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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans l’univers du jeu ◈
Chapitre 1 : Le cheval sans voix et le chevalier silencieux (1)
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Le chevalier avançait vers le soleil couchant.
Une armure de plates terne, comme brûlée par le feu. Un espadon presque aussi grand que lui.
Sans les motifs noirs qui la couvraient, pareils à des brûlures, son armure aurait pu sembler propre. Mais du sang rouge vif ruisselait le long de l’épée à son côté, lui donnant une allure sinistre.
Pourtant, le sang qui tombait ne tachait jamais le sol.
L’ombre noire rassemblée aux pieds du chevalier dévorait lentement, mais avidement, l’Énergie de Sang.
Soudain, le chevalier s’arrêta et leva la tête. Son regard se tourna vers le soleil couchant.
Dans la forêt assombrie par le contre-jour du crépuscule, seul son regard rouge brillait de mille feux.
Le chevalier contempla le soleil et songea :
J’aurais dû devenir mage.
Il s’appelait Kriel.
Autrefois un homme moderne, il détestait le système qui, après avoir fait de lui un chevalier — un guerrier à cheval —, ne lui avait donné ni monture ni même une seule pièce comme équipement de départ.
* * *
Au pied d’une chaîne de montagnes, Jakabil, curé d’une petite église dans un petit village, tentait de calmer les habitants terrifiés.
« Tout le monde, encore un peu de patience. J’ai envoyé un message au commandant. Des soldats viendront bientôt régler cette affaire. »
« Mais, mon Père ! Ça fait déjà deux semaines qu’Ivan est parti porter le message ! »
« Calmez-vous. Nous recevrons bientôt une réponse. Bientôt… »
Difficile de savoir si Jakabil répétait ces mots pour apaiser les villageois paniqués ou pour se rassurer lui-même.
Depuis plusieurs jours, des événements étranges et terribles se produisaient à Laurang, un village frontalier proche du Front occidental.
La première victime avait été la cadette de la famille qui possédait le champ de pommes de terre. Elle aimait depuis toujours se promener au pied des montagnes. Effrontée, elle n’avait jamais renoncé à cette habitude, malgré les remontrances répétées des anciens du village.
Quand elle ne rentra pas, alors que la soirée était déjà bien avancée, ses parents partirent à sa recherche. Mais leur fille était introuvable.
La deuxième était une jeune fille qui aidait sa mère à tisser. Un jour, elle disparut sans laisser de traces et personne ne la revit.
Ces disparitions à répétition suffirent à faire naître de terrifiantes rumeurs. Les monstres tapis dans les profondeurs des montagnes n’avaient rien d’exceptionnel ; les villageois ne pouvaient donc pas balayer ces racontars d’un revers de main.
Un fantôme de la montagne qui dévorait les jeunes filles. Les histoires d’un monstre caché dans la montagne derrière le village se répandirent peu à peu dans tout Laurang.
Puis, un jour, quelqu’un vit réellement la silhouette indistincte d’un monstre qui semblait entraîner une jeune fille.
Personne ne savait si les jeunes filles enlevées étaient vivantes ou mortes. Les habitants de Laurang ne pouvaient que s’en remettre au prêtre, qui entretenait des liens étroits avec les personnalités les plus influentes du village, et le supplier d’envoyer un chevalier capable d’abattre le monstre terrifiant.
Mais Ivan lui-même, qui s’était chargé de porter leur message, avait disparu sans laisser de traces. La peur se répandit naturellement : le fantôme de la montagne avait compris qu’on complotait contre lui et l’avait dévoré.
Boum.
C’est alors qu’un coup lourd résonna contre la porte de l’église. Le silence tomba dans la pièce.
Boum.
Un deuxième coup retentit, comme pour les presser d’ouvrir. Il était plus fort que le premier. Sous le regard effrayé, mais plein d’espoir, des villageois, le père Jakabil ouvrit la porte.
Un chevalier se tenait là.
Ou plutôt, « chevalier » était le mot qui s’en rapprochait le plus, compte tenu de ce que savait Jakabil. Ayant autrefois servi comme aumônier militaire sur le Front occidental, il se souvenait parfaitement de l’apparence des chevaliers.
Des hommes revêtus d’armures d’argent étincelantes, leurs surcots ornés de blasons glorieux, les yeux brillants d’impatience à l’idée de connaître la gloire et fiers de leur honneur.
Mais le « chevalier » devant lui était différent.
Même son armure de plates, symbole des chevaliers, était noire et non argentée. Le regard qu’on devinait sous son heaume profondément abaissé semblait empreint de convoitise plutôt que d’honneur.
Mais ce qui détonnait le plus, c’était l’espadon posé sur son épaule.
Sa lame noire dégageait une aura sinistre, comme si elle promettait des malédictions plutôt que l’honneur ou la gloire.
« Q-qui êtes-vous ? »
« J’ai été envoyé depuis le Front occidental. »
Le chevalier lui montra un ordre portant le sceau du commandant du front. Le message était bref et militaire, bien loin du langage noble.
Réglez le problème à Laurang.
C’était à n’en pas douter le sauveur qu’ils attendaient, pourtant Jakabil eut du mal à l’inviter à entrer dans l’église.
Chassant ces pensées déplacées d’un mouvement de tête, le père Jakabil fit entrer le chevalier.
* * *
Ils réagissaient toujours comme ça.
Kriel ne fit que répéter cette pensée en lui-même. Cela faisait longtemps qu’il comptait les années, et non plus les mois, depuis qu’il avait commencé à jouer les chevaliers dignes. Il s’était habitué aux regards méfiants qu’on lui lançait, comme si l’on se demandait : Quel genre de chevalier est-ce donc ?
Plus exactement, ils devaient plutôt se dire : Ce salaud ne serait pas un serviteur de la race démoniaque, par hasard ?
Kriel comprenait que leurs soupçons n’étaient pas entièrement injustifiés. Le rôle attribué au corps qu’il occupait n’était pas simplement celui de chevalier, mais de Chevalier Noir.
Il aurait pu se plaindre de cette classe pendant des heures, mais il y avait plus important pour l’instant.
Le problème à Laurang.
À l’échelle du Front occidental, ce n’était pas une affaire importante. Comparée au front principal, où les machines automatisées laissées par l’ancien royaume des Nains continuaient encore leurs raids nocturnes, la situation à Laurang n’était qu’une petite agitation.
Si l’incident de Laurang comptait pour Kriel, c’était parce que sa démobilisation en dépendait.
On l’avait embarqué d’une manière ou d’une autre jusqu’au Front occidental et il ne voulait plus rester dans l’armée.
Animé par ce souhait désespéré, Kriel écouta attentivement les témoignages des villageois. Pourtant, à leurs yeux, son attention silencieuse n’était qu’un silence lourd de sens.
À force d’effroi, le fantôme de la montagne était devenu, dans l’esprit des villageois, une créature assez vague. Le seul témoignage utile indiquait que le monstre avait une silhouette sombre et marchait probablement à quatre pattes.
Cela ne différait guère de ce qu’Ivan lui avait raconté avant son départ. Kriel passa en revue les monstres noirs à quatre pattes qu’il connaissait. Les informations tirées du jeu ne s’appliquaient pas toujours à ce monde à la lettre, mais elles suffisaient à lui fournir une piste.
« Messire le chevalier… »
Un fermier qui avait attendu jusqu’à la fin s’approcha de Kriel, plongé dans ses pensées. Il semblait particulièrement hésitant. Il avait sans doute souvent subi les mauvais traitements de chevaliers ou de nobles.
« Parlez. »
Le vieil habitant cligna des yeux, visiblement surpris qu’un chevalier s’adresse à lui avec politesse. Puis il se mit à expliquer en bégayant :
« J’ai moi aussi vu le fantôme de la montagne enlever une jeune fille. Il courait à quatre pattes, enveloppé d’une sorte de fumée. Il allait aussi vite que le vent et disparut en un instant. »
Son récit n’avait rien de particulièrement notable. Kriel s’apprêtait à congédier le vieil homme par quelques paroles courtoises.
« Mais, Messire. Cette chose n’avait-elle pas des cornes comme celles d’une chèvre ? »
« Comme celles d’une chèvre ? »
Deux grandes cornes recourbées.
C’était un indice inestimable.
« Merci, mon vieux. »
Une bête à quatre pattes. Une grande vitesse. Et deux belles cornes imposantes.
C’était sans aucun doute un Bicorne.
Il ignorait pourquoi un monstre qui, dans le jeu, dévorait habituellement des hommes s’était mis à enlever des jeunes filles. Mais les licornes, qui étaient plus ou moins les cousines des Bicorne, aimaient les jeunes filles.
Les monstres aussi pouvaient subir des mutations. Se disant qu’il s’agissait d’un spécimen ayant développé des tendances semblables à celles de sa cousine, Kriel appela discrètement le père Jakabil.
« Je tuerai le fantôme de la montagne demain. »
À cette déclaration, prononcée avec autant de désinvolture que s’il avait annoncé que le soleil se levait à l’est, le père Jakabil ne put que rester interdit.
* * *
Kriel assortit son plan de conditions étranges, qu’il disait nécessaires pour capturer le fantôme de la montagne.
D’abord, il lui fallait une femme qui n’avait pas encore été enlevée. Il était évident qu’ils avaient besoin d’un appât pour attirer le fantôme de la montagne. Les villageois craignaient qu’une autre personne ne disparaisse, mais ils trouvèrent la demande raisonnable.
Ensuite, un mari appartenant à un couple heureux devait les accompagner. Cette condition-là était vraiment incompréhensible.
Kriel avait expliqué à voix basse au père Jakabil : « Si ce fantôme de la montagne est le monstre que je connais, il ne mange pas les jeunes filles. Il mange les maris. » Pourtant, le vieux prêtre ne parvenait pas à chasser entièrement ses doutes, car rien de ce qu’ils avaient vécu jusque-là ne correspondait à cette explication.
Mais que pouvaient-ils faire ? Le chevalier disait avoir besoin d’un appât pour chasser le monstre.
La plupart des femmes qui n’avaient pas encore été enlevées étaient des enfants, et la plupart des maris dévoués étaient aussi de bons pères.
C’est pourquoi les deux personnes qui accompagnèrent Kriel furent un père et sa fille.
Le prêtre leva vers le chevalier un visage émacié.
« …Je vous en prie, faites en sorte que personne ne meure. L’épouse restée seule pleure déjà. »
« Elle arrêtera de pleurer demain. »
* * *
Les nobles chassaient généralement en plein jour. Pourtant, le chevalier qui se faisait appeler Kriel s’enfonça dans la forêt au crépuscule.
La forêt avait toujours été un endroit dangereux où les gens hésitaient à s’aventurer après le coucher du soleil. Et plus encore depuis que le fantôme de la montagne y avait établi son repaire.
Le fermier protégea sa fille tremblante derrière lui et demanda au chevalier :
« …Que va-t-il se passer maintenant ? »
« Le fantôme de la montagne va bientôt apparaître. Quand je l’aurai attrapé, vous retournerez à Laurang. »
Kriel se dirigea vers une clairière qu’il avait repérée la veille en traversant la forêt. Les arbres de cette forêt sauvage qui entourait Laurang étaient trop rapprochés pour qu’il puisse manier correctement son espadon.
C’est pourquoi, en s’occupant des monstres de la forêt la veille, il avait déjà repéré un endroit propice à l’affrontement avec le fantôme de la montagne.
La clairière n’était pas très vaste, mais elle valait mieux que de se battre au milieu d’arbres serrés les uns contre les autres. Kriel laissa le père et sa fille en son centre, puis traça un cercle autour d’eux avec la pointe de sa lame.
« Ne sortez pas du cercle. »
Le fermier hocha vigoureusement la tête. Jugeant que cet avertissement ne suffisait pas, Kriel ajouta :
« Quoi qu’il arrive, ne sortez pas. Des voix suspectes et des illusions pourraient tenter de vous attirer dehors, mais ne cédez pas. »
Kriel planta entre le père et sa fille un bâton d’encens et l’alluma. C’était de l’encens destiné à attirer les monstres, qu’il avait apporté du Front occidental.
Normalement, cela aurait attiré toutes les bêtes affamées de la forêt. Mais la veille, celles qui auraient pu accourir avaient toutes perdu la tête.
La seule bête qui viendrait en courant était le Bicorne, dont on n’avait pas aperçu le moindre poil la veille.
Un mari dévoué, proie habituelle du Bicorne. Une jeune fille pure, cible du Bicorne mutant apparu à Laurang. Et enfin, l’encens destiné à attirer les monstres.
Il y avait largement de quoi faire charger le fantôme de la montagne.
Notes de bas de page :
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