Chapitre 97
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Traducteur/éditeur : Irevi
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Chapitre 97 : Il fut un temps où je le pensais aussi
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« Ha. »
Climmud ravala un sourire amer.
Il n’en croyait pas ses yeux.
Toutes les préparations qu’il avait faites pour abattre cette anomalie n’avaient servi à rien, en un instant.
Il était certain de pouvoir conduire Halibal à sa perte.
Même si Halibal s’échappait, il était sûr de pouvoir en éliminer au moins un parmi les quatre.
Quelle était cette capacité d’Arts ? Elle ne figurait pas dans les rapports.
Les évêques du Culte disposaient d’une autorité divine qui leur permettait d’observer en temps réel la situation dans les donjons.
Il l’avait vue clairement.
La technique ultime de Necledin : Dernier souffle. Une technique létale qui entraînait dans la mort celui qui avait tué son utilisateur.
Elle avait bel et bien tué Alicia Cyrus. Pourtant, cette fois, la Sainte l’avait ramenée à la vie.
C’était absurde.
Ressusciter quelqu’un qui avait déjà trouvé la mort. N’était-ce pas là précisément l’acte de défi envers le ciel que l’Église des Dieux principaux avait toujours redouté ?
Un pouvoir comparable à celui de leur propre dieu, Tartare. Il n’aurait jamais imaginé que la Sainte puisse soudain en user.
Si elle en avait été capable depuis le début, elle aurait sauvé d’autres personnes par le passé. Elle a dû acquérir le pouvoir de ressusciter pendant ce raid.
Climmud se rappela avoir consulté les archives du Donjon de la Bête et du Donjon de la Poupée.
Depuis, un sentiment de malaise inexplicable le taraudait.
Halibal Velder.
Il avait souvent entendu dire qu’Halibal était un génie.
Mais, aussi doué fût-il, tout cela avait-il le moindre sens ?
Il inventait sur-le-champ des Arts jamais vus auparavant et triomphait d’ennemis puissants qu’il aurait dû être impossible de vaincre.
Et pas moins de trois fois ?
Un simple étudiant de première année avait accompli ce que même la Plus grande épée de l’Empire et le commandant des chevaliers n’avaient pu faire ?
Voilà pourquoi, cette fois, il avait pris tant de précautions.
Il avait cru que celui-là ne pourrait pas s’en tirer.
Alors, pourquoi avait-il encore échoué ?
Ça ne suffisait toujours pas ?
Climmud était un personnage particulièrement atypique parmi les évêques.
La plupart avaient accédé à ce rang grâce à une puissance martiale écrasante ou à une autorité divine exceptionnelle. Lui seul était parti du tout dernier échelon.
Il ne possédait qu’une langue capable de tromper les autres et l’obstination nécessaire pour exploiter les faiblesses de ses ennemis.
Il n’avait pas gagné le surnom de Chariot en défonçant les lignes adverses de front.
Lorsqu’il se choisissait une cible, il rampait dans la boue s’il le fallait, pour l’écraser sans pitié. C’était cette ténacité qui lui avait valu son nom.
Pourtant, les progrès d’Halibal ne montraient aucun signe d’essoufflement, au point de faire même Climmud secouer la tête.
« Voilà donc à quoi ressemblent ces prétendus génies. On leur coupe les jambes et ils reviennent avec des roues. »
Tout à coup, Climmud eut envie de voir Halibal Velder de ses propres yeux.
Il connaissait bien la psychologie humaine, mais comprendre quelqu’un à partir d’images seulement avait ses limites.
« De toute façon, je le verrai bientôt. »
Climmud se trouvait déjà dans la capitale.
Le raid dans le Donjon des morts-vivants n’avait pas apporté que des pertes au Culte.
La route reliant le front à la capitale étant désormais ouverte, il était devenu bien plus facile de voyager du quartier général à la capitale.
Les Déferlements sur le front s’étaient également calmés avec le raid, ce qui avait permis à la personne qu’il « servait » de rentrer dans la capitale pour ce banquet de la victoire.
Il était entré dans la capitale à sa suite.
Frouu.
À cet instant, la bougie devant lui vacilla sous le vent.
« Climmud. Êtes-vous prêt ? »
Une voix enjouée retentit derrière la porte. Climmud revêtit le masque du chef majordome aimable et fiable.
« Oui, mademoiselle. Vous m’avez fait appeler ? »
Devant la porte se tenait une jeune fille aux cheveux blancs, vêtue d’une robe somptueuse. Elle tapotait le sol du pied, impatiente.
« Climmud ! Pourquoi avez-vous mis si longtemps ? Qu’est-ce que vous faisiez là-dedans ? »
« J’ai été retardé par le classement de quelques documents, mademoiselle. S’est-il passé quelque chose d’urgent ? »
Termina Whiteusher, fille du marquisat de Whiteusher.
Étudiante de deuxième année à l’Académie de Ruidel, elle faisait partie des élèves plus âgés affectés au front avec le Corps de raid, où ils contenaient la progression des monstres.
Dès leur deuxième année à l’Académie, les étudiants étaient envoyés au front pour de bon et devaient repousser les Déferlements, ces assauts de monstres vomis par Tartare.
Mais la Famille impériale avait cette fois envoyé une invitation au banquet de la victoire à tous les étudiants de l’Académie, et les Déferlements s’étaient justement calmés.
Certains élèves plus âgés, désireux de faire une pause, en avaient profité pour rentrer dans la capitale. Termina était du nombre.
À ses yeux, Climmud n’était pas un évêque du Culte, mais simplement le fidèle chef majordome du marquisat de Whiteusher.
« La robe que je porterai au banquet de la victoire est arrivée ! Dépêchez-vous de venir la voir ! »
En maugréant, Termina lui prit le bras et l’entraîna avec elle.
« Haha. Bien sûr. »
L’homme qui était parti du plus bas échelon tourna les yeux vers le sommet de la capitale.
« Si vous l’avez choisie, mademoiselle, c’est forcément la plus belle robe de toute la capitale. »
Lorsqu’il referma la porte derrière lui et s’en alla, il ne resta que la faible lueur de la bougie, qui tremblait dans le vent sans s’éteindre.
La flamme éclairait une petite peinture.
Le Dernier Champ de bataille, une représentation tirée de la doctrine de l’Église des Dieux principaux, montrant la grande guerre finale entre les Dieux principaux et le Dieu maléfique.
Au centre du tableau se dressait un dragon démoniaque aux cornes et aux ailes noires, comme s’il allait engloutir le monde entier.
Tartare.
Face à lui se tenaient les Dieux principaux, aux côtés d’innombrables autres combattants. À leurs côtés se trouvait une silhouette angélique auréolée d’un halo.
Le commandant de l’avant-garde des Dieux principaux, le Dieu de l’Extrémité céleste.
La seule épée capable d’abattre Tartare.
Et l’être qui résidait actuellement dans le corps d’Aren.
C’était une peinture ordinaire, qu’on pouvait trouver partout où l’Église des Dieux principaux était présente.
Pourtant, celle-ci contenait un détail absent de la version originale du Dernier Champ de bataille.
Au-dessus de la tête de Tartare.
Le contour indistinct d’une silhouette humaine.
Il fallait regarder attentivement pour la remarquer, mais elle était bel et bien là.
Un être assis sur la tête de Tartare comme un cavalier.
Sa forme restait floue, mais on distinguait vaguement sa longue robe et la couronne posée sur sa tête.
⁎⁎⁎
Luft, la capitale impériale.
Si toutes les infrastructures liées à l’Académie étaient concentrées à Nevil, Luft était un centre d’un autre genre.
C’était là que vivait la plus grande partie de la population de l’Empire, son cœur incontesté.
Au beau milieu de ce cœur, sur sa bordure orientale où le soleil se levait, se dressait un bâtiment qui semblait transpercer le ciel.
C’était le Palais impérial de Solanis, résidence de l’empereur de Cyrus.
Des routes impeccablement pavées et des rues bien ordonnées s’étendaient tout autour du palais.
Je venais rarement dans la capitale, mais j’étais toujours impressionné quand c’était le cas. Aujourd’hui, le spectacle était particulièrement grandiose.
Un banquet de la victoire célébrait la conquête du troisième Abîme.
Des drapeaux frappés de l’emblème solaire, symbole de l’Empire, flottaient dans toutes les rues, tandis que les gardes impériaux se tenaient en rangs impeccables.
Les rues, d’ordinaire parcourues de tramways et de trains, étaient envahies de somptueux carrosses portant les armoiries des grandes familles nobles.
Le cortège s’étirait à perte de vue en direction du Palais impérial.
Un drapeau flottait aussi sur le carrosse où je me trouvais.
Un motif de nénuphars de glace.
C’était l’emblème de la Maison Ren.
C’était la première fois que je montais dans un carrosse noble. À vrai dire, j’avais à peine pris un carrosse de ma vie.
L’intérieur était richement décoré, comme on pouvait s’y attendre, mais je ne parvenais toujours pas à m’habituer aux secousses particulières de l’attelage tiré par quatre chevaux.
Sérieusement, pourquoi n’y a-t-il pas de voitures dans un monde qui a des tramways et des trains ?
Quel moyen de transport inefficace.
Ne serait-il pas plus simple d’y aller en courant ?
Je maugréai intérieurement et changeai de position sur mon siège.
Cela dit, les secousses n’étaient pas la seule raison de mon inconfort.
« Halibal. Regarde par ici. »
Je tournai la tête. Cecilia me dévisageait depuis le siège à côté du mien.
Voilà donc comment les choses avaient tourné.
Cecilia avait accepté ma proposition de l’accompagner et, par conséquent, j’assistais au banquet de la victoire avec elle.
Au lieu de sa tenue d’entraînement habituelle, elle portait une magnifique robe qui dévoilait la ligne de ses épaules.
À chacun de ses mouvements, le froufrou du tissu me chatouillait les oreilles, et le parfum discret que je ne pouvais d’ordinaire pas sentir emplissait l’étroit carrosse.
La Broche de myosotis que je lui avais offerte était épinglée dans ses cheveux.
Quant à moi, je portais un habit de cérémonie qu’Adeline m’avait fait tailler sur mesure.
C’était une fille plutôt garçon manqué, alors je n’en attendais pas grand-chose, mais même à mes yeux, la tenue qu’elle avait choisie était étonnamment réussie.
Cecilia se pencha vers moi.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Ton col dépasse. »
Comme si c’était tout naturel, elle remit mes vêtements en place.
Je la laissai tranquillement arranger mon col.
Ce n’est qu’après lui avoir proposé de m’accompagner que j’appris que, sans moi, Cecilia aurait peut-être assisté au banquet avec Eugene.
Apparemment, les enfants des deux familles qui représentaient la faction noble et la faction impériale devaient montrer au public qu’ils s’entendaient bien.
« Si Cecil le souhaite, on n’y peut rien. »
Grâce à Senia, Cecilia devait donc l’accompagner cette fois-ci.
Mine, elle, n’assistait pas au banquet.
Comme elle était l’une des figures majeures du raid, j’avais naturellement pensé qu’elle serait présente, mais elle avait décliné l’invitation.
Après avoir décidé de vivre en Sainte, elle était retournée à la Salle des Esprits blancs dès la fin du raid dans le donjon.
D’après ce que j’avais entendu, elle avait changé d’attitude après ce raid, alors qu’elle avait jusque-là ignoré les convocations de la Salle des Esprits blancs.
Elle s’était sérieusement mêlée aux luttes politiques internes de l’Église des Dieux principaux et avait engagé un bras de fer avec le pape pour établir sa propre base de pouvoir.
Vu les raisons de son absence, la Famille impériale ne semblait pas lui en tenir rigueur.
À part Mine, tout le monde que je connaissais semblait assister au banquet.
Tandis que le carrosse ralentissait, je vis défiler par la fenêtre des visages familiers.
Des étudiants que j’avais rencontrés à l’Académie.
Par exemple, Eliver était avec Sadie, une fille aux cheveux bruns dont le nez était couvert de taches de rousseur.
Dans l’œuvre originale, ils avaient été associés grâce à leur spécialité commune, l’artisanat.
Peut-être à cause des lumières, Eliver avait le visage rouge vif.
Félicitations.
Ran était seule, mais plus de cinq jeunes nobles l’entouraient.
Disciple du Roi des poings, elle était aussi connue qu’Aren.
Sa silhouette voluptueuse la faisait aussi remarquer partout où elle allait.
Ran affichait ouvertement son malaise et serrait le poing.
Je comprends mieux pourquoi Adeline m’a dit de ne pas venir seul.
Je remerciai Adeline et compatissais avec Ran.
Je vis aussi Mar et Pasha. Quelques étudiants qui m’avaient demandé de leur enseigner l’épée me saluèrent de la main.
Les autres étudiants s’étaient naturellement répartis en groupes et mêlés les uns aux autres.
Pourtant, il y avait parmi eux un nombre particulièrement élevé de visages inconnus.
Des gens que je n’avais jamais vus à l’Académie.
« Il y a beaucoup de visages que je ne reconnais pas. »
Cecilia avait remarqué la même chose, à en juger par son ton.
« Ce sont peut-être des élèves plus âgés ? »
C’est possible.
J’avais entendu dire que certains élèves plus âgés, affectés au front, rentraient plus tôt pour assister au banquet.
Je n’aurais pas dû avoir affaire à eux avant le deuxième semestre.
Comme partout ailleurs, les élèves plus âgés en faisaient voir de toutes les couleurs aux plus jeunes. Comme si c’était un instinct inscrit dans le corps humain.
Dès leur retour, ils s’empressaient de faire tomber l’échelle derrière les étudiants de première année.
Bon, ils étaient eux aussi passés par là, alors je comprenais pourquoi ils agissaient ainsi.
Ça n’en était pas moins agaçant.
Mais ils ne vont quand même pas chercher les ennuis au banquet, pas vrai ?
… Il fut un temps où je le pensais aussi.
Le carrosse s’arrêta. Je descendis le premier et aidai Cecilia à en sortir.
Voici ce qui s’offrit d’abord à nos yeux.
« Alors, c’est toi l’héritière de l’Épée divine suprême qui aurait mené ce raid ? »
Un type qui avait l’air d’être en deuxième année cherchait querelle à Aren.
Aren était habillée en homme.
Elle portait un habit de cérémonie masculin, mais sa petite taille et son visage juvénile étaient impossibles à dissimuler.
Un grand élève plus âgé se tenait devant elle, les bras croisés.
D’autres élèves plus âgés se tenaient également non loin.
« Hé, tu ne vas pas répondre ? Tu es vraiment Aren Bright ? Tu as l’air bien plus chétive que je ne le pensais. »
Malgré son attitude désinvolte, sa présence était acérée. Il avait donc bel et bien de l’expérience du front.
Les étudiants de première année autour d’eux chuchotèrent.
« … Ce ne sont pas des étudiants de deuxième année ? »
« Aren a été la vedette de ce raid… Ça va aller ? »
Aren semblait tendue, mal à l’aise dans cette tenue de cérémonie inhabituelle et sous ces regards importuns.
Par réflexe, sa main se porta à sa taille, mais il n’y avait évidemment rien à cet endroit.
« … Veuillez vous écarter. »
« Oh ? Écoute-moi cette voix. Tu as conquis un donjon en première année et tu prends déjà tes aînés pour des plaisantins ? »
L’élève plus âgé toisa Aren de haut en bas avant de ricaner.
Il l’est, pourtant. Ce donjon était l’Abîme du Dieu maléfique.
C’était aussi l’un des passages absurdes du jeu original. Des élèves plus âgés cherchaient querelle à la protagoniste après qu’elle avait conquis trois donjons du Dieu maléfique.
Les régler un par un faisait aussi partie du scénario principal.
« Écoutez-moi tous ! Pendant que nous nous battions contre les monstres au front jusqu’à en chier du sang, vous, vous étiez tranquillement à l’Académie, à vous la couler douce ! »
Et voilà. Ils font tomber l’échelle.
Il commençait ce cirque juste à l’entrée du Palais impérial.
Tous ces combats lui avaient-ils ramolli le cerveau ?
Honnêtement, je n’avais pas envie de m’en mêler.
L’élève plus âgé prit le silence d’Aren pour un acquiescement et insista davantage.
Il la poussa par l’épaule.
« Pourquoi tu ne dis rien ? Tu te cachais vraiment sous la jupe de Son Altesse ? »
Alicia était la princesse, et même les élèves plus âgés avaient beaucoup d’estime pour elle.
Il s’en servait comme bouclier pour rabaisser Aren, une étudiante de première année.
À cet instant, Richard s’approcha de moi.
Il salua Cecilia d’une légère inclinaison de la tête, puis ajouta à voix basse :
« C’est quoi, le problème de cet abruti ? »
Il fusillait l’élève plus âgé du regard, comme s’il venait d’assister à quelque chose d’insupportable.
Richard n’appréciait toujours pas particulièrement Aren, mais après avoir croisé le fer avec elle à plusieurs reprises au Corps de raid, il reconnaissait au moins sa force.
Dans l’œuvre originale, c’était toi, l’abruti à sa place.
Ces mots me montaient à la bouche quand quelqu’un d’inattendu entra dans mon champ de vision.
Un groupe d’élèves plus âgés tentait d’éviter de se mêler à la confrontation. Parmi eux se trouvait un grand homme habillé en majordome, qui accompagnait une étudiante aux cheveux blancs.
… Pourquoi ce salaud est-il ici ?
Le sixième évêque du Culte de Tartare.
Climmud Raju.
L’évêque qui avait complètement foutu le bazar dans les mécanismes du Donjon des morts-vivants.
Pour une raison ou une autre, il se tenait bien en vue à l’entrée de la salle du banquet.
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