Chapitre 86 – À propos de notre maison
C’était le premier lundi après mon rendez-vous avec Umi.
J’ai merdé.
Je parlais de l’album photo.
Il y avait des photos embarrassantes de moi quand j’étais bébé, alors j’avais décidé de les retirer de l’album avant de le montrer à Umi.
« Waouh, trop mignon~ Maki était vraiment comme ça quand il était bébé ? »
« Pas vrai ? Il était super pot de colle à l’époque~ Dès que j’essayais de m’éloigner, il s’accrochait à moi en disant "maman~", c’était adorable. »
« Héhé… J’arrive à l’imaginer, d’une certaine manière. »
J’avais oublié qu’Umi passait chez moi tôt le matin pour m’attendre.
Quand je me suis réveillé, elle et ma mère étaient déjà en train de feuilleter l’album ensemble.
Et ma paresse m’a rattrapé. Je n’avais pas encore retiré les photos.
« Ah, bonjour Maki~ Il fait beau aujourd’hui, pas vrai ? »
« Rien de tel qu’un sentiment de terreur dès le saut du lit… »
« Oh oui, j’ai vu ta photo, tu es trop mignon~ Surtout ton petit ziz… »
« N’ose même pas finir cette phrase. »
Maintenant, elle avait une raison de plus de me taquiner.
« Pourquoi tu t’énerves ? Umi-chan finira par le voir tôt ou tard, détends-toi. »
« Il est bien trop tôt pour ce genre de discussion, maman ! »
Si elles n’étaient pas encore tombées sur ces pages précises, j’aurais immédiatement arraché l’album de leurs mains, mais apparemment, c’était déjà trop tard.
J’ai forcé ma mère à nous préparer des boissons et je l’ai rapidement mise à la porte.
« C’est bon~ J’ai retiré toutes les photos gênantes pour que Yuu ne puisse pas les voir. »
« Et elles sont où, les photos, maintenant ? »
« Évidemment, elles sont dans mon sac. »
« Rends-les-moi, espèce de voleuse ! »
J’ai ignoré les jérémiades d’Umi et j’ai récupéré les photos dans son sac. Je les ai enfermées dans mon tiroir.
J’ai passé tout mon dimanche à ne rien faire… J’aurais dû m’en occuper plus tôt.
L’un des traits que je déteste chez moi, c’est que je fais tout mon possible pour prendre soin d’Umi et des autres, mais quand il s’agit de mes propres affaires, je deviens vraiment paresseux.
« Je dois y aller, Umi-chan. Prends soin de Maki pour moi. »
« Oui, vous pouvez me confier Maki-chan ! »
« Arrête avec ça… »
« J’y vais, Maki-chan, sois un bon garçon~ »
« Pas toi aussi, maman ! »
C’était le début de la matinée et je devais déjà gérer ça. Enfin, au moins, je ne me sentais pas déprimé ce lundi, j’imagine que c’était un prix raisonnable à payer.
De plus, les examens finaux commençaient ce week-end, donc je devais me concentrer sur mes révisions.
« Maki, désolée ! J’ai laissé mes cigarettes et mon briquet sur la table ! Tu peux me les apporter ? La boîte jaune ! »
« Ah… Ouais… »
C’était la marque que ma mère utilisait toujours, mais on aurait dit qu’elle fumait plus souvent ces derniers temps, car le paquet semblait bien léger.
Je comprenais son besoin de fumer parce qu’elle était adulte, mais j’espérais qu’elle ferait un peu plus attention à sa santé.
« Tiens. »
« Merci. Au fait, j’ai quelque chose à te dire. »
Elle s’est assurée que personne n’était à portée d’oreille avant de me murmurer ses mots.
« … Ne parle pas trop de la situation de notre famille à Umi-chan, d’accord ? C’est une fille bien, elle va se faire du souci si tu lui racontes tout. »
« … Ne t’inquiète pas pour ça, je sais ce que je fais. »
J’avais confiance en Umi, mais les problèmes avec mon père restaient des affaires de famille.
J’avais envie de lui demander conseil, mais je suppose que je devais aussi prendre en compte les sentiments de ma mère.
« Merci, Maki. Je t’aime. »
Après avoir récupéré ses cigarettes, elle m’a attiré vers elle et m’a serré doucement dans ses bras.
C’était étrange… Ce n’est pas quelque chose qu’elle faisait d’habitude… Peut-être qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas ?
« J’y vais. Je vais faire de mon mieux au travail. »
« Ouais… Bonne journée, maman. »
Après avoir raccompagné ma mère, je suis retourné dans le salon. Dès que je suis entré, j’ai senti un courant d’air frais sur mes joues.
« Ah, désolée, Maki. J’aère la pièce. »
« Désolé, ça sent mauvais, hein ? La marque de cigarettes de ma mère est très particulière, tu vois… »
« Dit comme ça, on dirait que tu sous-entends que tu fumes aussi. Au fait, Masaki-san va bien ? »
Dès qu’elle était entrée dans la maison, elle avait senti une forte odeur de tabac. Elle n’avait jamais connu ça auparavant, donc c’était normal qu’elle se pose des questions.
D’ailleurs, personne ne fumait chez elle.
« Qui sait. Enfin, c’est ma mère, on devrait juste la laisser tranquille plutôt que de l’embêter avec ça. Elle ira bien, ne t’inquiète pas. »
Après avoir passé un bon moment à aérer la pièce, nous avons pris notre petit-déjeuner comme d’habitude.
J’avais décidé de faire des pancakes pour changer un peu. Je les ai mangés nature, mais Umi a ajouté du sirop d’érable et du beurre sur les siens. Je suis content qu’elle soit là, elle mange les ingrédients que j’utilise rarement.
Pour la boisson, nous avons tous les deux pris du lait.
« Euh, Umi ? »
« Nom nom ? »
« Avales d’abord. »
*Glou
« … Qu’est-ce qu’il y a ? »
« À propos de ce vendredi… »
« Ce vendredi ? C’est le jour des examens, mais tu as prévu quelque chose ? Tu veux qu’on révise et qu’on dîne ensemble ? »
« … Je vais voir mon père ce vendredi… »
« Hein ? »
L’expression d’Umi s’est instantanément assombrie.
C’était compréhensible. Après tout, elle était avec moi ce jour-là.
« … Maki, ça va pour toi ? »
Umi n’a pas tendu la main vers moi, mais comme nous étions assis l’un en face de l’autre, j’ai senti ses jambes bouger alors que ses pieds ont soudainement touché les miens.
« Eh bien, on va juste dîner ensemble comme on l’a toujours fait. »
« Et pour son subordonné ? »
« Peut-être que je lui poserai la question. Ça me travaille, après tout. »
Ça me semblait juste bizarre de voir mon père dans cet état. Je n’avais aucun problème avec Minato-san, par contre.
J’ai besoin d’entendre la vérité de sa propre bouche ce vendredi.
« Puisque c’est comme ça, notre session de révision devra être décalée. Tu as déjà tout organisé de ton côté ? »
« La Princesse a dit qu’elle voulait organiser des sessions de révision tous les jours, vu que l’enjeu de ce test est plus important que d’habitude… Elle a l’air désespérée, elle aussi. »
« Ok, alors aujourd’hui, ça te va ? »
« Bien sûr, je préviendrai Yuu. »
J’avais promis à Nozomu de réviser ensemble pour l’examen, mais quant à savoir si Amami-san viendrait ou non, ça ne dépendait que d’elle.
Cette semaine allait être chargée. Il y avait beaucoup de choses à penser et elles étaient toutes assez problématiques. Malgré ça, je vais m’occuper de chacune d’entre elles.