesse des lances de glace.
Les autres déployaient également toutes leurs forces.
Depuis une semaine, ils avaient vu leur adversaire frapper le Dôme avec une aura puissante.
Ils ne relâchèrent pas leur vigilance et donnèrent tout ce qu’ils avaient.
Tayon projeta à son tour une volée d’énergie d’épée bleue et cria :
« Tirez jusqu’à épuisement de vos forces ! Si vous n’en pouvez plus, repliez-vous et reprenez votre souffle ! Après cette salve, je trancherai la tête du démon en tête ! »
« Oui, compris ! »
« L’homme-loup possède un artefact qui le rend plus puissant à mesure qu’il tue ses adversaires ! Je l’affronterai seul ; les autres, concentrez-vous sur les démons restants ! »
Mais Tayon n’eut pas le temps d’achever ses explications tactiques.
Fouish !
Un sifflement déchira l’air.
Au milieu du déluge de magie, Zenburga frappa violemment l’air du poing.
Plusieurs mages et archers explosèrent alors, mourant sur le coup.
Ce n’était même pas une décharge d’énergie.
Il avait simplement lancé son poing avec une force défiant le bon sens, et la pression de l’air avait déchiqueté leurs corps.
Cette attaque unique suffit à interrompre toutes les autres un bref instant.
Malgré tous les sorts qu’il avait encaissés, Zenburga paraissait toujours indemne.
Voyant la peur gagner le visage des Corbeaux et des troupes de renfort, Tayon cria, désespéré :
« Ceux qui sont à bout de forces, repliez-vous ! Je me débrouillerai pour esquiver, alors attaquez sans vous soucier de moi ! »
Sur ces mots, Tayon se rua sur Zenburga.
Boum !
Quand le poing de Zenburga heurta l’épée de Tayon, une immense énergie s’entrechoqua dans les airs.
Ce fut le signal : les Corbeaux, les troupes de renfort, mes compagnons et moi nous ruâmes sur les démons.
Les hommes-bêtes démoniaques venus avec Zenburga étaient tous des combattants redoutables.
C’était la première guerre de grande ampleur à laquelle j’assistais.
Everchen, Keldric, Kiyot, Siriel et moi nous jetâmes ensemble sur un homme-bête à tête de tigre.
Nous étions plusieurs contre un, mais personne ne protesta au nom de l’équité.
À la guerre, le vainqueur a raison.
Siriel, ses deux épées en main, troubla de face la vision de l’homme-tigre.
Elle tournoyait autour de lui, cherchant à lui faire perdre l’équilibre.
Alors, la hache de Kiyot frappa de plein fouet le ventre de l’homme-bête.
Boum !
Au contact de la hache, une explosion retentit et un nuage de fumée se répandit.
On devinait combien ils s’étaient entraînés ensemble.
« Kuhahak ! »
Mais le démon tigre éclata simplement de rire.
Son ventre n’était que légèrement roussi, et la blessure n’était pas profonde.
Le démon tigre aiguisait ses griffes et s’apprêtait à lacérer Kiyot.
À cet instant, une puissante énergie divine jaillit du corps d’Everchen.
Everchen bloqua l’attaque du démon avec son bouclier, puis roula en arrière.
Une nouvelle ouverture se présenta, et les poings de Keldric, qui avait réussi à se placer derrière le démon, s’abattirent sur son dos.
Pan ! Pan ! Pan !
Une aura de mana rouge enveloppait les poings de Keldric comme des gants.
Lui aussi semblait avoir atteint le Sixième rang.
Le mana brûlant s’étendit depuis ses mains et enveloppa tout son corps.
Mais je n’eus pas le temps de me réjouir des progrès de Keldric.
Je lus les mouvements du démon grâce à Termination.
Je plongeai mon épée, recouverte d’une aura de Flamme noire, dans son ouverture.
« Kuhaha ! »
La bête poussa un nouveau rire sonore.
Mais ce n’était que du bluff.
Mon attaque avait bel et bien transpercé sa peau épaisse.
Sans même déployer toutes mes forces, nous pouvions le tuer, mes compagnons et moi.
La bête se tordit et rugit, mais je ne desserrai pas ma prise sur l’épée.
Puis je me mis à faire pivoter la lame enfoncée dans son corps.
Dans le même temps, la dague de Siriel trancha les articulations du démon tigre, tandis que les poings de Keldric s’abattaient sur sa peau.
Everchen revint lui aussi au combat et se mit à le frapper de son épée, qui luisait d’énergie divine.
Tout en enfonçant mon épée dans le corps du démon, j’y injectai du mana.
La puissante énergie qui jaillissait du Cœur de dragon commença à affronter l’énergie démoniaque.
« Vermine ! »
Comme s’il percevait les changements dans son corps, le démon se contorsionna avec une violence accrue et résista.
Mais le cours du combat avait déjà changé.
Boum !
Finalement, malgré sa Ruée, l’énorme corps de l’homme-tigre s’effondra.
Pour être sûr qu’il était mort, je lui tranchai même la tête.
Puis je regardai autour de moi.
Nous avions tué un démon, mes compagnons et moi, mais la bataille tournait mal.
« A-aidez-moi. »
« Bon sang, Piorn ! Reprends-toi ! »
Les autres avaient eux aussi affronté leurs adversaires à plusieurs contre un, mais les pertes étaient lourdes.
Trois démons étaient tombés.
Mais les cadavres humains étaient innombrables.
C’était ça, la guerre.
Il y avait des morts et des survivants.
Je ne pouvais pas me rassurer sous prétexte que je ne serais pas celui qui mourrait aujourd’hui.
Dans les termes du jeu, ces gens n’étaient que des PNJ secondaires.
Mais ce monde n’était plus un jeu à mes yeux.
Les Corbeaux et les troupes de renfort accourus après avoir appris ce qui s’était passé à Myeolji étaient tous des êtres vivants.
Il fallait réduire les pertes autant que possible.
Chacun d’eux était une vie précieuse, un compagnon qui deviendrait un jour une force essentielle du corps expéditionnaire.
Je sortis une jarre de mon sous-espace.
C’était un artefact appelé la « Jarre des esprits », que Frude m’avait autrefois offert.
Je frottai la jarre et ordonnai :
« Vous tous, esprits endormis à l’intérieur, obéissez à mon ordre. Tuez les démons et protégez les gens. »
— Nous obéirons à votre ordre.
Une immense vibration résonna depuis la jarre, et des esprits de l’eau en jaillirent.
Ils se dispersèrent en groupes, puis s’abattirent sur les démons comme une vague furieuse.
« Qu’est-ce que c’est que ces trucs ? »
Ils transportèrent les blessés et déchirèrent le corps des démons.
Arandir, qui avait promis de venir quand on aurait besoin de lui, apparut lui aussi à cet instant.
Des Esprits de l’Arbre-Monde jaillirent également de l’arc divin des elfes, Elinger, que tenait Bea.
Bien qu’ils fussent les êtres les plus purs de ce monde, ces esprits, désormais animés d’une colère contre les démons, se mirent à les repousser, et la bataille bascula en un instant.
« La jarre contenait aussi des esprits de haut rang. Merci, Lord Frude. »
La plupart des esprits réunis ici ne retourneraient peut-être pas dans la jarre.
Mais on pouvait en rassembler d’autres, et il était urgent de réduire les pertes parmi nos alliés.
« Kaaak ! »
Les cris des démons se mirent à retentir de toutes parts.
« Aidez-moi, je vous prie, à éliminer les démons restants. »
« Et vous ? »
« Je vais rejoindre Lord Tayon. »
Si la bataille restait à peu près équilibrée, c’était uniquement parce que Tayon tenait tête à Zenburga, seul.
Mais même en combattant Tayon, Zenburga profitait de la moindre occasion pour projeter des bourrasques meurtrières sur les humains.
La couleur de la gemme vide au centre du Collier du Néant avait changé.
Une quantité considérable d’énergie, produite par la mort des humains, s’y accumulait.
« Soyez prudent. »
« Oui. Occupez-vous d’ici, je vous en prie. »
J’utilisai la Ruée pour rejoindre l’endroit où Zenburga et Tayon se battaient.
***
Au même moment, au quartier général de Tello.
Agamben faisait sans cesse glisser les boules de son boulier dans son bureau.
Il avait reçu d’Eidon un rapport annonçant que Polarin s’était rendu à Myeolji.
Jusqu’alors, la probabilité que Tayon meure s’élevait à 71 %, mais la situation avait entre-temps évolué.
[Probabilité que Tayon Adjak meure dans cette bataille : 97 %]
Agamben ne renonça pas et fit varier de nombreux paramètres.
Ses mains s’activaient fébrilement.
Il choisissait les cibles à soutenir et examinait l’évolution du résultat si des renforts arrivaient aux abords de Myeolji.
[97 %]
[97 %]
[96 %]
Même après avoir pris en compte différentes personnes, le résultat ne changeait presque pas.
Mais Agamben ne s’arrêta pas et continua de faire courir ses doigts.
Grâce au réseau de renseignement de Tello, il pouvait observer une partie du champ de bataille.
Polarin, Eidon et Keldric n’étaient pas les seuls à être partis en renfort : un nombre considérable d’agents de Tello envoyés par Agamben les avaient également rejoints.
Mais Agamben ne modifia pas son jugement en fonction de la situation sur le champ de bataille.
Car lorsqu’il le faisait, son jugement implacable cessait parfois de fonctionner correctement.
« Ce sera cruel pour les autres, mais je dois sauver Lord Tayon, quoi qu’il arrive. »
Depuis son plus jeune âge, Agamben manipulait le Boulier du destin.
Il avait appris que le risque de voir le monde détruit était très élevé, et savait également que le Roi démon en était responsable.
Il avait passé sa vie entière à ne se consacrer qu’à empêcher la destruction du monde.
Les efforts d’Agamben commençaient peu à peu à porter leurs fruits.
Au départ, la probabilité que le monde soit détruit s’élevait à 99 %, mais après toute une vie d’efforts, il était parvenu à la faire baisser à 91 %.
« Mais ces chances ne tiennent que si Tayon Adjak reste en vie. S’il meurt, la probabilité que ce monde soit détruit remontera à 99 %. Je dois sauver Tayon, quel qu’en soit le prix. »
Il étouffa le sentiment de culpabilité qu’il éprouvait envers Polarin.
Aussi important qu’il fût en tant que successeur d’Adjak, il ne pouvait pas avoir plus de valeur que Tayon.
Sans Tayon, ce monde était si fragile qu’il pouvait disparaître à tout moment.
Agamben avait le devoir de le protéger.
Ses doigts s’activèrent de plus belle.
Il finit par trouver une possibilité.
[Probabilité que Tayon Adjak meure dans cette bataille : 52 %]
Hike Odilo.
Il suffisait qu’elle se rende à Myeolji pour que Tayon survive.
« Est-ce que je peux vraiment persuader Lady Hike ? »
Mais Agamben savait qu’il n’avait pas le luxe de se poser une telle question.
Il traça aussitôt un cercle magique.
Il ne pouvait pas en tracer un près du Nid du Dragon, mais il parvint à dessiner un portail qui l’emmènerait aussi près que possible.
Si Hike pouvait sauver Tayon, Agamben risquerait sa vie pour la persuader.