Chapitre 76
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Order
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 76 : Avant le Festival du solstice d’hiver (3)
──────
Ermiha Kett se hâta de rejoindre la résidence de sa mère.
Le jardin artificiel sous le domaine des Kett avait été spécialement aménagé par son père, Miah Kett, pour reproduire le paysage natal de sa mère.
« … Mère ! »
Sa peau était plus sombre que celle d’Ermiha, et ses oreilles plus pointues. Elle avait les traits caractéristiques des elfes dits « elfes de la terre » ou « elfes souterrains ». La dame elfe porta un doigt à ses lèvres et fit doucement chut à Ermiha, interrompant son entrée bruyante.
Les créatures souterraines étaient sensibles au bruit, et elle ne pouvait pas risquer d’abîmer le jardin. La dame elfe ne prit la parole qu’une fois sortie du jardin avec Ermiha.
« Qu’y a-t-il ? »
Ermiha répondit, sous le choc et horrifiée :
« Ma sœur a ramené un futur gendre ! »
« Calme-toi. Cette petite impertinente est liée par ses propres paroles. Elle a déclaré qu’elle ne voulait pas devenir cheffe de famille. Même si les vassaux soutiennent Armede avec acharnement, elle ne peut pas revenir sur sa parole comme ça. »
Après avoir apaisé sa fille, sa mère écouta attentivement les explications d’Ermiha.
Le nouvel allié d’Armede. Les pensées de la noble se firent confuses.
Le « futur gendre » qu’Armede avait ramené était de basse extraction. Autrement dit, au lieu qu’Armede quitte sa famille par le mariage, le futur époux deviendrait probablement un époux matrilocal.
Armede pourrait donc continuer à intervenir dans les affaires de la maison principale même après son mariage.
« Alors, tu n’as pas renoncé à tes ambitions, Armede. Mais la famille Kett nous reviendra… »
* * *
« Alors, pourquoi tes deux autres mères tiennent-elles tant à te garder à l’œil ? »
À la question de Kriel, Armede s’assit tranquillement à côté de lui. Elle découpa un morceau de gâteau et le mangea en haussant les épaules.
« Aucune idée. Peut-être que je leur suis simplement un caillou dans la chaussure. »
Tuon, qui rafraîchissait la boisson de Kriel à sa demande, prit la parole.
« Dis-moi, les deux dames qui te surveillent ont-elles épousé ton père dans le cadre d’alliances politiques ? »
Armede observait attentivement Tuon tenir la tasse à deux mains. Elle acquiesça.
« Oui. Elles viennent de familles bien plus puissantes et prestigieuses que celle de ma mère. »
La mère d’Ermiha Kett, la sœur cadette d’Armede, venait d’une influente famille d’elfes souterrains. Celle de son jeune frère Hekedian Kett était issue d’une famille réputée pour être un clan d’artisans nains.
« Le territoire des Kett borde la chaîne de montagnes du Nord, tu sais ? Il y a des Nains, là-bas, et des elfes souterrains qui vivent à leurs côtés tout en se chamaillant sans arrêt avec eux. C’étaient des alliances matrimoniales destinées à assurer la stabilité, la paix et tout le reste dans le Comté de Kett. »
[Hum ? Et ta mère, alors ?]
Orisin, intrigué, releva une incohérence. Armede lui répondit comme s’il venait de poser une question très étrange.
« Pourquoi tu demandes ça ? C’était un mariage d’amour. Elle n’était qu’une citoyenne ordinaire, sans le sou. Contrairement à Ermiha ou Hekedian, je ne peux pas compter sur le soutien de la famille de ma mère. »
« … Attends. »
Kriel mit de l’ordre dans les idées qui lui venaient.
« Tes deux belles-mères ont rencontré ton père après qu’il est devenu chef de famille, c’est bien ça ? »
« Exact. »
« Et il a rencontré ta mère alors qu’il n’était encore qu’un candidat à la succession, en concurrence avec ses frères et sœurs ? »
Armede acquiesça d’un air contrarié, comme si la question était évidente.
« Les vassaux qui occupent aujourd’hui les postes les plus importants dans la famille, ce sont ceux qui soutenaient ton père à l’époque ? »
« Pas tous, mais la plupart, oui. »
« Tu as dit que tu trouvais agaçant que les vassaux ne s’intéressent pas à ton père et ne parlent que de succession. Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? »
« Rien de particulier. Que la famille allait devenir instable si ça continuait comme ça, par exemple. C’était évident qu’ils voulaient se ranger derrière moi, alors je les ai évités. »
La situation était donc la suivante.
Le sens de l’observation de Kriel, aiguisé par les feuilletons terriens, se mit en marche.
La mère d’Armede Kett avait épousé par amour le chef actuel de la famille alors qu’il n’était encore qu’un candidat. Les vassaux qui occupaient maintenant des postes importants avaient soutenu cette relation, ou du moins en avaient eu connaissance.
« Armede, dans quel ordre êtes-vous nés, tes frères et sœurs ? »
« Je suis l’aînée des filles. Ermiha est la deuxième. Comme il n’y a pas d’autre garçon, Hekedian est l’aîné des fils, mais c’est le plus jeune de nous tous. »
La loi impériale n’empêchait pas vraiment les femmes d’hériter du titre de chef de famille. Armede était l’aînée des enfants de la première épouse. Cela ne posait pas de problème en soi. D’ordinaire, le descendant le plus âgé héritait de la famille, mais les Kett avaient d’autres critères de succession.
Au Comté de Kett, la tradition voulait que la succession revienne à l’enfant ayant accompli les plus grands exploits magiques.
Le problème, c’était qu’Armede était probablement bien meilleure en magie que ses frères et sœurs. Kriel chercha à s’en assurer.
« … Et tes talents magiques ? »
« Évidemment, je suis la meilleure. Tu as combattu à mes côtés ; tu le sais mieux que personne. Même dans tout l’Empire, il serait difficile de trouver une mage de combat aussi douée que moi. »
« Quelqu’un a-t-il essayé de placer la Société d’éradication de l’Abîme sous le contrôle de la famille Kett ? »
« Ah. Il y a eu quelques petites manœuvres de ce genre. Mais j’ai fondé la Société avec mon propre argent, pas celui de la famille, et je n’ai aucune intention d’en quitter la présidence. Leurs tentatives n’ont donc servi à rien. »
La situation était limpide.
L’aînée de la première épouse, soutenue par les vassaux.
La successeure la plus légitime selon la tradition familiale.
Et la dirigeante d’une organisation de mages indépendante de la famille.
Kriel posa une main sur son front.
« Ce serait étrange qu’ils ne se méfient pas de toi… »
« Quoi ?! Pourquoi ?! »
* * *
Kriel lui expliqua son raisonnement. Même son renoncement à ses droits de succession avait pu passer pour une sorte de manœuvre.
Armede n’y comprenait rien.
« Non. J’ai demandé conseil à un juriste et j’ai même signé un contrat, tu sais ? S’ils pensaient que j’allais revenir en criant : “Cette famille est à moi !”, ils n’avaient qu’à ne pas le signer ! »
« La Société d’éradication des Abysses n’existait pas encore à l’époque. Ils ont dû commencer à s’inquiéter en te voyant la développer. C’est pratiquement une armée privée de mages sous ton commandement. »
« Ah. »
C’était donc… l’impression qu’elle donnait ?
Armede pencha la tête.
Ces mages bons à rien, sans le moindre potentiel économique, qui venaient à peine d’arrêter leur dégringolade, formaient une armée privée ?
C’étaient des gens qui n’auraient fait qu’accumuler les pertes si Armede ne les avait pas attrapés par le col pour les faire s’entraîner.
[Euh… et si le problème venait justement de « les attraper par le col pour les faire s’entraîner » ? Si tu les as malmenés à coups de magie, ça peut ressembler à une démonstration de force et à un entraînement militaire.]
Orisin avança prudemment son avis. Armede se rappela les fois où, faute de trouver un espace assez vaste, elle avait voulu emprunter le terrain d’entraînement de la famille.
Puis elle se tut.
« … Enfin, s’ils m’ont invitée, c’est bien pour ça, non ? Pour dissiper ces malentendus et tout le reste. Si j’explique clairement les choses en annonçant mes fiançailles au Festival du solstice d’hiver, ça devrait s’arranger. »
Kriel ne pouvait qu’espérer. Il ne voulait pas se mêler à la légère des affaires embrouillées d’une autre famille ; il préférait donc croire qu’une bonne explication suffirait à régler la situation.
Armede se couvrit le visage des deux mains. Elle était opiniâtre et, une fois qu’elle s’était fixé une idée, difficile de la faire changer de cap. Elle était pourtant perspicace et savait raisonner. Réussirait-elle à convaincre les deux dames, alors que le malentendu avait déjà pris de telles proportions ?
« Tss, tss, tss. »
Tuon claqua la langue sans émotion et agita l’index de droite à gauche.
« Depuis la nuit des temps, on dit que si quelqu’un vous accuse à tort, il faut lui donner de bonnes raisons de le faire. Ne serait-il pas amusant de prendre vraiment la tête d’une légion de mages et de s’emparer de la famille ? »
« Hé, l’épée de Kriel. J’ai signé un contrat en bonne et due forme. J’ai accepté de renoncer à mes droits de succession dans la famille Kett. Même si je suis impatiente ou que je ne supporte pas certains membres de ma famille, je ne peux pas rompre un contrat. »
« Amateur. »
« Quoi ? »
« N’as-tu pas dit que tu comptais de toute façon cesser d’utiliser le nom d’Armede Kett ? Prends un nouveau nom de famille, tiré du fief qu’il te reste, puis avale le Comté de Kett sous ce nom ! »
Au lieu de se battre pour la succession au sein de la famille, Tuon lui conseillait de fonder sa propre maison, puis d’engloutir toute la maison principale. À la lettre, elle ne romprait pas le contrat puisqu’elle ne revendiquerait pas la succession des Kett.
« Lord Armede le Conquérant ! La comtesse Armede au Sang de fer ! Imagine un avenir où ce nom résonne à travers le pays ! »
« Retourne. »
Pourquoi cette Épée démoniaque poussait-elle quelqu’un d’autre que son maître à fomenter un coup d’État militaire ?
Kriel rendit à Tuon sa forme d’épée. Elle protesta en faisant vibrer la lame, mais il n’y prêta pas attention.
« Elle a parfois des idées un peu… discutables. Laisse tomber. »
« Euh, d’accord. »
À vrai dire, la proposition était un peu tentante. Elle pourrait se débarrasser d’un seul coup de tous les cailloux dans sa chaussure !
Mais Armede ne les détestait pas assez pour faire couler le sang en déclenchant une guerre. Elle n’eut donc aucun mal à enfouir la tentation de Tuon dans un coin de son esprit.
« Viens avec moi, pour l’instant. Je vais te montrer ta chambre. J’ai fait venir un tailleur ; une fois que tu auras défait tes affaires, tu pourras aussi te faire ajuster quelques vêtements. »
Armede et Kriel quittèrent le salon de réception.
Depuis les ombres du château, des regards suivaient attentivement leur chemin. Certains appartenaient à des serviteurs de la faction d’Hekedian ou d’Ermiha. D’autres venaient d’esprits ou de familiers contrôlés par ces serviteurs.
Kriel remarqua ces regards et se gratta la tête. S’il avait aperçu un serviteur des Abysses, il l’aurait aussitôt mis au tapis. Mais les querelles familiales, c’était compliqué et ça ne relevait pas de son expérience.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>