Chapitre 107
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Irevi
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu l’épéiste au tour par tour de l’Académie ◈
Chapitre 107 : Sauce
──────
Dans l’Académie de la Fin, chaque journée était divisée en quatre créneaux.
On choisissait une action parmi celles proposées à chaque créneau et, une fois quatre actions accomplies, la journée prenait fin.
Les événements majeurs, comme les raids de donjon, occupaient exceptionnellement une journée entière.
En réalité, après avoir terminé un donjon ou enchaîné jusqu’à quatre activités dans la journée, on était assez épuisé pour avoir l’impression de fondre de la tête aux pieds. C’était donc un détail plutôt réaliste.
Le plus important, c’était que les déplacements prenaient eux aussi du temps.
Tant qu’on restait sur le territoire de l’Empire, le réseau ferroviaire de la compagnie de trains transcontinentaux Christoph permettait de se rendre partout.
Mais la durée de ces trajets était absolument infernale.
Après avoir appris à me déplacer grâce à Renee, j’y avais moi-même réfléchi.
« Ce ne serait pas beaucoup plus pratique de profiter de mon temps libre pour parcourir l’Empire et repérer les lieux à l’avance ? »
Le problème, c’était que l’Académie de la Fin se déroulait à une époque de transition entre le Moyen Âge et l’ère moderne, et que les trains n’allaient donc pas aussi vite que dans le monde où j’avais vécu.
On baissait sa garde une seconde, et c’était trois heures ! Six heures ! Douze heures ! En tant qu’étudiant, je n’arrivais pas à me résoudre à prendre le train.
Même Baran, la ville natale d’Aren Bright, se trouvait à plusieurs jours de voyage.
Mais les vacances, c’était une autre histoire.
J’avais choisi Berhart comme première destination parce que c’était la plus proche, mais aussi parce qu’elle constituait le meilleur point de départ pour faire le tour de l’Empire.
En partant de Berhart, en descendant jusqu’à Baran, tout au sud, puis en rentrant à Nevil, j’aurais bien profité de mes vacances.
J’avais l’intention de démanteler quatre branches du culte pendant ces vacances.
Getel, où se trouvait l’une d’elles, était un village situé à environ trois heures de Berhart.
Plus tard, comme à Ronwood, les hérétiques y séviraient sur ordre du culte, mais son influence n’avait probablement pas encore atteint le village.
Getel allait devenir une tumeur au cœur de l’Empire, puis servir de base de ravitaillement aux cultistes. Je devais les décimer rapidement pour empêcher ça.
« J’ai apporté à manger.
— Merci. »
Nous étions descendus de la montagne des Étoiles et avions pris le train en direction de Getel.
Il était déjà largement passé cinq heures et l’horizon commençait à rougir.
Adeline était assise à côté de moi, tandis que Luna se trouvait en face de nous.
J’avais réussi à recruter la harceleuse dans le groupe, qui était de nouveau au complet avec trois membres.
Sauf que nous avions maintenant trois spécialistes des dégâts.
Mine et Alicia me manquaient, mais Adeline, complètement craquée, allait sûrement se débrouiller pour compenser.
Cela dit, je ne m’étais jamais battu contre Luna. J’ignorais donc quelle était sa force actuelle.
Je devais la faire participer à un vrai combat au plus vite, ne serait-ce qu’en prévision de la suite.
Cela dit, dans l’œuvre originale, personne n’égalisait ses performances en tant que spécialiste des dégâts magiques. Elle serait donc sûrement utile.
À voir comme elle n’avait toujours pas lâché [Nébuleuse] après avoir quitté la grotte, elle semblait aussi plutôt avide de butin.
Et si elle aimait le butin, elle se donnerait d’autant plus à fond pour terminer les donjons.
Pour être honnête, après avoir vu le comportement de Luna, j’avais craint qu’elle soit une version 2.0 de Mine.
Ça aurait été très embêtant qu’elle craque et s’effondre devant un donjon.
Mais, contre toute attente, elle savait bien communiquer.
Son attitude apeurée, comme celle d’un écureuil, qu’elle avait eue dans la grotte avait disparu, et elle ne bégayait plus.
Elle répondait correctement à toutes les questions et savait taire ce qui devait l’être.
Grâce à ça, la conversation était si agréable que je me demandai si je m’étais déjà aussi bien entendu avec quelqu’un.
Pourquoi une fille comme elle me suivait-elle partout ?
« Hein ? C’est quoi, ça ? On n’a pas tous les trois commandé la même chose ? »
« Ah ! C’est pareil que celui de l’instructrice. Peut-être que les sauces sont différentes ? »
Pour une raison que j’ignorais, le sandwich de Luna et le mien étaient d’une couleur bien différente de celui d’Adeline.
Le sien était un sandwich ordinaire, d’un brunâtre banal.
Les nôtres baignaient dans une sauce rouge vif, au point de paraître tartinés de sang.
« De la sauce pimentée ? »
Je ne pus cacher ma déception.
Dans ce monde, on avait une conception bien à soi de la nourriture épicée.
Mais elle était loin d’égaler les épices du monde où j’avais vécu.
On pouvait verser autant de sauce qu’on voulait, la nourriture devenait salée, pas épicée.
Ça ne faisait que gâcher le goût, alors j’avais fini par ne plus penser du tout à la nourriture épicée.
Elle avait versé ça dessus sans même me demander ?
Mais puisque Luna l’avait acheté, je croquai dans le sandwich sans me plaindre.
Et là…
« Hein ? »
Ce n’était pas le goût salé écœurant auquel je m’attendais.
Une sensation vive et intense me picota le bout de la langue.
C’était bel et bien épicé.
Et pas qu’un peu. C’était la vraie brûlure de la capsaïcine, celle que je n’avais connue que dans le monde où j’avais vécu.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Ce n’est pas bon ? »
Je n’eus même pas le temps de répondre à Adeline et mordis une nouvelle fois à pleines dents.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Ce goût si intense ? »
Je fixai Luna, stupéfait.
Elle mâchait tranquillement son sandwich, sans changer d’expression.
« Quoi ? »
Adeline m’arracha mon sandwich et me fit le coup du « juste une bouchée ».
Et là…
« Argh… Hum… !! »
Les larmes lui ruisselèrent sur le visage tandis qu’elle toussait violemment sans pouvoir s’arrêter.
Voilà pourquoi il ne fallait pas piquer la nourriture des autres.
« T-Tu… Si tu manges des trucs pareils, tu ne vas pas grandir ! Non, tu vas mourir ?! »
« Désolée ! »
Adeline avala de grandes gorgées d’eau.
À vrai dire, c’était la réaction normale. Cette sauce n’était pas du genre à plaire aux habitants de ce monde.
Mais pour moi, elle était parfaite.
« Luna. Cette sauce… »
« Ah ! »
Luna avala le sandwich qu’elle avait dans la bouche avant de répondre.
« C’est moi qui l’ai faite. Celle qu’on vend dans les restaurants est trop fade… Je n’étais pas sûre qu’elle vous plairait, alors je n’en ai mis que sur mon sandwich et celui de Monsieur Halibal. Elle était trop épicée ? »
« … Non. Elle est délicieuse. »
« Je suis contente qu’elle vous plaise. »
Elle sortit alors une petite bouteille de sauce et me la tendit.
« Si vous voulez, Monsieur Halibal… vous pouvez en prendre aussi. J’en ai fait beaucoup. »
Mes mains tremblèrent lorsque je pris la bouteille, comme si j’étais possédé.
À quoi bon les fragments rares et les objets rares ?
Ça, c’était le vrai butin.
Grâce à ça, je pourrais retrouver les saveurs épicées qui m’avaient tant manqué quand je le voudrais.
Luna me regarda avec un doux sourire.
Elle pouvait bien rire autant qu’elle voulait.
Moi aussi, je souriais.
J’avais envie de féliciter chaleureusement le moi d’il y a quelques heures, qui avait décidé d’accepter Luna dans le groupe.
Attends.
« Ça veut dire qu’elle connaît même mes goûts… ? »
Bon sang. Je ne pouvais vraiment pas baisser ma garde.
Elle devait être sûre que j’apprécierais ce degré anormal de piquant, sans quoi elle n’aurait pas versé sa sauce sur mon sandwich sans me demander.
Impossible de deviner tout ce que Luna savait sur moi.
Quelle fille terrifiante.
Mais je ne pouvais pas nier que je m’étais régalé.
⁎⁎⁎
Deux heures plus tard, nous arrivâmes à Getel.
Même s’il faisait nuit, l’air du début de l’été était frais.
En sortant de la gare, nous tombâmes sur une paisible route de campagne.
Sous le ciel d’un noir d’encre, le murmure limpide de la rivière qui coulait à côté de la route résonnait autour de nous.
À notre entrée dans le village, une personne âgée au visage avenant nous salua de la main.
La scène n’avait rien des faux-semblants et des mensonges de Ronwood. Heureusement, l’influence du culte ne semblait pas encore avoir atteint le village.
Après avoir pris des chambres dans une auberge, nous ressortîmes aussitôt et nous engageâmes sur un sentier forestier à la périphérie du village.
Après avoir marché un moment, la forêt s’épaissit, puis une vieille maison apparut.
« C’est forcément là. »
On aurait dit une maison ordinaire, mais un passage souterrain se trouvait dessous, dissimulé par des marques que seuls les cultistes pouvaient reconnaître.
La branche de Getel était souterraine.
Adeline se tourna alors vers moi.
« Tu disais avoir besoin d’un entraînement pratique, non ? Qu’est-ce qu’on fait ? On entre fièrement par la porte d’entrée ou on tente une attaque furtive ? »
« Faites comme vous préférez. J’apprendrai par moi-même. »
« Oh ? Tu as l’air bien sûr de toi. »
Adeline eut un sourire en coin et se dirigea vers la maison.
« Alors, ouvre bien les yeux. »
Dans un grincement, elle ouvrit la porte à la volée.
À l’intérieur se trouvaient deux habitants qui semblaient être mari et femme.
Leurs visages trahirent un instant leur confusion, tandis que je percevais dans leurs corps une faible énergie démoniaque.
C’étaient évidemment des cultistes.
« Q-Qui êtes-vous ?! »
Apparemment chargés de monter la garde, ils pointèrent aussitôt leurs lances vers nous.
Mais ils ne purent arrêter Adeline.
Fchhh.
Au moment où elle passa entre les gardes, une aura d’épée dorée jaillit de la lame à sa taille et leur trancha le cou d’un seul coup.
Boum.
Les gardes s’écroulèrent sans même avoir le temps de crier.
Adeline était la véritable héritière du Style Belhart.
Après avoir maîtrisé le Déchaînement de l’Art secret du Style Belhart, elle avait recréé cet art de l’épée à sa manière.
Son Style Belhart était bien plus dynamique, souple et rapide que l’original. Une nouvelle version du Style Belhart.
Mais ce qu’elle venait de me montrer était la troisième forme de l’ancien Style Belhart : la Taille de poussière et de vent.
Tout comme elle avait remanié l’art de l’épée du Roi des mercenaires, elle me disait de bien observer la forme originale et de la retravailler à ma façon.
Adeline rengaina son épée.
« On entre ? Tu peux l’ouvrir ? »
« Je vais essayer. »
La maison était tout juste assez grande pour laisser entrer deux personnes.
En réalité, ce n’était pas une maison, mais seulement l’entrée de la branche. Autrement dit, il fallait être deux pour ouvrir le passage.
Dans l’œuvre originale, on prenait la main d’un membre du groupe, on se plaçait côte à côte et on touchait simultanément les marques dessinées aux deux extrémités du mur pour ouvrir l’accès.
« Par ici. »
« … Oui ? »
Quand je tendis la main à Luna, elle la prit avec gêne.
Parmi les personnages de l’œuvre originale, c’était elle qui était la plus petite et la plus menue.
Peut-être pour cette raison, sa main tenait tout entière dans la mienne.
Lorsque nous touchâmes les marques, le sol s’ouvrit comme par magie, révélant un escalier qui descendait sous terre.
Adeline laissa échapper un rire incrédule.
« Ha… C’était vraiment là. Dire qu’un endroit pareil était caché ici. Combien d’autres trous à rats de ce genre y a-t-il dans l’Empire ? »
« Essayons d’en neutraliser le plus possible pendant ces vacances. »
Adeline et moi descendîmes aussitôt l’escalier.
Mais, pour une raison quelconque, Luna resta près de l’entrée.
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne viens pas ? »
« … »
Au lieu de me regarder, elle fixait sans bouger sa propre main, celle que je venais de tenir.
Quand je l’appelai de nouveau, elle sursauta et se hâta de nous rejoindre.
Le sous-sol grouillait de cultistes.
« Des intrus ! »
« Arrêtez-les ! »
Les figures les plus importantes du culte étaient naturellement ses évêques.
Comme prévu, les évêques qui avaient absorbé de l’énergie démoniaque possédaient une force martiale digne des meilleurs combattants de l’Empire.
Avec leurs pouvoirs spéciaux et leur Monstrification, même Adeline aurait eu du mal à les affronter en duel.
Cela ne signifiait pas pour autant que les cultistes ordinaires étaient faibles.
Eux aussi avaient reçu le baptême du Dieu maléfique et pouvaient manier l’énergie démoniaque ; certains savaient même utiliser une partie des pouvoirs d’un monstre.
Les cultistes de la branche de Getel avaient tous l’air plus forts que ceux que j’avais vus à Ronwood.
Certains avaient même des cornes sur la tête, semblables à celles de dragons juvéniles.
Comme le Dieu maléfique Tartare ressemblait à un dragon démoniaque, ils avaient muté et pris cette apparence.
« Malgré tout, ils ne sont pas particulièrement menaçants. »
Je ne pouvais pas baisser ma garde, mais tant que je restais concentré, ils étaient à ma portée.
À cet instant, la conductrice de bus que j’avais emmenée se mit sérieusement au travail.
Non, elle ressemblait davantage à une femme de ménage qu’à une conductrice de bus.
À chaque coup d’épée d’Adeline, les cultistes entassés dans l’étroit couloir s’éparpillaient comme des feuilles dans le vent d’automne.
Luna et moi n’avions qu’à la suivre une fois le ménage terminé.
C’était le pied.
« Voilà la Plus grande épée de l’Empire. »
La branche s’étendait sur trois niveaux souterrains, et Adeline nettoya les premier, deuxième et troisième étages en un rien de temps.
Au deuxième étage, elle massacra même tous les cultistes d’un seul coup d’aura d’épée.
Malgré la puissance de son aura, rien n’indiquait que les souterrains allaient s’effondrer.
Adeline maîtrisait son aura d’épée avec une précision extrême.
Nous finîmes par entrer dans le bureau du chef de la branche, tout au fond des souterrains.
C’était un bureau qui ressemblait au cabinet de travail d’un noble.
Des tableaux vouant un culte à Tartare couvraient les murs, tandis que d’affreuses statues et sculptures de pierre étaient disposées tout autour.
Une douzaine de livres environ se trouvaient sur l’étagère, et Adeline en prit un.
« Ce sont… des documents sur les itinéraires de ravitaillement ? »
Son expression se durcit tandis qu’elle étudiait longuement les documents.
En plus des registres d’entrée de la branche, ils décrivaient clairement comment celle-ci servirait de tête de pont pour envahir l’Empire.
Mais mon attention était ailleurs.
Un vieux coffre-fort se trouvait dans un coin de la pièce.
L’heure était venue de farmer du butin.
« C’était le code. »
Je tournai le cadran en utilisant la combinaison que j’avais vue dans l’œuvre originale.
Clic.
C’est alors que tout bascula.
« Monsieur Halibal, attention ! »
À l’instant où je tournai le cadran, la statue armée d’une épée, juste à côté du coffre, s’anima dans un grondement.
C’était probablement un piège qui se déclenchait si quelqu’un qui n’en avait pas l’autorisation touchait le cadran.
Mais j’avais percé le piège à jour.
Il apparaissait aussi dans l’œuvre originale.
C’était simplement un piège qu’on ne pouvait désamorcer qu’en le déclenchant.
Je m’apprêtai à abattre mon épée.
Mais avant que ma lame n’atteigne le corps de la statue, Luna tendit la main la première.
Fwoosh !
Les flammes violettes de la Famille Grace jaillirent de sa main.
Elles engloutirent la statue, qui fondit sur le sol comme une gelée visqueuse.
C’était la première fois que je voyais les pouvoirs de Luna en plein combat.
Mais attends.
« … Du violet ? »
Contrairement aux autres personnages, les Arts de Luna se divisaient en deux branches, selon la couleur de ses flammes.
Leur usage différait complètement d’une couleur à l’autre.
La branche de base reposait sur de simples flammes rouges.
Spécialisée dans les dégâts explosifs magiques, c’était la branche classique que la plupart des joueurs choisissaient quand Luna faisait partie du groupe.
Et l’autre branche était celle des flammes violettes.
Axée sur les affaiblissements, cette branche était considérée comme la pire, même dans l’œuvre originale.
Notes :
« Conductrice de bus » est un terme d’argot coréen utilisé dans les jeux vidéo pour désigner un joueur puissant qui porte le reste du groupe.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>